Ère astrologique
période pendant laquelle le soleil de l’équinoxe du printemps traverse une des constellations du zodiaque
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Une ère astrologique correspond au temps nécessaire pour que le Soleil de l’équinoxe du printemps, observé depuis la Terre, traverse l’une des 12 constellations du zodiaque. Sa durée est traditionnellement évaluée à 2160 ans, soient 25920 ans pour un cycle complet de la précession des équinoxes.
Si les horoscopes continuent d’associer l’arrivée du printemps au signe du Bélier, comme le faisaient les Grecs et les Babyloniens, le soleil de l’équinoxe de mars se lève depuis l’époque romaine dans la constellation des Poissons – symbole paléochrétien – et se lèvera d’ici quelques siècles dans la constellation du Verseau.
Zodiaque

Vu depuis l’espace, le zodiaque est un cercle imaginaire de constellations entourant la trajectoire orbitale de la Terre et des autres planètes autour du soleil. Vu depuis la Terre, c’est la zone de la sphère céleste traversée par le soleil, la lune et les planètes. Au cours d’une année, le soleil se lève successivement dans les 12 constellations du zodiaque[1].
Histoire
La contemplation des astres est attestée dès le paléolithique supérieur dans l’art rupestre et pariétal[2], puis, avec la révolution néolithique, dans l’architecture mégalithique[3],[4],[5]. L’astronomie est utile pour l’élaboration des calendriers, la planification agricole, les voyages et la navigation. L’astrologie comme pratique divinatoire émergea au IIe millénaire avant J.-C. (Enuma Anu Enlil).
Le zodiaque apparut pour la première fois en Babylonie, dans une tablette cunéiforme datée du Ve siècle avant notre ère[6],[7]. Il se diffusa rapidement dans l’Empire perse, dans le monde hellénistique après les conquêtes d’Alexandre le Grand, en Arabie et jusqu’en Inde. Avec l’expansion du bouddhisme, le zodiaque atteignit la civilisation chinoise qui forgea un système alternatif.
Tout au long du Moyen Âge, l’astrologie dite « occidentale » se référa, tant dans le monde islamique que dans le monde chrétien, au Tetrabiblos écrit par Claude Ptolémée au IIe siècle à Alexandrie.
Cette discipline perdit de son prestige avec l’essor de la méthode scientifique. Elle est désormais considérée comme une « pseudoscience », dont les théories ne sont pas vérifiées (ou vérifiables) expérimentalement[8].
Précession des équinoxes
Description du phénomène
La précession des équinoxes désigne le cycle de changement de direction de l'axe de rotation de la Terre, qui vacille comme une toupie sous l'influence gravitationnelle du soleil et de la lune.

L’axe de notre planète est incliné par rapport à l’écliptique. L’équateur ne s’y aligne qu’aux équinoxes. À mesure que les siècles s’écoulent, le mouvement gyroscopique de la précession entraîne un déplacement progressif des points équinoxiaux sur l’écliptique, dans le sens inverse de l’orbite terrestre[10].

Histoire de la découverte
Antiquité
La découverte de la précession des équinoxes est généralement attribuée à Hipparque, astronome grec du IIe siècle avant notre ère, qui fixa la durée du cycle à 36 millénaires[11] (un degré par siècle). Ses écrits, qui ont tous disparu, furent cités par Claude Ptolémée trois siècles plus tard dans son Almageste. La précession était alors pensée dans le cadre du géocentrisme, c’est-à-dire comme un mouvement de la sphère céleste plutôt que de la Terre.
Selon le mythographe français Charles-François Dupuis (Origine de tous les Cultes, 1795), la précession fut observée dès la plus haute antiquité, notamment par les Égyptiens. Dans les années 1920, l’assyriologue allemand Paul Schnabel affirma que la précession était connue deux siècles avant Hipparque par l’astronome babylonien Kidinnu[12],[13]. Sa théorie fit l’objet d’une réfutation d’Otto Neugebauer[14].
Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, René Adolphe Schwaller de Lubicz, égyptologue controversé, prétendit que l’identification du phénomène prédatait Hipparque de plusieurs millénaires[15]. Giorgio de Santillana et Hertha von Dechend publièrent en 1969 Le Moulin d'Hamlet, un ouvrage de mythologie comparée défendant la thèse d’une connaissance préhistorique de la précession[16].
Si ce lent glissement des étoiles fixes d’une génération à l’autre a pu être observé en des temps très reculés[17], l’astronomie archaïque n’était pas en mesure de l'expliquer par un mouvement gyroscopique de la Terre, et a fortiori d’en déterminer les causes physiques[18]. Cela ne les empêcha pas d’aboutir à des estimations parfois très précises quant à la durée du cycle[19].
Époque moderne
Il fallut attendre Copernic – Des révolutions des sphères célestes (1543) –, pour que la précession des équinoxes fût comprise comme un mouvement de l'axe de rotation de notre planète. Isaac Newton l’étudia dans le cadre de sa loi universelle de la gravitation – Principia Mathematica (1687) – et quantifia le mouvement annuel de la précession des équinoxes à 50 secondes d’arc[20],[21], soient 72 ans pour un degré, et 25920 ans pour un cycle complet. Cette estimation fut reprise au XVIIIe siècle par Voltaire[22],[23], puis par d’Alembert dans un article de l’Encyclopédie[24].
Au XXIe siècle
De nos jours, les données récoltées par les satellites artificiels, la puissance de calcul des superordinateurs et diverses innovations technologiques (interférométrie à très longue base ou réflecteurs lunaires) permettent d’obtenir des mesures extrêmement précises. La valeur reconnue par l’Union astronomique internationale est de 50.28796195 secondes d’arc annuelles[25], soient environ 25 772 ans pour compléter un cycle. Il faudrait ajouter que le rythme de la précession est inconstant : sur une période de 500 millions d’années centrée sur le présent, les quelque vingt mille cycles écoulés présenteraient une durée moyenne de 25 676 ans[26]. Par ailleurs, la précession des équinoxes se conjugue avec d’autres cycles (variations de l’excentricité orbitale et de l’inclinaison de l’axe, précession apsidale et nutation).
Âges astrologiques
Malgré son inexactitude, la valeur donnée par Newton – 1 degré tous les 72 ans, soit un cycle complet de 25920 ans – est souvent reprise pour ses propriétés géométriques, inscrivant la précession dans une vision pythagoricienne de l’univers[27],[28],[29]. Chacun des 12 âges astrologiques durerait ainsi 2160 ans[30].
Les horoscopes, hérités de l’époque hellénistique, continuent d’associer l’avènement du printemps au signe du Bélier, l’équinoxe d’automne à la Balance, l’été au Cancer et l’hiver au Capricorne. Or, du temps de l’Empire romain, le soleil printanier commença la traversée des Poissons – symbole chrétien –, le soleil d’automne celle de la Vierge – mère du Christ –, le soleil estival celle des Gémeaux et le soleil hivernal celle du Sagittaire. L’astrologie sidérale des Hindous garde à l’esprit ce déplacement des étoiles fixes, connu sous le nom d’Ayanamsa.

Au XVIIIe siècle, Voltaire ironisait à propos des astrologues méconnaissant les effets de la précession : « Le grand malheur des astrologues, c’est que le ciel a changé depuis que les règles de l’art ont été données[31]. » Pendant la Révolution française, la lecture astronomique des mythes fut popularisée par Volney et Charles-François Dupuis.
Ères préhistoriques
En partant de la révolution néolithique, à la fin de la dernière glaciation[32], tout en fixant la naissance de Jésus Christ comme point d’intersection entre l’ère du Bélier et l’ère des Poissons[33], on aboutirait à la chronologie suivante :
Ère du Taureau

L’âge du Taureau commencerait autour de 4320 avant J-C. À Sumer, le roi Gilgamesh et son ami Enkidu triomphaient du taureau céleste[35]. Sous l’Ancien Empire, l’Égypte vénérait le taureau Apis et la vache Hathor[36].

Selon les zoroastriens, la plus ancienne créature était un bœuf nommé Gavaevodata[37]. Le taureau crétois, dompté par Héraclès[38], était l’animal emblématique de la civilisation minoenne, comme en témoignent la pratique de la taurocathapsie, les fresques du palais de Cnossos, ou l’histoire du minotaure vaincu par Thésée au cœur du labyrinthe[39].
La constellation du Taureau inclut l’astérisme des Pléiades, qui servirent de repères pour de nombreux calendriers à travers le monde, y compris après qu’elles eurent cessé d’annoncer le printemps. Les idoles bovines prospérèrent bien au-delà de cet âge astrologique – lequel se terminerait en 2160 avant J.-C. selon notre chronologie. Au début de l'ère chrétienne, les légionnaires répandirent à travers l’Empire romain un culte à mystères fondé sur la tauroctonie, le mithraïsme[40],[41].
Quadrature zodiacale

Cette configuration initiale du zodiaque – Taureau printanier, Lion estival, Scorpion automnal et Verseau hivernal – s’incarne dans le tétramorphe, une créature apparue dans l’iconographie de l’Empire néo-assyrien, sous une forme androcéphale (le visage humain du dieu Ea, Verseau des Mésopotamiens) avec des attributs de Lion et de Taureau ainsi que des ailes d’Aigle. Selon Dupuis, chaque « étoile royale » (celle de l’Aigle, Antares, faisant aujourd’hui partie de la constellation du Scorpion) indiquerait l’un des 4 points cardinaux de l'écliptique.
Le tétramorphe intervient dans la bible hébraïque (Ézéchiel) et dans le nouveau testament (Apocalypse[42]). La tradition chrétienne attribue l’aigle à Jean, le taureau à Luc, le lion à Marc et l’homme à Matthieu[43].

Ère du Bélier
À l’âge du Taureau succéda celui du Bélier, sacrifié par Abraham à la place de son fils Isaac, puis par Moïse pendant la consécration de son frère Aaron. Moïse détruisit le veau d’or, symbole d’un retour à l’ancienne religion. Les Hébreux firent tomber les murailles de Jéricho en soufflant dans leurs Chofars, des trompettes fabriquées avec des cornes de bélier.

À Thèbes, capitale du Nouvel Empire égyptien, les sphinx béliers surveillaient le chemin entre le temple de Karnak et celui de Louxor.
En Inde, les rédacteurs du Rigveda commencèrent avec une invocation d’Agni, dieu solaire enfourchant son bélier. Dans le monde grec, Jason et les Argonautes partirent en quête de la toison d’or. L’homme-bouc Pan fut déifié.
Jusqu’à la destruction du temple de Jérusalem par les romains au Ier siècle, l’exode des juifs hors d’Égypte fut commémoré chaque printemps avec des sacrifices d’agneaux. À la fin de leur année lunaire, les musulmans continuent de sacrifier des moutons et des chèvres en hommage au patriarche Abraham. L’Agnus Dei est toujours célébré à Pâques par les Chrétiens, à l’imitation de la Pessa’h juive. « Il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche[44]. »
La mort du « grand Pan », annoncée par Plutarque au IIe siècle, signala le crépuscule du monde païen.

Ère des Poissons
Ichtus ἸΧΘΥΣ (Poisson) – acronyme grec de « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur » – servit de signe de ralliement aux premiers chrétiens. Le soleil équinoxial de septembre s’aligna sur la Vierge, la mère du Christ (immaculée conception). « Cette génération méchante et adultère demande un miracle, mais il ne lui sera donné d’autre miracle que celui du prophète Jonas. Car de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d’un grand poisson, de même le Fils de l’homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre[45]. »
Pour payer l’impôt du Temple, Pierre récupère une pièce de 4 drachmes dans la bouche d’un poisson[46]. Les apôtres sont décrits comme des « pêcheurs d’hommes[47] ».
« Il fit asseoir la foule sur l'herbe, prit les cinq pains et les deux poissons, et, levant les yeux vers le ciel, il rendit grâces. Il rompit les pains, les donna aux disciples, et les disciples les donnèrent à la foule. Ils mangèrent tous et furent rassasiés. On ramassa les morceaux qui restaient : cela faisait douze paniers pleins[48]. »
Après sa résurrection, lors de sa troisième et dernière apparition, le Christ déguste du poisson grillé avec ses disciples[49]. Jésus naît au solstice d’hiver (fête de « Sol Invictus » dans l’Empire romain), est suivi par un cortège de douze apôtres et ressuscite au printemps[50],[51].
Mérovée, fondateur légendaire de la première dynastie des rois de France, serait né de l’union de sa mère avec un monstre marin[52]. Dans Perceval ou le Conte du Graal, roman de Chrétien de Troyes, le Graal pourrait prendre la forme d’un plat à poisson[53]. Perceval rencontre le gardien du Graal, le « roi pêcheur ». A Rome, le pape porte l’anneau du pêcheur.


Ère du Verseau
Ératosthène distinguait la silhouette de Ganymède, l'amant et l'échanson de Zeus, dans la constellation du Verseau (ΥΔΡΟΧÓOΣ hydrokhóos). Vient aussi à l'esprit le mythe des écuries d'Augias nettoyées par Hercule. Chez les Mésopotamiens, le Verseau pourrait être associé au dieu Ea[54],[55].

Renaissance
Un petit croquis de Léonard de Vinci (Codex Arundel) – de l’eau versée par une cruche en mouvement – illustrait les lois de la pesanteur plus d'un siècle avant leur formalisation mathématique[56]. À l'époque du procès de Galilée, Tommaso Campanella écrivait que le soleil de l'équinoxe du printemps se trouvait au bord de la constellation des Poissons[57],[58] (le glissement dans le signe du Verseau étant prévu pour les années 1770).
XVIIIe siècle
Après nous le déluge, prédisait Jeanne-Antoinette Poisson, la marquise de Pompadour, maîtresse attitrée du roi à Versailles. Pendant la Révolution française, Volney estimait qu’il vivait à l’aube de ce nouvel âge[59],[60].

Ère industrielle
Le concept d’âge astrologique fut abondamment décliné aux XIXe et XXe siècles, par plusieurs courants ésotériques (le babisme[61], la théosophie d'Helena Blavatsky, ou l’anthroposophie de Rudolf Steiner[62],[63], puis dans l’œuvre de Dane Rudhyar[64] ou d’Omraam Mikhaël Aïvanhov[65]).
À Paris, Auguste Vandekerkhove annonçait dans le journal féministe La Fronde que le « cycle d'Aquarius » commencerait au printemps 1890 : « Dans cette maison, la femme sera l’égale de l’homme. Les sciences occultes élaboreront cette égalité sexuelle, qui n’ira pas sans soubresauts anguleux et tempétueux. […] Thèbes eut son cycle, celui de Ram. Rome eut son cycle, celui des Poissons. Paris aura son cycle, celui du Verseau. »
En 1937, Paul Le Cour[66] prévoyait dans l’Ère du Verseau le retour du Christ et la conversion des juifs pour l’an 2160[67].
Le psychologue Carl Jung s’intéressa également à la symbolique chrétienne du Poisson[68],[69],[70] et à l’arrivée imminente du « quatrième mois de l'histoire du monde[71] » (Études sur la phénoménologie du Soi, 1951). « Nous entrons maintenant dans le Verseau, dont les livres sibyllins disent : Luciferi vires accendit Aquarius acres (le Verseau enflamme les pouvoirs de Lucifer)[72]. » Pour Jung, l’âge du Verseau verra l’humanité se confronter au problème de l’énantiodromie et de « l’existence réelle du Mal ».
New Age
L’occultiste colombien Samaël Aun Weor proclama le début de l’ère du Verseau le 4 février 1962[73].
This is the dawning of the age of Aquarius (« Voilà l’aube de l’âge du Verseau »), chantait le public du festival de Woodstock, quelques jours après l’alunissage.
En 1980, la psychologue américaine Marilyn Ferguson publiait Les Enfants du Verseau, un best-seller qui contribua à l'infusion du concept dans la culture populaire. Très en vogue à la fin du XXe siècle – Jung avait proposé 1997 comme date d’expiration des Poissons[74] –, le New Age est progressivement devenu en français un terme péjoratif, synonyme de sectarisme et de charlatanisme.
Un avenir plurimillénaire
Avec un rythme d'un degré tous les 72 ans, si l’on fait coïncider l’âge des Poissons et l’ère chrétienne, l’âge du Verseau devrait commencer en 2160 et s'achever en 4320. En se référant aux superficies des constellations, telles que définies par l’Union astronomique internationale (et non le zodiaque de 12 x 30 degrés), l’ère du Verseau serait programmée pour la fin du XXVIe siècle. Elle laissera ensuite la place au Capricorne, puis au Sagittaire… Il faudra que l'humanité patiente jusqu’au XXVIe millénaire pour que le signe des Poissons accueille de nouveau le Soleil du printemps.