L'Étendard révolutionnaire

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Format
Date de création
30 juillet 1882
Date de fin
23 octobre 1882
L'Étendard révolutionnaire
Numéro spécial saisi au domicile d'un membre suspecté de la Bande noire, Guillaume Delhomme à Montceau-les-Mines (AD de Saône-et-Loire - 2 U 707 - courtoisie d'Archives Anarchistes)
Format
Fondateur
Date de création
30 juillet 1882
Date de fin
23 octobre 1882
Lieu de publication
Lyon

L'Étendard révolutionnaire est un journal anarchiste publié à Lyon entre juillet et . Il succède au Droit social, interrompu une semaine avant qu'il ne commence à publier et est l'une des premières publications anarchistes en France après La Révolution sociale de Serraux (1880) et laisse place à La Lutte.

Le journal rassemble un certain nombre de figures de l'anarchisme à Lyon de cette période, comme Toussaint Bordat ou Antoine Cyvoct, l'un de ses gérants. Il entretient des liens avec la Bande noire, que Bordat visite pendant les troubles de Montceau-les-Mines et qui publie des communiqués dans le journal où le groupe est l'un des premiers à utiliser le drapeau noir comme symbole anarchiste.

Suite à l'attentat de l'Assommoir, en , il s'interrompt - en partie car Cyvoct est en procès pour l'attentat et qu'un important mouvement de répression touche les anarchistes en France, culminant dans le procès des 66 en . Cyvoct est acquitté pour l'attentat mais condamné à mort pour avoir supposément écrit un article l'ayant provoqué.

Il fait partie de la première période de presse anarchiste lyonnaise, comportant une série de journaux proches les uns des autres et se succédant entre les interdictions, dont Le Droit social, L'Étendard révolutionnaire, La Lutte, Le Drapeau noir, L'Émeute, Le Défi, L'Hydre anarchiste, L'Alarme ou encore Le Droit anarchique.

Contexte

Naissance et développement de l'anarchisme

Le développement du capitalisme voit la formation de plusieurs idéologies et mouvements politiques qui lui sont opposés, en particulier l'anarchisme, le marxisme et le socialisme[1]. Les anarchistes défendent la lutte contre toutes formes de domination perçues comme injustes, parmi lesquelles on trouve la domination économique, avec le développement du capitalisme[2]. Ils sont particulièrement opposés à l'État, vu comme l'institution permettant d'entériner un bon nombre de ces dominations au travers de sa police, son armée et sa propagande[3].

À la différence des marxistes, qui pensent que pour atteindre le communisme, où tous les biens sont possédés en commun, il faudrait conserver l'État un certain temps, une phase supposément transitoire désignée sous le nom de dictature du prolétariat, les anarchistes comme Bakounine pensent cette phase transitoire très problématique et menant vers la dictature[1]. Les oppositions théoriques à ce sujet, entre autres, et personnelles entre Bakounine et Marx voient ce dernier faire exclure les anarchistes de la Première Internationale au congrès de la Haye (1872)[1]. Celui-ci se rassemble alors avec d'autres anarchistes et fonde l'Internationale anti-autoritaire, une fédération cherchant à rassembler les anarchistes et leur permettre d'agir et de penser ensemble ; une de ses branches importantes est la Fédération jurassienne, fondée dans le Jura suisse et qui essaime autour de sa région[1].

Situation de l'anarchisme à Lyon

Lyon et la région lyonnaise de manière générale deviennent vite un pôle important de l'anarchisme[4] - les anarchistes y forment une Fédération Lyonnaise[4],[5]. Les anarchistes lyonnais évoluent donc dans un climat de répression et de surveillance de la part des autorités françaises[4],[6]. En 1878, ils décident toutefois de se doter d'un journal et fondent une société, le Droit social, destinée à réunir des fonds pour la fondation d'un journal éponyme[6]. Malheureusement pour eux, la loi oblige alors à faire un cautionnement - c'est-à-dire un dépôt de fonds auprès des autorités - pour avoir le droit de publier, ce qui rend alors une telle initiative difficile pour des raisons financières mais aussi pratiques, les journaux anarchistes ayant tendance à être rapidement interdits en France[6],[7].

En 1882, après la nouvelle loi sur la liberté de la presse de 1881, la situation évolue avec la suppression de ce cautionnement, et le Droit social est fondé à Lyon en [6]. Il est très surveillé par les autorités françaises ; chaque numéro est analysé avec parcimonie, le commissaire spécial de Lyon cherche à découvrir les auteurs précis de chaque article et les autorités engagent des poursuites nombreuses contre les gérants successifs du journal, qui change plusieurs fois de nom[6]. Il s'arrête le [6].

L'Étendard révolutionnaire

L’Étendard Révolutionnaire, organe anarchiste hebdomadaire, n°1, 30 juillet 1882.

Une semaine après l'arrêt du précédent journal, le , L'Étendard révolutionnaire publie son premier numéro[6]. Aucun article n'est signé mais il est estimé que les anarchistes suivants participent au journal - un groupe proche voire identique avec celui du Droit social[8] :

Félicien Bonnet, Toussaint Bordat, Jean Marie Bourdon, Jean Antoine Coindre, Joseph Cottaz, Claude Crestin, Antoine Cyvoct, Joseph Damians, François Dejoux, Nicolas Didelin (petit-cousin de Louise Michel[9]), Régis Faure, Georges Garraud, César Mathon, Hyacinthe Trenta, Joseph Trenta.

L'imprimeur en charge est Pastel, qui collabore avec les autorités françaises pour transmettre des informations sur celui-ci[6],[8]. La publication, à travers Toussaint Bordat, est en lien avec la Bande noire et les troubles de Montceau-les-Mines : le journal publie ainsi un communiqué de la Bande noire où celle-ci utilise le drapeau noir comme symbole, huit mois avant la manifestation du 9 mars 1883 où Louise Michel arbore ce drapeau et en fait un symbole central du mouvement anarchiste[10],[11],[12]. Bordat se rend aussi personnellement à Montceau-les-Mines et y parle publiquement en soutenant les mineurs[13].

Lyon est alors dans une situation particulièrement volatile, d'autant plus que la ville est touchée par une large famine à cette période - les enfants doivent se rendre devant les casernes pour mendier du pain aux militaires pour leurs familles[4],[6]. Le , quatre jours après l'émeute ou la révolte lancée par la Bande noire à Montceau-les-Mines, les locaux de L'Étendard révolutionnaire sont perquisitionnés[4]. La répression sur la publication s'accroît dans les mois qui suivent, alors que la Bande noire poursuit ses attaques et que le procès des premiers arrêtés approche - le mouvement lyonnais est fortement réprimé[4],[6].

Attentat de l'Assommoir, L'Illustration (4 novembre 1882)

En , alors que le procès des accusés pour l'émeute de la Bande noire est en cours depuis six jours, un attentat anarchiste à la bombe fait exploser le restaurant du théâtre Bellecour, le - quand trois assaillants dont Fanny Madignier attaquent un restaurant associé à la bourgeoisie lyonnaise en y jetant une bombe - une personne ayant souhaité éteindre le projectile enflammé a les jambes pulvérisées et meurt des suites de ses blessures quatre jours plus tard. Un deuxième attentat se produit le même jour contre une caserne à Lyon[4].

Il s'agit du jour correspondant à la dernière publication de L'Étendard révolutionnaire, qui s'interrompt ensuite[8]. Son gérant du moment, Antoine Cyvoct, est en effet accusé par les autorités françaises d'être le principal responsable de l'attentat - il aurait nommément visé le restaurant dans un article et se serait trouvé à Lyon au moment des faits[4]. Celui-ci nie ces éléments - y compris après sa libération quatorze ans plus tard - en soutenant qu'il se serait trouvé en Suisse à ce moment et pas à Lyon et qu'il ne serait pas l'auteur de l'article incriminé[4]. Il est jugé, acquitté pour la participation à l'attentat mais reconnu l'auteur de l'article de presse incriminé et condamné à mort[4]. Cette peine est ensuite commuée au bagne à perpétuité avant qu'il ne soit libéré en 1897[4]. En parallèle, le procès des 66 en début 1883 est le sommet de cet épisode de répression importante qui touche le mouvement anarchiste en France[4],[6].

Selon Bordat, Bonthoux et Daman lui-même, Daman aurait été le signataire de l'article incriminé - il se peut que Valadier en ait été l'auteur[4].

En tout, L'Étendard révolutionnaire publie 12 numéros et laisse place à La Lutte[8].

Publications

Références

Bibliographie

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