Mémorial des gardiens de la paix Belges
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Mémorial |
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Le mémorial des gardiens de la paix Belges au Rwanda est situé dans l'enceinte de la base de la Minuar à Kigali. 10 colonnes érigées commémorent le souvenir des soldats belges morts lors du déclenchement des tueries de lors du Génocide des Tutsi au Rwanda.
Le mémorial est l'un de ceux qui n'est pas construit sur la place. Ce mémorial fait partie d'un ensemble de sites commémoratifs nationaux au Rwanda qui commémorent le Génocide des Tutsi au Rwanda.
Les autres sont le Centre commémoratif de Murambi, le Centre commémoratif du génocide de Bisesero, le Mémorial du génocide à Ntarama, le Mémorial du génocide à Kigali et le Mémorial de Nyarubuye[1].
Il existe plus de 250 sites commémoratifs enregistrés qui commémorent le génocide au Rwanda[2].
Histoire et contexte
Le Rwanda de la fin des années 50, période de la grande vague de décolonisation, connait une exacerbation des tensions sociales et des violences ethniques. Celles-ci se perpétue après que le pays ait acquis son indépendance de la tutelle belge en 1962[3].
En , grâce aux efforts de rétablissement de la paix de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et des gouvernements de la région, la signature de l’Accord de paix d’Arusha semble avoir mis fin au conflit (débuté en 1990) entre le gouvernement rwandais de l’époque et le Front patriotique rwandais (FPR)[3]. En , le Conseil de sécurité de l’ONU créa la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (MINUAR) dont le mandat consiste à maintenir la paix, à assurer une assistance humanitaire et, d’une manière générale, à appuyer le processus de paix[3].
Le , la mort des Présidents du Burundi et du Rwanda dans un accident d'avion provoqué par un tir de missile, déclenche le génocide des Tutsis qui était préparé depuis plusieurs mois[3]. On estime à environ 1 million le nombre des victimes assassinées. Moins d'une demi-heure après que l'avion se soit écrasé, des barrages contrôlés par des miliciens hutus, souvent aidés par la gendarmerie ou par du personnel militaire, sont mis en place pour identifier et massacrer les Tutsis[3].
Le , la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) diffuse une émission attribuant la responsabilité de l'accident d'avion au FPR et aux soldats belges de la MINUAR, et commence à inciter les Hutus à éliminer les « cafards tutsis »[3]. Plus tard au cours de cette même journée, la Première ministre, Mme Agathe Uwilingiyimana et 10 casques bleus belges chargés de la protéger sont brutalement assassinés par des soldats du Gouvernement rwandais. Après le massacre de ses soldats, la Belgique décide de retirer ses casques bleus[3].
Déroulement des 6 et 7 avril 1994 du point de vue des soldats de la compagnie du 2nd Commando
6 avril, 20h30: L'avion arrivant à l'aéroport de Kigali, transportant le président du Rwanda, Juvenal Habyarimana, et le président du Burundi, Cyprien Ntaryamira, est abattu par des missiles sol-air, tuant également deux ministres burundais, le chef d'état-major de l'armée rwandaise, des membres du cabinet et l'équipage français[3].
Le cessez-le-feu prend fin abruptement. Des rumeurs se répandent selon lesquelles les Belges auraient abattu l'avion du Président[3].
22h00: Un comité de crise est mis en place. Le général Roméo Dallaire, commandant de la MINUAR, se rend à la réunion et y trouve le colonel Théoneste Bagosora, chef d'état-major du ministre de la Défense en charge[4]. La proposition de laisser la Première ministre, Mme Agathe Uwilingiyimana, normalement en tête de la ligne de succession, s'adresser à la nation, est rejetée[3].
7 avril, 01h18: Néanmoins, sur ordre du général Dallaire, le commandant de secteur de la MINUAR pour Kigali, le colonel Luc Marchal, charge le 2" bataillon du commando belge d'escorter la Première ministre à Radio Rwanda et de sécuriser le site[4]. Elle est censée s'adresser à la nation à 05h30[3].
Le lieutenant-colonel Joseph Dewez, commandant du bataillon, exprime ses doutes sur cette mission dans cet environnement très tendu[3].
02h16: Le lieutenant Thierry Lotin, dont le peloton Mortiers du 2nd Bataillon de commandos se trouve à l'aéroport avec ses deux jeeps pour y faire le plein d'essence, se voit attribuer cette mission. Il doit prendre quatre jeeps (le double d'une escorte normale)[3].
03h19: En route pour exécuter la mission, le lieutenant Lotin est arrêté à un barrage routier à seulement I kilomètre du domicile de la Première ministre. Il perd un temps précieux à négocier et à attendre un officier de liaison rwandais qui ne se présente jamais.
05h12: Le lieutenant Lotin est finalement guidé sur une autre route. Dans la ville, on entend des coups de feu sporadiques tout autour.
05h42: Les jeeps du peloton Mortiers arrivent à leur objectif. Les hommes rencontrent cinq soldats ghanéens de la MINUAR et cinq gendarmes rwandais, affectés à la sécurité de la Première ministre. Immédiatement après, des soldats rwandais avec des véhicules blindés et des gardes présidentiels encerclent leur position et ouvrent le feu sur le domicile.
05h47: Le lieutenant Lotin fait le point sur sa situation. La mission d'escorte à la station radio est annulée. Le peloton du lieutenant Lotin ne riposte pas, car les soldats rwandais ne leur tirent pas dessus. Le lieutenant-colonel Dewez leur conseille également de ne pas le faire.
06h03: Le peloton rapporte que ses jeeps sont détruites.
06h55: Les soldats rwandais ordonnent au peloton de déposer les armes et de se rendre. Le lieutenant-colonel Dewez conseille au lieutenant Lotin de ne pas le faire, mais de négocier.
07h00: Un commandant de compagnie du 2nd Commando, à environ deux kilomètres du domicile de la Première ministre, propose d'intervenir avec un peloton renforcé. La direction du bataillon rejette la proposition.
07h40: La Première ministre se réfugie dans une maison voisine, escortée par les gendarmes. Plus tard (11h45), elle et son mari seront découverts par une unité de la Garde présidentielle et exécutés.
08h44: Le lieutenant Lotin fait part de l'agressivité des soldats rwandais autour de lui. Le 2nd bataillon demande des directives au colonel Marchal, qui écoute sur la fréquence du bataillon.
08h49: Le lieutenant-colonel Dewez répète au peloton de ne pas déposer les armes, mais il est trop tard: quatre des hommes sont déjà désarmés et immobilisés au sol. Le lieutenant Lotin se rend avec l'approbation du commandement du bataillon et du secteur.
Le peloton belge et les soldats ghanéens sont faits prisonniers par le major Bernard Ntuyahaga du quartier général de l'armée rwandaise. Ils sont transportés en minibus vers un endroit sur
Vers 09h00, ils arrivent à Camp Kigali, un camp militaire rwandais, à une courte distance de là.
À son arrivée, le lieutenant Lotin rencontre le capitaine Kodjo Apedo, au local de permanence ONU voisin. Le capitaine est un officier de liaison togolais de la MINUAR dans le camp.
Au même moment, le major Ntuyehaga fait circuler la rumeur que ses prisonniers belges sont ceux qui ont abattu l’avion présidentiel. Il excite les soldats rwandais présents. La foule, armée de crosses, de pierres et de fusils, commence à battre et à lyncher les prisonniers non armés.
09h06 : Le lieutenant peut contacter une dernière fois son échelon supérieur pour l’informer de sa situation difficile, en utilisant la radio du capitaine togolais.
09h08 : Le lieutenant-colonel Dewez demande l’appui du commandement du secteur pour intervenir. Le colonel Marchal informe un membre de l’état-major du général Dallaire et propose d’aborder cette question avec les dirigeants rwandais lors d’une réunion prévue pour 10h00[4].
Entre-temps, quatre hommes du lieutenant Lotin succombent aux coups et aux charges de baïonnettes. Les autres, grièvement blessés, s’échappent de la foule et parviennent à rejoindre le lieutenant Lotin dans le local de permanence ONU. Ils s’y barricadent et commencent à se battre pour leur vie.
La mutinerie à Camp Kigali est totale lorsque les soldats rwandais fracturent les magasins d’armements du camp pour s’armer. Le local est la cible de tirs nourris, et un autre Para-Commando belge est tué.
Pendant une pause dans l’attaque, le capitaine Apedo et les cinq soldats ghanéens sont extraits du local de permanence.
Juste avant 10h00: Le général Dallaire quitte son quartier général pour se rendre à la réunion. Il met une heure pour arriver. Il est informé d'un incident impliquant des soldats belges de la MINUAR[4].
10h40: En voulant pénétrer dans le local, un soldat rwandais est désarmé et tué par le lieutenant Lotin qui avait pu garder son revolver. Des coups de feu sont échangés. Des soldats rwandais sont blessés et tués.
10h50: En se rendant à sa réunion, le général Dallaire passe devant l'entrée de Camp Kigali, à seulement 30 mètres de l'incident. Il voit des corps de soldats de la MINUAR allongés sur le sol. II ordonne d'arrêter le véhicule, mais son chauffeur rwandais refuse, lui disant qu'ils seraient en danger car une mutinerie était en cours[4].
10h55: Le général Dallaire arrive sur le lieu de la réunion, à 200 mètres seulement de l'incident, où il rencontre le capitaine Apedo et les soldats ghanéens, qui avaient été autorisés à quitter le camp[4]. Ils l'informent de ce qui se passe à Camp Kigali. Étonnamment, le général Dallaire ne prend aucune initiative pour s'occuper de cette situation. Il ne mentionne même pas l'incident lors de la réunion qui dure jusqu'à 12h15. Comme il l'a mentionné dans son livre J'ai serré la main du diable: il essayait de comprendre la situation.
Vers 13h00: Des gaz lacrymogènes et des grenades sont projetés à travers un trou dans le toit. Cela met fin à la résistance héroïque des Para-Commandos belges[3].
Dans l'après-midi, leurs corps pillés et mutilés sont évacués vers la morgue de l'hôpital de Kigali et entassés. Le soir, le général Dallaire se rend à l'hôpital. Il est incapable de dire combien de ses soldats avaient péri[4].Commémoration des victimes Belges
Selon la résolution 2150 du Conseil de sécurité des Nations unies (adoptée à l'unanimité en 2014), relative à la prévention et à la lutte contre le génocide, le génocide des Tutsis au Rwanda a, en l'espace de 100 jours, enlevé la vie à environ un million de personnes. Au cours du génocide des Tutsis, des Hutus et d'autres personnes opposées au génocide ont également été tués[3].

La Belgique déplore pour sa part 22 victimes, 10 casques bleus chargés de la protection de la Première ministre Agathe Uwilingiyimana (également tuée) ainsi que 12 civils, assassinés principalement parce qu'ils étaient belges[3].
Liste des 22 victimes belges de 1994
Christine André | Bruno Bassinne[5],[6] | Claire Beckers-Bucyana | Katia Bucyana | Albert Craemers | Alain Debatty | Olivier Dulieu | Christophe Dupont | Michel Gigi | Antoine Godfriaux | Paul Kesenne | Yannick Leroy | Hélène Laveque | Stéphane Lhoir | Thierry Lotin | Bruno Meaux | Louis Plescia | Christophe Renwa | Annie Roland-Mugwaneza | Etienne Staelgraeve | Marc Uyttebroeck | Paul Van Vynckt[3],[7],[8],[9]
Plaque commémorative du gouvernement belge et 10 pierres comémorales au 7 april 2000 à la mémoire des 10 soldats belges assassinés à Kigali le , en mission pour la Paix au Rwanda[3]
Hommage du gouvernement belge, le [3].
Rôle des Médias de la Haine
Présentés comme complices du FPR ou encore responsables de l'assassinat du président Habyarimana, les Belges font partie des étrangers qui ont été particulièrement visés par la propagande des « médias de la haine»; surtout par la Radio Télévision Libre des Mille Collines (RTLM) ou le journal Kangura[10].
La préparation de l'extermination des Tutsis ainsi que le ciblage des Belges, les militaires en particulier, avaient été annoncés dans le "Genocide Fax". Ce fax est envoyé par Roméo Dallaire au siège de l'ONU à New York le , soit près de trois mois avant le début du génocide des Tutsis[4]. Il fait état de l'entretien de son auteur avec un responsable des milices Interahamwe, informé des plans de génocide et est symbolique de l'échec de la communauté internationale à prévenir le génocide des Tutsis au Rwanda.
Extraits du "Genocide Fax":
« 2. HE INFORMED US HE WAS IN CHARGE OF LAST SATURDAYS DEMONSTRATIONS WHICH AIMS WERE TO TARGET DEPUTIES OF OPPOSITION PARTIES COMING TO CEREMONIES AND BELGIAN SOLDIERS. THEY HOPED TO PROVOKE THE RPP BN TO ENGAGE (BEING FIRED UPON) THE DEMONSTRATORS AND PROVOKE A CIVIL WAR. DEPUTIES WERE TO BE ASSASSINATED UPON ENTRY OR EXIT FROM. PARLIAMENT. BELGIAN TROOPS WERE TO BE PROVOKED AND IF BELGIANS SOLDIERS RESORTED TO FORCE A NUMBER OF THEM WERE TO BE KILLED AND THUS GUARANTEE BELGIAN WITHDRAWAL FROM RWANDA.
6. PRINCIPAL AIM OF INTERHAMWE IN THE PAST WAS TO PROTECT KIGALI FROM RPF. SINCE UNAMIR MANDATE HE HAS BEEN ORDERED TO REGISTER ALL TUTSI IN KIGALI. HE SUSPECTS IT IS FOR THEIR EXTERMINATION. EXAMPLE HE GAVE WAS THAT IN 20 MINUTES HIS PERSONNEL COULD KILL UP TO 1000 TUTSIS. »
Rôle de la Belgique & Conséquences
En , le Sénat belge décide d'ouvrir une commission d'enquête parlementaire sur le génocide des Tutsis au Rwanda.
Les conclusions de ce rapport soulignent principalement une responsabilité collective[3]:
« La commission est convaincue qu'outre les responsables rwandais, des autorités politiques et militaires de la Belgique, des Nations unies et de l'ensemble de la communauté internationale sont directement ou indirectement responsables de certains aspects des événements dramatiques postérieurs au 6 avril 1994 au Rwanda. (...) C'est un concours de circonstances, de négligences et de mauvaises évaluations et également d'erreurs qui ont mené au drame. »
Lors de son discours historique du à l'occasion de la 6° commémoration du génocide des Tutsis tenue à Kigali, Guy Verhofstadt (alors Premier ministre) reconnait, face aux Rwandais, les responsabilités de la Belgique dans le génocide de 1994[3]:
« Au nom de mon pays,
je m'incline devant les victimes du génocide. Au nom de mon pays, au nom de mon peuple, je vous demande pardon. »