Castellum de Larçay
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Forteresse |
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IIIe siècle |
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Commune |
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Le castellum de Larçay est une fortification militaire du début du Bas-Empire romain située dans la commune de Larçay, sur le rebord d'un coteau qui domine la vallée du Cher en rive gauche, dans le département français d'Indre-et-Loire (région Centre-Val de Loire).
Il est construit à quelques kilomètres au sud-est de Caesarodunum (Tours), probablement dans la seconde moitié du IIIe siècle comme d'autres édifices similaires en Gaule. Sa superficie est modeste (un peu plus de 3 000 m2) et il a, semble-t-il, succédé, au même emplacement, à un monument commémoratif de type mausolée dont il réutilise certains des éléments. Il est abandonné à la fin de l'Antiquité. Plusieurs points restent à comprendre à son sujet : sa construction n'a jamais été achevée, ses modalités d'occupation demeurent inconnues et son rôle, au sein d'un probable dispositif global de protection à l'échelle de la civitas des Turones, doit encore être précisé. Il a sans doute une fonction de surveillance et de contrôle de la circulation sur la voie antique d'Avaricum (Bourges) à Caesarodunum (Tours) – ou l'une de ses branches – et la rivière qu'il domine.
Il en subsiste une partie de la courtine ainsi que quelques-unes des tours qui la jalonnent. Ces vestiges sont inscrits au titre des monuments historiques par arrêté du .

Le coteau qui supporte le castellum domine la rive gauche de la vallée du Cher par un escarpement d'une trentaine de mètres. Il est composé de calcaire crétacé (craie de Villedieu et tuffeau jaune de Touraine) recouvert de colluvions argileuses et de limon des plateaux[W84 1]. Dans la topographie moderne, le cours du Cher passe à 250 m au nord du fortin[2].
Larçay se trouve, dans l'Antiquité, à moins de 10 km au sud-est de Caesarodunum (Tours), capitale de la civitas des Turones. Le site est proche du grand axe de Bourges à Tours par la vallée du Cher pour lequel plusieurs tracés, sur la rive droite et/ou la rive gauche de la rivière, dans la vallée et/ou sur le plateau, peuvent être proposés[3],[N 2]. Il se trouve également dans un secteur où, dans un rayon de quelques kilomètres, se croisent plusieurs voies secondaires : de Truyes à Saint-Martin-le-Beau, de Truyes à Amboise et de Tours à Loches par Saint-Avertin[B 1], l'existence de cette dernière n'étant pas avérée[5]. Le Cher lui-même, dans l'Antiquité, est très probablement navigable, permettant le transport des marchandises et des personnes[6].

Outre le réseau de voies, deux autres structures antiques sont connues à proximité du castellum. À une quarantaine de mètres au sud-est, un grand complexe (140 × 120 m) est construit aux Ier et IIe siècles apr. J.-C., bien avant le fortin ; les premières fouilles, dans les années 1970, en faisaient une villa[A 1], mais cette fonction n'est pas démontrée[7]. Un aqueduc alimentant très certainement Tours dans l'Antiquité passe, par un trajet souterrain, au pied du coteau supportant le fortin ; la date de sa construction est imprécise, mais il est probable qu'il remonte à l'époque où, à Tours, s'édifient les principaux monuments publics, dont des thermes, soit le dernier quart du Ier siècle apr. J.-C.[G 1] ; il est abandonné à une date indéterminée[G 2]. L'existence d'une agglomération secondaire ayant précédé ou accompagné le castellum, parfois présentée comme « possible »[G 3], n'est pas démontrée[8].
La crise du troisième siècle de l'Empire romain entraîne une diminution de l'activité économique[9] et perturbe le fonctionnement de l'administration. Le cité des Turons doit également faire face aux problèmes d'insécurité liés aux incursions barbares qui, à partir de 250 apr. J.-C., gagnent les provinces de la moitié nord de la Gaule à partir du limes germanique[10]. La construction du castellum de Larçay, en cet emplacement précis et à cette époque précise, semble répondre à la nécessité de contrôler le trafic fluvial et terrestre à proximité de Caesarodunum (Tours) dans une période potentiellement troublée[2]. En outre, sa garnison peut utiliser ces voies terrestres pour se déplacer rapidement[3].
Historique
Chronologie du site

L'histoire du site avant l'Antiquité n'est pas connue, mais une occupation protohistorique est attestée 200 m plus au sud-ouest[3].
Les fouilles effectuées entre 1984 et 1987 révèlent en effet la présence d'un grand bâtiment précédant le castellum, au niveau de sa muraille sud. Un podium carré est surmonté de l'amorce d'une structure circulaire (rotonde) dans la composition de laquelle rentrent des blocs de tuffeau et de calcaire dur avec des joints de mortier blanc ; le plan établi par le fouilleur attribue à cette rotonde un diamètre d'une quinzaine de mètres. L'ensemble, entouré d'une colonnade, est interprété comme un mausolée monumental comme il en existe un à La Turbie. Son implantation le rend très visible depuis la vallée du Cher. Un autre bâtiment à l'affectation non définie, situé à l'intérieur du fortin dans sa partie ouest, semble être contemporain de ce mausolée[W89 1], le mobilier archéologique récolté suggérant, bien que réduit, une construction du Ier ou IIe siècle pour l'ensemble[W89 2].
Dans un second temps, le mausolée est volontairement démonté au moment de la construction du castellum, et certains de ses éléments (colonnes cannelées et lisses) font l'objet de remplois dans les fondations et les premières assises du fortin[W89 1]. Cette réutilisation programmée de matériaux avait déjà été signalée par Louis Boilleau en 1865, mais sans mention de leur origine, alors inconnue[B 2]. La démolition a toutefois pu n'être que partielle, une partie de la rotonde du mausolée étant laissée en place et intégrée à la muraille sud du fortin, dans une disposition qui rappelle l'enceinte de Tours réutilisant l'amphithéâtre[N 3] ; dans cette hypothèse, l’entrée du fortin se situerait à l'est de ce bastion[W89 1].
La construction du castellum peut être datée de la seconde moitié du IIIe siècle, peut-être entre 256 et 270, comme pour d'autres fortins tardo-antiques de Gaule[A 2], avant le début de la période d'insécurité ou entre deux épisodes troublés — sa construction semble s'être déroulée de manière régulière[A 3],[N 4]. Il est possible qu'un programme concerté de mise en place de défenses militaires de la région ait vu le jour à cette époque, comprenant la fortification de la ville de Tours ainsi que le construction de fortins, à Larçay mais aussi à Chisseaux, plus à l'est le long du Cher, où un dispositif analogue est attesté sur la rive droite[12],[13] ; il s'agit de sécuriser les voies de communication importantes, fluviales et/ou terrestres[G 5].

Son édification n'est toutefois jamais achevée et il est abandonné à la fin de l'Antiquité[14],[A 4]. Louis Boilleau attribue sa destruction aux raids des Bagaudes[B 3], selon une thèse couramment défendue, entre autres au XIXe siècle, pour expliquer la ruine des édifices romains en Gaule[15].
Pendant le haut Moyen Âge, l'intérieur du castellum semble réoccupé, mais ses fonctions changent ; des matériaux antiques sont récupérés et des sépultures y sont aménagées (sarcophage mérovingien et fosse funéraire en pleine terre). Des tessons de céramique du XVe siècle et des palissades qui peuvent être contemporaines sont identifiées[W89 3]. Des colluvions modernes recouvrent l'ensemble de ces structures[W89 1].
Dans les années 1970, le périmètre fortifié est loti et aménagé en jardins dont l'exploitation a fortement perturbé les niveaux de sol, rendant difficiles les fouilles et l'interprétation de leurs résultats ; des bâtiments ont depuis longtemps pris appui sur les portions ouest et sud de sa courtine[W84 2].
Mentions bibliographiques, fouilles et études

Sur un plan de 1770 (Carte du Duché de Choiseül Amboise et ses environs) l'édifice, dont c'est la première représentation, figure sous la forme d'un rectangle sous le toponyme de « la Tour ». Un plan du cadastre napoléonien de 1808 en montre certains vestiges, toujours sous la même dénomination, avec un découpage parcellaire évocateur[W84 3].

Les ruines du fortin, pourtant apparentes, ne semblent pas avoir été signalées avant les études qu'en ont fait Louis Boilleau et Jean-Jacques Bourassé, membres de la Société archéologique de Touraine (SAT), en 1853[16],[B 4]. Peu après, Arcisse de Caumont et Charles Roach Smith visitent le site et rendent compte de leurs observations[W84 2]. Ce dernier auteur mentionne Larçay dans son récit de voyage Notes on some of the antiquities of France, made during a fortnight's excursion in the summer of 1854[17], ainsi que dans le quatrième volume de Collectanea Antiqua, Etchings and Notices of Ancient Remains, illustrative of the Habits, Customs and History of Past Ages, un recueil de textes relatifs à des monuments et sites antiques[18]. En 1858, Charles Mourain de Sourdeval, membre d'une commission mandatée par la SAT pour examiner la fortification, pense voir dans celui-ci la « résidence du préteur […] refuge suprême en cas d'invasion »[19].
Le castellum est inscrit au titre des monuments historiques par arrêté du [1]. Avant la Seconde Guerre mondiale, le débroussaillage du site est entrepris par Henry Auvray[20], mais le conflit arrête les travaux avant que des observations soient faites[W84 4]. Au début des années 1970, l'historien Pierre Audin se livre à quelques fouilles sur le fortin et ses abords, dont il publie les résultats dans un article faisant le point sur l'ensemble des connaissances au sujet de l'histoire antique de Larçay[A 5].
De 1984 à 1987, l'archéologue britannique Jason Wood conduit des fouilles d'envergure accompagnées de mesures de résistivité du sol[W84 5], dont les rapports d'étape sont publiés dans plusieurs numéros du Bulletin de la Société archéologique de Touraine (années 1984, 1986 et 1989). Depuis lors, aucune étude spécifique n'est entreprise sur le monument[21].



