Cette sculpture en plâtre peint est la dernière œuvre sur laquelle Jean-Léon Gérôme travaille avant de mourir en 1904. À partir de ce modèle, Louis-Émile Décorchemont, assistant de l’artiste, réalise une version en marbre, enrichie d’émail et de pierres semi-précieuses, qui est présentée à titre posthume au Salon des artistes français la même année. Par ailleurs, la fonderie Siot-Decauville produit des réductions en bronze doré.
La sculpture en plâtre entre dans les collections du musée d'Orsay en 2008, à la suite d’une vente organisée chez Sotheby’s le , où elle est adjugée 456 750 € (frais inclus). La version en marbre appartient quant à elle à une collection privée américaine.
Description
L'Odalisque est très proche de Corinthe.
L'œuvre représente une femme assise, les jambes croisées, nue, à l’exception des bijoux précieux dont elle est richement parée: colliers, bracelets, bagues aux poignets, aux bras et aux chevilles, ainsi qu’un diadème[2].
Il s’agit d’une Tyché, personnification de la fortune qui garantit le bien-être d’une cité grecque antique, en l’occurrence Corinthe. Les vestiges de cette ville antique sont mis au jour en 1892, parmi lesquels les ruines du temple d’Aphrodite, un lieu mentionné dans les chroniques pour ses hiérodules.
Gérôme a déjà exploré le thème de la Tyché avec sa Tanagra de 1890, à l’origine également polychrome. En la colorant, il s’inspire des statuettes découvertes à Tanagra, en Grèce centrale. Toutefois, par rapport à la Tanagra, le goût pour l’Orient, qui fascine l’artiste toute sa vie, s’affirme davantage dans Corinthe, conférant à l’œuvre une sensualité plus marquée.
Comme pour son groupe des Gladiateurs, premier grand succès sculptural, Gérôme mène des recherches minutieuses afin de restituer avec fidélité le monde classique. Les bijoux de la femme reprennent des modèles grecs et étrusques issus de la collection Campana, entrée au musée du Louvre en 1861, ainsi que des motifs publiés par Eugène Fontenay dans Les Bijoux anciens et modernes (1887). La Dame d’Elche, buste ibérique découvert en 1897, est également citée comme source d’inspiration. Toutefois, un détail trahit un anachronisme: la coiffure de la figure n’évoque pas la Grèce antique, mais plutôt celle des Parisiennes de la Belle Époque.
La version en marbre de Décorchemont repose sur une base composée d’un chapiteau corinthien en bronze doré et d’une colonne cannelée en marbre vert. À la base du chapiteau figure l’inscription latine:«NON LICET OMNIBUS / ADIRE CORINTHUM» («Tout le monde n’est pas autorisé à aller à Corinthe»), une citation extraite du premier livre des Épîtres d’Horace, qui évoque le mode de vie fastueux mais onéreux de la cité antique.