Religion dans l'Angleterre médiévale
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Depuis la christianisation de la Grande-Bretagne, le catholicisme romain est la seule religion autorisée dans le royaume d'Angleterre au Moyen Âge, à part une présence limitée des Juifs jusqu'en 1290. La conquête normande, en 1066, entraîne une mainmise du clergé normand et du pouvoir royal sur la vie religieuse. Le clergé et la religion catholique, à travers un réseau serré de paroisses, monastères et pèlerinages, jouent un rôle essentiel dans la vie sociale et culturelle jusqu'à la Réforme anglicane au XVIe siècle.
Le clergé des royaumes anglo-saxons est organisé autour des églises collégiales, gérées par une communauté de prêtres sous la tutelle laïque du seigneur (thegn), avec une ou plusieurs églises filiales qui leur font allégeance ; chaque église doit posséder un cimetière[1].
Au milieu du Xe siècle, il n'y a encore en Angleterre qu'un seul monastère bénédictin : l'abbaye de Glastonbury[2]. Dans la seconde moitié du Xe siècle, Dunstan, archevêque de Canterbury, favorise un renouveau monastique, les bénédictins récupèrent tout ou partie des terres et dîmes des collégiales[1]. Les monastères, souvent patronnés par des dirigeants locaux, peuvent être de différents types : communautés mixtes dirigées par une abbesse, communautés de moines dirigées par l'évêque, groupes de prêtres mariés avec leur famille[3].
Vers l'an mille, l'Angleterre compte 18 diocèses : dans la province de Canterbury : Canterbury, Rochester, Londres, Winchester, Dorchester, Ramsbury, Sherborne, Selsey, Lichfield, Hereford, Worcester, Crediton, Cornouailles, Elmham, Lindsey et Wells ; dans la province d'York : York et Durham. L'évêque peut être assisté par un archidiacre. Une fois par an, il assemble tous les prêtres du diocèse dans un synode[4].
Vers 1050, Édouard le Confesseur rebâtit l'abbaye de Westminster sur le modèle de l'abbaye de Jumièges et autres églises normandes pour en faire sa sépulture, de préférence au site traditionnel de Winchester ; c'est une étape importante dans le processus qui fera de Londres la capitale du royaume[5].
Plusieurs sièges d'évêché, mal situés dans des bourgades trop étroites, doivent être déplacés vers des villes plus importantes : celui de Crediton est transféré à Exeter dès 1050. Après la conquête normande, celui de Dorchester est déplacé à Lincoln, Sherborne à Salisbury, Selsey à Chichester, Lichfield à Chester puis à Coventry, Elmham à Thetford puis Norwich[6].
L'Église et la Couronne

Après la mort d'Édouard, Harold, proclamé roi par la noblesse anglo-saxonne, voit son pouvoir contesté par Guillaume le Conquérant, duc de Normandie : celui-ci s'assure le soutien du pape Alexandre II qui le déclare successeur légitime d'Édouard et lui envoie une bannière et une bague contenant un cheveu de l'apôtre Pierre[7]. Après la mort d'Harold à la bataille d'Hastings, la prise de contrôle de l'Église est un facteur important de la conquête normande. Deux légats pontificaux arrivent en Angleterre et procèdent à une purge sévère du clergé : tous les évêques sauf deux sont radiés sous les motifs d'incompétence, vice sexuel ou pour avoir été nommés par un antipape. L'Italien Lanfranc, abbé de Saint-Étienne de Caen, est nommé archevêque de Canterbury, et le Normand Thomas de Bayeux, archevêque d'York[8].
Les abbayes de Normandie et d'Anjou, qui avaient largement contribué à financer l'expédition de Guillaume, sont récompensées par de riches domaines en Angleterre[7]. De grandes étendues de terres anglaises sont attribuées à des monastères normands qui y établissent des prieurés et églises-filles[9]. Certains des ecclésiastiques normands ou français nommés en Angleterre introduisent les pratiques normandes tandis que d'autres restent plus proches du système anglo-saxon[10].

Guillaume établit une séparation entre la justice laïque des aldermen et la justice ecclésiastique, interdisant aux évêques et archidiacres de siéger dans les procès civils. Il affirme vite son autonomie vis-à-vis du pape en refusant de prêter hommage à Grégoire VII et se vante de tenir toutes les crosses épiscopales du royaume dans sa main. Selon le chroniqueur Eadmer, « personne n'osait reconnaître le pape élu à Rome qu'avec sa permission (…) il était interdit aux évêques de rien arrêter, de rien commander ni défendre que d'après la volonté du roi[11] ». Sous ses successeurs, des conflits opposent Guillaume II le Roux et Henri Ier à l'archevêque Anselme de Cantorbéry, Étienne Ier à Thibaut du Bec[11]. Henri II promulgue les constitutions de Clarendon qui limitent l'immunité du clergé, les pouvoirs de la justice ecclésiastique et le pouvoir d'excommunication. L'archevêque Thomas Beckett, qui tente de s'y opposer, est tué par les hommes du roi[11].
Les primats de l'Église d'Angleterre, Lanfranc, Anselme, Thibaud du Bec, Thomas Beckett, sont en même temps des hommes de grande culture, des personnalités politiques de premier plan et les premiers théoriciens de la culture politique anglaise, illustrés par leur résistance à l'arbitraire royal ; l'historienne Raymonde Foreville parle à leur sujet d'humanisme chrétien. Lanfranc, originaire de Pavie, ville alors fameuse pour son école de droit, contribue à l'expansion des études canoniques anglaises et normandes. L'école du prieuré de Christ Church de Canterbury forme de nombreux cadres administratifs. La Collection de Lanfranc, compilation de droit canon diffusée en Angleterre, utilise aussi bien des sources authentiques que douteuses comme les Fausses décrétales en faveur de l'autorité du primat, fonction exercée de fait par les archevêques de Canterbury[12]. Plus tard, c'est Thomas Beckett qui introduit en Angleterre le recueil canonique plus complet du Décret de Gratien et y puise la matière de son argumentation contre Henri II. L'école canonique de Canterbry accueille des élèves gallois, normands, lombards et anglais dont le plus connu est Jean de Salisbury : mais cette école est en partie dispersée par l'exil et le meurtre de Thomas Beckett[13].
L'archevêque est le chef spirituel de l'Église d'Angleterre mais en même temps le premier baron et le conseiller du roi et ses vastes domaines lui créent une obligation envers le pouvoir royal. Selon une formule d'Anselme, l'Angleterre est le champ de Dieu et elle est labourée par deux bœufs qui précèdent tous les autres, le roi et l'archevêque de Canterbury[14].

Les monastères entretiennent avec la royauté un lien féodal et doivent, au besoin, lui fournir des troupes ; les évêques sont de puissants seigneurs et on les voit lever des soldats pour faire face aux incursions des Écossais[15],[16],[17].
Lors de la formation du Parlement d'Angleterre au XIIIe siècle, les 19 évêques, les deux archevêques et les principaux abbés du royaume en sont membres de droit avec le titre de lords spirituels[18].
Après Guillaume le Conquérant, couronné à Westminster à la Noël de 1066, le sacre royal est un des rites fondateurs de la monarchie anglaise. C'est une cérémonie en grande partie religieuse : le nouveau roi passe la nuit en prière à Westminster Hall puis une procession le conduit à l'abbaye de Westminster où, en présence de l'abbé et de principaux évêques du royaume, il est interrogé sur sa foi : il lui est enjoint de protéger les évêques et églises de son royaume, de maintenir les droits de l'Église tels qu'accordés par Édouard le Confesseur, de maintenir les lois et la religion catholique ; il prête serment avant d'être oint d'huile sainte, remplacée à la fin du Moyen Âge par le chrisme, un mélange de baume et d'huile, et de recevoir les regalia, épée, pallium, couronne et anneau ; la cérémonie se conclut par une messe[19]. Deux rois d'Angleterre sont canonisés : Édouard le Confesseur en 1161 et Edmond, roi martyr d'East Anglie au IXe siècle, en 1248. Les souverains anglais médiévaux honorent ces deux saints et les invoquent en temps de paix comme de guerre, ainsi que la Vierge Marie et des saints plus spécifiquement anglais comme Frideswide d'Oxford, Cuthbert de Lindisfarne, Jean de Beverley, Oswin de Tynemouth. Cependant, c'est un autre saint sans lien particulier avec l'Angleterre, Georges de Lydda, qui s'impose pendant la guerre de Cent Ans comme patron du royaume : c'est sa bannière à croix rouge qui devient le drapeau de l'Angleterre et il protège l'ordre de la Jarretière, créé en 1348[20].
Pendant la période des papes d'Avignon au XIVe siècle, alliés de la France, les rois d'Angleterre renforcent leur indépendance vis-à-vis de la papauté ; des statuts de 1306, 1351 et 1353 interdisent de faire appel des décisions royales ou de contester la nomination aux bénéfices devant un tribunal étranger, particulièrement la Curie pontificale ; cette indépendance se renforce pendant le grand schisme d'Occident où les rois anglais prennent le parti des papes de Rome contre leurs rivaux d'Avignon. Dans la seconde moitié du XVe siècle, sous les règnes d'Édouard IV puis Richard III, périodes de relatif affaiblissement du pouvoir royal, les ecclésiastiques parviennent temporairement à limiter l'application du Praemunire (privilège royal) face aux tribunaux épiscopaux et romains mais sous Henri VII puis Henri VIII, le roi reprend l'entièreté de ses prérogatives[21]. Le privilège du clergé permet à un accusé de réclamer son jugement par un tribunal ecclésiastique, généralement plus indulgent que la justice laïque ; à la fin du Moyen Âge, il donne lieu à de nombreux abus, tout laïc sachant le latin pouvant se présenter comme « clerc »[22].
Le clergé

Les diocèses anglais sont généralement vastes comparés à ceux de l'Europe continentale : 17 en Angleterre et quatre au Pays de Galles ; l'Écosse, plus petite et plus pauvre, en a 12, l'Irlande 34, souvent fort démunis, la Germanie 54, la France 131 et l'Italie 250[23]. Les prélats anglais, contrairement à ce qu'on observe en Allemagne et dans une moindre mesure en France, sortent rarement des lignées princières ; en 1529, aucun n'est issu de la noblesse et peu de la gentry. Certains ont pourtant des revenus considérables : l'évêque de Winchester passe pour un des plus riches d'Europe. Au tournant des XVe et XVIe siècle, quelques-uns se font construire plusieurs palais, comme le futur cardinal John Morton ou le chancelier William Warham, ou des tombeaux fastueux[24]. En revanche, au début du XVIe siècle, peu prennent la peine d'écrire des sermons alors qu'ils consacrent beaucoup plus de temps à défendre les droits et privilèges de leur diocèse[25]. La nomination de l'évêque est généralement opérée par le roi qui doit ensuite la faire accepter par le pape ; il arrive que le siège reste vacant jusqu'à ce que les deux parties arrivent à un accord, sans que l'archevêque ni le chapitre aient beaucoup leur mot à dire. L'évêque, est en même temps un membre de l'administration royale, souvent accaparé par les affaires d'État et il peut laisser la gestion effective de son diocèse à un vicaire[26]. Les réformes du cardinal Thomas Wolsey, entre 1519 et 1529, visent à remettre de l'ordre dans les affaires du clergé et le ramener à ses fonctions proprement religieuses[27].
La formation intellectuelle des prêtres de paroisse s'améliore à la fin du Moyen Âge, peut-être pour répondre aux exigences d'un public laïc plus cultivé. Plusieurs prélats financent des collèges attachés aux universités d'Oxford et Cambridge[28]. Les évêques attribuent volontiers des bénéfices aux gradués des universités, ce qui ne va pas sans inconvénients car beaucoup sont absentéistes et consacrent peu de temps à leur paroisse ou à leur chapitre[29]. Les bénéfices sont souvent attribués à titre de rente à des étudiants d'Oxford ou de Cambridge, à des fonctionnaires des tribunaux ecclésiastiques ou à des vieux prêtres invalides : ils doivent alors trouver un prêtre actif pour s'occuper de leur paroisse[30]. Les prêtres disposent de manuels, comme ceux de John Mirk (en), ou de catéchismes, et prononcent régulièrement des sermons. Le recrutement du clergé est habituellement bien assuré ; l'évêque d'Exeter ordonne 1 005 prêtres en un jour, le 21 décembre 1308. Une crise apparente des vocations survient du milieu du XIVe au milieu du XVe siècle mais le nombre d'ordinations croît de façon spectaculaire à partir de 1460 ; leur baisse autour de 1520 tient peut-être au plus haut degré d'exigence imposé par les réformes de Wolsey. La plupart viennent de la classe moyenne des yeomen ou des artisans urbains. Par exception, peu de prêtres de Londres sont natifs de la ville et la plupart viennent de diocèses du nord du pays[31]. Malgré des déficiences individuelles, à la veille de la Réforme, la plupart des prêtres exercent convenablement leur charge et on voit leurs fidèles se soulever en leur faveur lors des révoltes de 1536 et 1549[32].
Les lieux du culte


La conquête de Guillaume marque aussi le début de l'âge d'or de l'architecture romane normande. Alors que les modestes églises anglo-saxonnes n'ont laissé que peu de traces, les cathédrales construites en Angleterre atteignent des proportions inédites : 102 m de long pour la cathédrale Saint-Augustin de Canterbury,114 m pour la cathédrale de St Albans, 157 pour celle de Winchester, 148 pour celle de Bury, rivalisant avec les plus grandes cathédrales d'Allemagne et de Rome sans égaler les 172 mètres de l'abbaye de Cluny. En outre, certaines cathédrales romanes ont brûlé au cours du Moyen Âge et ont été reconstruites dans le style gothique[33].
La réforme de l'Église qui suit la conquête entraîne une perte d'importance des collégiales : certaines se transforment en monastères tandis que la plupart des églises paroissiales deviennent indépendantes avec un seul prêtre desservant[1]. Les limites des paroisses sont généralement fixées à la fin du XIIe siècle, souvent appuyées à des rivières ou autres accidents de terrain ; la création de nouvelles paroisses se poursuit après 1200 mais devient plus difficile avec le renforcement du contrôle administratif : chaque paroisse défend ses limites pour s'assurer la perception de la dîme et chaque seigneur ou seigneuresse veille à ce que tous ses tenanciers fréquentent la même paroisse[3].
Vers 1200, l'Angleterre compte 9 500 églises collégiales ou paroissiales dont plusieurs milliers ont subsisté jusqu'à nos jours malgré tous les changements de limites et de peuplement des paroisses. Jusqu'à l'Édit de tolérance de 1689, c'est le lieu où tout sujet du royaume doit passer pour son baptême, son mariage et ses funérailles. Sous la tutelle de la Couronne et des classes privilégiées, elles jouent un rôle majeur comme relais du pouvoir et foyers de vie économique et sociale en même temps que d'art musical et décoratif[34].
La conquête normande est suivie d'une nouvelle renaissance monastique, fondée cette fois sur la règle des augustins. Tantôt, comme à Canterbury et Winchester, la collégiale est convertie en monastère selon la nouvelle règle, tantôt, comme à Bodmin, Cirencester, Launceston, etc., elle est rétrogradée au rang d'église paroissiale et un nouveau monastère est construit à proximité. L'église collégiale est souvent partagée selon l'usage : les moines ou chanoines célèbrent leur office quotidien dans la partie orientale, les laïcs suivent la messe dans la nef, dans la partie occidentale, séparée du chœur par un rideau ; un chapelain célèbre le culte sur un autel et opère les baptêmes, mariages et confessions dans la nef. Il arrive aussi, comme à Saint-Paul de Londres, que les fidèles soient assignés dans la crypte au lieu de la nef[35]. Le baptême s'opère en deux parties, l'une hors de l'église, l'autre à l'intérieur, sur les fonts baptismaux : il comprend plusieurs rites d'exorcisme, pour chasser les mauvais esprits, onction et aspersion[36]. La plupart des églises suivent le rite romain mais quelques-unes suivent le rite de Sarum ou ceux d'York, Lincoln ou Hereford qui en diffèrent peu[37].
Des chapelles et oratoires apparaissent dès le VIIe siècle dans les résidences des rois, évêques ou nobles, dans les monastères ou pour répondre au culte d'un saint local ; elles sont longtemps désignées comme « églises » sans avoir le statut d'église paroissiale ; ce n'est qu'à la fin du XIe siècle qu'apparaît le terme capella (chapelle), emprunté au français. La chapelle est admise à célébrer le culte, surtout quand le grand nombre des fidèles, leur éloignement ou d'autres raisons rendent incommode le service de l'église principale. Entre le XIIIe siècle et la Réforme, elles sont si nombreuses que l'évêque renonce parfois à en tenir le compte : dans le seul Devon, on en dénombre 1300, trois fois plus que d'églises paroissiales, et en Cornouailles, plus petite et plus pauvre, entre 350 et 700. Au Moyen Âge tardif, on voit apparaître des chapelles urbaines à l'usage des bâtiments municipaux ou des guildes. Les chapelles les plus richement dotées peuvent avoir un service de messe quotidien, avec un chapelain attitré, quand d'autres doivent se contenter d'un ou deux services par semaine. Quand la fréquentation de la chapelle est suffisante, les habitants la dotent d'un baptistère et d'un cimetière et revendiquent son érection en église paroissiale, seule admise à célébrer baptêmes, mariage et funérailles. La création d'une nouvelle paroisse entraîne aussitôt une perte de revenus pour l'église-mère : elle se heurte donc à une forte résistance du prêtre de l'ancienne paroisse, souvent soutenu par l'évêque[38]. La cité d'Exeter reste jusqu'en 1222 une paroisse unique autour de la cathédrale[39]. Il arrive aussi qu'un monastère masculin ou féminin, ayant dans son domaine une église paroissiale ou une chapelle, la laisse vacante pour en encaisser les revenus[40].
Les pèlerinages

Le pèlerinage est une des formes de dévotion les plus respectées, que le voyage soit à longue distance ou à peine plus d'un jour de marche. Margery Kempe, au début du XVe siècle, se rend à Rome, Jérusalem, Compostelle, Assise en Italie, Wilsnack en Brandebourg, Aix-la-Chapelle, sans pour autant dédaigner un petit sanctuaire de saint Michel Archange à deux milles de chez elle. Plusieurs pèlerinages se trouvent sur le sol anglais comme la tombe de John Schorne (en), mort à Bristol en 1313, Notre-Dame de Walsingham dans le Norfolk, Sainte-Anne de Brislington (en) près de Bristol. Il apparaît comme une forme de pénitence et d'ascétisme : on peut le faire pieds nus, ou couvert de chaînes, ou sous un régime de diète. Le clergé s'efforce de l'encadrer en précisant sa destination et sa fonction pénitentielle ; des lettres de pèlerinage permettent de distinguer le pèlerin du simple vagabond. À partir du XIIe siècle, le pèlerinage permet d'acquérir une indulgence souvent perçue comme abrégeant le temps à passer au Purgatoire ; la croisade, à partir de 1095, est conçue comme un pèlerinage purificateur. Cependant, l'accomplissement du voyage ne dispense pas le pèlerin de se repentir et demander l'absolution par un prêtre. En 1300, le pape Boniface VIII accorde l'indulgence plénière à ceux qui se rendent à Rome pour le premier Jubilé ; à la fin du XIVe siècle, l'indulgence plénière est étendue, sous certaines conditions, à ceux qui vont à d'autres pèlerinages comme celui de saint Thomas Beckett à Canterbury[41].
Les tombes de saints comme Thomas Beckett, Édouard le Confesseur à Westminster, Hugues d'Avalon à Lincoln, Guillaume d'York, Edmond Rich d'Abingdon, inhumé en France à l'abbaye de Pontigny, Richard de Chichester, Thomas de Cantilupe à Hereford, Osmond de Salisbury et Jean de Bridlington constituent le but de pèlerinage le plus courant[42] ; la possession de reliques et les guérisons miraculeuses ajoutent à l'attractivité du lieu[43].
L'abbaye de Glastonbury, la plus ancienne d'Angleterre et la deuxième plus riche après Westminster, devient le foyer de la légende arthurienne avec la « découverte » en 1191 des tombes supposées du roi Arthur et de la reine Guenièvre : elle devient un pèlerinage des plus fréquentés[44],[45].
Croisades et ordres chevaleresques

Les croisades, vues comme un pèlerinage armé pour la délivrance du Saint-Sépulcre, sont une affaire qui engage tous les États de la chrétienté romaine. L'Angleterre ne participe que très peu à la première croisade mais beaucoup plus aux deuxième, troisième et quatrième ainsi qu'à plusieurs arrivées de pèlerins, armés ou non, dans les intervalles[46] : le marchand Godric de Finchale fait plusieurs voyages commerciaux en Terre Sainte avant de se faire ermite. Certains s'y fixent définitivement et sont désignés dans les chartes comme Anglicus, ainsi Guillaume, archevêque de Tyr, et Raoul de Bethléem, chancelier du royaume de Jérusalem qui, selon le chroniqueur Guillaume de Tyr, devait sa promotion au pape anglais Adrien IV[47]. La troisième croisade est financièrement la plus coûteuse pour les Anglais qui doivent payer non seulement l'armée commandée par Richard Coeur de Lion mais la rançon du roi, retenu prisonnier au retour par l'archiduc d'Autriche[48]. L'Angleterre contribue encore à plusieurs croisades tardives, celles de Richard de Cornouailles en 1240[49], de Guillaume Longue-Épée le Jeune (en) en 1249[50] et la neuvième croisade conduite par le futur roi Édouard d'Angleterre en 1271-1272[51].
Les hospitaliers de Saint-Jean, templiers et chevaliers teutoniques recrutent dans l'île et y possèdent des domaines[52]. Hugues de Payns, chevalier fondateur des templiers, rencontre le roi d'Angleterre en Normandie en 1128 et obtient son soutien ; il continue sa tournée en Angleterre et en Écosse et revient avec de fortes sommes en or et argent pour financer la protection des pèlerins contre les razzias des musulmans. Le chroniqueur Matthieu Paris, qui écrit un siècle plus tard, trouve les templiers braves mais orgueilleux, arrogants et accumulant des richesses excessives[53]. Après la chute des États latins d'Orient, les templiers, richement possessionnés dans le royaume, jouent un rôle mineur comme banquiers du pouvoir royal[54]. À l'imitation du roi de France Philippe le Bel, Édouard II les fait arrêter et juger pour hérésie en 1308-1309 : leur ordre est dissous et leurs biens confisqués mais, à la différence de la France, ils obtiennent l'absolution[55].
Les ordres monastiques et mendiants
Jusqu'à la fin du XIe siècle, tous les couvents d'Angleterre suivent la règle bénédictine[56]. La conquête normande permet l'entrée en force d'une congrégation continentale, l'ordre de Cluny[57]. En 1108, Mathilde d'Écosse et son époux Henri Ier permettent l'introduction des augustins qui établissent à Londres le prieuré d'Aldgate[56]. La fin du XIIe siècle est la grande époque des cisterciens qui fondent les grandes abbayes de Rievaulx et Fountains[58]. Mathilde de Boulogne, reine pendant la guerre civile de 1135-1153, fonde l'hôpital Sainte-Catherine à côté de la tour de Londres et soutient deux ordres nouveaux, les cisterciens de la congrégation de Savigny et les templiers, tout en conservant ses liens avec les bénédictins[56]. Vers 1215, on compte 600 communautés monastiques en Angleterre et leur nombre commence à poser des problèmes de financement[59].
Autour de 1220 arrivent les ordres mendiants, dominicains et franciscains, appelés respectivement « Black Friars » et « Grey Friars » d'après la couleur noire ou grise de leur robe[60] : ils s'imposent dans les villes comme prédicateurs[61]. Éléonore de Provence, épouse de Henri III, Marguerite de France, seconde épouse d'Édouard Ier, et Isabelle de France, épouse d'Édouard II ont une prédilection pour les franciscains tandis qu'Éléonore de Castille, première épouse d'Édouard Ier, favorise les dominicains, ses compatriotes espagnols : elle et ses enfants sont admis dans le tiers-ordre dominicain en 1280. Plusieurs de ces reines font inhumer leur corps ou au moins leur cœur dans une église de leur ordre favori[56]. À la fin du XIIIe siècle, les ordres mendiants comptent environ 150 maisons en Angleterre[61].
- Ordres monastiques et mendiants
- Perspective et plan de l'abbaye cistercienne de Fountains, illustration de Banister Fletcher, 1946.
- Le frère prêcheur, illustration des Contes de Canterbury, v. 1420.
Les femmes

Les instructions du pape Grégoire le Grand à Augustin de Canterbury pour la christianisation des Anglo-Saxons prescrivent l'application du modèle chrétien du mariage monogame, indissoluble et l'interdiction du mariage entre cousins jusqu'au quatrième degré. Cependant, ce modèle est peu appliqué : le divorce et le mariage consanguin restent courants, au moins dans les familles royales, jusqu'à la fin de la période anglo-saxonne. C'est seulement aux XIIe et XIIIe siècle que ces interdits deviennent la règle, en même temps que les pratiques de mariage se modifient : la coutume germanique où l'homme dotait son épouse par le don du douaire et du Morgengabe est supplantée par l'usage de la dot apportée par l'épouse. L'interdiction grégorienne du divorce et de l'union « incestueuse » tend à être rigoureusement appliquée tandis que le droit successoral permet à la femme d'être héritière en l'absence d'enfant mâle[62]. Les conquérants normands, comme les Danois de Cnut le Grand au début du XIe siècle, cherchent à consolider leur emprise sur la terre en épousant des filles de la noblesse anglo-saxonne ; une lettre de Lanfranc à Gundulf, évêque de Rochester, nous apprend que certaines cherchaient à échapper à ce mariage forcé en se réfugiant dans des monastères[63]. Le mariage d'une héritière dépend de la permission du roi qui peut lui choisir son époux : vers 1150, 30 baronnies ont été transmises par les femmes[63]. L'Église fait du mariage un des sept sacrements, fondé sur le consentement mutuel, et ordonne son respect par le sermon et la confession ; la société laïque admet peu à peu l'idée que la seule descendance légitime est celle du mariage consacré. Le mariage des serfs est lent à être légitimé et c'est seulement en 1234 qu'ils sont admis à se marier sans la permission du seigneur[64].
Au lendemain de la conquête normande, Lanfranc obtient que les chanoines des cathédrales et des collégiales se séparent de leur femme ; les prêtres de paroisse sont autorisés à rester en couple mais aucun homme marié ne peut plus recevoir l'ordination. Par la suite, le célibat des prêtres devient une règle absolue[6].
Les couvents féminins, qui existent dès l'époque anglo-saxonne, sont inférieurs en nombre et en richesse à leurs homologues masculins. Ainsi, le diocèse de Norwich (anciennement, Elmham), qui couvre à peu près le Norfolk et le Suffolk, au Moyen Âge tardif, compte 11 maisons de nonnes, 63 maisons de moines et chanoines réguliers et 33 maisons de moines mendiants[65]. Les couvents féminins ne possèdent généralement qu'un domaine cultivable restreint, d'une valeur inférieure à 100 livres sterling, alors que les couvents masculins, dotés par le roi ou des grands seigneurs, peuvent avoir un patrimoine très supérieur. Ainsi, les deux prieurés féminins fondés par le roi Étienne, Carrow (en) dans le Norfolk et Higham dans le Kent, sont beaucoup moins richement dotées que les fondations masculines de ce roi. Cette pauvreté peut traduire le statut religieux inférieur des femmes, qui ne sont pas habilitées à donner les sacrements, mais aussi une application plus stricte de leur vœu de pauvreté. Beaucoup de couvents féminins se trouvent dans des régions peu fertiles comme les Fens du Norfolk[66], tels ceux des cisterciennes de Marham dans le Norfolk et des clarisses de Bruisyard dans le Suffolk. Le prieuré de Crabhouse, fondé par des sœurs augustines, est à l'origine un ermitage[67]. Certaines familles du Norfolk et du Suffolk, appartenant à la haute aristocratie ou à la couche supérieure de la gentry, peuvent mettre leurs filles dans des couvents mieux situés comme Barking dans la banlieue de Londres[68] tandis que d'autres, issues des mêmes milieux privilégiés, choisissent les « pauvres clarisses » de Bruisyard, particulièrement austères[69], et que les familles bourgeoises de Norwich préfèrent celui de Carrow, à la sortie de leur ville[70]. Malgré leur pauvreté, les couvents féminins détiennent des droits seigneuriaux, y compris une justice seigneuriale, le droit d'homologuer les testaments et de détenir des installations comme un moulin à eau, un moulin à foulon et une pêcherie ; le bailli du tribunal peut imposer des amendes au nom de l'abbesse ou prieure ; certaines justices ont un droit d'asile ou même un gibet[71]. Alors que les monastères masculins de la région sont continuellement en procès contre leurs paysans et que certains sont brûlés pendant la grande révolte de 1381, les maisons de nonnes semblent avoir presque toujours échappé à ces litiges : leurs contestations les opposent surtout aux empiètements des monastères masculins ou de la ville de Norwich[72].
Le noviciat commence habituellement à l'âge de 14 ou 15 ans et les vœux définitifs un an plus tard mais on connaît des novices de plus de 20 ou même plus de 30 ans. Chez les moines masculins, l'âge des vœux se situe plutôt vers 18 ou 20 ans avec des exceptions : on connaît un franciscain admis à 5 ans[73].
La clôture, qui n'est prévue ni par la règle des bénédictins, ni par celle des augustins, était inconnue des premiers monastères anglo-saxons ; elle se généralise au Moyen Âge central, plus encore pour les femmes que pour les hommes. La claustration des nonnes est prescrite par les conciles d'Oxford en 1222, Londres en 1268 et Lambeth en 1281 avant d'être étendue à toute la chrétienté par la constitution Periculoso de Boniface VIII en 1298. La mère supérieure pouvait sortir occasionnellement pour les affaires de son domaine, les simples nonnes pour raisons de santé, mais uniquement avec une permission spéciale de l'évêque. En fait, au XVe siècle, de nombreuses nonnes voyagent en pèlerinage, comme la prieure des Contes de Canterbury, ou pour soigner des parents malades, assister à des funérailles ou visiter une amie de même rang[74].
Les travaux et les jours

Le versement de la dîme, « part de Dieu » dictée par l'Ancien Testament, ne devient obligatoire qu'au Xe siècle : le roi Æthelstan l'impose à ses servants et vassaux immédiats, puis son successeur Edmond Ier l'étend à tous les foyers chrétiens. Au Xe siècle, la dîme sur le croît du bétail est prélevé à la Pentecôte et celle sur les moissons et autres productions végétales, à l'équinoxe d'automne (23 septembre) ou à la Toussaint (). Les dates des époques ultérieures sont mal connues ; au Moyen Âge tardif, dans le diocèse de Salisbury, on prélève la dîme des jeunes animaux une semaine avant Pâques, et celle des moissons après la récolte. La dîme est également due sur la tonte de la laine, les laitages, la volaille, les pigeons, les œufs, le miel et les prises de poisson, sans oublier les fruits et légumes du jardin, la paille, les coupes et ramassages de bois, le cidre, la bière et les produits de l'artisanat. Quand la collecte des produits est trop difficile, elle est remplacée par un versement en argent ; les foyers de pauvres travailleurs versent une somme forfaitaire de 5 shillings. Cette taxe n'est guère populaire et les prêtres doivent parfois sommer les mauvais payeurs, voire les traduire devant la justice ecclésiastique. Inversement, ceux qui se repentent d'avoir détourné une partie de ce qu'ils devaient le compensent parfois par une « dîme secrète » au moment du Carême ou inscrite sur leur testament[75]. Les biens matériels de la paroisse sont souvent gérés par un économe ou marguillier laïc, homme ou femme, élu pour un an par les paroissiens[76].
Dans les royaumes anglo-saxons, le baptême était généralement célébré, selon l'ancien usage, aux veilles de Pâques et de la Pentecôte. En 1070, le concile de Winchester recommande de s'en tenir à ces dates traditionnelles, à moins que l'enfant ne soit en danger de mort. Cependant, l'usage moderne de baptiser peu après la naissance se répand peu à peu[77]. La femme, après son accouchement, doit passer par un délai de purification, les relevailles, avant d'être admise à rentrer dans l'église[77].
Les fêtes de printemps, Pentecôte, Rogations, Fête-Dieu tombent dans la période où les réserves récoltées l'année précédente arrivent à leur terme : pour les plus pauvres, c'est la saison de misère décrite par le poème de Pierre le laboureur à la fin du XIVe siècle, quand le paysan n'a plus ni œufs, ni jambon, ni volaille et doit se contenter d'un peu de fromage aigre, de pain de son et de galettes d'avoine : c'est aussi la saison des principales révoltes paysannes, la grande révolte de 1381, celle de Cornouailles en 1497, celle du livre de la prière commune en 1549[78]. La Fête-Dieu, instaurée par le pape Urbain IV, ne commence à être célébrée en Angleterre qu'à partir de 1318[78].


Parmi les principales célébrations figurent la fête de sainte Anne le 26 juillet, la Transfiguration de Jésus le 6 août, et toute la série des fêtes mariales : Purification, Annonciation, Visitation, Assomption, Nativité et Conception[79]. Les rituels du culte s'étendent aussi hors des murs de l'église, quand les fidèles jeûnent aux veilles et jours des principales fêtes, Noël, Pâques et Pentecôte, quand le prêtre vient distribuer l'eau bénite dans les maisons ou quand la communauté entière sort pour une procession[80]. Les fêtes d'automne et d'hiver donnent une large part aux anges et aux morts : saint Gabriel le premier lundi de septembre, saint Michel le 29 septembre et à nouveau le 16 octobre ; au XVe siècle, Edmund Lacey, évêque d'Exeter, ajoute une fête de l'archange Raphaël le 5 octobre. Le 31 octobre, les cloches sonnent toute la nuit pour veiller les âmes du Purgatoire et le jour qui suit, la Toussaint, célèbre tous les saints du ciel[81].
Les fêtes d'été sont décorées par des guirlandes de fleurs et de branches. La fête de saint Jacques, le 25 juillet, est marquée par la bénédiction des fruits du verger. Le lammas, jour de la confection du premier pain de la nouvelle récolte, coïncide à peu près avec la Saint-Pierre et c'est aussi le jour de collecte du denier de Saint-Pierre, paiement d'un penny par foyer pour le Saint Siège. Par contre, la fête de la moisson semble une invention de l'époque victorienne et les récoltes de blé et autres végétaux sont surtout l'occasion peu plaisante du paiement de la dîme[79].
Les déviants
Les premiers Juifs en Angleterre arrivent de Rouen sous Guillaume le Conquérant. Ils restent longtemps confinés dans Londres et ne se répandent dans d'autres villes qu'un siècle plus tard. Ils pratiquent le prêt à usure, ce qui les rend nécessaires à l'économie mais impopulaires. Un clerc d'York s'adresse à eux pour apprendre l'hébreu afin de réfuter l'hérésie locale des salomites, d'autres pour tracer des écrits magiques en caractères hébreux[82]. En 1275, Édouard Ier leur impose un statut discriminatoire et le port d'une rouelle jaune avant de les expulser du royaume en 1290[83].
L'excommunication est un domaine d'étroite coopération entre l'autorité royale et ecclésiastique. À partir de 1212 environ, la chancellerie royale émet des décrets (writ) sur la demande, appelée significavit, envoyée par un évêque : le writ est transmis au sheriff et à ses baillis pour faire appliquer les effets de la sentence. Entre 1250 et 1530, on compte au moins 7 600 significations d'excommunication adressées par les évêques. La plupart sont de caractère fiscal et visent à contraindre le destinataire, ecclésiastique ou laïc, à payer sa part des subsides accordés au roi par le pape. Les décrets pour hérésie ne deviennent nombreux qu'à partir de 1380 ; en 1412, le roi promulgue le statut De haeretico comburendo (« Sur la mise au bûcher des hérétiques ») qui permet à l'évêque de saisir directement le sheriff contre un hérétique[84].

Il arrive qu'une chapelle mal surveillée devienne un foyer religieux dissident. En 1351, l'évêque d'Exeter ordonne la destruction d'une chapelle dédiée à la Vierge Marie où se tenaient des pratiques, peut-être divinatoires, convenant mieux « à la fière et rebelle Eve ou à la profane Diane qu'à la Mère de Dieu ». Vers 1380, un groupe de lollards s'établit dans une chapelle désaffectée de sainte Catherine et fait brûler l'image de la sainte pour cuire son repas. Dans le même diocèse, le prêtre et ermite William Swinderby prêche la doctrine des lollards dans une chapelle de Lingen[85]. En 1439 à Templeton, dans la paroisse de Witheridge, les chevaliers hospitaliers permettent aux villageois de célébrer baptêmes et funérailles et louent les services d'un chapelain qui fait même poser des fausses pierres tombales pour faire croire à l'ancienneté du cimetière[86].
Dans le Kent entre 1460 et 1560, les procès pour violence verbale, injure, diffamation, querelle, sont relativement courants, visant un peu plus souvent des femmes que des hommes ; certaines injures ont une dimension religieuse comme l'accusation pour un prêtre de « courir les putains » ou pour une femme de coucher avec un prêtre, mais les pénalités sont généralement légères[87].
Les pratiques de magie semblent assez répandues, y compris parmi les lettrés qui rédigent parfois des écrits magiques dans des formules mélangeant le latin et le grec, parsemées de références chrétiennes telles que « agios crux domini » (« Sainte croix du Seigneur »)[88]. Les confesseurs, en faisant appel aux principes de sagesse de saint Augustin et de Caton, s'efforcent de réfuter les croyances superstitieuses relatives à l'aboiement du chien, au chant de la pie, au fer à cheval[89], aux fêtes du Nouvel An et de la Saint-Jean[90]. Ils admettent l'usage de l'astrologie pour prédire des événements météorologiques mais pas pour des actions humaines[91].
L'accusation de sorcellerie, qui vise principalement des femmes, apparaît au XVe siècle mais n'entraîne la peine de mort qu'à partir du début de l'époque moderne[92].

