Étalement urbain en Afrique
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Cet article traite de l'étalement urbain en Afrique.
L'étalement urbain qui concerne toutes les grandes villes africaines prend surtout l'aspect d'une « bidonvilisation »[1]. L'étalement urbain très rapide a une telle ampleur qu'il met en péril toute possibilité d'un développement durable : développement urbain ni planifié ni maîtrisé, anarchique, aux effets socio-économiques et spatiaux désastreux. Tout d'abord, les services de base que doit assurer une ville pour ses habitants ne sont plus régulièrement assurés dans ces périphéries infinies, en l'absence d'infrastructures et de réseaux adéquats, notamment eau et assainissement, électricité, santé, éducation et transports en commun (seulement 18 % y ont accès). Seule la téléphonie mobile est suffisamment développée. La « bidonvilisation » concerne 44 % de la population de l'Afrique sub-saharienne et, comme le déficit en logements s'aggrave, ces quartiers comptent également des populations qui viennent des anciennes classes moyennes, devenues sous-payées. D'autre part, les capitales drainent parfois 20 à 40 %, voire plus de la moitié de la population urbaine du pays. Mais ces métropoles en viennent à capter une proportion bien plus élevée des investissements urbains consentis par les gouvernements. L'écart se creuse donc entre ces métropoles et le reste de leur pays, et aucun investissement n'est orienté vers les bidonvilles qui s'étalent où ils peuvent.
En Afrique du Sud, durant la période de l'Apartheid, la relégation des populations noires en dehors des villes a amené à la création des townships, comme Soweto situé à 15 km au sud-ouest de Johannesburg, devenus de véritables bidonvilles au fil du temps. Cette question de l'accession des plus pauvres à la propriété était une promesse de l'ANC depuis longtemps, en tout cas depuis 1955, dans la Charte de la liberté. Lors de l'accession de l'ANC au pouvoir, en 1994, elle a donné lieu à la création de vastes zones construites, à travers le programme Reconstruction and Development Program (RDP)[2], qui a donné de petites habitations aux plus pauvres, baties sur les terrains les moins chers et, en conséquence, à proximité des townships, donc loin des centres-villes et des lieux de travail. Malgré cela, les constructions précaires ont continué à se multiplier. En effet, la demande pour avoir droit à ces petites maisons, pourtant jugées trop petites, génère d'interminables listes d'attentes, ce qui renforce au sein de la population un très fort ressentiment contre la corruption et contre l'ANC[3].
Au Nigeria, l'État de Lagos envisage de construire ex nihilo un vaste quartier luxueux et isolé, baptisé Eko Atlantic, une enclave privée[4] située sur une île artificielle devant Victoria Island. Le trafic entrant et sortant doit être contrôlé par l'unique voie d'accès avec la terre ferme (un accès par la mer est aussi possible par un grand canal intérieur)[5]. Cet immense projet de 10 km2, prévu pour accueillir 150 000 emplois et 250 000 résidents et fortement promu par les médias internationaux, demeure en 2020 et depuis plus de 10 ans une immense zone à aménager, bordée d'habitat informel[6].
Le réchauffement climatique en Afrique est plus grave qu'ailleurs. L'augmentation des précipitations de mousson dans l'Ouest (depuis les années 1980) et des cyclones tropicaux dans l'Est sont constatés. Les régions côtières sont particulièrement exposées, le golfe de Guinée concentrant dans des villes du littoral, concernées par l'étalement urbain, 80 % de l'activité économique des pays concernés. Les inondations côtières liées à l'élévation du niveau de la mer associée aux évènements extrêmes interviendront plusieurs fois par an (à +1,5 °C)[7]. Le seuil de dangerosité du stress thermique humide (moist heat stress) « va être dépassé une majorité de l'année dans les pays tropicaux »[8].
Transports
Par ailleurs, la congestion des transports liée à l'étalement urbain chaotique, le vieillissement du parc automobile, la mauvaise qualité des carburants entraînent une pollution de l'air qui affecte très durement les habitants des villes africaines, et pour citer un exemple précis, les trois principales villes du Bénin, Cotonou, Porto Novo et Parakou. Le partenariat « Mobilise Your City »[9] lancé en 2015 lors de la COP21 a participé à l'élaboration d'un plan de mobilité durable au Cameroun. Dans le cas de Douala il préconise, dans un premier temps, de classer l'hyper-centre en zone réglementée, d'aménager des centres de distribution urbaine (liens entre chargeurs, grossistes et commerçants) et des lieux de stockage pour l'approvisionnement quotidien, ce qui aurait un effet sur l'air ambiant et sur la consommation de gasoil. L'idée de partage des voies (entre le fret et la logistique urbaine, les modes doux et les transports en commun) devrait aboutir à un réseau intégré à Douala. Pour atteindre de tels objectifs il apparait nécessaire de s'appuyer sur l'existant et d'élaborer cette planification en tenant compte du contexte et non de plans élaborés "hors sol"[10]. Mais cette vision, « Mobilise Your City », relève d'un idéal de transition par le "développement durable", une notion qui fait l'objet de critiques bien argumentées.
Croissance des bidonvilles
L'étalement urbain en Afrique a entraîné la dégradation des ressources naturelles et de la biodiversité sur d'immenses territoires qui alimentaient les villes. La déforestation, l'occupation anarchique des zones humides, le remblaiement des bas-fonds servant d'exutoires naturels au système, tout cela conduit, entre autres choses, à la quasi-disparition de tout espace vert. Au Nigeria, dont la population urbaine a subi une augmentation de 227% en 58 ans (1960-2018)[11], le cas de Lagos est explicite[12] où il ne reste plus que 3 % d'espace vert dans tout l'espace urbain[13]. Les populations des bidonvilles, en particulier à Lagos, sont particulièrement exposées par des projets immobiliers qui forcent au « déguerpissement » par la violence sur les quartiers de Makoko, d'Otodo Gbame[14] et d’Illubirin[15]. Enfin, le réchauffement climatique est un danger d'une autre nature, Lagos étant sur pilotis et le niveau des océans devant continuer à monter.
Réchauffement climatique et bidonvilles
Enfin, le réchauffement climatique actuel fait peser un risque « extrême » sur deux tiers des villes africaines, car elles manquent déjà de services de santé et de systèmes d'atténuation des catastrophes adéquats et ont des populations très vulnérables. À mesure que la population continuera d'augmenter la pression exercée sur les services essentiels s'intensifiera. Huit villes africaines figurent ainsi parmi les dix villes les plus à risque au monde[16],[17]. Pour toutes les populations à risque des bidonvilles africains, la coïncidence de fortes températures et d'humidité sera une menace supplémentaire[18].
Réhabilitation des bidonvilles
Au Kenya, à Nairobi (bidonville de Kibera) et dans d'autres ville kényanes la Banque mondiale, l’AFD et le gouvernement kényan ont lancé depuis 2011 le plan KISIP[19] pour réhabiliter les bidonvilles. Les habitants sont consultés, la concertation étant nécessaire que ce soit pour l’architecture, le choix des matériaux de construction des nouveaux bâtiments et le positionnement de l’éclairage public dans les nouvelles artères de circulation afin d’améliorer la sécurité. Ainsi les habitants préfèrent abandonner l'asphalte au profit des pavés, qui absorbent mieux les fortes pluies dont l'intensité s'accroit avec le réchauffement climatique. La deuxième phase de ce projet -en cours d'élaboration en 2020- vise, en particulier, le traitement des déchets[20].