Appellation d'origine

désignation légale et protégée d'un produit récolté ou fabriqué dans un lieu déterminé From Wikipedia, the free encyclopedia

L’appellation d'origine (AO) est un terme générique, initialement administratif, permettant de désigner une production, une transformation ou une fabrication dans un lieu déterminé. Si cette appellation d'origine fait l'objet d'une préservation dans le cadre d'échanges commerciaux, c'est un élément important de la propriété intellectuelle dans les secteurs économiques de l'agriculture, de l'industrie agroalimentaire ou de l'artisanat.

Exemple d'un certificat d'appellation d'origine en russe : de la dentelle de Vologda (Вологодское кружево).

Histoire

En 1716, Cosme III de Médicis définit les territoires où l'appellation chianti peut être utilisée, premier exemple de protection d'une appellation d'origine[1]. En France, la loi du (dite loi Chaptal) condamne le fait d'apposer sur un produit « le nom d'un lieu autre que celui de la fabrication »[2]. La loi du reconnait comme fraude une « origine faussement attribuées » (article 1er) et utilise les termes d'« appellations régionales et de crus particuliers » (article 11)[3]. La loi du emploi, elle, les notions de « dénominations des boissons » et d'« appellation de provenances »[4]. Dans les décrets de délimitation des années 1908 à 1911, il s'agit d'« appellation régionale » (pour le champagne), de « dénominations » ou de « qualifications ». C'est avec le projet de loi du du ministre Jules Pams qu'apparaissent les « appellations d'origine » (AO), reconnues officiellement par la loi du [5]. Depuis son introduction[6],[7], le terme s'est popularisé dans le langage courant, et est employé aussi bien par l'administration, la population ou pour le marketing et la commercialisation[8].

Les cinq traités de paix clôturant en 1919-1920 la Première Guerre mondiale intègrent des clauses de protection des appellations alliées : articles 274 & 275 du traité de Versailles[9] pour l'Allemagne ; articles 226 & 227 du traité de Saint-Germain[10] pour l'Autriche ; articles 154 & 155 du traité de Neuilly pour la Bulgarie[11] ; article 210 du traité de Trianon pour la Hongrie[12] ; articles 266 & 267 du traité de Sèvres pour l'État ottoman[13].

Le , un décret-loi créé en France la notion d'appellation d'origine contrôlée (AOC), reconnaissant la validité des AO antérieures[14]. La loi du impose les AOC en remplacement des AO (ne subsistent que les AO d'eau-de-vie). En 1958 est adopté l'arrangement de Lisbonne, un traité international pour l'harmonisation, la protection, et l'enregistrement des AO. L'Arrangement définit les AO comme « dénomination géographique d'un pays, d'une région ou d'une localité servant à désigner un produit qui en est originaire et dont la qualité ou les caractères sont dus exclusivement ou essentiellement au milieu géographique, comprenant les facteurs naturels et les facteurs humains »[15],[16]. Dans le cadre de l'harmonisation européenne, sont créées en 1992 les appellations d'origine protégée (AOP) ; de 2009 à 2011, toutes les AOC françaises deviennent des AOP européennes, les deux pouvant coexister comme équivalentes. En 2014-2015, les dernières AO (les rhums) ainsi que les appellations d'origine réglementée (AOR du décret du , utilisées pour les eaux-de-vie), sont remplacées par des AOP ou des indications géographiques protégées (IGP)[17].

Protections légales

L'« appellation d'origine protégée » (AOP) est un label de l'Union européenne, mais aussi de Suisse. L'« appellation d'origine contrôlée » (AOC) est un label français.

L'arrangement de Lisbonne signé le et revu à plusieurs reprises, ainsi que son acte de Genève le , sont deux traités internationaux qui établissent un système d'enregistrement, de reconnaissance et de protection mutuelles des appellations d'origine, entre les États signataires.

« Constitue une appellation d'origine la dénomination d'un pays, d'une région ou d'une localité servant à désigner un produit qui en est originaire et dont la qualité ou les caractères sont dus au milieu géographique, comprenant des facteurs naturels et des facteurs humains. »

 Article L115-1 (créé par la loi no 66-482 du )[18], puis article L431-1 (créé par l'ordonnance no 2016-301 du ) du Code de la consommation[19].

Cette définition est reprise dans la réglementation européenne[20]. Dans le cas des vins et spiritueux, l'accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce (ADPIC) de l'Organisation mondiale du commerce peut procurer certaines protections aux AO.

Enjeux

Propriété intellectuelle et agriculture sont deux éléments clés des négociations dans le cadre de l'OMC.

Exemples de produits protégés comme AO

Un certain nombre d'AO sont répertoriées dans la base de données[21] du registre international des appellations d'origine et indications géographiques (Système de Lisbonne)[22] administré par l'Organisation mondiale de la propriété intellectuelle (OMPI)[23]. Les AO peuvent concerner aussi bien des produits alimentaires que des produits de santé, cosmétiques, produits artisanaux, ou tout type de produit spécifique à une origine et un terroir particuliers.

Alimentation

Fromages

Fruits

Charcuterie

Porcelaine

Artisanat

Coutellerie

Dentelle

Tissus

Produits de santé

Produits cosmétiques

Produits récréatifs

Vins

Pour le secteur viticole il existe plusieurs niveaux d'appellation en France :

Vin muté

Il en existe deux types :

Eau-de-vie

Rhums

Tabac, cannabis

Grammaire

Syntaxe

On nomme généralement une appellation d'origine sur le mode :

[type de produit] de (ou du, des…) [nom du lieu]

Ce qui donne : un vin de Champagne.

Mais on utilise souvent une contraction, où le nom du lieu devient le nom du produit même par antonomase : du champagne.

Typographie

Majuscule et minuscule

Lorsque le nom désigne l'objet (le produit, le fromage, le vin, etc.), il devient un nom commun et s'écrit avec une minuscule[27],[28],[29] :

On garde la majuscule si le lieu est cité en tant que tel :

Ce qui fait que pour certaines appellations, ces deux règles s'appliquent simultanément :

Pour les références à un nom de marque, la majuscule est conservée :

Trait d'union

On y ajoute des traits d'union le cas échéant : un vin des coteaux du Languedoc devient un coteaux-du-languedoc.

Genre et accord

Sous la forme contractée, l'appellation prend le genre du produit, et non du lieu :

  • Masculin pour un vin, un fromage, un jambon, un cigare, un couteau, un vase…
    • un champagne, un côtes-du-rhône, un graves-supérieures, un havane, un chine
  • Féminin pour une saucisse…
    • une francfort, une morteau, une montbéliard

Ces noms communs s'accordent normalement au pluriel :

  • des champagnes, des alsaces, des roqueforts

Cependant, certains ouvrages ne font pas l’accord ou seulement pour certains produits (Girodet 1988, Impr. nat. 1990, Larousse 1992, Lexis 1989, Robert 1985, Robert 1993, Grevisse 1986, Hanse 1987, Thomas 1971)[28].

Dans La majuscule, c'est capital !, Jean-Pierre Colignon indique : « L'usage est très flottant dès qu'il s'agit de noms composés. [Leur] complexité […] fait souvent opter en faveur de l'invariabilité : des saint-pourçain, des pouilly-fuissé, etc. »[30].

Notes et références

Voir aussi

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