Métopes du Parthénon

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Métopes du Parthénon
Métope sud XXVIICentaure et Lapithe (British Museum)
Métope sud XXVII
Centaure et Lapithe (British Museum)
Localisation
Pays Grèce, Royaume-Uni, France
Ville Athènes, Londres, Paris
Musée Acropole d'Athènes, Musée de l'Acropole d'Athènes, British Museum, Musée du Louvre
Histoire
Lieu de construction Acropole d'Athènes
Date de construction 447 à 442 av. J.-C.
Ordonné par Périclès
Artiste Phidias et son atelier
Caractéristiques
Hauteur 1,20 m
Longueur 1,25 m
Largeur 35 cm
Grèce antique

Les métopes du Parthénon sont un ensemble de quatre-vingt-douze plaques sculptées carrées en marbre du Pentélique originellement situées au-dessus des colonnes du péristyle du Parthénon, sur l'Acropole d'Athènes. Si elles ont été réalisées par plusieurs artistes, le maître d'œuvre fut certainement Phidias. Elles furent sculptées entre 447 ou 446 av. J.-C. et au plus tard 438 av. J.-C., avec 442 av. J.-C. comme date probable d'achèvement. Elles sont pour la plupart très endommagées. Le plus souvent, il n'y a que deux personnages par métope.

Les interprétations de ces métopes ne sont que des conjectures, à partir de silhouettes parfois à peine discernables, par comparaison avec d'autres représentations contemporaines (vases principalement). Il y aurait un thème par côté du bâtiment, représentant un combat à chaque fois : amazonomachie à l'ouest, chute de Troie au nord, gigantomachie à l'est et combat des Centaures et des Lapithes au sud. Les métopes ont un thème uniquement guerrier, comme le décor de la statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos abritée dans le Parthénon. Il semble être une évocation de l'opposition entre l'ordre et le chaos, entre l'humain et l'animal (parfois les tendances animales dans l'humain), entre la civilisation et la barbarie, voire l'Occident et l'Orient. Ce thème général est considéré comme une métaphore des guerres médiques et donc une mise en valeur de la cité d'Athènes.

La majeure partie des métopes a été systématiquement détruite par les chrétiens au moment de la transformation du Parthénon en église vers le VIe ou VIIe siècle. Une poudrière installée dans le bâtiment par les Ottomans explosa lors du siège d'Athènes par les Vénitiens en septembre 1687, poursuivant la destruction. Les métopes sud sont les mieux conservées. Quatorze d'entre elles sont au British Museum de Londres et une se trouve au Louvre. Celles des autres côtés, très endommagées, sont à Athènes, parfois même encore en place sur le bâtiment.

Plan numéroté du Parthénon
Plan du Parthénon :
1) Pronaos (côté est)
2) Naos hécatompédos (côté est)
3) Statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos
4) Parthénon (salle des vierges, trésor) (côté ouest)
5) Opisthodome (côté ouest)

En 480 av. J.-C., les Perses saccagèrent l'Acropole d'Athènes dont un « pré-Parthénon » alors en construction[1],[2],[3]. Après leurs victoires de Salamine et Platées, les Athéniens auraient juré de ne pas achever les temples détruits mais de les laisser tels quels, en souvenir de la « barbarie » perse[2],[3].

La puissance d'Athènes grandit ensuite peu à peu, principalement au sein de la ligue de Délos qu'elle contrôlait de façon de plus en plus hégémonique. D'ailleurs, en 454 av. J.-C., le trésor de la ligue fut transféré de Délos à Athènes. Un vaste programme de constructions fut alors lancé, financé par ce trésor ; parmi celles-ci, le Parthénon[4],[5]. Ce bâtiment nouveau n'était pas prévu pour devenir un temple, mais un trésor destiné à accueillir la colossale statue chryséléphantine d'Athéna Parthénos[1].

Le Parthénon fut érigé entre 447 et 438 av. J.-C.[1]. Le « pré-Parthénon » (peu connu) était hexastyle. Son successeur, plus grand, fut octostyle (huit colonnes en façade et dix-sept sur les côtés du péristyle)[6] et mesurait 30,88 mètres de large pour 69,50 mètres de long[1]. Le sékos (partie fermée entourée du péristyle) en lui-même avait une largeur de 19 mètres[7]. Ainsi, deux grandes salles purent être créées : l'une, à l'est, pour accueillir la statue d'une douzaine de mètres de haut ; l'autre, à l'ouest, pour abriter le trésor de la ligue de Délos[1],[7]. Le chantier fut confié à Ictinos, Callicratès et Phidias. Le projet de décor était à la fois traditionnel dans sa forme (frontons et métopes) et inédit dans son ampleur. Les frontons furent plus grands et plus complexes que ce qui avait été fait jusque-là. Le nombre de métopes (92), toutes sculptées, était sans précédent, et ne fut jamais renouvelé. Enfin, alors que le temple était d'ordre dorique, le décor autour du sékos (normalement composé de métopes et triglyphes) fut remplacé par une frise d'ordre ionique[8],[9],[10].

Description générale

Bâtiment antique : haut des colonnes, entablement et toit. Décor sculpté en bas relief en haut et en arrière plan des colonnes cannelées
Détail de l'angle nord-ouest du Parthénon. Au-dessus des colonnes : la frise de style dorique, avec alternance de métopes et triglyphes. En arrière de la colonnade : la frise ionique qui entoure le naos, dite « frise des Panathénées ».

Structure d'ensemble

Sur les bâtiments doriques en marbre, les métopes décoraient l'entablement au-dessus de l'architrave, en alternance avec les triglyphes. Ces dernières étaient une réminiscence des poutres de bois qui soutenaient le toit. La partie entre les triglyphes, d'abord simple espace de pierre vierge, fut rapidement utilisée pour recevoir un décor sculpté[11].

Le Parthénon comptait quatre-vingt-douze métopes polychromes : quatorze sur chacune des façades est et ouest et trente-deux sur chacun des côtés nord et sud. Pour les désigner, les spécialistes les numérotent habituellement de gauche à droite avec des chiffres romains[12]. Elles furent sculptées sur des plaques de marbre du Pentélique pratiquement carrées : 1,20 mètre de haut pour une largeur variable, mais en moyenne de 1,25 mètre. À l'origine, le bloc de marbre mesurait 35 centimètres d'épaisseur : les sculptures furent réalisées en haut-relief, voire en très haut-relief à la limite de la ronde-bosse, se détachant d'environ 25 centimètres[13],[14],[15],[16],[17],[18]. Les métopes se trouvaient à une douzaine de mètres de hauteur et comptaient en moyenne deux personnages chacune[19].

Aucun bâtiment grec antique n'a jamais été orné d'un nombre aussi important de métopes, et de métopes avec un décor sculpté, ni avant ni après la construction du Parthénon. Sur le temple de Zeus à Olympie, plus ancien, seules celles du porche intérieur ont été sculptées ; sur le « Théséion », contemporain, seules celles de la façade est, et les quatre dernières (vers l'est) sur les côtés nord et sud, ont été sculptées[19].

Thèmes et interprétations

Il n'existe pas de description antique des métopes qui pourrait aussi en donner une interprétation définitive. La première évocation littéraire du décor sculpté du Parthénon fut écrite par Pausanias au IIe siècle apr. J.-C. ; il ne décrit cependant que les frontons[20],[21]. Malgré tout, un travail de comparaison avec les thèmes de la céramique attique contemporaine peut donner des pistes d'interprétation[20].

Le thème général des quatre-vingt-douze métopes est purement guerrier, comme pour la statue chryséléphantine d'Athéna[N 1], mais en contraste avec les frontons et la frise. Il semble s'agir d'une opposition entre l'ordre et le chaos, entre l'humain et l'animal (parfois entre les différentes tendances animales dans l'humain), entre la civilisation et la barbarie, voire entre l'Occident et l'Orient. L'ensemble est souvent considéré comme une métaphore des guerres médiques[19],[22],[23],[24]. Un thème sous-jacent pourrait être celui du mariage et le fait que la rupture de son harmonie entraîne le chaos[N 2]. Dès lors, on retrouverait comme ailleurs sur le Parthénon la célébration des valeurs civiques dont le mariage entre citoyens et filles de citoyens étaient un des fondements[25].

Les métopes des côtés est, nord et ouest ont beaucoup souffert principalement d'une destruction systématique par les chrétiens autour des VIe ou VIIe siècle : il est donc difficile de savoir avec précision ce qu'elles représentaient. À l'est, côté le plus important religieusement, le thème des métopes serait la gigantomachie. Zeus et Héra (ou Athéna) seraient représentés sur les métopes centrales, les combats s'organisant symétriquement autour d'elles. À l'ouest, elles représentaient des Grecs combattant des adversaires en costume oriental. L'interprétation la plus courante est qu'il s'agit de l'amazonomachie ; cependant, les métopes ont subi de tels dégâts qu'il est difficile de savoir si les adversaires des Grecs sont de sexe masculin ou féminin. S'il s'agissait d'hommes, alors il pourrait s'agir de Perses ; cependant, il existe peu de représentations de Perses à cheval. Lors du siège d'Athènes par les Vénitiens de Francesco Morosini en 1687, les métopes du côté nord furent très endommagées par l'explosion de la réserve de poudre installée dans le Parthénon. Cependant, des identifications ont été proposées : une des métopes représenterait Ménélas et sa voisine Hélène ; une autre encore Énée et Anchise. Le thème général de ce côté pourrait donc être la chute de Troie[19],[22],[23],[16],[26]. Enfin, les métopes sud n'ont pas été endommagées par l'iconoclasme chrétien, mais ont souffert de l'explosion de 1687. Les dernières qui restent, situées à chaque extrémité du Parthénon, représentent le combat des Centaures et des Lapithes, mais les métopes centrales, connues uniquement par des dessins attribués à Jacques Carrey suscitent des controverses d'interprétation. Certains archéologues considèrent qu'il pourrait s'agir d'un combat purement athénien entre humains et centaures[19],[16],[27].

Sculpture et peinture

La sculpture des métopes du Parthénon s'effectuait en plusieurs étapes. L'artiste commençait par dessiner les contours de ses personnages ; il enlevait ensuite le marbre en dehors du dessin, jusqu'au « fond » de la métope ; il continuait en détachant la figure du fond ; il terminait en affinant les personnages eux-mêmes. Il est possible que plusieurs sculpteurs, chacun spécialisé dans une de ces étapes, aient pu collaborer[28]. Le travail de sculpture a dû être réalisé au sol, avant que les métopes fussent mises en place, au sommet des murs. Les sculpteurs, nécessairement nombreux, commencèrent sûrement à travailler dès 447 ou 446 av. J.-C. pour achever leur œuvre avant 438 av. J.-C., date à laquelle les travaux pour le toit commencèrent ; 442 av. J.-C. ou un peu après est une date d'achèvement probable. De plus, s'il fallait que le décor sculpté fût fini, il n'en était pas de même pour la peinture ou les ornements en métal qui pouvaient être ajoutés plus tard[19],[29]. Certains artistes ont pu travailler sur plusieurs métopes. Ainsi, pour la métope est VI, Poséidon est dans la même position que le Lapithe sur la métope sud II, tandis que le géant en train de tomber est très proche du Lapithe sur la métope sud VIII, ce qui pourrait signifier qu'elles sont de la même main ; à moins qu'il n'y ait qu'inspiration et imitation[30].

Aucun nom de sculpteur n'a été conservé. Cependant, comme il existe de grandes différences de qualité et de style entre les métopes, il est fort probable qu'elles furent réalisées par plusieurs sculpteurs. Certaines d'entre elles apparaissent « anciennes », semblant dues à des artistes plus vieux ou plus conservateurs ; mais elles pourraient aussi avoir été réalisées en premier. Celles dont la qualité n'est pas au niveau des autres suggèrent aussi que devant l'ampleur du chantier, il a fallu employer tous les sculpteurs dont on disposait. Une dernière hypothèse fait la synthèse de toutes les autres : au début du chantier, de nombreux artistes furent embauchés ; mais au fur et à mesure de l'avancement des travaux, les moins bons furent peu à peu écartés, non sans avoir déjà produit les premières métopes, de moins bonne qualité[31],[32],[28],[16]. Plusieurs métopes sud sont d'une telle qualité qu'il a été conclu qu'elles devaient avoir été sculptées parmi les dernières[N 3] ; dans certains cas, des noms de sculpteurs comme Myron, Alcamène ou Phidias lui-même ont été évoqués[33]. Robert Spenser Stanier a proposé en 1953 une estimation d'un coût total de 10 talents pour la réalisation des métopes[34].

Les métopes du Parthénon étaient, comme le reste du décor, polychromes. Le fond était certainement de couleur rouge, en contraste avec les triglyphes en bleu moyen ou foncé. La corniche au-dessus de la métope devait aussi être colorée. Les personnages étaient peints, avec les yeux, les cheveux, les lèvres, les bijoux et les drapés rehaussés. Les peaux des figures masculines devaient être plus foncées que celles des personnages féminins. Certaines métopes[N 4] comprenaient des éléments de paysage, peut-être peints eux aussi. Le décor était fini avec l'ajout d'éléments (armes, roues ou harnachement) en bronze ou bronze doré, comme l'attestent les nombreux trous de fixation : on en compte plus de 120 sur les métopes sud, les mieux conservées. Ces éléments de décor pouvaient aussi servir à une identification plus rapide des personnages[35],[17]. Il existe des liens très forts entre les sujets des métopes et la statue chryséléphantine d'Athéna conservée dans le Parthénon. Cela pourrait signifier que Phidias fut le maître d'œuvre du chantier[19],[10].

Histoire et conservation

Histoire du Parthénon et de ses métopes

Gravure ancienne : scène de bataille, un bâtiment sur une colline explose
Explosion de la réserve de poudre installée dans le Parthénon lors du siège d'Athènes par les Vénitiens le 26 septembre 1687.

Le Parthénon fut ravagé par un incendie à une date mal déterminée durant l'Antiquité tardive, causant de graves dégâts dont la destruction du toit. La chaleur intense fissura de nombreux éléments de marbre, dont les entablements et par conséquent les métopes. Une restauration extensive fut réalisée : le toit fut refait mais ne couvrait plus que l'intérieur ; les métopes se trouvèrent donc plus exposées (faces avant et arrière) aux intempéries[36]. Jusqu'à l'édit de Théodose en 380, le Parthénon conserva son rôle religieux « païen ». Il semble avoir connu ensuite une période plus ou moins longue d'abandon. Quelque part entre le VIe siècle et le VIIe siècle, le bâtiment fut transformé en église[37].

Jusqu'à ce moment-là, les quatre-vingt-douze métopes étaient restées quasiment intactes. Celles des côtés est, ouest et nord furent alors systématiquement endommagées par les chrétiens, qui désiraient effacer les anciens dieux. Seul le décor sculpté d'une métope nord, avec deux figures féminines, a survécu, peut-être parce qu'il a été interprété comme une Annonciation (la figure assise à droite interprétée comme la Vierge Marie et la figure debout à gauche comme l'Archange Gabriel). Les métopes sud y ont échappé, peut-être parce que ce côté du Parthénon était trop près du bord de l'Acropole ; peut-être parce que le Physiologus inclut les centaures dans son bestiaire symbolique[19],[38],[39],[24],[18]. Le bâtiment ne subit en revanche aucun dommage lors de la conversion du Parthénon-église en mosquée au XVe siècle, ni pendant les deux siècles qui suivirent. En 1674, un artiste au service du marquis de Nointel (ambassadeur français auprès de la Porte), peut-être Jacques Carrey, dessina une grande partie des métopes qui subsistaient, malheureusement seulement sur le côté sud[38],[40]. Une grande partie des métopes fut détruite lors du siège d'Athènes par les Vénitiens commandés par Francesco Morosini le lors de l'explosion de la réserve de poudre installée dans le Parthénon[19],[38],[41]. Après le départ des Vénitiens dès 1688, et le retour des Ottomans, le bâtiment abrita à nouveau une mosquée. Les morceaux de marbre dispersés autour des ruines, dont des fragments de métopes, furent réduits en chaux ou réutilisés comme matériau de construction, dans la muraille de l'Acropole par exemple. Au XVIIIe siècle, les voyageurs occidentaux, de plus en plus nombreux, s'emparaient de morceaux de sculpture en guise de souvenirs[41],[38].

Lord Elgin

Portrait d'homme en uniforme à veste rouge
Lord Elgin par Anton Graff (1788).

Arrachage et exportation des marbres

En , l'équipe d'artistes (peintres, graveurs, mouleurs) engagée par Lord Elgin, ambassadeur britannique auprès du gouvernement ottoman, arriva à Athènes. Elle était dirigée par le peintre Giovanni Battista Lusieri[42]. Elle avait pour mission première de peindre et mouler les antiquités d'Athènes, et en second lieu d'en acheter. Cependant, les artistes ne pouvaient s'approcher suffisamment près des métopes pour les dessiner et les mouler, le Parthénon étant situé sur l'Acropole d'Athènes, une forteresse militaire interdite aux étrangers[43],[44]. Elgin, en , demanda et obtint de la Porte un firman accordant à ses employés un accès définitif à la place forte. La reconquête de l'Égypte par les Britanniques plaçait en effet l'ambassadeur et ses employés en situation diplomatiquement favorable. Malgré tout, le texte de ce document officiel était ambigu, offrant diverses possibilités d'interprétation : les agents d'Elgin étaient-ils autorisés à emporter ce qu'ils trouvaient lors de leurs fouilles ou autorisés à emporter tout ce qu'ils voulaient des bâtiments antiques ? Philip Hunt, chapelain de l'ambassadeur, réussit à imposer une interprétation libérale du firman aux autorités locales, qui furent aussi grassement payées. En fait, tout se joua sur le sort des métopes. Fin , Hunt demanda et obtint l'autorisation d'en emporter une. Dès le , il était allé au-delà : deux métopes sud furent retirées, apportées dans la demeure du consul anglais Logotheti puis embarquées au Pirée pour l'Angleterre[45],[46].

Le travail fut destructeur. Malgré l'état du bâtiment, pour avoir accès aux métopes, il fallut enlever l'intégralité de ce qui restait de la corniche sud qui fut jetée au sol. L'ampleur de la tâche est peut-être la raison pour laquelle la métope I sud est encore en place : il aurait fallu trop d'efforts pour y accéder. Il fallait en effet travailler vite, car les Français (et tout spécialement l'archéologue Fauvel à qui les agents d'Elgin avaient « emprunté » l'équipement : échafaudage et chariot) commençaient à revenir en grâce auprès des Ottomans[47]. En , quand Lord Elgin et son épouse vinrent à Athènes inspecter les travaux, sept métopes avaient été enlevées du Parthénon, ainsi que les statues des frontons et une vingtaine de plaques de la frise. À l'automne, en plus d'autres éléments de décor, deux nouvelles métopes furent descendues du bâtiment. Lusieri travaillait dans l'urgence et avec de moins en moins de précautions. Le , il écrivit à son commanditaire que pour la « huitième métope, celle où le Centaure emporte la femme […] [il avait été] obligé d'être un peu barbare[N 5] » : par là, il signifiait qu'il avait fait tomber encore plus de corniche[48].

Les métopes et le reste de la collection Elgin furent entreposés au Pirée. Lorsqu'un navire de guerre britannique y faisait escale, il en profitait pour en embarquer une partie, sur ordre de l'ambassadeur et malgré les réticences des officiers. Le retour de la paix accéléra les choses. Les caisses partirent en ordre dispersé. Ainsi, les deux premières métopes, celles de , furent embarquées sur un navire marchand de Raguse qui les emporta, via Halicarnasse et Cnide, en Égypte ; de là, elles furent transportées à Malte sur un autre navire avant de finir à Londres[49]. Finalement, l'ensemble de la collection n'arriva dans la capitale britannique qu'en 1811[50].

Installation à Londres

Lord Elgin loua alors une résidence sur Park Lane pour exposer, de façon temporaire, sa collection à partir de [51]. Antonio Canova fut contacté en vue d'une restauration des statues de marbre, comme c'était alors la mode. Il refusa d'y toucher, déclarant que ce serait un sacrilège. Son élève John Flaxman n'eut pas ces scrupules et accepta de s'en charger, mais la restauration n'eut jamais lieu car Elgin était désormais ruiné. Sa dette totale à la suite de frais occasionnés par sa collection s'élevait à 27 000 livres[N 6] et Flaxman en réclamait 20 000 de plus pour ses travaux[52].

Exposés dans un « abri de jardin » dans la résidence Elgin sur Park Lane, les marbres devinrent rapidement très à la mode. Toute la bonne société londonienne ainsi que les artistes vinrent visiter l'exposition temporaire[53]. Les difficultés de Lord Elgin s'aggravèrent cependant. Richard Payne-Knight, membre influent de la Société des Dilettanti, déclara que les marbres ne dataient que de la période d'Hadrien, se basant sur les conclusions de Jacob Spon qui s'était rendu à Athènes à la fin du XVIIe siècle. Payne-Knight soutint cette thèse jusqu'à sa mort, dix-huit ans plus tard. Elle fut acceptée par beaucoup, parfois dans une version plus subtile : les marbres auraient été endommagés durant l'Antiquité et restaurés à l'époque d'Hadrien[54]. Au début des années 1810, les travaux de l'équipe d'Elgin sur le Parthénon furent dénoncés comme des déprédations[N 7] (étaient dénoncés, outre la spoliation, les dégâts occasionnés au Parthénon comme la destruction de la corniche pour accéder aux métopes), principalement par le grand poète de l'époque, Lord Byron[N 8], mais aussi par Edward Daniel Clarke qui publia le récit de voyage le plus populaire de l'époque[N 9], ou encore par l'archéologue Edward Dodwell[55]. Pressé par les problèmes financiers[N 10], Lord Elgin n'avait plus les moyens de conserver sa collection qu'il avait déjà tenté, sans succès, de vendre à l'État britannique en 1803[56]. Il quitta sa résidence de Park Lane et les marbres furent entreposés dans une arrière-cour de Burlington House qui appartenait alors au duc de Devonshire[57]. Lorsque ce dernier vendit son hôtel particulier au milieu des années 1810, Lord Elgin dut trouver une solution pour ses cent vingt tonnes de marbre. Il tenta à nouveau de les vendre à l'État britannique, mais la période était mal choisie car à cette même époque, la France vaincue devait restituer les œuvres d'art qu'elle avait prélevées à travers l'Europe au fil des guerres napoléoniennes. La question de la restitution des « marbres d'Elgin » se posa alors sérieusement, même si le Prince-Régent y était opposé. En parallèle, Louis Ier de Bavière déposa dans une banque londonienne une somme destinée à acheter les marbres si le gouvernement anglais devait les refuser[58]. Elgin demandait que les marbres lui fussent achetés au prix qu'ils lui avaient coûté, soit 74 240 livres[N 11]. Il lui fut proposé 35 000 livres : il accepta et resta donc lourdement endetté. Les marbres furent installés au British Museum[59]. Dans la loi d'achat votée par le Parlement, il fut proposé un amendement stipulant que la Grande-Bretagne ne garderait les marbres que jusqu'à ce que leur propriétaire légitime les réclame. Mais cet amendement fut rejeté[60].

Installation des métopes au British Museum
Installation des métopes au British Museum, à côté du fronton est.

Dès les premières années qui suivirent son indépendance, la Grèce essaya de faire revenir sur son sol les marbres du Parthénon, dont bien sûr les métopes[61]. Ainsi, des négociations se déroulèrent entre 1834 et 1842 lorsque le roi Othon tenta de les racheter[62].

Depuis, le gouvernement grec exige régulièrement la restitution des métopes du Parthénon, et avance deux arguments : le premier fait valoir que tout État doit pouvoir être propriétaire d'un élément essentiel de son patrimoine culturel ou historique ; le second, que les métopes ont été achetées au gouvernement ottoman, qui ne représentait pas le peuple grec[63],[64]. À cette argumentation, le gouvernement britannique répond que les métopes ont été achetées au représentant de l'autorité souveraine en fonction au moment de la vente, c'est-à-dire la Sublime Porte et que l'État britannique en est donc le légitime propriétaire. Quant au British Museum, il répond que les métopes font partie du patrimoine mondial et qu'elles sont plus accessibles au public à Londres qu'à Athènes[65],[66],[64].

Les partisans du British Museum affirment également que les marbres ont été mieux conservés à Londres que dans la pollution athénienne. Or, l'atmosphère du Londres victorien était une des plus polluées de l'histoire humaine. Les traces de suie, de dioxyde de carbone et de soufre datant du XIXe siècle sont encore visibles sur les blocs les plus fragiles ayant échappé au nettoyage intempestif de 1937-1938. En effet, lorsque le marchand d'art Joseph Duveen décida de financer une nouvelle aile du British Museum pour accueillir les marbres, il posa un certain nombre d'exigences, dont celle de les nettoyer. Persuadé que le marbre antique était à l'origine d'une blancheur immaculée, il paya le personnel de service du musée pour en faire enlever la suie. Ce nettoyage, à l'eau, mais aussi à l'aide d'abrasifs, voire de ciseaux métalliques fut interrompu au bout de quinze mois, lorsque le directeur du musée fut alerté (en l'absence du conservateur responsable des marbres), après la découverte de l'état dégradé des métopes. L'affaire, d'abord passée sous silence, fut révélée par la presse au printemps 1939[67],[68].

Conservation

Quinze des métopes sud[N 12] se trouvent au British Museum, à la suite du travail des agents de Lord Elgin[19],[69],[26],[27]. La métope sud VI y arriva par une autre voie. Elle était tombée lors d'une tempête et s'était brisée en trois ; les membres ont probablement disparu au même moment. En 1788, elle fut « volée[N 13] » par Louis-François-Sébastien Fauvel avec la complicité d'un Turc : elle fut lancée du haut des remparts de l'Acropole sur un tas de fumier en contrebas. Cependant, elle ne fut expédiée qu'en 1803 à bord de la corvette L'Arabe. Le navire fut arraisonné par les Britanniques, lorsque la guerre reprit après la rupture de la paix d'Amiens. Les marbres qu'il transportait finirent à Londres où ils furent acquis par Lord Elgin. La métope est donc maintenant au British Museum[70],[71],[72].

Après leur achat par le British Museum en 1816, les marbres furent exposés dans une salle temporaire, jusqu'à ce que l'aile dessinée par Robert Smirke, dite « Elgin Room » fût achevée en 1832. Dans les années 1930, Joseph Duveen offrit une nouvelle aile nommée la « Duveen Gallery », dessinée par John Russell Pope. Achevée en 1938, les marbres ne purent y être placés avant la Seconde Guerre mondiale. Pendant le conflit, les métopes furent mises à l'abri dans les tunnels du métro de Londres, ce qui s'avéra pertinent puisque la Duveen Gallery fut intégralement détruite par les bombardements. Elles quittèrent leur abri souterrain en 1948-1949 pour être réinstallées dans la « Elgin Room », avec le reste des marbres. Elles trouvèrent leur emplacement actuel en 1962, à la fin de la reconstruction de la nouvelle aile[73].

La métope sud X a été achetée au début de l'année 1788 aux autorités ottomanes. L'acquisition a été faite par Louis-François-Sébastien Fauvel pour le compte de son employeur, l'ambassadeur de France à Constantinople, le comte de Choiseul-Gouffier. Ce fut le vice-consul de France à Athènes, Gaspari, qui se chargea des négociations. La métope fut expédiée en et arriva en France le mois suivant[74]. Cependant, à l'été 1793, Choiseul-Gouffier avait émigré en Russie. Il fut frappé par le décret du qui confisquait les biens des émigrés[75]. La métope se trouve donc au Musée du Louvre[74],[26],[27].

Celles qui restèrent in situ tout au long des XIXe et XXe siècles subirent les assauts des intempéries et surtout de la pollution. Les métopes est ont été enlevées du bâtiment en 1988-1989 et déposées au musée de l'Acropole d'Athènes, avec sud XII. Elles ont été remplacées par des moulages en ciment sur le Parthénon. Sud I, XXIV, XXV et XXVII à XXXII nord et les quatorze métopes de la façade ouest sont encore en place, parfois en très mauvais état (ouest VI et VII ont perdu tout leur décor), parfois intactes (sud I et nord XXXII). De nombreux fragments sont dans divers musées européens : Rome, Munich, Copenhague (musée national du Danemark), Wurtzbourg (Martin von Wagner Museum), Paris, etc. D'autres morceaux qui avaient servi à renforcer les fortifications sud de l'Acropole au XVIIIe siècle en ont été retirés depuis les années 1980-1990. Il pourrait s'agir tout aussi bien de fragments des métopes sud que des métopes nord[38],[76],[77],[27].

La Skulpturhalle de Bâle propose les moulages de l'ensemble des métopes connues[78].

Description détaillée

Notes et références

Annexes

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