Émeutes de la faim de 1947 en France
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Les émeutes de la faim de 1947 en France ont lieu dans plus d'une dizaine de villes pour protester contre la hausse des prix alimentaires et le rationnement. L'expression est en particulier reprise par l'historienne Danielle Tartakowsky[1] dans un livre principalement consacré aux violences de rue de l'après-guerre en France[1]. Elles sont parfois appelées les émeutes du pain car la consommation moyenne par habitant de pain chute de 215 à 90 kilos en 1947, avant de remonter 207 à kilos en 1948, tandis que la consommation moyenne de légumes secs passe de 5,4 kilos à 4,5 kilos en 1947 avant de remonter à 6 kilos en 1948[2]. L’été 1947 a en particulier vu "éclater des émeutes de la faim, nourries par une inflation galopante"[3].
La pénurie s'aggrave en pleine « bataille du charbon », qui fait que les mineurs, protégés depuis peu par l'adoption du statut du mineur, ont droit à des rations plus copieuses[4], mais qui restent très faibles, malgré la pénibilité de leur travail[4], causant une malnutrition. Conjuguée à l’effort de production intense, elle entraine un affaiblissement physique et fait chuter le rendement du travail[4].
Contexte
La gestion du marché des céréales pendant la guerre
En avril 1942, quatre pays exportateurs et le Royaume-Uni adoptent un mémorandum d'accord prévoyant la création d'un « conseil international du blé », mis sur pied dès août 1942 à Washington avec 28 membres, le futur Conseil international des céréales, chargé de gérer les stocks de réserve, les contingents d'exportation et la réglementation des prix. Ainsi, pendant la Seconde Guerre mondiale, les professionnels de la culture des céréales se préparent. Mais ils craignent surtout que se reproduise après la guerre la situation de 1919-1920 : effondrement des cours après le conflit, d'autant que l'abondante récolte mondiale 1938 a posé la question des prix, souci déjà au cœur de l'Accord international sur le blé de 1933. Du coup on oublie que les excédents céréaliers avaient fondu entre 1935 et 1938. Et après la guerre, quand des millions de soldats américains rentrent au pays, le prix des céréales s'envole, ce qui entraîne des grèves massives dans l'industrie.
Le 1er avril 1945, la récolte américaine de blé d'hiver était encore estimée à 862,5 millions de boisseaux, mais elle sera finalement inférieure de 5% à ce total[5]. L'année suivante, une forte sécheresse s'est produite en avril, compliquant la situation.
Inflation de 80 % en 1946
Après la Seconde Guerre mondiale, la France s'était retrouvée importatrice nette de céréales[6]. L'inflation atteint ensuite 80 % en 1946, année qui connut un été très sec.
Froid record de l’hiver 1946-1947
Puis au cours de l’hiver 1946-1947, de Nantes à Marseille, le froid est record[7], avec des températures descendant par exemple sous les moins 11 degrés à Saint-Nazaire [7], gelant l’eau des ports et immobilisant les navires pendant trois jours[7].
Ce froid, qui fait parler aussi d'hiver sibérien, ravage les récoltes en Europe[8] mais gêne aussi la circulation des trains et des camions[7], tandis que des congères s’accumulent le long des quais de l’Isère à Grenoble en raison d’un blizzard prolongé[7].
Poids du pain dans les habitudes et rationnement

Avec l'année 1947, les restrictions alimentaires s'aggravent[9] : la ration de pain est passée de 300 grammes par jour début 1947 à 270 grammes par jour, puis 250 grammes par jour en mai et 200 grammes par jour en septembre[9]. C'est seulement 40 % de la ration de 200 grammes par jour qui existait en 1939[10][Quoi ?].
Le poids « du pain dans les habitudes alimentaires » en 1947 est alors important[9]. Le journal Le Peuple du 6 septembre 1947 affirme alors que grèves et manifestations ont pour seul objectif « une politique qui permette aux travailleurs de manger »[11],[9].
Difficultés
Croisade du pain
Les scandales principaux du ravitaillement concernent lait, fruits et primeurs ou vin[12] et avaient commencé dès le début 1946[12]. Des manifestants lancent des appels aux paysans: "de grâce, livrez votre blé, donnez du pain à nos enfants, à nos femmes. Faites un effort supplémentaire, vous remplirez votre devoir national, etc… En somme, on nous passe la main dans le dos et on nous tape sur le ventre en attendant de nous menacer si nous ne marchons pas"[13].
Le président du conseil Paul Ramadier lance une « croisade du pain » qui en reste à l’incantation[10].
Élasticité des contrôles publics
L’approvisionnement alimentaire, notamment pour la viande mais aussi pour les pains, dans les centres urbains, « fluctue au long de l’année au gré de l’élasticité des contrôles publics ».
Dans des villes comme Agen, Millau, Dijon et d’autres, les locaux où ils sont effectués sont la cible d’émeutiers qui les jugent trop peu efficaces[14].
Réduction persistante des ensemencements
La « réduction persistante des ensemencements, déjà sensible avant la guerre », les a ramené à 5 millions d'hectares en 1938[15] puis seulement 4 millions à l'automne 1945 et 3,8 millions d'hectares ensemencés à l'automne 1946[15], une baisse de près d'un tiers. Mais en plus, environ 1,5 million d'hectares ont en fait été gelés par l'hiver sibérien[15]: on est donc proche de 2,3 millions d'hectares[15], moins de la moitié de ce qui fut ensemencé en blé en 1938. Il faudra essayer de remettre des semences nouvelles, tandis que la « pénurie des moyens de production aggrave le problème »[15]. Sur un total de semences estimé à 8 ou 9 millions de quintaux pour l'année suivante[15], le gel fait que la moitié sera retirée du circuit, créant une pénurie « immédiate »[15].
Écarts de prix entre céréales
« En économie dirigée rien n'empêche, en principe, les pouvoirs publics de fixer des prix visant l'équilibre entre l'offre et la demande », rappelle Le Monde[15], tout en constatant que le gouvernement ne s'est pas adapté au froid de l'hiver qui s'achève car il a exagérément voulu les maintenir « au-dessous de celui qu'eût déterminé » leur libre confrontation[15], pratiquant ainsi une « politique de découragement systématique de la culture du blé »[15], s'ajoutant au retard déjà pris sous l'Occcupation : en 1945 l'indice de gros était à 265 pour les céréales, pour une base 100 en 1938[15], très loin des 456 pour les viandes et 432 pour les œufs et laits[15], qui bénéficient des « générosités du marché noir » alors que le blé est "collecté" officiellement et payé au prix de la taxe par les caisses de crédit agricole[15].
Trop mal rémunérées pour les céréaliers, les céréales partent à la consommation animale[15]: « pourquoi livrer du blé à 10 francs le kilo, quand l'avoine et l'orge converties en œufs et porc rapportent le double ? », demande Le Monde[15].