Église Saint-Joseph du Havre

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Église Saint-Joseph
Image illustrative de l’article Église Saint-Joseph du Havre
Présentation
Culte Catholique
Dédicataire Saint Joseph
Type Église paroissiale
Rattachement Diocèse du Havre
Début de la construction 1951
Fin des travaux 1957
Architecte Auguste Perret
Style dominant Architecture moderne
Protection Logo monument historique Inscrite MH (1965)
Logo monument historique Classée MH (2018)
Patrimoine mondial Patrimoine mondial (2005)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Normandie
Département Seine-Maritime
Ville Le Havre
Coordonnées 49° 29′ 27″ nord, 0° 06′ 04″ est

L'église Saint-Joseph est une église paroissiale de culte catholique emblématique du centre-ville reconstruit du Havre dans le département français de la Seine-Maritime, en région Normandie. Monument représentatif de l'architecture moderne, cette église des « gens de mer » symbolise la renaissance de la ville détruite en 1944. Sa tour-lanterne, qui domine du haut de ses 107 m l’ensemble des quartiers reconstruits, est tout à la fois un phare visible à des dizaines de kilomètres au large et une « stèle en mémoire des disparus ».

La fin de la Seconde Guerre mondiale marque en effet la destruction de la ville du Havre lors d'une intense campagne de bombardements, entre les 5 et , provoquant la mort de près de trois mille personnes. Les dégâts matériels sont tels qu'elle est la grande ville la plus dévastée de France et l’ancienne église Saint-Joseph, modeste édifice de quartier, n'échappe pas à la destruction. Elle est reconstruite à partir de 1951 par Auguste Perret, architecte précurseur du béton armé.

L'église Saint-Joseph accompagne également le renouveau de l’art sacré  notamment grâce aux vitraux de Marguerite Huré  et l'émergence de l’abstraction lyrique au cours des années 1950. Son plan carré au centre duquel se dresse le maître-autel, entouré par les fidèles, anticipe également les évolutions liturgiques que le concile Vatican II introduit au cours de la décennie suivante.

Symbole de l'architecture du XXe siècle, l'église est inscrite au titre des monuments historiques dès le mois d' puis classée en 2018. Elle est identifiée comme l'un des éléments remarquables de la ville reconstruite par Auguste Perret, bien inscrit au patrimoine mondial en 2005.

Un architecte, Auguste Perret

Né à Ixelles en Belgique, en 1874, Auguste Perret joue un rôle déterminant dans l'histoire de l'architecture moderne en contribuant à faire du béton armé un « matériau digne d’architecture » : pour Perret, « le béton, c’est de la pierre que nous fabriquons, bien plus belle et plus noble que la pierre naturelle »[1],[U 1],[2]. Il reste attaché à ce matériau à la fois économique, robuste et incombustible[1], tout en posant quelques principes comme le « style sans ornement »[3], la structure poteau-poutre-dalle ou le plan libre.


Le style de Perret est longtemps dénigré par les historiens et théoriciens du Mouvement moderne, particulièrement des années 1960 aux années 1990, notamment par des proches de Le Corbusier, qui jugent ses réalisations comme des compromis favorisés par des gouvernements sans ambition ; il faut attendre les différentes crises de ce mouvement pour que son œuvre reprenne place au sein d'une histoire de l'architecture tendant à une logique patrimoniale[4]. La cohérence de son œuvre — qui s'étale sur plus d'un demi-siècle — reflète la volonté d'inscrire la construction moderne au sein d'un nouvel ordre architectural, comparable aux ordres antiques, défini comme l'École du classicisme structurel[U 1],[2].

Ces premières réalisations, comme les appartements de la rue Benjamin Franklin à Paris (1903) ou l'église Notre-Dame du Raincy (1923), « la Sainte-Chapelle du béton armé » avec laquelle il renouvelle grandement les canons de l'architecture religieuse[2], sont reconnues comme des « chefs-d’œuvre » des débuts du modernisme[U 2] tandis que l'ensemble havrais constitue l’un des « aboutissements les plus remarquables de l’architecture du béton armé »[U 1].

Une reconstruction d’un style très proche est également due à Perret dans la ville picarde voisine d’Amiens, conçue plus tôt pendant la guerre (destructions de 1940, plans de 1941), avec la tour Perret (1949-1952), la plus haute d’Europe à l’époque, et le quartier environnant cette tour, dit de la gare du Nord, dont la reconstruction n’a débuté qu’en 1955 et s’est achevée trois ans plus tard. Ce style très particulier est dit avoir inspiré les architectes des pays de l’Est après la Seconde Guerre mondiale, donnant le vocable un peu dévalorisant « d’architecture stalinienne », mais ayant l’avantage par l’utilisation intelligente du béton armé de pouvoir reconstruire « vite et bien »[5].

Perret meurt à Paris le , alors que la construction de l'église Saint-Joseph est encore loin d'être achevée[6],[2].

L'ancienne église Saint-Joseph

L'idée de fonder une nouvelle paroisse, Saint-Joseph, naît en 1863 avec l'abbé Beaupel, curé de l'église Saint-Vincent-de-Paul. En 1868, une exposition maritime internationale a lieu près de la rue Gustave-Cavazan et du boulevard Impérial, sur un terrain libéré par la destruction des anciennes fortifications de la ville ; le bâtiment en bois qui servait à l'exposition devait être détruit, mais la mairie achète le terrain pour faire de ce bâtiment un lieu de culte. Les travaux d'aménagement débutent l'année même. Un clocher-porche est construit à l'ouest du bâtiment, le clocher étant surmonté d'une flèche de charpente. Les dimensions de la chapelle étaient de 35 mètres de long et 14 mètres de large[7].

La chapelle est bénie le . Elle est dédiée à saint Joseph, saint patron des travailleurs, compte tenu de la composition sociale du quartier : beaucoup d’ouvriers, notamment des charpentiers de navires et de chantiers navals, mais aussi des bourgeois qui fréquentent la même église, bien qu'à des heures distinctes[7],[6].

Même si aucune paroisse n'a été fondée, une église est érigée à l'emplacement de la chapelle dont la première pierre est posée le . Le , l'archevêque de Rouen, le cardinal de Bonnechose, fait de l'église Saint-Joseph une église succursale et fonde la paroisse Saint-Joseph, modifiant pour cela les limites des paroisses Saint-Vincent-de-Paul, Saint-Michel et Notre-Dame, avec à sa tête l'abbé Roger. L'édifice est ouvert au culte dès le [8].

L'église de style néogothique possède une nef en trois vaisseaux, dont la nef centrale est élevée sur deux niveaux. Le transept est surmonté d'une tour-lanterne et l'église possède cinq chapelles absidiales. Faute de moyens, le clocher n'est pas construit : un petit clocher provisoire en bois  provenant de l'ancienne chapelle  est érigé à côté de la façade ouest de l'église[8],[U 3].

Le , une bombe américaine détruit une partie de la nef et la façade occidentale, et le souffle démolit le clocher provisoire ; mais, du fait de leur petite taille, les cloches ne se fissurent pas après leur chute. Le , un nouveau bombardement détruit totalement les parties épargnées par la précédente attaque ; seules quelques statues et les deux cloches sont épargnées[8].

La reconstruction

Ces bombardements massifs, entre les 5 et , font du Havre la grande ville la plus détruite de France et l'une des plus sinistrées d'Europe. Elle compte à la Libération 5 000 morts, 10 000 immeubles détruits, 80 000 sans-abri. L'anéantissement est tel qu'il explique la volonté du gouvernement de mettre sur pied un ambitieux projet de reconstruction, confié à Auguste Perret, architecte de renommée internationale, afin de faire de cette « ville martyre l’une des plus belles cités d’Europe »[U 4],[U 5].

Photo panoramique montrant une ville entièrement dévastée.
La ville dévastée à l'hiver 1944-1945.

Les grands chantiers de la reconstruction vont permettre à l'architecture urbanistique des villes détruites d'être entièrement repensée. Outre Perret, d'autres architectes de renom y concourent tels que Marc Brillaud de Laujardière, Maurice Novarina, Jean-Frédéric Battut ou Robert Warnesson, et la nouvelle église Saint-Joseph doit participer de cette expérimentation urbanistique et architecturale[9],[U 3],[U 5].

Provisoirement, à la suite de la destruction de la première église, la paroisse décide d'aménager une chapelle dans un petit baraquement du camp François Ier, bénie le par Mgr Daniel Lemmonier, évêque auxiliaire de Rouen[10].

Le projet

Le nouvel édifice doit remplir une double fonction laïque et religieuse, tout à la fois mémorial de la guerre et église paroissiale. Le plan conçu par Perret s'appuie sur celui qu'il a proposé en 1926 pour la basilique Sainte-Jeanne-d'Arc de Paris. On y retrouve notamment l'idée d'un immense clocher posé à même un socle faisant office de nef et de chœur[U 3].

Jacques Tournant, représentant au Havre de l'architecte, soumet à l'abbé Marcel Marie, curé de la paroisse de 1949 à 1970, les dessins réalisés en 1926 ; celui-ci, conquis par le projet, se charge alors de convaincre le clergé et le ministère de la Reconstruction. Perret et l'abbé deviendront très proches, l'architecte allant jusqu'à se faire baptiser peu avant sa mort. Leur étroite collaboration se manifeste notamment dans les choix d'agencement intérieur de l'église, notamment du maître-autel[11],[6].

Il est aidé dans la réalisation des plans par Raymond Audigier. Les deux architectes se complètent : l'un, Perret, est athée et veut que l'église soit aussi un monument à la mémoire des victimes de la guerre tandis que Raymond Audigier, très croyant, souhaite en faire un cierge de remerciement à Dieu pour le retour de la paix. Cette seconde idée a fortement influencé le choix de la forme définitive du monument tout en s'inspirant du projet de 1926 ; par ailleurs, Perret voit dans la tour-lanterne le premier monument que verraient les passagers des navires transatlantiques[12].

Les travaux

Les travaux débutent le par la pose de la première pierre[6]. Les crédits peinent à suivre et Perret doit rappeler la double fonction de l'édifice, notamment son pendant laïque, pour les débloquer avant qu'ils ne viennent à manquer[11]. Lorsque l'architecte meurt en 1954, alors que le chantier bat son plein, Audigier lui succède en collaboration avec Georges Brochard des Ateliers Perret. Audigier et Brochard sont par ailleurs assistés par un autre architecte, Jacques Poirrier[13].

Le gros œuvre est terminé en octobre 1956 avec l'achèvement de la tour de 107 mètres et l'édifice est inauguré en juin 1957[N 1],[11]. La reprise du culte a lieu le [13], l'autel comme les aménagements intérieurs, conçus par l’architecte Guy Verdoïa, n'étant achevés qu'en 1964[6].

La bénédiction de l'église et la consécration du maître-autel le 1er mai 1964 par monseigneur Martin, évêque de Rouen, marquent symboliquement la fin de la reconstruction de la ville, près de vingt ans après sa destruction en septembre 1944. Dix jours plus tard, le vicaire général procède également à la consécration de l'autel de la chapelle du Saint-Sacrement[14],[U 6].

Une église symbole de modernité

Un aboutissement de l’architecture du béton armé

Vue de l'église et d'immeuble d'habitations situé en bord de mer, photo prise depuis la plage visible au premier plan.
L'église Saint-Joseph et le front de mer.

Une fois achevée, l'église Saint-Joseph ne fait pas l'unanimité parmi les habitants, à l'instar de l'ensemble du centre-ville reconstruit. Les Havrais lui préfèrent longtemps l’église Saint-Vincent, avec parvis et escalier traditionnel, pour leurs cérémonies de mariage[6],[U 7].

Fait remarquable, l’église est inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques dès le alors que le gros œuvre n'est achevé que depuis moins de dix ans et qu'elle n'accueille des fidèles que depuis six ans. Elle est d'ailleurs l'une des toutes premières réalisations du XXe siècle à obtenir une telle reconnaissance institutionnelle[15],[N 1],[6].

La prise de conscience par la municipalité de la valeur patrimoniale de l'ensemble du centre-ville reconstruit se concrétise par la mise en lumière des principales constructions, dont l'église Saint-Joseph en 1997[U 8]. Elle fait l'objet d'une première campagne de rénovation entre 2003 et 2005 par l'entreprise Lanfry de Rouen, appuyée par Jean-Pierre Aury, expert international en restauration de béton armé. Les bétons d'origine, très abîmés par l'air salin, sont notamment repris ; certains vitraux dont les scellements métalliques avaient vieilli sont également rénovés à cette occasion[11].

L'église Saint-Joseph se voit définitivement reconnue pour son importance dans l'histoire de l'architecture en 2005 lorsque l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO) inscrit le centre-ville reconstruit du Havre sur sa liste du patrimoine mondial. L'ensemble est considéré comme l'un des « aboutissements les plus remarquables de l’architecture du béton armé », représentant le point d'orgue de l’École du classicisme structurel, ordre architectural initié par Auguste Perret. L'église Saint-Joseph en est l'un des deux édifices majeurs à la « qualité architecturale exceptionnelle »  aux côtés de l'Hôtel de ville  et l’un des « chefs-d’œuvre » de l’histoire du béton armé[U 3],[U 1]. Cette reconnaissance internationale marque un tournant dans l'image qu'ont les Havrais de leur église[6]. Bien qu'inscrite à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1965, elle n'est classée monument historique que depuis le [N 1].

Son rôle de mémorial est complété par l’apposition, le , d’une plaque commémorative aux 3000 victimes des bombardements alliés[6].

L’église, à laquelle le Guide vert de Michelin décerne trois étoiles depuis 2019[16], reçoit annuellement plus de 100 000 visiteurs[6].

Une église au chevet des « gens de mer »

Malgré son statut de monument internationalement reconnu, l'église n'en reste pas moins ouverte au culte. Elle est à ce titre rattachée à la paroisse Saint-Martin du Littoral, dans le diocèse du Havre[17].

Depuis 1963 et la fermeture des chantiers navals Augustin-Normand, la mixité sociale du quartier a reculé. Cependant, la paroisse continue de veiller sur les travailleurs de la mer. Le premier dimanche de septembre, y ont lieu les cérémonies de la Fête de la mer où se retrouve la communauté maritime de la ville : les autorités du port, les marins, les pêcheurs, les pilotes, les sauveteurs, etc[6].

Bien que des offices religieux y soient célébrés depuis 1959, l'église n'est consacrée que le par monseigneur Brunin, évêque du Havre. En effet, seul le maître-autel avait été consacré le par l'archevêque de Rouen[14].

Réception critique

Appréciation technique

Adepte du béton armé, Auguste Perret souhaite maximiser l'usage qui peut en être fait et créer d'immenses espaces autoportants, sans piliers. Le volume intérieur de l'église, de 50 000 m3, est ainsi débarrassé dans sa zone centrale de toute structure de soutien visuellement encombrante. La construction de l'église, prouesse d'ingénierie, s'appuie sur les meilleures techniques de construction de son époque. Bâtiment à la structure complexe, d'une superficie de 2 000 m2, ses fondations ont été savamment étudiées et reposent sur 71 « pieux Franki » d'une longueur de 15 m tandis que les 16 piliers qui soutiennent l'édifice reposent sur des puits tubés de même longueur et de 1,4 m de diamètre réunis par groupes de quatre au niveau du sol par une semelle de béton de 6,5 m2 et m d'épaisseur. La tour-lanterne exerce à elle seule une charge de 1 100 tonnes à chaque angle. Pour la supporter, les équipes de Perret utilisent des tirants en béton précontraint par recours aux articulations Freyssinet. L'ensemble est constamment comprimé à un taux variable, selon le temps, permettant à l'ouvrage de supporter les tempêtes[11].

Appréciation sociale

Vue de l'église et des immeubles d'habitations l'environnant.
L'église dans son environnement résidentiel.

L'édifice remplit une double fonction laïque et religieuse : plus qu’une église paroissiale, il est destiné dès l’origine à être un mémorial des victimes des bombardements. Sa tour-lanterne, qui domine du haut de ses 107 m l’ensemble des quartiers reconstruits, est une « stèle en mémoire des disparus » autant qu'un amer visible jusqu'à 60 km au large, premier monument visible depuis la mer[6].

Ce « phare spirituel » symbolise donc la renaissance de la ville et constitue un point de repère essentiel dans le paysage urbain[11]. Pourtant, l'église Saint-Joseph a, comme l'ensemble du centre-ville reconstruit, longtemps souffert d'une image négative chez les Havrais. Après le traumatisme des bombardements et des destructions, les habitants subissent le traumatisme de voir leur ville passer du statut de « petit Paris » à celui de « Stalingrad sur mer » : la ville reconstruite est jugée trop moderne, trop « soviétique », et rappelle l'étendue des destructions et des pertes, humaines et historiques. Son inscription à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques dès 1965, l'une des toutes premières réalisations du XXe siècle à en bénéficier, ne marque pas d'infléchissement dans la perception qu'ont les Havrais de leur église. Il faut attendre 2005 et l’inscription au patrimoine mondial de la ville reconstruite pour que leur regard change à son sujet[6],[U 7].

Appréciation artistique et esthétique

Conformément aux préceptes en vigueur à cette époque, ni Perret ni l'abbé Marie ne souhaitent d'ornement. L'église ne compte ainsi aucune peinture et conserve toute la rudesse du béton. Pour Perret, l'esthétique doit se passer des arts décoratifs et l'édifice se suffire à lui-même. Les seuls éléments intrinsèquement décoratifs sont les deux statues  des vestiges de l'ancienne église ayant résisté à la destruction[N 2],[N 3]  et les vitraux de Marguerite Huré, indissociables de l'architecture de l'église[11].

Vue en contre-plongée de la tour-lanterne de béton et des vitraux de l'église.
Vue de la tour-lanterne et des vitraux.

L'œuvre de l'artiste verrière est marquée par la volonté d'introduire une « symbolique non–figurative dans l’art sacré contemporain »[18]. Si l'abstraction dans le vitrail religieux se développe au lendemain de la Seconde Guerre mondiale  bien des années après les arts plastiques , Marguerite Huré y joue un rôle précurseur dès l'entre-deux-guerres. Elle abandonne ainsi progressivement l'iconographie traditionnelle pour ne recourir qu'à la couleur ; les vitraux de l'église Saint-Joseph marquent l'aboutissement de ce processus créatif. Dernière grande commande qu'elle reçoit des frères Perret[Note 1], elle n'y utilise plus en effet que la seule couleur, renonçant à la peinture et aux motifs géométriques qu'elle utilisait encore auparavant, par exemple à la chapelle de l’ancien séminaire de Voreppe. Outre la symbolique propre à chaque couleur, elle joue avec la répartition de celles-ci au sein des verrières selon l'orientation de ces dernières et leur exposition à la lumière naturelle[20]. Les vitraux sont agencés selon une symbolique précise des couleurs et des formes renvoyant aux recherches des Ateliers d'art sacré sur les vertus théologales[12].

Appréciation historique

Les édifices religieux de Perret, qu'il s'agisse de l'église Notre-Dame du Raincy ou de l'église Saint-Joseph, s'inscrivent dans une époque marquée par l'ampleur des destructions liées à la Première comme à la Seconde Guerre mondiale. Les architectes, à la suite d'intellectuels et d'artistes, se laissent parfois tenter par la conservation des ruines des cathédrales détruites comme témoignage et la construction parallèle de nouveaux édifices. Cette solution est retenue en Grande-Bretagne pour la reconstruction de la cathédrale Saint-Michel de Coventry[11].

L'après-guerre est quoi qu'il en soit une période d'émulation et de créativité sans précédent pour l'architecture religieuse ; on recense 635 nouveaux lieux de cultes entre 1945 et 1963 en France, puis encore 700 au cours de la décennie suivante. Les architectes inscrivent les nouveaux canons architecturaux, fonctionnalisme en tête, dans les codes de l'architecture religieuse tandis que l'art abstrait fait son entrée dans les églises. Les années 1950 sont marquées par un intense renouveau de l'art sacré, par l'introduction notamment de l'abstraction lyrique  et non géométrique. Les premiers exemples de ce syncrétisme sont, en France, l'église Notre-Dame-de-Toute-Grâce du plateau d'Assy ou la chapelle du Rosaire de Vence, dans les Alpes-Maritimes[11]. La première est ainsi un véritable manifeste d'art moderne puisqu'on y trouve des réalisations de Fernand Léger, Henri Matisse, Jean Lurçat, Georges Braque, Pierre Bonnard, Marc Chagall, etc.[N 1]. On doit beaucoup au père Couturier, dominicain formé aux Ateliers d'art sacré, dans cette évolution artistique. Celui-ci estime nécessaire, dès la fin des années 1930, de recourir aux meilleurs artistes, indépendamment de leurs convictions religieuses. Il vaut mieux, estime-t-il, « s'adresser à des hommes de génie sans la foi qu'à des croyants sans talent »[21],[22].

L'architecture de l'église Saint-Joseph a pu être perçue par certains historiens comme l'équivalent au XXe siècle de la révolution gothique, Auguste Perret apportant une « conclusion magistrale » à plusieurs décennies de renouveau de l'architecture religieuse[11].

Description

Annexes

Notes et références

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