Association Femmes de 36
association mémorielle féministe catalane
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L'Association Femmes de 36 (en espagnol : Asociación Mujeres del 36) est une association créée en 1997 par un groupe de femmes survivantes de la guerre civile espagnole. Son objectif était de faire connaître à la société, spécialement aux nouvelles générations, une période de l'histoire à travers la vision de quelques femmes qui ont défendu la liberté et la démocratie et qui ont vécu la guerre civile sur le front ou dans l'arrière-garde républicaine, qui ont subi l'internement dans des camps de concentration ou dans des prisons ou qui ont été réprimées pendant le franquisme pour leur lutte dans la clandestinité[1]. L'association a été dissoute en 2007 parce que la plupart de ses membres avaient déjà dépassé quatre-vingt-dix ans[2].
Antécédents, fondation et Prix Maria Aurèlia Capmany
En 1996, Llum Ventura, qui était alors conseillère du District de Vieille Ville de la Mairie de Barcelone, a eu connaissance d'un hommage aux femmes qui avaient participé à la guerre civile qui se tenait à la Librairie des Femmes de Madrid. Elle a pensé qu'il fallait le faire à Barcelone aussi et a aussitôt pris contact avec quelques-unes d'entre elles, inconnues, mais dont il était important que leurs expériences soient connues parce qu'elles faisaient partie de la mémoire historique. Elle a ainsi appris leurs expériences sur le front, dans la clandestinité, dans l'exil, dans les prisons, etc. Cette même année, lors de la célébration du vingtième anniversaire des Premières Journées Féministes, le témoignage de certaines de ces femmes a été lu publiquement.
En 1997, le Prix Maria Aurèlia Capmany, décerné chaque année par la Mairie de Barcelone le 8 mars, devait récompenser un projet mené par des femmes âgées. Plusieurs femmes constituèrent l'Association Femmes de 36 et présentèrent un projet de récupération et transmission de la mémoire des femmes qui ont vécu la guerre, défendu la liberté et la démocratie et, dans de nombreux cas, l'ont payé par l'exil ou la prison. La porte-parole du collectif fut Enriqueta Gallinat, qui a présenté et défendu le projet dans le Salon des Cent de la Mairie de Barcelone. Elles voulaient raconter de vive voix ce qu'elles avaient vécu pendant la guerre et la dictature et voulaient revendiquer aussi le rôle des femmes dans la lutte pour la démocratie. Gallinat a décrit ainsi le projet: «Nous sommes des femmes âgées, proches de quatre-vingts ans, la vie nous échappe et avant de partir vers le néant, nous voulons donner notre témoignage dans des vidéos, des écrits, des conférences dans les écoles et associations pour que soit consigné le rôle actif joué, dans différents milieux, par les femmes de notre pays[3].»
Le projet a reçu le prix du jury et celui du public[4]. Un an plus tard, en accord avec les règles du prix, elles ont présenté un compte-rendu des tâches menées à bien depuis son obtention. María Salvo en a présenté le bilan: "Cette année nous avons organisé des rencontres avec des jeunes étudiants, nous avons participé à des tables rondes dans différents centres civiques, nous avons répondu à des interviews à la radio, la télévision, la presse, en pouvant être présentes dans ces médias. Nous avons également réalisé une exposition en février dans la Salle Montserrat Roig du Centre civique Pati Llimona et avons réalisé une vidéo avec nos témoignages."
Membres de Femmes de 36
Les femmes qui fondent l'association sont au nombre de huit:
- Victoria Carrasco Peñalver (1917-2003);
- Carme Casas Godessart (1921-2013);
- Rosa Cremón Parra (1914-2005);
- Trinidad Gallego Prieto (1913-2011);
- Enriqueta Gallinat (1909-2006);
- Conxa Pérez Collado (1915-2014);
- Manuela Rodríguez Lázaro (1917-2009);
- Maria Salvo Iborra (1920-2020).
Plus tard, d'autres femmes intègrent l'association:
- Emérita Arbonés Sarrias (1920-2015);
- Laia Berenguer Puget (1920-2011) ;
- Josefina Piquet Ibáñez (1934-2013);
- Isabel Vicente García (1916- 2000);
- Victoria Santamaria Palacios (1921- 2011)[5].
Dissolution et bilan de l'Association Femmes de 36
Fin 2006, les femmes ont décidé de dissoudre l'association à cause de l'âge avancé de ses membres[6]. Cette dissolution est officialisée en 2007. Leur dernière activité est la publication du livre Les Dones del 36. Un silence converti en parole 1997-2006, dans lequel se reflètent l'histoire du projet, les biographies des femmes qui y ont participé et une mémoire des activités menées à bien. Quelques-unes d'entre elles ont exprimé leur désir de continuer à faire des rencontres pour livrer leur témoignage, mais à titre personnel.
De 1997 à 2004, les Femmes de 36 ont réalisé 179 séances d'entretiens dans des établissements scolaires, 35 dans des universités, 142 interventions à des tables rondes et dans des actes publics, centres culturels, associations, etc. Elles ont accordé 185 entretiens personnels à des journalistes, historiens, écrivains ou étudiants. De 1997 à 2005 elles ont participé à 35 émissions de radio, 16 de télévision et 16 documentaires pour la télévision. Elles ont également donné leur témoignage pour 29 livres et pour des articles de presse[7].
Fonds oral "Femmes de 36"
Les Archives Historiques de la Ville de Barcelone (AHCB) conservent le fonds des Femmes de 36, contenant des entretiens enregistrés en 1997 avec les huit femmes fondatrices de l'Association et Pilar Santiago Bilbao (1914-1998), institutrice et membre du Parti Ouvrier d'Unification Marxiste (POUM), connue aussi sous le nom de Pilar Trueta, du nom de son mari, Rafael Trueta[8]. Le témoignage a été recueilli en 1997 et donné au AHCB un an plus tard. Les entretiens, qui ont été transcrits et numérisés, ont été réalisés par l'historienne Mercedes Vilanova et l'anthropologue Mercedes Fernández-Martorell.
Reconnaissances
L'Association Femmes de 36, en tant que collectif, et ses membres de façon individuelle, ont reçu de nombreuses reconnaissances pour leur oeuvre de récupération de la mémoire historique des femmes pendant la guerre civile et le franquisme. Entre autres, l'hommage que leur a rendu la Mairie de Barcelone en 2004, la Médaille d'Honneur de Barcelone en 2006 et l'hommage de la part de la Généralité de Catalogne en mai 2007[9].
Dans le quartier de Gràcia, de Barcelone, la place de les Dones del 36 a été inaugurée en 2009[10].
A Gavá (Baix Llobregat), une bibliothèque porte leur nom: Bibliothèque Dones del 36. Elle est spécialisée en littérature et essai sur les femmes, le féminisme et l'analyse sociale[11].