Flotte fantôme russe
From Wikipedia, the free encyclopedia
La flotte fantôme russe désigne un groupe de navires pétroliers utilisés clandestinement par la Russie pour exporter son pétrole malgré les sanctions internationales durant l'invasion de l'Ukraine par la Russie.
Ces navires, généralement vieux et mal assurés, sont principalement enregistrés sous des pavillons de complaisance.
Cette flotte a été développée pour contourner les restrictions imposées par les sanctions économiques et permettre à la Russie de continuer à financer sa guerre en Ukraine. Environ 70 % du pétrole russe exporté par voie maritime l'est à bord de ces navires[1].
Après l'interdiction des importations de pétrole brut et de produits pétroliers raffinés en provenance de Russie en et du plafonnement des prix du pétrole russe, la Russie parvient à contourner les sanctions internationales avec une flotte fantôme évaluée à environ 600 navires[2],[3].
Pour lutter contre ces contournements[4] :
- En avril 2022, une interdiction de l'accès aux ports de l'UE pour tous les navires russes[5].
- En juin 2024, une interdiction de fourniture de services est prise contre les navires contribuant à la guerre menée par la Russie.
- En décembre 2024, une interdiction d'accès aux ports de l'UE et de fourniture de services liés au transport maritime, est prise contre 52 navires.
- En janvier 2025, une nouvelle série de sanctions est mise en place, visant principalement Gazprom et Surgutneftegas, ainsi que près de 200 navires pétroliers et méthaniers opérant depuis la Russie et présentés comme faisant partie de la « flotte fantôme »[6],[7],[8],[9]. Mi-, ces navires sont la cible principale du 17e paquet de sanctions adopté contre la Russie par les ambassadeurs des 27 États membres de l'Union européenne. Près de 200 nouveaux pétroliers non immatriculés et une trentaine d'entités suspectées d'avoir aidé Moscou à échapper aux sanctions en vigueur sont concernés. Un rapport de l'École d'économie de Kiev, estime à 430 le nombre de ces navires naviguant sans assurances occidentales et avec des équipages peu expérimentés, essentiellement en mer Baltique. Des sanctions plus sévères sont prévues si Moscou n'accepte pas le cessez-le-feu d'un mois approuvé par l'Ukraine et ses alliés[10].
Suite aux survols par des drones de sites sensibles au Danemark, en Suède, en Norvège et en Allemagne, plusieurs services de renseignements européens estiment que des navires de la flotte fantôme Russe serait leur base de lancement.
Lors notamment de l'incident du au cours duquel plusieurs aéronefs suspects sont aperçus au dessus de l'aéroport de Copenhague, deux navires liés à la Russie se seraient retrouvés à proximité au moment des faits. Le premier aurait été observé à moins de 100 kilomètres de l’aéroport, avant de reprendre sa route vers Saint-Pétersbourg. Le second a fait tout le tour des côtes danoises, passant à proximité de plusieurs autres aéroports et installations militaires où des drones ont été signalés.
Ce navire a été intercepté par les autorités françaises « pour des infractions au droit maritime », aucune trace de drone n’y a cependant été trouvée[11].
Sabotages et attaques
Le , le navire transporteur de colis lourds russe Ursa Major signale une explosion dans sa salle des machines. Le navire coule le lendemain entre Águilas en Espagne et Oran en Algérie. Des navires de pêche espagnols, le patrouilleur espagnol Serviola et le navire de sauvetage Clara Campoamor ont secouru 14 membres de son équipage et les ont débarqués à Carthagène. Deux autres membres d'équipage sont portés disparus[12]. Le , l'agence de presse officielle russe RIA Novosti rapporte que l'Ursa Major a été victime d'un « acte de terrorisme », décrivant l'accident résultant de trois explosions, selon le propriétaire du navire, Oboronlogistika[13]. Selon le quotidien espagnol La Verdad (es)[14], il pourrait avoir été coulé par une torpille à supercavitation de 500 mm, capable de percer une coque sans forcément utiliser un explosif, du fait de la vitesse particulièrement élevée de ce type de torpilles. Il aurait été chargé de deux réacteurs nucléaires destinés à des sous-marins nord-coréens. Le journal laisse entendre - sous toutes réserves - qu'il pourrait s'agir d'une action d'une marine de l'OTAN[15],[16].
Jusqu'en juillet 2025, 6 explosions mystérieuses ont touché des pétroliers au large de la Libye, de l'Italie, de la Turquie et à Oust-Louga en Russie[17].
Fin , deux pétroliers battant pavillon gambien, les Kairos et Vikat sanctionnés au titre de l'appartenance à cette flotte sont frappés par des drones navals ukrainiens Sea Baby en mer Noire et prennent feu[18],[19],[20]. Un chimiquier transportant de l'huile de tournesol de la Russie vers la Géorgie subit quatre explosions au début du mois suivant ; l'Ukraine dément être à l'origine de cet évènement et suggère que la Russie pourrait être responsable d'une mise en scène. À la suite de ces attaques, la compagnie maritime turque Besiktas Shipping cesse toutes ses opérations avec la Russie ; le coût du transport maritime en mer Noire a fortement augmenté, les taux d'assurance ayant été revus à la hausse[21]. En décembre de la même année, un autre pétrolier, le Dashan, est frappé par ce type de drone, il naviguait lui aussi à vide vers le port russe de Novorossiysk en mer Noire[22].
En , le pétrolier Qendil battant pavillon pavillon d'Oman est touché par des drones aériens en Méditerranée au large des côtes grecques et libyennes. À vide, il avait livré sa cargaison à Sikka (Inde) pour se diriger vers le port d'Oust-Louga (Russie). Un drone sous-marin aurait fait surface près du pétrolier avant de libérer un essaim de drones d'attaque volants ; victime d'un incendie majeur il a fait demi-tour pour se diriger vers la Turquie. Deux personnes à bord auraient été tuées ; selon des informations non officielles de médias ukrainiens et russes, le major général et chef du renseignement militaire russe Andrey Averianov, présent avec son état-major, pourrait faire partie des victimes[23],[24],[25]. En après avoir repris la mer, en panne moteur il s'échoue sur l’île turque de Bozcaada[26].
En , le pétrolier Elbus sous pavillon des Palaos se dirigeant vers la Russie subit une attaque de drones en mer Noire et demande l’assistance des gardes-côtes Turcs qui l'accompagnent vers leur rivage[27]. Le cargo Razouk arborant le drapeau des Comores est victime d'une attaque en mer Noire par un avion ou un missile non identifié, alors qu'il se dirigeait vers la Russie, il s'échoue quelques jours plus tard sur la côte turque[28].
Dans la nuit du 3 , le méthanier russe Arctic Metagaz avec trente marins nationaux à bord[29] est victime d'explosions alors qu’il navigue en Méditerranée, entre Malte et la Libye. L'incendie qui s’ensuit endommage gravement la structure du navire[30] qui part à la dérive avec une forte gîte (naufrage annoncé dans un premier temps, puis réfuté) [31]. Les causes exactes des explosions restent incertaines. Certaines sources évoquent une attaque par drones ukrainiens depuis le littoral libyen, tandis que d'autres suggèrent un accident technique[32] ; la Russie accuse l'Ukraine qui ne commente pas[33]. Le la National Oil Corporation, compagnie pétrolière nationale libyenne, annonce avoir affrété un remorqueur pour l'éloigner des côtes libyennes en raison d'un risque de pollution[34],[33], les opérations de remorquage débutent le [35] mais elles échouent et il dérive vers Malte début avril[33].
Le en mer Noire le pétrolier Altura battant pavillon sierra-léonais affrété par des sociétés turques faisant route vers Istanbul est victime d'une attaque par un drone naval ukrainien juste à l’extérieur des eaux territoriales turques, ouvrant une voie d’eau dans la salle des machines. Il a été pris en charge par des remorqueurs, ses 27 marins turcs sont indemnes. Le porte-parole du ministère a déclaré que la Turquie se réservait le droit de prendre les mesures nécessaires, pour protéger ses intérêts et activités économiques dans la région. D'après les services de renseignement militaire ukrainiens, il transporte régulièrement du pétrole russe vers l’Inde et la Géorgie[36],[37].
Début 2026 plus de 40 % des capacités d’exportation de pétrole russe sont à l’arrêt du fait des frappes ukrainiennes[36].