Ottavio Dinale
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Jean-Jacques, Farinata |
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Ottavio Dinale, né le à Marostica et mort le à Rome, est un journaliste, écrivain et un homme politique italien.
Jeune socialiste extrémiste, il passe au syndicalisme révolutionnaire au début du XXe siècle et publie la revue La Demolizione, publication qui exerce une forte influence sur le jeune Mussolini. Durant la Première Guerre mondiale, il devient interventionniste puis, après une période de retrait, se convertit au fascisme. Chargé de mission en Amérique du Sud et fonctionnaire du régime, il rejoint la République sociale italienne (RSI) en 1943. Sous la République, il anime un éphémère « Mouvement universaliste » avec d'anciens fascistes dont Edgardo Sulis et Armando Lodolini.
Jeunesse (1871-1880)
Né à Marostica en mai 1871, Ottavio Dinale grandit dans « le sentiment de la patrie et l’amour pour le pays » (comme il s'en souvenait à la fin de sa vie) grâce aux récits de son père Giovanni et de ses grands-parents qui avaient vécu les luttes du Risorgimento[1]. Mais, parallèlement aux exploits pour l’indépendance italienne, durant son enfance Dinale écouta aussi les histoires « de l’oppression, de l’exploitation, de la misère, des souffrances et de la douleur » qu’avaient endurées les vieux de son village – paysans, petits artisans – « privés même du sens de la dignité humaine, à travers l’histoire d’oppressions infinies », tant sous l’Autriche-Hongrie qu’avec le Royaume d’Italie[1].
Formation et éducation socialiste (1880-1895)
Après avoir fréquenté le lycée à Bassano del Grappa et le lycée classique à Trévise, il s’inscrivit à la faculté des lettres de l’Université de Padoue, malgré les difficultés économiques de sa famille, auxquelles il remédia en s’engageant volontairement comme élève-officier. À Padoue, il eut comme professeur le pédagogue et philosophe positiviste Roberto Ardigò et comme camarades de cours le futur écrivain Virgilio Brocchi et Luigi Massaretti, qui deviendra plus tard proviseur (et adhéra au fascisme en participant à la fondation des Faisceaux en 1919) et qui l’initia aux idées socialistes « de solidarité et d’amour entre tous les hommes, de liberté et de justice pour tous, d’égalité dans le travail et dans les fruits du travail »[1].
Conquis et fasciné par l'idée humanitaire de rédemption des classes défavorisées, Dinale, en écoutant les conseils de Massaretti, commença à lire des journaux comme Lotta di classe, des revue comme Critica sociale ou encore des brochures et textes théoriques comme Socialismo e scienza positiva d’Enrico Ferri, Il socialismo e la lotta di classe d’Ignazio Scarabelli mais aussi Problemi sociali contemporanei d’Achille Loria. Diplômé le 12 novembre 1895, il avait épousé peu auparavant, le 21 septembre, Marcella Vendramin, dont il eut rapidement une fille, Annita, morte en bas âge ; suivirent Leuzira (1898) et Neos (1901)[1].
Les débuts dans le militantisme révolutionnaire (1896-1900)
Entre fin 1895 et début 1896, Dinale partit pour le Brésil et trouva un emploi à São Paulo, à l’Ateneo-Convitto italien « Ai nostri monti », comme professeur de français. Rentré rapidement en Italie, déçu par le milieu des émigrés italiens qu'il avait fréquenté, il s’installa à Clusone et, après délibération municipale, il s'est vu attribuer une chaire aux écoles techniques municipales comme professeur de matières littéraires[1]. Auparavant, de retour d’Amérique, il s’était établi au village de Badoere di Morgano, ancienne résidence paternelle, et y avait fait ses premières armes d’activiste socialiste, parvenant à rallier les artisans mais non les paysans, contre le propriétaire terrien local. Ainsi, propagandiste déjà expérimenté, il utilisa sa profession pour diffuser ses idées révolutionnaires, lui valant plusieurs rappels à l'ordre de la part des autorités[1].
Après le refus du conseil municipal de lui reconduire sa chaire pour avoir heurté les sentiments religieux des habitants, Dinale partit enseigner durant l’année scolaire 1897-1898 au lycée de Mirandola, grâce à l’entremise de Camillo Prampolini, mais là encore il fut plusieurs fois relevé de ses fonctions en raison d'articles jugés offensants publiés dans son journal La Parola proletaria[1]. Radié des cadres des officiers d’artillerie pour son activité d’agitateur, il obtint en 1898 de l’auteur l’autorisation de traduire et publier le volume La morale bourgeoise. Les Grippelong (1898) d’Hippolyte Lencou, rédacteur de La Petite République socialiste. La traduction parut à Mirandola en 1899 sous le titre La morale borghese. I Grippelong et connut une deuxième édition en 1901[1].
Agitation socialiste à Modène (1900-1904)

Entretemps, il avait pris contact avec les principaux représentants du socialisme modénais, dont le conseiller municipal Giacomo Ferri, qui, en vue des élections de 1900, conseilla Dinale de ne pas se présenter seul par crainte d'un échec. Lors de la campagne électorale, Dinale se démena pour faire gagner les candidats Alfredo Bertesi et Gregorio Agnini[1].
Sa contribution à la campagne électorale, outre les discours et les meetings, se concrétisa par des collaborations à plusieurs journaux : Avanti !, La Giustizia de Reggio Emilia et Il Domani de Modène. Très vite, cependant, son attention et ses efforts se portèrent sur les journaliers agricoles (braccianti), puis sur les « compartecipanti » (métayers, petits colons, fermiers), s'activa pour organiser le syndicalisme agraire, mode d'organisation qu'il jugeait le plus efficace et le plus combattif pour la lutte des classes, contrairement au Parti socialiste italien (PSI) qu'il estimait trop soumis aux ligues paysannes[1]. Le parti, à ses yeux, ne devait jouer qu’un rôle de référence idéologique, tandis que les masses paysannes devaient constituer la force devant permettre le renversement du système capitaliste. En 1901, à la suite de la victoire socialiste à la mairie, Dinale fonda à Mirandola le Circolo educativo popolare pour diffuser une pédagogie adressée au prolétariat. Dans cette perspective, il fit imprimer clandestinement, grâce à l’éditeur socialiste Giuseppe Nerbini, la brochure « Cammina fanciullo ! », qui fut saisie et lui valut un procès[1].
En 1902, il fut nommé directeur de l’organe socialiste de la province de Modène, Il Domani, et continua à publier plusieurs brochures traitant des grèves, de l'organisation des ligues et du rôle du parti. Proclamant la « résistance à outrance » face aux propriétaires terriens, son extrémisme contribua à tendre ses liens avec les dirigeants locaux du PSI, situation qui poussa Dinale à désavouer Il Domani pour fonder son propre organe, La Parola proletaria (« organe de la Fédération des Cercles socialistes révolutionnaires et des Ligues ») dont le premier numéro parut le 7 février 1903[1]. Entre-temps, fin 1902, Costantino Lazzari, membre de la Commission provisoire de rédaction, l’avait contacté pour lui proposer le poste de rédacteur en chef d'Avanguardia socialista, journal sur le point de paraître sous la direction d’Arturo Labriola. Principalement pour des raisons d’accord financier, Dinale refusa mais collabora malgré tout au nouveau journal[1].

Désormais en conflit ouvert avec le parti, les adversaires de Dinale tentèrent de le discréditer en l'attaquant sur sa vie privée (dettes non honorées). En conséquence, il passa devant un jury, composé d'Enrico Ferri, Girolamo Gatti et de Quirino Nofri, devant lequel il fut traduit[1]. Jugé, il fut exclu en mai 1903 par Filippo Turati et le Circolo educativo populaire, qui fut dissous, fut transformé en Fédération des ligues et des cercles socialistes et révolutionnaires. L'année suivante, l'exclusion de Dinale fut commuée en suspension d’un an, puis annulée à l’approche des élections politiques de novembre[1].
Passage au syndicalisme révolutionnaire (1904-1906)
Après avoir purgé quelques mois de prison (1904), durant lesquels il rédigea plusieurs textes (Critica e psicologia socialista, socialismo… socialista e socialismo… d’uomini, 1905), qu'il envoya à Roberto Michels, il partit pour la Suisse où il rencontra Benito Mussolini, en juin 1904, qu'il décrira, à la fin de sa vie, comme un « jeune […] tout frais de ses lectures de Stirner, de Bakounine, de Nietzsche », encore dépourvu de capacité critique mais conscient de posséder « une personnalité très marquée »[1]. Dans les colonnes de La Parola proletaria (20 septembre 1904), Dinale soutint la grève générale de 1904 (16-21 septembre), exemple selon lui de la manière de mener une lutte des classes « directe, inflexible, incoercible »[1].
Désormais passé au syndicalisme révolutionnaire, Dinale organisa une grande réunion, le 26 novembre 1905, qui suscita de nombreuses adhésions notamment de la part de plusieurs Chambres du Travail et cercles d'orientation anarchiste. Parmi les anarchistes présents participèrent Armando Borghi, Luigi Fabbri, Pietro Gori, Oberdan Gigli, Leda Rafanelli[1].
Quelques mois auparavant, Dinale avait accepté la fermeture de La Parola proletaria mais, en juin, écrivant à Roberto Michels, il lui annonçait la prochaine parution (« le 10 juillet ») d’un périodique intitulé Il Sindacalista, promu par un groupe de syndicalistes « avec le programme d’abattre la dégénérescence politicienne du socialisme et d’indiquer sa voie et sa fin révolutionnaire aux travailleurs »[1]. Mais le 1er juillet suivant, il fondait La Lotta proletaria, journal auxquels collaborèrent plusieurs figures du syndicalisme révolutionnaire dont Paolo Orano et Tomaso Monicelli (Geremia Matarollo, Cesare Marverti, Alberto Basevi, Paolo Mazzoldi, Giovanni Zampiga, Leda Rafanelli) et qui proclama « journal pensé et écrit pour le prolétariat, contre les illusions démocratiques, contre toute forme de pacifisme social […] contre le politicisme des organisations ouvrières, contre les déviations politiques du socialisme, pour la moralisation du Parti socialiste ». Cependant, bien vite, Dinale dut fermer le journal suite à l'incapacité des militants de former une structure révolutionnaire unitaire[1].

De la déception à la radicalisation (1906-1914)
Accablé par la déception et les condamnations pénales, en février 1906, Dinale choisit la voie de l’exil et se dirigea vers la Suisse, où il trouva asile à Genève avec sa famille. Vivant de conférences rémunérées, il fut expulsé de la ville comme individu dangereux ; avec sa famille, il se réfugia à Annemasse, où il resta six mois, « après avoir essayé tous les moyens d’en sortir et de gagner ma vie »[1]. Puis il accepta l’offre d’entreprendre une tournée de propagande politique parmi les Italiens d’Amérique du Nord et partit du Havre le 16 novembre 1906. Entré en contact avec la diaspora italienne, il écrivit des réflexions désolées sur le socialisme italien comme le montre une note personnelle datée du 4 décembre 1906 :
« Comme se ressemblent de manière décourageante les milieux italiens à l’étranger, Suisse, France, Amérique. Et comme à l’étranger mieux qu’en Italie les faits démontrent que le Parti socialiste italien à l’étranger n’a plus rien à faire. Entre lui et les classes laborieuses qui ont besoin d’autre chose que de bavardages et de querelles, il y a l’abîme. Il faudrait agir et y remédier. Le pourrai-je ? »[1]
Rentré en Europe le 20 mars 1907, il s’établit à Annemasse puis retourna à Genève où il travailla comme traducteur et professeur d’italien, de latin, de grec, et continua son militantisme pour la promotion du rationalisme. Dans le même temps, sa pensée s’était radicalisée, au point que même la grève générale était devenue pour lui un instrument nuisible, utile seulement à conférer de la visibilité au socialisme et au parti, étant donné qu’à son avis le moment était venu de passer à de véritables actions révolutionnaires violentes pour soutenir les luttes des paysans, loin des compromis idéologiques[1].
Nouvelle évolution : la revue La Demolizione
En accord avec ses nouvelles convictions, Dinale fonda la revue La Demolizione, qui portait comme sous-titre « revue internationaliste rationaliste ». Le bimensuel vit le jour le 1er juin 1907 à Annemasse, et poursuivit ses publications à partir d’août 1908 à Genève, puis à Nice, suivant les étapes de l’exil de Dinale, et du 1er janvier au 1er août 1910 à Milan. La Demolizione, qui, selon l'historien Renzo De Felice, influença considérablement le jeune Mussolini, eut des collaborateurs influents : Paolo Orano, Luigi Fabbri, Alfonso De Pietri-Tonelli, Michele Bianchi, Franco Ciarlantini, Amilcare Cipriani, Maria Rygier, Massimo Rocca (Libero Tancredi). Dinale était persuadé que :
« nous pourrions nous servir du journal aussi comme diffusion de culture générale […] Pour cela, il ne devrait pas être vain d’insérer quelque extrait d’écrivain, quelque poésie choisie, quelque jugement critique sur tel ou tel fait, en gardant toujours en vue le but ultime de notre mouvement » (lettre à Geremia Matarollo, mai 1907)[1].
Pendant ce temps, afin de mettre en place un réseau d’écoles rationalistes, Dinale se rendit en Espagne, à Barcelone, afin de prendre connaissance des résultats obtenus par Francisco Ferrer, fondateur de l’Escuela Moderna En 1908, Dinale participa avec Alceste De Ambris et Pulvio Zocchi au congrès des syndicats français à Marseille[1].

En 1910, Dinale décida de changer le sous-titre de La Demolizione qui devint « revue internationale de combat », marquant une nouvelle évolution dans sa pensée. En effet, c'est durant cette période que plusieurs syndicalistes révolutionnaires, dont Paolo Orano avec sa revue La Lupa et Angelo Oliviero Olvetti avec Pagine libere, commencèrent à dialoguer avec les « nationalistes prolétatiens » de Enrico Corradini et le mouvement futuriste dont, par ailleurs, plusieurs représentants collaborèrent à la revue dont Piero Belli et Filippo Tommaso Marinetti qui y fit paraître le Manifeste du futurisme (15 mars 1909)[1].
Après plusieurs demandes infructueuses, Dinale put rentrer en Italie entre 1911 et 1912. Il s'installa à Trévise et, en 1913, se présenta aux élections législatives dans la circonscription de Mirandola[1]. Lors d’un meeting, il parla d’une « longue crise intime et laborieuse » qui l’avait amené à réfléchir à l’immobilisme du mouvement ouvrier, coincé « entre deux courants opposés : celui de la Confédération générale du travail, qui veut la classe ouvrière prisonnière et serve d’un parti politique, et celui du syndicalisme, hésitant entre des méthodes contradictoires […] »[1].
L'interventionnisme : « les glorieuses et périlleuses aventures des vaillants soldats d’Italie » (1914-1918)
Acquis à la cause de l'intervention de l'Italie dans le cadre de la Première Guerre mondiale contre le militarisme des Empires centraux, Dinale écrivit à sa famille une lettre enthousiaste :
« Désormais plus de doute : la grande heure va sonner. Le moment est venu où la vie de chacun doit se fondre avec celle de tous ; l’heure de l’enthousiasme et du sacrifice […]. Je ne peux te dire l’intensité de la vie à Milan en ces instants : ce sont tous les sentiments longtemps refoulés qui se fraient un chemin avec violence » : du Caffè Campari à Milan, durant les « journées radieuses »[1]
Ainsi, il partit volontaire pour la guerre, simple soldat, à 44 ans. Dès le début de juin, il était sur le champ de bataille. Mais sa lutte en faveur de l'interventionnisme avait commencé bien avant : d’abord à Trévise, par des meetings et des discours, puis dans Il Popolo d’Italia, où, pratiquement dès les premiers numéros, en 1915, Dinale, sous le pseudonyme de « Jean-Jacques », tint la rubrique « Filosofia rivoluzionaria » dans laquelle il développa les thèmes traditionnels de l'interventionnisme révolutionnaire (anti-prussianisme, Quatrième guerre d’indépendance et rédemption des territoires, guerre révolutionnaire)[1]. Plus tard, dans un article paru dans Pagine libere d’Angelo Oliviero Olivetti, il écrivit que la guerre avait entraînée l’« union spirituelle et effective entre les meilleurs éléments subversifs d’Italie – anarchistes, syndicalistes, socialistes et autres –, qui, par indépendance de jugement, par culture et tempérament […] virent immédiatement dans la guerre le grand fait révolutionnaire » (« Reliquati di guerra, il fascismo », 15 décembre 1920)[1]. Sa correspondance familiale apporte également plusieurs éléments : « pour combattre pour l’Italie et la civilisation », pour « la guerre de rédemption », pour les destins de l’Europe, pour l’avenir des peuples. Le 2 juillet 1915, alors au front, il écrivit une lettre à son fils Neos :
« La pensée de toi, de vous tous, la noblesse de la cause à laquelle je me suis voué avec un orgueil serein et tranquille me soutiennent et me soutiendront toujours […]. T’imagines-tu, mon cher Neos, la grande fête après la victoire inéluctable ?, penses-y, à la joie des belles heures qui nous attendent quand ton papa te racontera les glorieuses et périlleuses aventures des vaillants soldats d’Italie […] »[1]
Transféré dans la zone de l’Isonzo, il fut grièvement blessé sur le Sabotino puis, une fois promu sous-lieutenant pour mérites de guerre, il fut démobilisé[1]. Il reprit sa collaboration à Il Popolo d’Italia en mars 1916 et, en mai 1917, adhéra au Comité d’action pour la résistance intérieure avec Oliviero Olivetti, Giuseppe Belluzzo et Massimo Rocca, créé pour lutter contre les défaitistes. Après la défaite de Caporetto, Dinale retourna au front, participant à la bataille du Solstice et à celle de Vittorio Veneto, et fut promu capitaine pour mérites exceptionnels[1].
Premières activités après la guerre (1919-1923)
Une fois la guerre terminée, Dinale s'éloigna un temps de Mussolini et de son journal, se désintéressant dans un premier temps de l'avènement du mouvement fasciste. Il renonça également à se présenter aux élections de 1919 sur la liste des combattants en raison d'une « insurmontable répugnance morale » à participer aux élections, car « le renouveau que nous voulions pour une renaissance vigoureuse se profile au contraire incertain à travers une putride décomposition » : les responsables en étaient les vieux partis, soutiens d’un passé « que la guerre a enseveli pour toujours »[1].
Au même moment, il était d'ailleurs plongé dans la rédaction de rapports sur la situation sociale, politique et ethnique de la Dalmatie, région où il avait été envoyé en mission de novembre 1918 à mai 1919 comme chef du Centre de Zara de l’Office d’information du Gouvernement de Dalmatie, en contact étroit avec le gouverneur Enrico Millo[1]. Aussi, Dinale reprit sa collaboration à Pagine libere, où il tint la rubrique « Asperrima » dans laquelle il analysa le fascisme, dont il discerna déjà l'évolution réactionnaire, mais qu'il finit par reconnaître, surtout dans la personne de son chef, comme la seule impulsion vers « une Italie meilleure […] vivante et saine du peuple qui a combattu et vaincu », chef qui « est un vivant à côté d’un cadavre [« l’Italie officielle »] », mais « le fascisme doit retourner à ses origines » (30 juin 1921)[1].
De façon inattendue, Dinale se présenta comme candidat aux élections de mai 1921 pour le Parti républicain, dans la circonscription de Trévise, après les sollicitations de Mario Bergamo, mais ne fut pas élu. Quelques mois plus tard, en juillet, il fonda l’hebdomadaire La Vita del Veneto, avec pour objectif de valoriser les ressources régionales et de mettre en lumière les potentialités économiques de la Vénétie. Toujours très critique à l'égard du parlementarisme et des partis « dépassés », Dinale sembla aspirer à une sorte d’« association de producteurs » pour faire renaître la région, encore impactée après l’invasion[1]. Après le saccage du bureau de la rédaction de la revue par des squadristes, Dinale, à propos du Pacte de pacification entre socialistes et fascistes, souhaitait que le fascisme « renonce à ces méthodes par lesquelles il avait dégénéré en une forme de mexicanisme » mais espérait que « l’extrémisme subversif ne frappera plus les officiers, n’insultera plus le tricolore, ne sabotera plus le pays et devra se mouvoir dans le cadre des lois ». Après quatorze numéros, le journal ferma ses portes (octobre 1921)[1].
Adhésion officielle au fascisme et carrière dans l’administration du régime (1924-1940)
En février 1922, eut lieu la rencontre entre Mussolini et Dinale, à l’initiative de ce dernier qui adhéra pleinement au fascisme. À une date imprécise, avant octobre 1922, Dinale accepta de représenter le Parti national fasciste (PNF) lors d’un voyage en Amérique du Sud dans le but de trouver un débouché à la main-d’œuvre italienne par la colonisation de régions d’Argentine[1]. Chargé de faire de la propagande fasciste, Dinale partit en octobre 1922, avec son fils Neos, et entra vite en contact avec des notables locaux. Dinale repartit d’Amérique du Sud le 12 mai 1923 et, en juin, rendit compte à Mussolini de sa mission. Un second voyage fut cependant nécessaire pour concrétiser les projets élaborés, pour lesquels Dinale obtint des financements du Commissariat général à l’émigration. Parti le 8 novembre 1923 pour Buenos Aires, Dinale avait pour objectif de transformer les familles paysannes italiennes émigrées en petits propriétaires terriens[1].
Rentré en Italie en mai 1924, Dinale rencontra Mussolini le 30 décembre, pour l'encourager à « changer de méthode », au moment « du plus grand et plus féroce durcissement des oppositions » après l'assassinat de Giacomo Matteotti. Au cours des années suivantes, il publia dans Il Popolo d'Italia, sous le pseudonyme « Farinata degli Uberti », une série de « lettres ouvertes » à Mussolini « prônant une audacieuse orientation politico-sociale du fascisme »[1]. En 1925, Dinale fut nommé commissaire royal à La Spezia et, le 16 décembre 1926, préfet de la province de Nuoro. Sur place, Dinale se heurta aux notables locaux qui refusaient l'émergence de nouvelles personnalités. Parallèlement, il s'engagea à doter la région d'infrastructures modernes. Accusé de favoritisme, Dinale fut transféré par la suite à Potenza (1er juillet 1928) puis à Salerne (16 mai 1930), ville où il se retrouva dans une situation similaire[1].
Toujours collaborateurs à Il Popolo d’Italia (signant parfois « Farinata »), rédigea plusieurs textes faisan l'éloge de Mussolini comme Tempo di Mussolini (1934), et La Rivoluzione che vince (1934). Il affirma que « la nouvelle Italie s’appelle Mussolini » mais aussi que :
« la Révolution fasciste n’est pas une histoire écrite en chapitres, c’est une irruption de faits historiques […]; ce n’est pas une geste d’acteurs, c’est une irruption de la volonté et du sacrifice, au nom d’un devoir qui domine l’être, à la conquête d’un idéal qui n’a d’autre corrélat que la victoire ou la mort »[1].
En 1935, à l'âge de 64 ans, il s'engagea volontairement dans la guerre d'Afrique, partant pour Asmara depuis Naples le 12 février 1936, après avoir été réintégré :
« Quelle guerre cyclopéenne, quel spectacle indescriptible, quel orgueil lumineux. Tout en proportion avec la grandeur omnipotente du Génie, avec la volonté et la conscience d’un peuple qui court […] sa suprême marche irrésistible » (lettre à Leuzira Dinale, 27 mars 1936)[1].
En avril 1936, il reçut la charge d’inspecteur pour toute la zone occupée et obtint une promotion au grade de major pour mérites exceptionnels, qui lui parvint après son rapatriement, en janvier 1937[1].
Conversion au catholicisme et adhésion à la RSI (1940-1944)
Pourtant athée depuis sa jeunesse, Dinale se convertit au catholicisme, après la mort de sa fille Leuzira de maladie. En 1942, Dinale acquit la propriété de la maison d’édition Augustea, qui publiait la revue du même nom, dont il était devenu directeur en 1941[1].

Avec l'entrée vigueur de la législation raciale, Dinale adopta une attitude prudente : il déplora la confusion engendrée par les théories raciales. Par ailleurs, chez Augustea même, Dinale avait à son service Gino Ben Amozegh, de religion juive, à qui, après le 25 juillet 1943, il confia la direction administrative, se trouvant lui-même éloigné de Rome[1].
Après la chute de Mussolini, Dinale adhéra à la République sociale italienne (RSI), se rendant assez fréquemment à Gragnano pour rencontrer ce dernier. Désormais convaincu que la RSI pourrait réaliser le socialisme, « le soleil de l’avenir », « l’État des travailleurs », Dinale fut malgré tout en proie au défaitisme et à la désillusion[1]. Le 27 mars 1945[2], avec Edgardo Sulis, chef du bureau de presse du sous-secrétaire à la présidence du Conseil, Dinale adressa une lettre à Mussolini dans laquelle il écrivit vouloir créer un « Groupe révolutionnaire républicain » :
« Duce, un groupe de révolutionnaires fidèles à Votre personne et à vos idées, mais opposés aux hommes et aux méthodes qui ont conduit l'Italie au 8 septembre et bloqué la révolution dans le compromis, est constitué comme le « Groupe révolutionnaire républicain » basé sur le troisième postulat de la Déclaration de Vérone. Je suis à la tête du mouvement Farinata (pseudonyme d'Ottavio Dinale, éd.) et Edgardo Sulis. Le programme résulte des documents annexés. Par conséquent, en référence à l’autorisation antérieure accordée à un autre groupe politique, le « Groupe Révolutionnaire Républicain » a l'honneur de demander l'autorisation d'exercer, dans le cadre des lois en vigueur de la République, et surtout dans l'atmosphère de Votre formule « Italie, République, Socialisation » réaffirmée par la déclaration du 21 mars, son activité politique. Avec fidélité, Farinata, Edgardo Sulis »[2].
Cependant, le groupe ne vit jamais le jour[2].
Sous la République : le « Mouvement universaliste » et la fin de vie (1944-1959)

Après la Libération, Dinale souhaita, lors du référendum du 2 juin 1946, la victoire de la République. Entre 1947 et 1948, il participa, avec Edgardo Sulis et Armando Lodolini, à la rédaction du programme du « Mouvement universaliste » et à publication de la revue L’Idea universale, dont Lodolini fut désigné directeur responsable.
Dinale mourut à Rome le 7 mars 1959.
Publications
- Cammina fanciullo. Letture socialiste per le anime nuove, 1898.
- Critica e psicologia socialista, socialismo...socialista e socialismo...d'uomini, 1905.
- L'Epopea del Monte maledetto, 1922.
- La Rivoluzione che vince, 1934.
- Quarant'anni di colloqui con Lui, 1953.