Henry Hamilton Beamish
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Henry Hamilton Beamish, né le au Royaume-Uni et mort en Rhodésie, est un journaliste britannique éminemment antisémite et le fondateur, en 1919, de The Britons. Cette entité constitua la première organisation établie en Grande-Bretagne ayant pour objet avéré la diffusion d’une propagande antisémite[1]. Condamné pour diffamation la même année, Beamish quitta le Royaume-Uni et entama une carrière de conférencier itinérant. Il parcourut l’Allemagne, le Canada, les États-Unis et le Japon, y professant des thèses antisémites et fascisantes. En 1923, il prit la parole lors d’un rassemblement dirigé par Adolf Hitler à Munich et s’entretint avec Julius Streicher à Nuremberg en 1937.
Beamish s’établit en Rhodésie du Sud en 1938, où il siégea comme membre indépendant à l’Assemblée législative de ce territoire de 1938 à 1940. Durant la Seconde Guerre mondiale, son alignement pronazi lui valut un internement de trois ans. Libéré, il regagna l’Angleterre et y décéda en , à l’âge de 74 ans.
Canada, Ceylan et Afrique du Sud
Henry Hamilton Beamish nait le . Il était le cinquième enfant de l'union de Blanche Georgina Hughes (1840-1904) et du contre-amiral Henry Hamilton Beamish (1829-1911), lequel avait servi comme aide de camp de la reine Victoria. Son acte de naissance fut inscrit sur les registres paroissiaux de St George, Hanover Square, à Londres. Le père de Beamish appartenait à une lignée anglo-irlandaise de la gentry terrienne, dont la prospérité matérielle s'était toutefois évanouie avant même la génération de ses propres géniteurs. Sa mère était la petite-fille du général Sir Loftus William Otway ; la famille Otway était possessionnée du château éponyme dans le comté de Tipperary, en Irlande[2]. Son frère cadet, le contre-amiral Tufton Beamish (1874-1951), siégea à la Chambre des communes en tant que parlementaire conservateur de la circonscription de Lewes, cumulant deux mandats distincts (1924-1931 et 1936-1945)[3],[2].
Beamish effectua sa scolarité à la Romanoff House Boys' School, établissement situé à Tunbridge Wells dans le comté du Kent[2]. Il quitta le domicile familial à l’âge de seize ans[3]. Le recensement britannique de 1891 le mentionne en tant qu’étudiant en agronomie, âgé de dix-sept ans, au Colonial College de Hollesley dans le Suffolk[2].
En 1891, Beamish s'établit comme négociant en fourrures au Québec et aurait pris part à une expédition polaire dès 1892[2],[3]. Il fixa sa résidence à Ceylan en 1895, où il se consacra à l'exploitation de plantations de thé. De 1898 à 1899, il occupa la fonction de régisseur adjoint du domaine Hope, sis à Upper Hewaheta. Il endossa ensuite le grade de sous-lieutenant au sein du Ceylon Planters Rifle Corps durant la Seconde Guerre des Boers, quittant Ceylan pour l'Afrique australe en . Il y revint deux ans plus tard, en [2].
Après s’être établi à Bloemfontein, en Afrique du Sud, Beamish y co-dirigea avec un associé un établissement de restauration dénommé Empire Tea Rooms. Il fonda, en 1904, l’un des premiers périodiques agricoles de la colonie, le Farmer's Advocate, qu’il administra durant quinze années[2]. En 1907, il fut délégué pour représenter les colons de la colonie de la rivière Orange lors d’une conférence à Londres auprès du gouvernement britannique ; l’année suivante, il s’entretint avec le premier comte de Crewe, alors secrétaire d’État aux Colonies, pour y soutenir les intérêts des colons sud-africains. En 1914, Beamish créa le British Citizen Movement (BCM), organisation de propagande anti-allemande préconisant l’acquisition exclusive de produits britanniques afin de contribuer à l’effort de guerre. Il apporta ensuite son concours à la Consumers' Alliance, qui œuvrait à l’exclusion des commerçants allemands en Afrique du Sud[2].
Durant la Première Guerre mondiale, Beamish servit au sein du régiment du Natal, unité de l'infanterie sud-africaine[3]. À l'issue du conflit, il regagna l'Angleterre, où il professa une conviction forgée par son séjour africain : celle d’avoir, selon ses termes, « découvert » l’existence d’une conjuration juive à l’échelle mondiale[4],[3].
Activisme antisémite en Grande-Bretagne
De retour à Londres, Henry Hamilton Beamish se porta candidat indépendant lors de l’élection partielle de Clapham en 1918. Il fit campagne sur un programme axé sur un soutien inconditionnel au Premier ministre afin de « pourchasser l’Allemagne et la contraindre à assumer l’entière responsabilité pécuniaire du conflit »[4]. Il recueillit 43 % des suffrages[4], mais fut défait par le candidat officiel du gouvernement, qui l’emporta par une marge de 1 181 voix[5]. Lors des élections générales de décembre de la même année, Beamish se représenta sous l’étiquette de la Fédération nationale des marins et soldats démobilisés. Il termina en seconde position, devancé par 6 706 voix[4].
Il s’affilia initialement à la Ligue des justiciers, placée sous l’égide de Noel Pemberton Billing. À la suite d’une scission au sein de cette organisation, il cofonda, avec le docteur J.H. Clarke, l’entité désignée sous le nom de The Britons en 1919, structure explicitement vouée à la propagation d’une propagande antisémite[3],[1]. Beamish noua également une relation d’amitié avec le lieutenant-commandant Harry M. Frazer, fondateur du Parti de l’Insigne d’argent. Dans une démarche délibérément provocatrice visant à capter l’attention du public, Beamish et Frazer conçurent et apposèrent, en , une affiche diffamatoire prenant pour cible l’homme politique britannique d’origine juive Alfred Mond, alors Premier commissaire aux Travaux publics, l’accusant de félonie envers la patrie. Mond intenta une action en diffamation et obtint satisfaction devant les tribunaux, se voyant allouer 5 000 livres sterling à titre de dommages et intérêts. Pour se soustraire au paiement de cette condamnation, Beamish quitta précipitamment la Grande-Bretagne et gagna l’Afrique du Sud[6],[3].
À la suite de cet épisode, Henry Hamilton Beamish déserta quasiment la Grande-Bretagne, lui préférant une itinérance mondiale au service de la propagation de théories antisémites[7],[3]. S’il conserva nominalement la présidence de la société The Britons jusqu’à son décès en 1947, il se détourna substantiellement des activités de celle-ci. Son implication se limita dès lors à deux réapparitions publiques notables, survenues respectivement en 1923 et 1932[8].
Exil volontaire
Établi en Rhodésie dès 1920[9], Beamish gagna l'Allemagne en 1923 où, le , il pérora lors d'une assemblée présidée par Hitler au Circus Krone. Son allocution, déclamée en langue anglaise, fut truchotée par Dietrich Eckart[8],[3]. Il argua, de manière fort sujette à caution, avoir exercé la fonction de précepteur auprès d'Adolf Hitler[10]. Beamish occupa la vice-présidence de l'Imperial Fascist League[11]. En 1932, il intervint lors d'un conciliabule du New Party aux côtés d'Arnold Leese, traitant de « l'aveuglement de la politique britannique sous l'emprise du numéraire juif ». Par ailleurs, il ne marqua qu'une faible appétence pour les desseins d'Oswald Mosley[9]. Qualifié par un magistrat sud-africain en 1934 de « fanatique antijuif »[12], il part vers les États-Unis en 1935, y officiant comme un truchement transatlantique de l'exécration pro-nazie[13]. En 1936, Beamish regagna l'Angleterre pour s'affilier à la Ligue Nordique, officine antisémite instituée avec le concours de l'Allemagne l'année précédente[9].
En 1936, au mois de septembre, Beamish gagna l'empire du Japon avant de s'en aller pérorer, dès l'octobre suivant[14], devant une assemblée du Parti nationaliste canadien à Winnipeg. Sur l'invitation de Joachim von Ribbentrop, alors ministre des Affaires étrangères du Reich, il entreprit en décembre une pérégrination de conférences d'envergure à travers l'Allemagne nazie. C’est à Nuremberg, en [15], qu’il s’aboucha avec Julius Streicher, autre zélateur d'un antisémitisme forcené. En septembre de la même année, Beamish prêta son concours à un congrès international antisémitique placé sous l'égide d'Ulrich Fleischhauer[16]. Ses activités le menèrent également en Amérique septentrionale où il s'exprima lors de conventicules aux côtés du chef fasciste Adrien Arcand, singulièrement dans le cadre de réunions orchestrées par le Bund germano-américain[17].
Dernières années
Beamish réintégra la Rhodésie du Sud en 1938. Il accéda à l'Assemblée législative de ce territoire en août de la même année à la faveur d'une élection partielle, siégeant en tant que député indépendant. Toutefois, il ne conserva pas son mandat au-delà des élections générales d'. Son internement fut ordonné à compter de , en raison de ses sympathies à l'endroit du régime nazi. Après sa libération en , il se fixa sur une exploitation agricole aux abords de Salisbury. Durant cette période, il prit ses distances avec l'association The Britons. Dans une épître rédigée deux mois avant son trépas, il lui reprocha de s'être détournée de son « unique objectif », qu'il définissait comme la « dénonciation de la menace juive »[18]. Beamish s'éteignit le [8].
Vues
Beamish figura parmi les premiers adeptes du Plan Madagascar, proposition visant à résoudre ce que ses contemporains nommaient « la question juive »[15]. Dès l'orée des années 1920, il énonça l'équation selon laquelle « le bolchevisme était le judaïsme »[5].