Jean Pouget

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Décès
Nom de naissance
Jean Michel PougetVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité

Jean Pouget, né le à Brive-la-Gaillarde et mort le à Limoges, est un militaire, grand reporter et écrivain français.

Saint Cyrien, à l’issue d’une intense carrière militaire (1941-1960), il devient écrivain en 1964 et grand reporter au Figaro de 1969 à 1975.

Famille

Jean Pouget est le fils de Jean Baptiste Octave Pouget, entrepreneur de transports, et Marie Jeanne Claux. Il est marié à Jeanine Marie Eugénie Duché (1922-2011)[1], avec laquelle il a six enfants.

Carrière militaire

En 1941, il intègre l'École spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion Charles de Foucault) repliée à Aix-en-Provence[2].

Après l'invasion de la zone libre par les Allemands, il rejoint, en , la résistance dans le maquis des Glières en Haute-Savoie puis en Corrèze en 1944[3]. Il s'engage ensuite dans la 1re armée française commandée par le général de Lattre de Tassigny et sert au sein du 3e régiment de spahis marocains commandé à partir de par Henri Navarre. Il est grièvement blessé au bras pendant la campagne d'Allemagne à Karlsruhe en [2].

À la fin des années 1940, il se rend une première fois en Indochine puis en Allemagne où il retrouve Henri Navarre. Lorsque ce dernier est désigné en , comme commandant en chef en Indochine pour remplacer Raoul Salan, Pouget le suit comme aide de camp. Navarre donnera plus tard le nom d'Isabelle à une des collines qui protège le terrain d'aviation de Diên Biên Phu, en hommage à sa filleule, la fille de Pouget[4]. En , alors capitaine, il commande la 3e compagnie du 1er bataillon de parachutistes coloniaux (1er BPC). Dans la nuit du 3 au , le bataillon saute sur Diên Biên Phu. Quelques jours après, il est fait prisonnier avec tous les survivants du siège. Il est libéré quatre mois plus tard. Son expérience de prisonnier des camps Viêt-minh lui inspirera son livre, le Manifeste du camp No 1 en 1969[2].

Il participe ensuite à la Guerre d'Algérie. Après avoir été nommé chef de bataillon en 1955, à 35 ans, il prend en le commandement du 228e bataillon d'infanterie (228e BI), formé de rappelés « contestataires », renommé plus tard en 584e bataillon de marche du train, qu'il réussit à remettre sur pied et à en faire un bataillon d'élite[5]. Il écrira un livre autobiographique sur cet événement en 1981, Bataillon R. A. S. Algérie.

En , Jacques Chaban-Delmas est nommé ministre de la Défense. Il décide de créer une structure à Alger destinée à le renseigner sur la situation en Algérie. Cette « antenne d'Alger » est placée sous les ordres du commandant Pouget, « aussi précis que passionné», selon Chaban-Delmas, et Léon Delbecque est chargé d'assurer la liaison avec Chaban. Guy Ribaud fait également partie de la cellule et ils seront rejoints plus tard par Lucien Neuwirth[6]. Cette cellule a surtout pour but de préparer le retour du général de Gaulle, dans ce qui sera la journée du 13 mai [1958]. Pouget pense, comme ses jeunes camarades officiers révolutionnaires, que « seule une égalité totale et sincère entre Européens et musulmans peut sauver l'Algérie française ». Afin d'être cohérent avec ses convictions, il complète son équipe avec un algérien musulman, le commandant Khelifa, qu'il a fait sortir de prison[7]. Selon Yves Courrière, Pouget « est peut-être un des hommes dont le rôle fut le plus important dans le déclenchement du  »[8]. Après le , Pouget souhaite aller plus loin et créer les conditions d'un réel changement en Algérie. Le Comité de salut public mis en place le devrait selon lui représenter toute la population algérienne, aussi bien musulmans qu'européens. Pour cela, il l'imagine doté de trois vice-présidents : Jacques Soustelle pour les « ultras », Yacef Saadi, pour les indépendantistes, et Jacques Chevallier pour les « modérés ». Il n'est pas suivi par sa hiérarchie et on lui fait comprendre que son rôle est terminé. Il doit quitter Alger[9].

Ses espérances déçues, il passe son brevet de pilote d'hélicoptère et se consacre à l'aviation légère de l'armée de terre (ALAT)[2]. Il quitte l'Algérie en 1960, âgé de 40 ans.

Il est admis à faire valoir ses droits à la retraite en 1966[2].

Grand reporter au Figaro et écrivain

En 1964, il publie son premier livre Nous étions à Diên Biên Phu dans lequel il réhabilite le général Navarre considéré comme le principal responsable de la chute de Dien Bien Phû. Grace à une documentation constituée de l'ensemble des telex échangés entre l'état major du général Henri Navarre à Saigon, du général René Cogny à Hanoi et du colonel Christian de Castries qui dirige le camp retranché, Jean Pouget reconstruit au fil des demandes de parachutage, de renfort, des coups de gueule, l'ambiance au jour le jour, jusqu'à sa propre arrivée quelques jours avant la fin de la bataille[2],[10].

En 1969, il rejoint Le Figaro. Il parcourt le monde comme grand reporter, notamment le Vietnam au cours de la Guerre du Viêt Nam du temps des Américains et publie de nombreux articles[2].

La même année, il publie Le Manifeste du camp no 1, un « témoignage, un roman et un document prodigieux » sur le calvaire des officiers français prisonniers du Viêt-minh, capturés lors des désastres de Cao Bang et de la RC4 en [11],[12]. Le personnage du lieutenant Leyrieux est Jean-Jacques Beucler, détenu durant quatre ans au sinistre camp no 1[13].

Le 8-, Libération publie un article, fondé sur le témoignage de deux appelés : « Comment un « adepte » de la torture en Algérie est devenu très simplement écrivain humaniste au Figaro ». Cet article incrimine Jean Pouget qui attaque en justice le quotidien. Le procès s'ouvre le . Le quotidien est condamné à lui verser des indemnités[14].

En , quelques jours avant la chute de Saïgon, il se trouve au Viet-Nam avec une équipe de reporters et photographes, dont Jean Lartéguy, Raoul Coutard, Brigitte Friang. Le , Christian Hoche, son confrère au Figaro, et le photographe Michel Laurent, sont pris dans un accrochage entre les communistes et les miliciens sudistes sur la route de Xuan Loc. Michel Laurent est tué et Christian Hoche fait prisonnier. Jean de La Guérivière, journaliste au Monde, également présent au Viêt-Nam, raconte dans son livre Indochine, l'envoûtement (2021) comment Jean Pouget, « de son propre chef, sans passer par l'ambassade », grâce à sa connaissance du terrain, parvient à le retrouver dans un hôpital de campagne et à le faire libérer « contre trente litres d'essence »[15].

Ami des généraux Alain Bizard[16] et Marcel Bigeard[17], il meurt le à Limoges, âgé de 87 ans.

Hommages

Le livre Les Centurions de Jean Lartéguy, est dédié à Jean Pouget et selon Jean Lacouture, il lui doit une large part de sa documentation[18].

Sa réussite dans la reprise en mains en Algérie à la fin d’ des mutins du 228e bataillon d’infanterie (qui devient 584e bataillon de marche du train en ), contée par Yves Courrière dans Le Temps des Léopards, a été utilisée dans leurs films par René Vautier (Avoir 20 ans dans les Aurès) et par Yves Boisset (R.A.S.)[19]. Le journal Le Monde a consacré plusieurs articles à R.A.S, le film d'Yves Boisset, et Pierre Viansson-Ponté en a fait l'objet de sa tribune hebdomadaire Au fil de la semaine[20],[21].

Pierre Schoendoerffer a bien connu Jean Pouget et le fait apparaitre au générique de son film L'Honneur d'un capitaine « ce qui aurait permis de satisfaire les revendications d'auteur de ce dernier »[22]. De même, il s'est inspiré de la personnalité de Jean Pouget pour camper le capitaine Jégu de Kerveguen dans son film Diên Biên Phu (1992)[23].

L'écrivain Michel Peyramaure dresse de Pouget le portrait suivant « Je garde du commandant Jean Pouget l'image d'un centurion désabusé, amateur de cigares et d'armes anciennes... Irascible et volontiers provocateur, obsédé par des souvenirs pénibles, il a vécu en gentilhomme campagnard dans son château du Quercy, en compagnie de son épouse et de la poule favorite de son élevage, Pompadour, qu'il portait sous son bras dans ses promenades »[24].

Distinctions

Publications

Ouvrages

  • Nous étions à Diên-Biên-Phu, Presses de la Cité, 1964 ; Poche, Litos, 2024
  • Le Manifeste du camp no 1 - Le calvaire des officiers français prisonniers du Viêt-minh, Fayard, 1969 ; réédité aux éditions Tallandier en 2014
  • Un certain capitaine de Gaulle, Auberon, 1973
  • La Soif, Presses de la Cité, 1979
  • Bataillon RAS, Presses de la Cité, 1981

Articles

Liste non exhaustive :

  • Les responsabilités de Dien Bien Phu. Le rapport Catroux, Le Figaro, 16 et
  • Le rendez - vous du souvenir des 50 officiers rescapés du camp N ° 1 du Tonkin, Le Figaro,
  • Il y a cent ans la défaite de Sedan, Le Figaro,
  • Le calvaire de Cao Bang, Historia,
  • Tchad. L'étrange guerre du 13e parallèle, Le Figaro, .
  • Le Tchad et l'aide française, Le Figaro, 17 et 18-.
  • Le Tchad contre la partition, Le Figaro, .
  • Drôle de guerre dans l'édredon laotien, Le Figaro,
  • Entre le Tchad et la Libye, la 'guerre tiède, Le Figaro, .
  • Ce mal rapporté d'Indochine, Historia Magazine - La Guerre d'Algérie, no 217, 1972
  • Le général Giap : guerrier, communiste et patriote, Le Figaro,
  • Réflexions luminaires sur le film d'Yves Boisset, Le Figaro, .
  • Le mythe et la réalité, Le Figaro,
  • Les Silences de la grande muette, Le Figaro, 16, 18 et
  • Cambodge : La folle expérience d'un ordre nouveau, Le Figaro,
  • L'horreur du camp 113, L'Express, . Propos recueilli par Christian Hoche et Christian d'Epenoux

Bibliographie

Notes et références

Voir aussi

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