Beutepanzer

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Char de combat français Hotchkiss H-39 de la Wehrmacht en Yougoslavie en 1941.

Beutepanzer (étym. « blindé de prise ») est le nom générique donné par les Allemands pendant la Première et la Seconde Guerre mondiale aux véhicules blindés, principalement des chars d'assaut, capturés à l'ennemi, afin de les étudier ou de les remettre en service au sein de leurs propres forces armées.

Ce terme est formé des mots allemands Beute (proie ou butin en allemand, même racine que le mot français butin) et Panzer (blindé).

Première Guerre mondiale

Un Mark IV femelle avec le marquage des Forces armées de l'Empire allemand en 1918.
Atelier de réparation de chars allemands avec une douzaine de Mark IV à Charleroi en Belgique, en 1918. C'est un des éléments du parc automobile de l’armée bavaroise no 20 chargés de l'entretien des chars et camions à chenilles allemands et pour la restauration des chars ennemis capturés sur le front de l'Ouest.
Char britannique Mark IV capturé par l'Allemagne et utilisé par la République de Weimar pour combattre la révolte spartakiste de Berlin de 1919. Le texte allemand dit « combats de rue à Berlin durant la grève générale ».

Le char de combat a été conçu par les Alliés français et britanniques durant la Première Guerre mondiale pour percer les lignes allemandes. Le secret de cette nouvelle arme a été préservé le plus longtemps possible. Ainsi, les Britanniques les désignaient tanks (réservoirs) afin de dissimuler aux espions allemands à quoi allaient réellement servir les milliers de plaques d’acier utilisées pour leur fabrication. Lorsque ces engins sont apparus sur le front en 1916, ce fut une complète surprise pour les Allemands qui n’avaient rien d’équivalent à leur opposer. Seuls des tirs directs d’artillerie parvenaient à les détruire. Cependant ces engins encore primitifs souffraient de nombreuses pannes, et un grand nombre de tanks britanniques (le plus souvent des Mark IV) tombèrent intacts aux mains des Allemands. Ceux-ci lancèrent leur propre programme de fabrication de char d'assaut (les A7V[1]). Dans l’immédiat, les blindés capturés furent repeints aux couleurs allemandes (camouflage et marques de nationalité « croix de fer » noire) et ceux réutilisés au front rassemblés en escadrons nommés divisions de chars lourd au sein du Schwere Kampfwagen-Abteilung (de)[2]. Fin , ces unités rassemblaient 35 blindés déclarés prêts au combat dans sept escadrons sur 170 en état de marche, soit plus que les blindés de production nationale : seulement 20 ou 21 A7V avaient été construits[3] dont 15 étaient dans trois escadrons au front.

Parmi les chars alliés capturés par les Allemands, au moins quinze sont des Mark A Whippet, dont deux en état de marche[4]. Ils ont été conservés exclusivement pour des tests et à des fins d’entraînement pendant la guerre, mais l’un d’entre eux a été utilisé par la suite par le corps franc au cours de la révolution allemande de 1918-1919. Les Allemands leur ont donné le nom de Beutepanzer A[5].

Seconde Guerre mondiale

C'est durant la Seconde Guerre mondiale que ce terme a eu la plus large utilisation. On distingue trois types de Beutepanzer.

Véhicules simplement étudiés

Ils livrent des renseignements importants sur les avancées technologiques de l’ennemi, et l’étude de leur blindage permet de mettre au point des armes plus efficaces capables de le percer.

En , l'État-major de l'armée de terre ordonnait à toutes les unités terrestres, pour chaque type de blindé ou autre véhicule capturé, d’en expédier deux exemplaires à Berlin pour étude par les services techniques Heereswaffenamt (HWA).

Véhicules remis en service dans la Wehrmacht

À partir de 1942, les Allemands commencèrent à combattre en infériorité numérique face aux Alliés sur tous les fronts. Les matériels arrivaient d'Allemagne en quantité toujours insuffisante. Les troupes allemandes utilisèrent donc tous les véhicules ennemis qu'elles capturaient en état de marche, ou réparables sur place. Ceci concernait aussi bien les véhicules non blindés (automobiles, camions, semi-chenillés) que les blindés. Afin d'éviter les tirs fratricides, des marques de nationalité allemandes (la croix noire dite croix grecque ou Balkenkreuz) y étaient peintes. Elles étaient souvent de plus grandes dimensions et à davantage d'emplacements que sur les véhicules de fabrication allemande. En effet la silhouette des engins ennemis, notamment les chars d’assaut, était bien connue des unités antichars allemandes, qui tiraient à vue.
Plus rarement, lorsqu’on avait le temps et les moyens (peinture), l'engin recevait un camouflage allemand réglementaire.
Des documentations techniques en allemand furent rédigées pour que les troupes allemandes puissent effectuer l’entretien de ces matériels. Lorsque ces engins se révélaient assez efficaces sur un plan militaire, et qu’un ravitaillement régulier en carburant adapté à leurs moteurs, en munitions du bon calibre et en pièces de rechange pouvait être assuré, les engins ex-ennemis devenaient une partie intégrante de la Wehrmacht.
Leur rôle dépassa largement celui d’un simple appoint. Le Deutsches Afrikakorps (D.A.K.) du maréchal Erwin Rommel, qui combattait en Afrique du Nord avec un ravitaillement toujours insuffisant parvenant d’Europe, a compté jusqu’à 85 % de véhicules pris à l’ennemi dans son parc automobile.

Véhicules modifiés

La machine de guerre nazie ne pouvait entretenir son énorme effort de guerre qu'en consommant les ressources des pays et régions dont elle s'était emparée successivement.
À plusieurs reprises, les engins capturés dans les usines et les dépôts de matériel de l’ennemi, parfois intacts et en grand nombre, furent renvoyés en usine pour être modifiés et adaptés au besoin de la Wehrmacht, par l’adjonction de blindage supplémentaire ou le remplacement de l’armement d’origine par un armement allemand, afin de simplifier le ravitaillement. En effet, la plupart du temps les calibres allemands et français ou britanniques n’étaient pas les mêmes.

Ainsi, à l’issue de la campagne de France de mai-, les Allemands récupérèrent 691 blindés britanniques, dont environ 350 étaient susceptibles d’être réutilisés. Cependant un ravitaillement suffisant en munitions ne pouvait être assuré pour les plus grands véhicules. Pour pouvoir les réutiliser, certains châssis furent transformés en transports de munitions ou blindés d'observation. D'autres reçurent un nouvel armement allemand, et devinrent ainsi des automoteurs d’artillerie ou des chasseurs de chars. Les véhicules trop endommagés pour être réparés furent « cannibalisés » pour fournir des pièces de rechange aux autres.

La transformation de véhicules français capturés était la spécialité du Baukommando Becker.

Fabrication poursuivie sous le contrôle allemand

Dans de plus rares cas, les usines de blindés sont tombées intactes aux mains des Allemands. Cela leur a permis de poursuivre la production pour leur propre compte.

  • C'est le cas de l'Autriche lors de l'Anschluss en 1938, mais surtout de la Tchécoslovaquie en 1939, dont l'industrie d'armement était très réputée pour la qualité de ses fabrications.
  • Ce fut aussi le cas des usines situées dans le nord de l'Italie en 1943.
  • Sur le front de l'Est, au printemps 1943 une unité blindée de la Waffen-SS occupait une usine de tracteurs située à Kharkov, en Ukraine, et convertie en usine de chars T-34. Les SS continuèrent la production de ces chars, qui équipèrent par exemple le détachement no 2 de chasseurs de chars de la 2e division SS « Das Reich ».

Désignation officielle

Les services techniques attribuaient à chaque modèle utilisé en grand nombre une désignation officielle. Celle-ci était composée d'un numéro d'engin allemand : Sonderkraftfahrzeug non attribué à un engin allemand, suivi d'une lettre entre parenthèses qui indiquait le pays d'origine :

Parfois la désignation de l'engin était fort complexe, lorsque des transformations avaient été apportées : par exemple, un canon tchèque monté sur un châssis français, un canon soviétique sur un châssis tchèque, etc. Chacun des éléments conservait la lettre de son pays d’origine.

Liste des principaux Beutepanzer utilisés par la Wehrmacht entre 1939 et 1945

Notes et références

Bibliographie

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