Élections municipales de 1971 à Toulouse
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| Élections municipales de 1971 à Toulouse | ||||||||||||||
| Maire de Toulouse | ||||||||||||||
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| et | ||||||||||||||
| Type d’élection | Election municipale | |||||||||||||
| Postes à élire | 37 conseillers municipaux | |||||||||||||
| Corps électoral et résultats | ||||||||||||||
| Population | 370 796 | |||||||||||||
| Votants au 1er tour | 113 572 | |||||||||||||
| 61,2 % | ||||||||||||||
| Votants au 2d tour | 123 534 | |||||||||||||
| 68,7 % | ||||||||||||||
| Pierre Baudis – RI | ||||||||||||||
| Voix au 1er tour | 48 521 | |||||||||||||
| 42,72 % | ||||||||||||||
| Voix au 2e tour | 70 443 | |||||||||||||
| 57,03 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 37 | |||||||||||||
| Louis Bazerque – PS | ||||||||||||||
| Voix au 1er tour | 35 730 | |||||||||||||
| 31,46 % | ||||||||||||||
| Voix au 2e tour | 53 091 | |||||||||||||
| 42,97 % | ||||||||||||||
| Sièges obtenus | 0 | |||||||||||||
| Composition du conseil municipal élu | ||||||||||||||
| Maire de Toulouse | ||||||||||||||
| Sortant | Élu | |||||||||||||
| Louis Bazerque SFIO |
Pierre Baudis RI | |||||||||||||
| http://www.toulouse.fr | ||||||||||||||
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Les élections municipales de 1971 à Toulouse voient l'élection de Pierre Baudis, ancien premier adjoint du maire sortant socialiste Louis Bazerque.
Fief historique de la SFIO, et avant cela des radicaux, dans un contexte de division et de changements d'alliances, l'élection de 1971 est l'aboutissement d'un long glissement faisant passer pour la première fois la ville à droite.
Avec un score de 57,03 % au second tour, Pierre Baudis l'emporte largement sur son ancien collègue.
Pour la deuxième fois lors de ces élections municipales de 1971, la ville de Toulouse ayant plus de 30.000 habitants, l'élection des conseillers municipaux se fait lors d'un scrutin majoritaire à deux tours dont la liste majoritaire remporte l'ensemble des 37 sièges. Ce mode de scrutin, et l'absence de possibilité de modification de la liste au second tour, favorise les alliances avant les élections, limitant naturellement le nombre de candidatures.
Contexte[2]
Si les socialistes dirigent la ville depuis le début du XXe siècle quasiment sans discontinuité (en dehors des mandats de Raymond Leygue et Paul Feuga), depuis l'après-guerre, le Capitole est en réalité le lieu d'une coalition de type "Troisième force" menée par les socialistes avec les radicaux (centre gauche) et le MRP (centre droit), récemment devenu le CD.
Or, le temps passant, les socialistes durent s'allier de plus en plus avec les centristes, et parfois même à la droite gaulliste (RPF, UNR) pour conserver la direction de cette coalition face aux communistes. Après avoir resserré l'alliance entre les socialistes et les centristes face aux communistes et aux gaullistes lors des élections de 1965, notamment du fait du changement du mode de scrutin, les indépendants obtient des postes clés à commencer par celui de premier adjoint pour Pierre Baudis. Une alliance qui se traduit par la modification du règlement intérieur du conseil municipal avec la modification de l'Article 1 comme suit : "Le Conseil Municipal affirme sa volonté d'écarter toute discussion politique en son sein et donne mandat impératif au Maire pour faire respecter ce principe".
Une alliance mise à rude épreuve durant le mandat. Tout d'abord au niveau national avec l'échec de Gaston Defferre de créer une "grande fédération" entre socialistes et centristes face aux Gaullistes. Au contraire, les aspirations à l'union de la gauche montent avec des premiers accords lors des législatives de 1967. Cela se traduit d'ailleurs à Toulouse par la défaite d'un certain Pierre Baudis qui perd son siège face au socialiste André Rousselet grâce au retrait du candidat communiste.
À cela s'ajoute les évènements de mai 1968 qui divisent un peu plus la majorité municipale. Lors du conseil du 20 mai 1968, le maire Louis Bazerque parle de "circonstances prérévolutionnaires sinon révolutionnaires", tandis que l'élu socialiste Castan parle de "peuple en lutte". Deux motions sont présentées : l'une par les socialistes, soutenue par les radicaux et le MRP, l'autre par Pierre Baudis pour les indépendants. La motion socialiste est adoptée par 25 voix contre 8 et 2 abstentions[3].
« Attendu qu'après dix ans d'exercice du pouvoir les hommes en place ont contraint les étudiants, d'abord, les ouvriers et cadres, ensuite, bientôt les paysans, à déclencher une action de masse cohérente pour réclamer l'instauration d'une économie et d'un système donnant aux uns emplois sûrs, salaires et traitements décents, juste rémunération de leurs productions agricoles, aux autres, une Université démocratique, sans privilège, aux structures et programmes refondus, donnant accès aux fonctions en rapport avec les études entreprises et les efforts réalisés, - à tous un régime de Sécurité Sociale amélioré après abrogation des ordonnances,
« Attendu qu'à ces espérances le gouvernement n'a répondu que : - par une répression policière odieuse, - ensuite, par un trop tardif repentir qui ne saurait modérer l'indignation de la population ni diminuer les responsabilités du pouvoir,
« Attendu, en outre, que par une fausse régionalisation prétendument démocratique les collectivités locales sont placées de plus en plus sous la pression et le contrôle, à priori, du pouvoir central,
« Attendu que le seul moyen de rétablir la paix sociale, ardemment souhaitée, est de donner aux classes laborieuses et à la Nation tout entière des interlocuteurs valables, capables de satisfaire les justes revendications,
« Le Conseil Municipal souhaite que par le vote de la motion de censure les Parlementaires, signataires ou non, contraignent le gouvernement à démissionner, laissant ainsi la place à ceux qui seront aptes à remplir cette mission réformatrice. »
« Le Conseil Municipal de Toulouse, « Conscient que depuis dix ans le dialogue et la contestation auraient dû normalement, et selon la Constitution, se dérouler dans le cadre des assemblées parlementaires, qu'il était prévisible que le discrédit jeté sur ces Assemblées devait avoir pour conséquence inévitable de déplacer la contestation dans la rue, entraînant une escalade de la violence,
« Conscient que, depuis 1945, la transformation radicale des techniques et la poussée démographique n'ont pas été accompagnées des nécessaires mutations des structures, au sein de l'Etat, de l'Université et des entreprises,
« Le Conseil Municipal de Toulouse qui a pris en 1965 des engagements formels, ratifiés par le corps électoral, selon lesquels il avait une vocation essentiellement administrative, décide d'y rester fidèle,
« Emet le vœu : - que la légitime aspiration au renouveau et au progrès social et que toutes les revendications légitimes des différentes catégories sociales soient prises en considération, - que, la paix civile ardemment désirée une fois revenue, le pays soit appelé à se prononcer, par l'élection d'une nouvelle Assemblée Nationale, sur les orientations fondamentales qui détermineront son avenir. »
Suite aux évènements de mai 68, la droite sort renforcée à l'Assemblée nationale avec un rapprochement entre l'UDR (Gaullistes) et des indépendants (Giscardiens) lors des élections législatives de 1968. Cela se traduit à Toulouse par la victoire de Pierre Baudis qui récupère ainsi son siège de député de la deuxième circonscription. Dans le même temps, les socialistes, face à l'échec des récentes élections, s'orientent vers une union de la gauche qui se concrétisera plus tard avec le programme commun en 1972.
Il devient ainsi de plus en plus difficile de justifier des alliances avec les indépendants au niveau local. Le maire sortant Louis Bazerque se plie à cette ligne en se séparant de ses colistiers Giscardiens. Pour cela, il contourne la question en déclarant que « le fait de ne pas avoir de premier adjoint parlementaire serait une bonne chose car, sur le plan municipal, on fait de la gestion »[4]. Quelques jours plus tard, Pierre Baudis, député, annonce en réaction la constitution « d'une liste de large union et de gestionnaires » sous le signe de l'apolitisme dans la droite ligne du règlement intérieur du conseil municipal.
Se privant d'un soutien sur sa droite, Louis Bazerque ne fait pas pour autant l'union sur sa gauche, contrairement aux discours nationaux. Dans un vote de la fédération socialiste de Haute-Garonne du 8 janvier 1971, deux lignes s'opposent.
D'un côté Louis Bazerque, socialiste tendance mollestiste, n'assiste pas à la réunion et transmet une lettre où il indique vouloir une reconduction de l'alliance actuelle entre socialistes, radicaux et centristes, en écartant donc l'UDR, le PCF et monsieur Baudis, au prétexte qu'il est parlementaire, ce qui est en réalité une concession aux militants socialistes qui lui reprochent d'être trop proche de la majorité parlementaire. Le maire sortant propose ainsi une liste comportant 19 socialistes sur les 37 sièges et met la pression en indiquant que si sa proposition était rejetée, il se retirerait purement et simplement de toute activité politique[5].
De l'autre côté, André Méric, sénateur socialiste, s'inscrit dans la lignée du congrès d'Issy-les-Moulineaux avec une alliance réunissant communistes, socialistes, radicaux et le Centre Démocrate. Mais sur les 582 votants, 327 soutiennent Bazerque, contre 242 pour Méric.
Candidatures déclarées
Premier tour
Quatre candidats briguent la mairie de Toulouse :
Pierre Baudis (RI) « Toulouse pour tous », avec l'UDR et le PDM[4]
Premier adjoint du maire sortant, âgé de 55 ans, Pierre Baudis se présente face au refus de Louis Bazerque de reconduire l'alliance entre socialistes, radicaux, centristes et indépendants. Il axe sa campagne sur l'apolitisme, étant lui-même indépendant, et avec une liste composée de seulement 9 gaullistes, 2 centristes, 3 indépendants et un socialiste dissident, le reste des colistiers étant des personnes non encartées. Cette composition traduit la volonté de dépolitiser la charge municipale, ce qu'on retrouve dans son programme, et qui était le règlement intérieur du conseil municipal sortant. Parmi les membres de la société civil, on retrouve ainsi André Brouat, ancien joueur et président du Stade Toulousain, ou encore André Turcat, pilote d’essai en chef du Concorde.
Arrivant à prendre ses distances de la municipalité sortante, à laquelle il était pourtant le premier adjoint, il critique l'urbanisation du Mirail, le manque d'intérêt du sortant pour le centre-ville, ou encore les problèmes de déplacement et notamment le rachat de la société des transports en commun de Toulouse.
Louis Bazerque (PS) « Liste pour la permanence de Toulouse », avec le CD et les radicaux[4]
Âgé de 59 ans, conseiller municipal depuis 1953 et maire depuis 1958, Louis Bazerque se représente avec une liste composée de 19 socialistes, 6 radicaux, 6 membres du Centre Démocrate et 6 personnalités dites techniques. Rassemblant de nombreux conseillers municipaux sortants, la liste se veut tout à la fois une liste dans la continuité de l'action précédente, et dans le même temps comme une liste d'ouverture avec en slogan « Un bon nouveau en avant ». Jouant à la fois sur l'identité locale en mettant un isard sur les affiches, accompagné de la devise de la ville en Occitan « Per Toulouso, toutjoun maï », Louis Bazerque vante également son action sur le logement avec la controversée opération du nouveau quartier du Mirail.
Jean Llante (PCF) « Union de gauche pour la démocratie et le socialisme », avec le PSU et la CIR [4]
Le reste de la gauche scelle un accord le 19 février entre communistes et socialistes du PSU et de la CIR. La liste est composée de 18 communistes, dont Jean Llante qui dirige la fédération de Haute-Garonne, 10 PSU, dont Alain Beneteau qui est secrétaire fédéral du parti, 6 CIR, dont André Estrade qui est secrétaire départemental du parti, et 3 syndicalistes. Une fusion qui a tardé du fait que la CIR était engagée nationalement dans un rapprochement avec le PS. La condition de cette alliance, tout comme pour le PSU, est le fait que les communistes se maintiennent au second tour. Côté programme, la liste promet une gestion « honnête mais également mettre la municipalité au service des travailleurs et de la population ».
René Segond « Toulouse Renouveau », avec des gaullistes de gauche et des dissidents UDR[6]
Sur les deux listes UDR dissidentes, une seule se présente finalement. Menée par l'avocat René Segond, la liste se présente comme une liste de la gauche gaulliste tout en se réclamant de la majorité présidentielle.
Second tour
Pierre Baudis (RI) « Toulouse pour tous », avec l'UDR et le PDM[4]
Ayant déjà fait l'union de la droite au premier tour, et la seule liste dissidente n'ayant pas réussi à ce qualifier, Pierre Baudis s'engage dans le second tour en restant sur la même ligne, tout en dénonçant une « politisation du deuxième tour [qui éclaire] sur la sincérité des prétendus gestionnaires ».
Louis Bazerque (PS) « Liste pour la permanence de Toulouse », avec le CD et les radicaux[4]
A la surprise générale, le maire sortant affiche 11 points de retard sur son adversaire. Un écart irrattrapable sans union de la gauche. Or les communistes rechignent, d'une part parce qu'ils s'étaient engagés auprès du PSU et de la CIR à ne pas se retirer, d'autre part parce que localement, l'heure n'est pas à l'union. D'autant plus avec Bazerque qui est un socialiste qui penche plus vers les centristes que vers la gauche radicale. Suite à la venue des dirigeants nationaux, Roland Leroy et Jacques Duclos, le communiste Jean Llante annonce finalement le mardi 16 mars qu'il se retire car étant le « seul moyen d'empêcher l'UDR de mettre la main sur le Capitole » laissant ainsi le champ libre à Louis Bazerque.
Pour autant, la tâche ne sera pas facile pour le socialiste. En effet, les militants communistes ont du mal à accepter la décision, tandis que le PSU et la CIR s'opposent à leurs états-majors nationaux, affirmant qu'il s'agit d'une « compromission électorale » et menaçant d'appeler à voter blanc pour le second tour.