Luc Marchal

militaire belge From Wikipedia, the free encyclopedia

Luc Marchal est un officier supérieur de l’armée belge à la retraite, il commande le contingent belge intégré à la Mission d’assistance des Nations Unies pour le Rwanda (MINUAR) durant le génocide des Tutsi en 1994. À ce titre, il est commandant de secteur pour la zone de Kigali, assumant la responsabilité des opérations de maintien de la paix dans la capitale rwandaise.

Activité
MilitaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Grade militaire
Faits en bref Activité, Arme ...
Luc Marchal
Biographie
Activité
MilitaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Arme
Grade militaire
Conflit
Fermer

Biographie

En 1994, Luc Marchal compte trente ans de carrière au seins des forces armées belges, dont la moitié passé dans les unités de para-commandos. Avant son affectation au Rwanda, il exerce les fonctions de chef d'état-major auprès du ministre de la Défense[1]. Son parcours inclut une présence de cinq ans au Zaïre[1], e qui lui donne une bonne connaissance de l'Afrique subsaharienne. Le lieutenant-général canadien Roméo Dallaire, commandant de la Mission d'assistance des Nations unies pour le Rwanda (MINUAR), souligne l'absence de préjugés coloniaux chez Marchal, et met en avant sa capacité à coordonner des contingents issus d’armées moins bien préparées[2].

Service au Rwanda 1993/94

Luc Marchal arrive au Rwanda le 9 décembre 1993[1]. Officier le plus gradé au sein du détachement belge, il exerce le commandement d'un effectif de quatre cent quarante hommes intégrés à la Mission des Nations unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR). En raison de son niveau d’entraînement et de son équipement, cette unité constitue l’élément principal de la force de la MINUAR. Bien que Marchal assume ses fonctions dès le mois d'octobre, il exprime, préalablement à sa projection, des réserves quant à l'indigence de la puissance de feu allouée, jugée insuffisante pour garantir l'exfiltration des ressortissants. Ses inquiétudes sont alors éludées par sa hiérarchie, qui dépeint la mission sous des traits iréniques. L’engagement du Royaume de Belgique répond à une double finalité diplomatique : assurer la sécurité de ses nationaux établis sur le territoire et pallier le discrédit consécutif à son désengagement de Somalie. En dépit de sollicitations réitérées auprès des autorités bruxelloises, Marchal ne reçoit aucune instruction claire. Aucune directive stratégique ni règles d'engagement ne lui sont transmises, laissant le contingent dans l'incertitude quant au cadre légal de ses interventions coercitives ou préventives[3].

Au fil des opérations, le général Dallaire se plaint du manque de documentation sur le pays et d’analyses de la situation. Ses demandes de moyens de renseignement adressées au siège des Nations unies sont rejetées, cette capacité étant jugée incompatible avec une mission de maintien de la paix. Il charge alors le colonel Marchal de transmettre une sollicitation d'assistance au Service général du renseignement et de la sécurité (SGR) belge. Deux agents sont envoyés sur place et mettent en place un petit réseau de collecte d’informations. Les renseignements obtenus sont transmis à Bruxelles, mais ne parviennent pas directement au général Dallaire[4].

L'officier Marchal assume la direction du secteur de Kigali au sein de la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR). Sa mission prioritaire consiste à administrer la Zone de Consigne des Armes de Kigali (ZSAK). Ce périmètre, délimité par un rayon de dix kilomètres à partir de l'épicentre urbain, impose aux belligérants — les Forces armées rwandaises (FAR) et le Front patriotique rwandais (FPR) — la mise en dépôt de leurs matériels de guerre et munitions. Ce dispositif de neutralisation militaire constitue l'un des fondements synallagmatiques des accords d'Arusha, signés en 1993 afin de clore la guerre civile[5]. Le 27 décembre 1993, Marchal coordonne l'acheminement d'un bataillon du FPR vers le Conseil national pour le développement (CND), édifice institutionnel destiné à abriter l'escorte de Jacques Bihozagera, alors vice-Premier ministre de transition. Bien que Marchal récuse la présence de six cents fantassins dotés d'armes approvisionnées — ce qui contrevient manifestement aux prescriptions de la ZSAK —, les autorités lui opposent l'extra-territorialité juridique du CND, arguant que les clauses de démilitarisation d'Arusha ne sauraient s'étendre à l'enceinte même du bâtiment[6].

Le 10 janvier 1994, Faustin Twagiramungu, alors Premier ministre désigné du gouvernement de transition, notifie au général Roméo Dallaire l’existence d’un transfuge au sein des milices Interahamwe. Dès le lendemain, sous l'égide du commandant de la Mission des Nations Unies pour l'assistance au Rwanda (MINUAR), le colonel Luc Marchal supervise un entretien avec cet informateur, dont l'identité est dissimulée sous le cryptonyme « Jean-Pierre ». Ce dernier dévoile un dispositif concerté d'instruction paramilitaire, de structuration logistique et de distribution d'armements, dont la finalité avérée est l'extermination de la population tutsi[7],[8]. Cette dénonciation permet à l’état-major de la force internationale d'entrevoir la possibilité de circonscrire et de juguler cette puissance occulte, rompant ainsi avec une stratégie jusque-là purement réactive[9]. En conséquence, Marchal se voit confier l'élaboration de quatre incursions concomitantes visant à démanteler les entrepôts de matériel de guerre identifiés. Pour le commandement de la MINUAR, ces opérations coercitives s'inscrivent strictement dans le cadre de leur mission : elles répondent à la violation manifeste de l'Accord de Sjögren-Kuj relatif aux zones de consigne d'armes et aux entorses caractérisées aux accords d'Arusha, tout en visant à prévenir une menace imminente contre l'intégrité des contingents onusiens[10].

Un tableau noir au camp de Kigali, où dix soldats belges ont été tués au début du génocide des Tutsi. Remarquez les noms « Dallaire » et « Marchal » à droite du tableau et la question « Avez-vous des oreilles, des yeux ? »

Conséquences

Traduit devant une cour martiale belge, le colonel Marchal est alors accusé de négligence, faute à laquelle on impute la mort des dix Casques bleus belges. Il bénéficie toutefois d’un acquittement au mois de juillet 1996[11]. Une commission d’enquête du Sénat belge met en lumière, en 2007, que des tentatives de diversion ont visé tant Marchal que Dallaire, afin de soustraire à l’examen les erreurs d’appréciation imputables au gouvernement belge. Une décennie plus tard, Marchal dépose devant la justice belge lors du procès de l’ex-major des FAR, Bernard Ntuyahaga ; ce dernier est reconnu coupable du meurtre des militaires belges et se voit infliger une peine de vingt années de réclusion criminelle au mois de juillet 2007[12].

Publications

  • Luc Marchal, Rwanda: la descente aux enfers. Témoignage d'un peacekeeper: Décembre 1993-Avril 1994, Paris, Éditions Labor, (ISBN 978-2-8040-1632-6)

Références

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI