Organisation de solidarité trans
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L'Organisation de Solidarité Trans (OST) est une organisation trans française nationale de lutte et d'autosupport, fondée en 2021 à Tours et devenue nationale en 2023. Elle est présente dans une vingtaine de villes.
L'organisation revendique une stratégie marxiste et de lutte des classes. Elle fait ainsi le lien entre l'autosupport et la lutte comme conséquences du capitalisme, du patriarcat et de l'impérialisme. C'est dans cette logique qu'elle revendique le droit de transition autodéterminé, à tout âge, sans nécessité d'un suivi psychiatrique et qu'importe la nationalité. Pour cela, l'OST développe la stratégie d'un rapport de force construit avec le mouvement social, en co-organisant les luttes trans avec des syndicats, des organisations politiques ou des associations, et en s'investissant dans des cadres unitaires nationaux et locaux.
Elle tisse également une théorie selon laquelle la montée des acteurs antitrans serait avant tout dû à une volonté de militarisation de la population, au service de politiques impérialistes. Elle trace ainsi un lien entre les mobilisations trans et celles antiimpérialistes, et affiche régulièrement son soutien à la lutte de libération en Palestine.
L'OST anime chaque année la Journée du Souvenir Trans ou la marche de l'ExisTransInter. Historiquement, elle a été présente sur les mouvements contre la réforme des retraites de 2023 ou contre la loi Darmanin. Elle mène en 2024 la « riposte trans » contre le vote au Sénat d'une loi d'interdiction des transitions aux mineurs, puis initie une mobilisation dédiée à deux transféminicides.
L'association cible son implantation dans les villes moyennes ou les banlieues et se distancie de la concentration des ressources trans à Paris. Ses antennes se créent souvent dans des déserts médicaux et associatifs. Elles proposent des activités d'aide aux personnes trans, de sociabilité, d'accompagnement administratif, médical des transitions de genre, mais aussi accompagnent les proches et forment les structures médicales et non-médicales.
Fondation à Tours

L'Organisation de Solidarité Trans est fondée à Tours en novembre 2021. Elle nait du constat de la perte d'un milieu d'entraide entre personnes trans à la suite de la pandémie du Covid-19, alors qu'il n'y avait plus d'association trans active[2],[3]. Les membres fondatrices sont originaires à la fois du milieu associatif trans et du syndicalisme de lutte[2]. Sa première action est une manifestation d'une centaine de personnes à l'occasion du Jour du souvenir trans[4],[5].
Ses premières tâches revendiquée sont l'amélioration de l'accès aux soins des personnes trans du département et la création d'espaces de sociabilité [réf. souhaitée]; en 2023, elle affirme n'avoir plus qu'un seul médecin qu'elle peut recommander sur la ville de Tours[3].
En parallèle, la ligne politique de l'OST est marquée par l'investissement dans les luttes sociales. Dès 2022, l'organisation est présente aux manifestations du 1er mai[3]. Elle participe localement au mouvement contre la réforme des retraites[6] et intègre l'organisation de la manifestation parisienne ExisTransInter[2] contre la loi Darmanin de régulation de la migration[réf. souhaitée].
En 2022 et 2023, l'OST organise, lors de la marche des fiertés, des cortèges de manifestants dénoncant les discriminations vécues à cause du capitalisme et du patriarcat, afin de ne pas se cantonner à un aspect festif. Coorganisés avec les autres organisations du mouvement social, ils réunissent 160 personnes la première année et plus de 200 la suivante. Se sont alors joints à l'OST, entre autres, SUD éducation, le Nouveau Parti anticapitaliste, l'Union communiste libertaire ou les Jeunes communistes[7],[8].
Organisation nationale
Un an plus tard, les militants prennent la décision d'élargir l'OST en organisation nationale, suite à une prise de contact par des militants trans nîmois[1]. Ce développement vise à aider à la construction d'autres espaces d'entraide en France[2] et de chercher à développer une action unifiée qui permette plus d'impact des revendications. L'OST cite alors parmi ses principales revendications la suppression de la mention du sexe à l'état civil[1], la fin des mutilations des personnes intersexes, l'accès aux gamètes des femmes trans ou encore l'inclusion des hommes trans à la PMA.
L'échelon national est annoncé en 2023, après la tenue d'un congrès qui a réuni, en plus des sections de Tours et Nîmes, des sections d'Orléans, de Lille et de Troyes. L'annonce bénéficie de premiers relais dans le milieu syndical[2].
Riposte trans
En mars 2024, les sénateurs du groupe Les Républicains déposent une proposition de loi au Sénat visant à « interdi[re] de prescrire au patient âgé de moins de dix-huit » toute forme de traitement hormonal substitutif ou de chirurgie, qui a vu l'opposition des organisations trans[9].
L'OST diffuse le discours selon lequel cette proposition ferait partie d'une offensive réactionnaire globale et utiliserait des paniques morales pour s'attaquer aux droits des mineurs, mettant ainsi en péril leur santé. Elle serait aussi un « cheval de Troie », une première étape vers une interdiction totale des transitions, l'OST faisant la comparaison avec la situation étatsunienne (en)[9]. L'OST met également au cœur des débats un discours antipsychiatrique, puisqu'elle dénonce le suivi psychiatrique obligatoire pour les mineurs trans prévu par la proposition de loi[10].
En réponse à cette proposition, l'OST appelle à une mobilisation nationale, avec comme slogan « Protect Trans Kid »[11]. L'OST rejoint les dates du 5 et du 17 mai[12],[13],[14], puis appelle à celle du 26 mai[9],[15], avant que le texte ne soit adopté le 28 mai. Là où elle présente, les mobilisations sont coconstruites avec des syndicats, partis et organisations LGBTI et féministes[13],[16],[10],[17].
Mobilisation en hommage à Geraldine et Angelina
L'une des premières mobilisations nationales initiées par l'OST est « Justice pour Geraldine et Angelina ». En juillet 2024, Angelina Clément, une femme trans, est tuée par son conjoint puis Geraldine Zavaleta Rojas, une femme trans et travailleuse du sexe immigrée, est tuée par un client[18].
Après un premier rassemblement tenu par Acceptess-T à Paris pour Angelina, l'OST ajoute le nom de Geraldine et appelle à organiser des rassemblements partout en France[19],[20], contre un « système raciste, transmisogyne et putophobe qui permet à ces hommes de commettre des féminicides et de les justifier dans les médias ». L'accent est appuyé sur le traitement médiatique de ces meurtres, les médias ayant parlé d'elles comme des hommes responsables de leur propre mort[21],[22]. L'OST organise une dizaine de rassemblements en France[21],[23],[24],[25].
Développement de l'organisation
L'organisation s'élargit en 2024 à Reims, Strasbourg, Angoulême et Saint-Denis[26]. En 2025, des sections sont désormais présentes sur tout le territoire, et l'OST cherche à se développer particulièrement dans les petites villes et en banlieue[1].
En 2025 et 2026, l'OST se mobilise particulièrement en soutien à la Palestine, et lors du 10 septembre 2025[27],[28].
Théorie et positions
Lien entre autosupport et lutte
L’OST revendique une ligne lutte de classe et féministe marxiste[1]. Pour l'OST, la question de la transphobie et de la transmisogynie ne serait pas la haine de quelques individus, mais un système d'exploitation dû au capitalisme qui crée un cadre de violences systémique à travers le patriarcat et l'hétéronormativité[29],[30]. La théorie développée par l'OST propose ainsi une analyse matérialiste de la transitude, opposée à des « revendications trans qui sont encore trop souvent de l’ordre individuel »[1]. Elle appuie aussi que les conséquences des discriminations relèvent surtout de difficultés à l'accès aux transitions médicales et à l'accès au travail, avec des licenciements et des baisses de salaire qui mènent à la précarisation et à des carrières hachées[31]. Suivant cette analyse, la plupart des trans seraient de la classe des travailleurs[1].
Les sections locales sont ainsi fondées pour deux raisons principales : l'autosupport, c'est-à-dire offrir un accompagnement aux personnes trans, et la lutte des classes, pour défendre les droits trans et en acquérir de nouveaux[32].
Théorie du lien entre luttes trans, anti-impérialisme et la Palestine
L'OST affirme que les offensives antitrans qui surviennent au cours des années 2020 (parution de Transmania, proposition de loi au Sénat) sont liées à une dynamique internationale, « qui est de tendre vers plus [...] de contrôle de la population » et de « contrôle des corps ». Elle lie ainsi les attaques antitrans, en France, aux politiques natalistes, au lancement du Service national universel, au développement de la psychiatrie[31], et plus généralement aux réformes du Code du travail. Elle décrit la casse des droits trans comme une « conséquence indirecte de l’impérialisme français » qui se militarise ; un discours qui permet d'affirmer autant que les attaques contre les trans vont finir par concerner l'ensemble des travailleurs et que les personnes trans devraient être contre l'impérialisme et pour la Palestine[1].
L'OST s'investit donc localement dans la mouvance anti-impérialiste, particulièrement en soutien à la Palestine[33], et dans les luttes antiracistes[34], comme les mobilisations contre la loi Darmanin en 2024[1]. À la manifestation du 10 septembre 2025 à Grenoble, l'OST et Urgence Palestine font cortège commun[28]. Sur ces sujets, l’OST centre une partie de son discours contre le pinkwashing, qui instrumentaliseraient les LGBTI pour justifier des discours jugés racistes et sécuritaires, notamment dans les quartiers populaires[1]. Elle va jusqu'à intégrer le soutien à la Palestine directement dans ses revendications lors des manifestations trans[35].
Suivant le même raisonnement, l'OST investit le mouvement féministe, au travers de dates symboliques comme le 8 mars. Pour l'association, le droit à l'IVG, celui à l'éducation à la sexualité et celui à la transition seraient les mêmes revendications, pour une autodétermination de son corps, mais aussi au droit à avoir un travail[36],[37],[38].
Cette théorisation du lien entre les oppressions par la racine est visibilisée début 2024, quand l’OST révèle la création d’un fichier des personnes ayant changé de nom ou de prénom accessible au ministère de l’Intérieur. Les immigrés et les trans seraient des cibles de la même politique de surveillance, l'organisation craignant des détournements de ce document à des fins de fichage[39],[40].
Une autodérmination en opposition aux institutions médicales et psychiatriques
La revendication principale de l'OST est l'accès libre à une transition dépsychiatrisée et gratuite pour les majeurs et mineurs, ce qui va avec une revendication de moyens pour les services publics[41]. Elle affirme une expertise des associations et du savoir scientifique communautaire opposés au corps médical encore trop peu formé, l'association par exemple des sous-dosages hormonaux dans la prise en charge des personnes trans[1].
Ainsi, lorsque la Haute Autorité de santé publie ses recommandations sur les soins trans en juillet 2025, l’OST parle de « lâcheté »[42] dans un communiqué commun avec l'association trans Fransgenre. Elle dénonce des recommandations sans avancées. Parmi elles, le fait d’instaurer un « délai de réflexion raisonnable et proportionné » pour les actes de chirurgie comme pour la mise en place d’un traitement hormonal, qui existerait déjà dans les faits d’après l’OST, mais surtout le report des recommandations dédiées aux mineurs. Le communiqué de l'OST accuse l'HAS d'être influencée par la mouvance réactionnaire[43],[44],[45],[46].
Dépénalisation du travail du sexe
L'OST place la question du travail du sexe au centre de certaines mobilisations trans, comme cela a été le cas sur la mobilisation en hommage à Geraldine. Elle se positionne en effet en faveur de l'arrêt de la pénalisation du travail du sexe, contre les lois de 2003 et de 2016. Pour l'organisation, ces lois conduisent à protéger les clients violents et détruit le réseau d'entraide entre travailleuses du sexe, car elles peuvent être poursuivies pour proxénétisme[21].
Stratégie et pratique politique
Stratégie du rapport de force unitaire

L'OST justifie une stratégie formée autour de deux buts : que les revendications trans soient transpartisanes dans les mouvements sociaux[31], afin de s'opposer aux antitrans par la construction progressive d'un rapport de force[1]. Pour ce faire, l'OST construit des liens avec des syndicats et toute formes d'organisations se revendiquant révolutionnaires ou de soutien aux luttes trans[1]. Dans le même sens, de l'autosupport est coconstruit avec les associations du care[1].
L'OST appelle les trans à converger vers les enjeux sociaux[2], affirmant que « défendre les droits des travailleurs, c'est défendre ceux des personnes trans »[3]. Elle rejoint ainsi les dates traditionnelles du mouvement ouvrier, comme le [11],[47]. Localement, les antennes associatives participent aux cadres interorganisationnels féministes[48],[49], antiracistes[34], pro-palestiniens[27] ou antifascistes[50]. Nationalement, l'OST participe à Grève féministe, le collectif qui organise le 8 mars[51],[52]
En application de cette stratégie, les mobilisations trans sont organisées en unitaire, par exemple avec la CGT[53]. L'OST participe à l'organisation de la marche annuelle de l'ExisTransInter depuis 2022, pour construire une date de démonstration de ce rapport de force, avec la participation d'organisations non trans ; elle refuse de se limiter à un objectif de visibilisation et reproche une « faiblesse politique » des associations présentes dans l'organisation qui chercheraient à la transformer en une marche des fiertés[54]. Lors des marches de fiertés justement, elle organise des « cortèges de lutte » anti-impérialistes[35]. En outre, l'OST se sert de ce lien avec le mouvement social pour former des actions contre la présence publique de militants antitrans, comme Marguerite Stern à l'ISSEP de Lyon en 2024[55],[56].
Implantation en petites villes et dans les quartiers populaires

L'association met un point d'honneur à se distincier de la concentration des ressources et des associations trans dans Paris intramuros. Présente essentiellement dans des petites villes et des villes moyennes, elle tente de s'implanter dans les zones rurales et dans les banlieues. Le profil divers des situations géographiques nécessite de comprendre les spécificités de chaque territoire pour parvenir à pallier les déserts médicaux et associatifs ; c'est par ailleurs une des raisons revendiquées de fondation d'une antenne de l'OST[1], comme à Reims[9]. Dans les territoires ruraux, l'OST défraie les frais de déplacements d'usagers pour leurs rendez-vous médicaux[57].
L'investissement en banlieue, particulièrement à Saint-Denis, vise le même objectif de lutte contre les déserts médicaux et associatifs, mais viserait aussi à affirmer la présence de personnes trans et LGBTI dans les quartiers, en contre au discours selon lequel les trans y seraient en danger. Cela permetterait également un accès plus facile au soin communautaire pour les habitants en bordure de la métropole. Le rassemblement du souvenir trans à Saint-Denis de 2024 est construit sur cette volonté[1].
Journée du Souvenir Trans
Depuis sa création à Tours, l’OST organise chaque 20 novembre à travers la France des rassemblements pour la journée du souvenir trans (en anglais : Trans Day of Remembrance, abrégé TDoR). Rassemblement d'hommage aux morts de la transphobie et de la transmisogynie (meurtres, suicides, précarité, etc.), l'OST ajoute à la commémoration et à la minute de silence une approche militante[58],[59]. Elle dénonce particulièrement la transmisogynie, le racisme et la putophobie dont ont été victimes les personnes commémorées, puisque la quasi totalité des personnes tuées sont des femmes trans, immigrées et travailleuses du sexe[60],[58]. De même, les violences médicales exercées sont mises en avant, afin de mettre en avant les conditions de santé précaires, qui mènent aux overdoses et aux suicides[61]. Elle rend aussi hommage à des combattants trans issus de guérillas révolutionnaires d'autres pays, comme Ka Daisy ou Okan Altunöz[62].
En 2025, l'OST organise une petite vingtaine de rassemblements pour le TDoR[63], y compris dans des villes où elle n'est pas présente. Toujours selon sa stratégie du rapport de force unitaire, les rassemblements sont organisés main dans la main avec des syndicats, des organisations politiques, des associations[64],[65] ou encore des collectifs pro-palestiniens[60]. Ceux-ci sont présents de manière visible et prennent la parole[66]. Pour exemple, l'édition 2025 de Grenoble réunit 250 manifestants[60], celle de Strasbourg 200[67] et celle de Lorient 150[68].
Depuis 2022, elle fait également le recensement de chaque TDoR organisé en France[69],[70].