El-Mutrab
site archéologique en Jordanie
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El-Mutrab est un ancien fortin romain de l'Antiquité tardive dont le site archéologique se trouve sur le territoire de Ma'an (Gouvernorat de Ma'an, en Jordanie[1],[2].
Il se trouve entre le fort Dajaniya (au nord) et Khirbet es-Samra (au sud), à 5 km à l'est de la ville de Ma'an. C'était un poste militaire isolé du système de protection de la frontière du Limes Arabicus dans la province romaine d'Arabie[3].
Historique

Les Romains contrôlaient les mouvements tribaux aux avant-postes de l'empire, notamment le long des principales routes migratoires, car les commandants des frontières locales étaient conscients du caractère cyclique de la vie nomade[4]. Les tribus nomades avaient tendance à suivre les chemins et sentiers naturels, en particulier les oueds, raison pour laquelle des postes militaires y furent établis, les unités stationnées en permanence assurant également la surveillance par des patrouilles montées[5].
Le site ne fut découvert qu'en 1897, lors d'une expédition menée par l' historien autrichien Alfred von Domaszewski (1856-1927) et le philologue germano-américain Rudolf Ernst Brünnow (1858-1917)[6].Il a fait l'objet d'une visite par l'orientaliste austro-hongrois Alois Musil en 1910[7].
Des recherches plus récentes suggèrent que le site pourrait également avoir été un caravansérail antique ou islamique, faisant partie d'un vaste domaine agricole datant de la fin de l'Antiquité et du début de la période islamique, ou encore un palais omeyyade du désert. Le site, largement intact jusqu'en septembre 2017, a été considérablement détruit par l'agriculture en mars 2018 ; il n'en reste aujourd'hui qu'un tiers. Des bulldozers ont été utilisés pour démolir le bâtiment, qui n'avait jamais fait l'objet de fouilles archéologiques, ainsi que tous les vestiges et éléments qui s'y trouvaient.
La destruction progressive a été documentée par le personnel des Archives photographiques aériennes pour l'archéologie au Moyen-Orient (APAAME). Ce projet d'archéologie aérienne est supervisé par les archéologues David Leslie Kennedy et Bob Bewley de l'Université d'Australie-Occidentale à Perth, en Australie[8].
Description

El-Mutrab occupait une position isolée, sur un promontoire triangulaire en forme de plateau, à une altitude de 1 097 m, formé par la confluence de deux oueds : l'oued Maʿān et l'oued al-Mahatta[9].

La fortification, orientée est-ouest et de forme quasi carrée, mesurait environ 46,50 × 47 m et était construite en blocs de calcaire grossièrement taillés (selon Genequand : blocs de grès), incorporant du silex et des fragments de lave Plusieurs strates de ces murs ont été conservées[10].
El-Mutrab était dépourvu des tours défensives si caractéristiques des forts de l'Antiquité tardive, qui s'avançaient largement au-delà de la courtine. L'épaisseur de cette dernière était relativement faible, d'environ 0,75 m. L'unique entrée vers l'intérieur de la fortification, large de 2 m, était intégrée à la courtine orientale. Autre caractéristique typique des fortifications de l'Antiquité tardive, son agencement en cour centrale était typique. L'intérieur du complexe, régulièrement agencé, se composait ainsi d'une vaste cour centrale quadrangulaire entourée de suites de pièces rectangulaires. Ces pièces étaient orientées parallèlement à la courtine et leurs cloisons y étaient accolées à angle droit. La cour n'était pas entourée d'un portique.
L'approvisionnement en eau était assuré par un aqueduc, dont certaines parties sont encore bien conservées.