Mémorial du génocide de Shangi
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| Type |
Mémorial du génocide |
|---|---|
| Siège |
Shangi |
| Pays |
Le mémorial du génocide de Shangi commémore le massacre de masse des Tutsi qui s’est déroulé à Shangi, dans l’actuel district de Nyamasheke, dans la province de l’Ouest du Rwanda, lors du Génocide perpétré contre les Tutsi au Rwanda.
Localisation
Le mémorial du génocide de Shangi se trouve érigé à côté de la paroisse de Shangi, district de Nyamasheke, dans la province de l’Ouest du Rwanda, à proximité du lac Kivu[1]. Il conserve les restes des victimes de la paroisse et des environs[1].
Contexte

Le mémorial du génocide de Shangi fait partie d'un ensemble de sites commémoratifs, tombes communes et lieux de mémoire présents sur le territoire du Rwanda et à l'étranger, liés au génocide de 1994. Quatre d'entre eux — Nyamata, Murambi, Gisozi et Bisesero — sont inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO[2].

Histoire

Avant le génocide contre les Tutsi, la paroisse catholique de Shangi relevait de l’ancienne commune de Gafunzo, dans le secteur de Shangi ; elle se trouve aujourd’hui dans le district de Nyamasheke. Les persécutions contre les Tutsi y sont anciennes, avec des violences signalées dès les années 1960, notamment des incendies de maisons et des arrestations de fidèles revenant de la messe de Noël à la paroisse. À partir du début des années 1990, dans le contexte de la guerre déclenchée par le Front patriotique rwandais, ces persécutions s’intensifient. Selon la Commission nationale de lutte contre le génocide, des responsables locaux du MRND et du MDR participent alors à la marginalisation des Tutsi : des personnes instruites ou employées dans des institutions publiques sont écartées de leurs fonctions, tandis que des pressions sont exercées sur des Hutu mariés à des femmes tutsi pour qu’ils les répudient. En 1993, des Interahamwe de Gafunzo sont entraînés à l’usine à thé de Shagasha, avec l’appui de responsables administratifs et militaires de la préfecture de Cyangugu[3].
À partir du 8 avril 1994, de nombreux Tutsi de Shangi et des environs cherchent refuge à la paroisse, espérant y trouver une protection. Des milliers de personnes, venues notamment des communes de Gafunzo et de Gisuma, s’y regroupent ; certaines y auraient également été conduites ou contraintes de s’y rendre par des autorités locales. Dans le même temps, des barrages sont installés dans la région et des miliciens scandent des appels à l’extermination. Les premières attaques contre les réfugiés ont lieu les 12 et 13 avril. Les personnes réfugiées dans la paroisse tentent alors de se défendre et repoussent plusieurs assauts. Les assaillants recourent également à des tactiques d’épuisement : les conduites d’eau de la paroisse sont coupées afin d’assoiffer les réfugiés, et ceux qui tentent de descendre vers le lac Kivu pour s’approvisionner sont tués[3].
Le 14 avril 1994, une attaque plus importante est menée par des Interahamwe, notamment ceux venus de Nyamirundi et dirigés par un responsable surnommé Pima. Avant l’assaut, les miliciens passent par la commune de Gafunzo pour obtenir des armes et des grenades ; celles-ci leur sont remises sur instruction du bourgmestre Karorero Charles. Une autre source consacrée au génocide dans l’ancienne préfecture de Cyangugu mentionne également une attaque du 15 avril conduite par Uburiyemuye Epimaque, alias Pima, et des Interahamwe de Nyabitekeri, qui aurait causé la mort de plus d’une centaine de personnes réfugiées à Shangi[4].
Le 18 avril 1994, une délégation de la préfecture conduite par le sous-préfet Munyangabe Théodore réunit les conseillers locaux et leur demande d’établir la liste des Tutsi ayant fui leur domicile ainsi que les lieux où ils se sont réfugiés. Dans les jours suivants, le prêtre Mategeko Aimé, le sous-préfet Munyangabe et des agents communaux viennent régulièrement à la paroisse pour en extraire des hommes adultes, des garçons et des personnes instruites. Les victimes sont désignées sous le prétexte qu’elles doivent être interrogées à Kamembe au sujet d’armes qu’elles auraient prétendument détenues pour attaquer les Hutu. Aucune des personnes emmenées ne revient. D’autres récits évoquent la sélection de quarante-deux hommes influents ou instruits, conduits au stade Kamarampaka puis tués, notamment à Bushenge[3][4].
Après une attaque repoussée le 27 avril, une offensive majeure est lancée le 29 avril 1994 contre la paroisse. Elle est conduite par des Interahamwe dirigés par Yusufu Munyakazi, venus de Bugarama dans plusieurs camions et armés de machettes, de gourdins, de fusils et de grenades. Les assaillants attaquent les réfugiés regroupés dans l’église et dans les bâtiments paroissiaux. Selon des survivants, les tueries se poursuivent jusqu’en début de soirée ; des jeunes filles survivantes sont ensuite emmenées pour être violées. Le lendemain, les miliciens reviennent achever les blessés et les personnes encore en vie. Les corps sont jetés dans une grande fosse appelée « Croix-Rouge », correspondant à d’anciennes latrines de l’école primaire de Shangi. Lorsque cette fosse est remplie, d’autres sont creusées afin de faire disparaître les corps et de nettoyer les bâtiments de la paroisse[3].
Plusieurs responsables locaux sont cités dans les sources relatives aux massacres de Shangi. Munyangabe Théodore, originaire de la région, est présenté comme l’un des acteurs de la planification et de la sélection des victimes. Le prêtre Mategeko Aimé est décrit comme ayant participé à la trahison des réfugiés et aux opérations ayant conduit à leur mise à mort ; il est ultérieurement condamné à la prison à perpétuité pour crime de génocide. D’autres noms sont également mentionnés dans les sources, parmi lesquels le bourgmestre Karorero Charles, le brigadier communal Sekanyambo Philippe, Gatamobwa Étienne, responsable local de la CDR, et Siméon Nchamihigo, procureur adjoint associé à la supervision de la zone et à la distribution d’armes aux milices[3][4].
Le mémorial de Shangi est érigé pour honorer la mémoire des Tutsi tués à la paroisse et dans les environs, notamment dans l’ancienne préfecture de Cyangugu[5]. Il rassemble les restes des plus de 4000 victimes des massacres commis sur le site et dans la région[6]. Des épisodes de résistance sont également mentionnés dans le secteur de Shangi, notamment à Mugera, où la famille Abatamu aurait opposé une forte résistance avant d’être exterminée, avec plus de 350 morts selon les informations rapportées par les sources sur les sites de massacres de l’ancienne préfecture de Cyangugu[4].
