Théodore-Edmond Plumier

peintre de la principauté de Liège (1671-1733) From Wikipedia, the free encyclopedia

Théodore-Edmond Plumier (ou Théodore Aimond Plumier), né vers le à Liège et mort le dans la même ville, est un dessinateur et peintre liégeois.

Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 62 ans)
LiègeVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités
Faits en bref Naissance, Décès ...
Fermer

D'abord élève d'Englebert Fisen à Liège, le jeune homme part ensuite à Paris pour poursuivre sa formation, probablement à l'école de Nicolas de Largillierre. À la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, l'artiste y est à la tête d’une manufacture de tapisseries qui fait rapidement faillite. Il effectue également un séjour à Rome, où il aurait travaillé pour le peintre Agostino Masucci. Après cette période de va-et-vient entre la région liégeoise et l'étranger, il se fixe définitivement, vers 1719, dans sa ville natale où il effectue un grand nombre de portraits pour les notables locaux et il reçoit d'importantes commandes de différentes églises. Il va aussi participer à la décoration de plusieurs salles des hôtels de ville de Liège et de Maastricht. Deux de ses sept enfants, Jacques Théodore Louis et Philippe Joseph Clément, sont également peintres et vont se former à Rome, en tant que pensionnaires de la fondation Lambert Darchis.

Plumier est surtout un peintre portraitiste et de sujets religieux, bien qu'il exécute aussi plusieurs allégories et quelques peintures mythologiques. Sa première œuvre connue est une Cène de 1708, tableau qu'il a donc effectué à l'âge de 37 ans. On ne sait rien de la production de jeunesse de l'artiste. En plus d'une occasion, il travaille conjointement avec le peintre paysagiste namurois Jean-Baptiste Juppin, qui exécute les paysages tandis que Plumier s'occupe de la réalisation des figures. Plusieurs de ses œuvres disparaissent lors d'un incendie à l'hôtel de ville de Liège en 1777, durant les troubles provoqués par la révolution liégeoise et à cause des confiscations d'œuvres d'art de l'occupation française.

Il s'agit de l'un des derniers peintres notables de l'école liégeoise, proposant des tableaux marqués par une influence italienne et des portraits inspirés par les grands maîtres français de l'époque.

Biographie

Jeunesse, formation et séjours à l'étranger (1671-1719)

Théodore-Edmond Plumier, né à Liège vers le [1],[2],[Note 1], date à laquelle il est baptisé dans l'église Notre-Dame-aux-Fonts, est le fils aîné d'Edmond Plumier (mort en 1726) et de Marie-Anne Gentis (morte en 1731)[3]. Le couple se marie le [4], il a six enfants, après Théodore-Edmond : Charles-André en 1673, Jeanne Ernestine en 1675, Marie-Anne en 1677, Jean-Léonard en 1679, Jean-François en 1684, et Pierre-Servais en 1695[1].

Le Christ et les apôtres sont assis à une table garnie d'une coupe, d'un plat et de pain rompu. Jésus regarde Pierre tourné vers le spectateur. Dans le haut du tableau, des putti portent une croix rayonnante sous un ange, bras ouverts.
La Cène, 1708 (huile sur toile ; 248 × 142 cm), Liège, collégiale Saint-Barthélemy.

Le peintre et historien de l'art Jules Helbig résume les années d'apprentissage du jeune homme comme suit : « Au début de sa carrière, il fut élève d'Englebert Fisen, et, après avoir été initié aux éléments de son art, il se rendit à Paris, où il étudia à l'école de Nicolas Largillière, dont la manière exerça sur celle du jeune peintre liégeois une influence décisive. Cependant, en sortant de l'atelier de Largillière, Plumier ne crut pas son éducation d'artiste terminée : il partit pour Rome et se mit pendant quelque temps sous la discipline du peintre Augustin Masucci »[5],[6],[7],[8]. L'historien de l'art Pierre-Yves Kairis[9] a également pu établir qu'à la charnière des XVIIe et XVIIIe siècles, l'artiste est membre de l'Académie de Saint-Luc et qu'il est aussi « à la tête d’une manufacture de tapisseries, située au faubourg Saint-Antoine » ; il lui fournit des dessins pour les lissiers, mais elle fait rapidement faillite[10]. Dans son podcast radiophonique de à propos du peintre et sa toile Le Martyre de sainte Catherine, le même auteur remet en question l'assertion du chanoine Henri Hamal selon laquelle Plumier aurait été l'élève de Nicolas Largillière à Paris[Note 2], même s'il convient de l'évidente influence de celui-ci sur les portraits de l'artiste liégeois[11]. Enfin, il remarque que le séjour romain de Plumier, bien qu'il ne soit pas documenté, est « toutefois fort probable car ses peintures sont fortement marquées par l'influence italienne »[12],[Note 3].

Décor gréco-romain. Dominant un ange, des gens en détresse et deux chiens, deux femmes tiennent l'une un sceptre, l'autre une flèche. Une autre tient une clé d'or.
La Double juridiction, 1714 (huile sur toile ; 260 × 170 cm), Maastricht, hôtel de ville.

Bien qu'Edmond Plumier ne retourne définitivement à Liège qu'en 1719[2],[7],[8], il y garde une résidence, au coin de la rue des Prémontrés et de la rue André Dumont. Il doit y revenir fréquemment parce qu'il exécute diverses œuvres en région liégeoise et qu'il porte plainte le contre un de ses frères, qui l'a blessé quelques mois auparavant, non loin de son domicile, de plusieurs coups d'épée[13]. Durant cette période, il effectue, entre autres, une Cène (1708), où il est possible d'apprécier « les colorations chaudes de la palette » du peintre[14], qui orne l'un des autels de la collégiale Saint-Barthélemy de Liège[15],[16],[14], un Calvaire avec Marie Madeleine (1711) conservé à l'église Saint-Remy de Warnant-Dreye[17],[14] et la peinture allégorique La Double juridiction (1714) pour le bureau du bourgmestre dans l'hôtel de ville de Maastricht[18],[19],[20]. Il est aussi l'auteur en 1717 d'une toile de thématique mythologique, conservée au château de Warfusée, qui représente Proserpine et Pluton dans leur palais aux Enfers[21],[22]. La Cène de 1708 est le premier tableau connu de l'artiste, une œuvre réalisée alors qu'il est déjà âgé de 37 ans[15]. On ne sait rien de sa production de jeunesse[15].

Théodore-Edmond Plumier se marie avec Marie Anne Jeanne Goden[1] et le couple a sept enfants : Jean-Edmond, né en 1699, Jacques Théodore Louis, né en 1702, Godefroid Théodore, né en 1709, Jeanne Eugénie, née en 1710, Suzanne Esther, née en 1712, Godefroid Gérard, né en 1715, et le benjamin Philippe Joseph Clément, né en 1718[23]. Parmi ceux-ci, Jacques Théodore Louis et Philippe Joseph Clément seront peintres comme leur père, et iront se former à Rome en tant que pensionnaires de la fondation Lambert Darchis, respectivement de 1723 à 1724 et de 1739 à 1743[24],[25],[18].

Retour définitif à Liège et maturité artistique (1719-1733)

Les portraits

Un homme portant perruque blanche et armure pose assis, tenant un bâton de commandement.
Portrait du prince Guillaume de Hesse, 1720 (huile sur toile ; 133 × 107 cm), Liège, musée d'Ansembourg.

Lorsqu'il revient se fixer définitivement à Liège vers 1719[2],[7],[8], l'artiste liégeois « débute par des portraits qu'il traite avec beaucoup d'habileté, et dans la manière de son maître Largillière »[21],[26]. Après le succès de son portrait du prince-évêque de Liège Georges-Louis de Berghes (toile disparue au moins depuis 1876)[27], Plumier effectue « un grand nombre d'autres pour les familles patriciennes de la principauté et les notables de la cité de Liège, notamment pour la famille d'Oultremont »[21],[7],[8],[26].

Selon Jules Helbig, il a exécuté pas moins d'une dizaine de portraits de membres de la famille (trois portraits d'hommes et sept portraits de dames selon l'auteur), conservés au château de Warfusée, dont ceux d'Anne-Françoise d'Oultremont[28],[29], de Jeanne-Olympe d'Oultremont, chanoinesse de Maubeuge[21],[30], et de Jean-Baptiste d'Oultremont, grand bailli de Moha (dont il effectue deux portraits, l'un daté de 1714 et le second non daté)[21],[31],[32].

Il réalise d'autres portraits de notabilités comme, par exemple, ceux de Guillaume VIII de Hesse-Cassel en 1720[33],[34],[35], qu'il représente dans « une version stéréotypée du portrait militaire en installant le Prince de Hesse gouverneur de Maastricht dans un décor constitué de la tenture rouge d'une part, d'un champ de bataille d'autre part »[36], du comte de Lannoy-Clervaux Adrien-Gérard en 1729[37],[35], de l'évêque de Namur Thomas de Strickland vers 1730 (deux portraits)[38],[39], du bourgmestre Louis-Lambert de Liverloo en 1732[40] et du bourgmestre Hubert du Château[41],[42]. Ce dernier tableau, non daté, appartient au collectionneur Édouard Brahy-Prost avant d'entrer dans les collections publiques liégeoises[42].

Les travaux de décoration

Le peintre réalise en outre différents tableaux afin de décorer les hôtels de ville de Maastricht et de Liège[21],[8],[5]. En 1720, il exécute la peinture L'Histoire de Suzanne, ou La Chaste Suzanne, pour le bureau de l'échevin des finances dans l'hôtel de ville de Maastricht[43],[18],[44]. Quant à ses travaux pour l'hôtel de ville de Liège[45], les comptes communaux de l'époque fournissent les informations suivantes :

Décor gréco-romain. Une foule de gens observe une femme nue, enchaînée par le poignet, qui protège sa nudité d’un tissu.
L'Histoire de Suzanne, 1720 (huile sur toile ; 280 × 165 cm), Maastricht, hôtel de ville.
  • 1719-1720 : « Au sieur Plumier, peintre, pour une peinture du plafond de la chambre du Conseil, 500 florins »[21],[46] ; il s'agit de l'Enlèvement de Proserpine (œuvre disparue)[18], même s'il convient de prendre en compte que l'artiste effectue aussi une Allégorie des Quatre Saisons pour le plafond d'une autre salle de l'hôtel de ville (salle 4)[47],[48] où il démontre « une maîtrise parfaite de l'espace assez restreint » qui lui est offert[48] ;
  • 1721-1722 : « Pour le tableau posé sur la cheminée de la chambre d'en haut de l'hôtel-de-ville, 750 florins »[21],[46], toile qui représentait une allégorie sur le thème de la Paix et l'Abondance (œuvre disparue)[18] ;
  • 1724-1725 : « Pour le portrait de S. A. S., 320 florins »[21],[46], c'est-à-dire « une effigie du prince-évêque »[49] ;
  • 1725-1726 : « Pour les figures qu'il ajoute aux paysages de Jupin, 800 florins »[21],[46] ; ce sont des œuvres qui sont effectuées en collaboration avec le peintre paysagiste namurois Jean-Baptiste Juppin pour le bureau du chef de cabinet du bourgmestre (salle 10)[8],[50],[51] :

Jacques Hendrick cite également des peintures mythologiques qui ornaient l'une des antichambres de l'hôtel de ville de Liège (le Jugement de Pâris, la Métamorphose d'Actéon par Diane et la Métamophose de Daphné)[18] mais qui furent détruites lors d'un incendie en 1777[8].

Les peintures religieuses

Dans un paysage montagneux arboré avec bâtiments entourant un lac, un homme s’adresse à trois autres, munis de cannes, qui lui font face.
Pierre envoie Materne, Euchaire et Valère à Tongres, 1722 (huile sur toile ; 520 × 410 cm), Tongres, basilique Notre-Dame.

Plumier reçoit également des commandes de diverses églises de Liège et des environs dont il n'y a plus de trace car, comme le remarque Jules Helbig en 1903 : « À l'époque de la Révolution, toutes les églises de Liège ont été dépouillées des œuvres d'art qu'elles possédaient et après laquelle la plupart des abbayes, couvents et édifices du culte ont été désaffectés et souvent démolis, on y voyait un grand nombre de peintures de Plumier, presque toutes perdues aujourd'hui »[61].

Parmi ses travaux dont on ne peut que conserver le souvenir se trouvent cinq tableaux exécutés pour l'église de l'abbaye Saint-Laurent de Liège (l'Adoration des mages pour l'autel majeur et quatre tableaux placés dans le sanctuaire, dont deux dépeignaient des épisodes de la vie de saint Benoît, le troisième représentant le martyre du pape saint Sixte et le quatrième celui de saint Laurent) et le tableau considéré comme son chef-d'œuvre, Saint Benoît enlevé au ciel, qui était conservé dans l’église Saint-Jacques puis fut emporté pour être placé au Muséum de Paris d'où il n'est jamais reparu[62],[46],[63].

Parmi les peintures religieuses de l'artiste qui nous sont parvenues figurent la Descente de croix de l'église Saint-Remacle (1718)[64],[14], la Visite de Saint Antoine Abbé à Saint-Paul l'Ermite de l'église Saint-Jean-l'Évangéliste de Blanden (1722)[65],[66] et le Martyre de sainte Catherine de l'église Sainte-Catherine (1726)[67], mais aussi différents groupes d'œuvres qui sont encore le fruit de la collaboration de Plumier avec le peintre paysagiste Jean-Baptiste Juppin[50] :

Décès et sépulture

Théodore-Edmond Plumier meurt le [1],[2], et il est enterré dans l'église Saint-Nicolas Au-Trez[1].

Œuvre

Théodore-Edmond Plumier est surtout un peintre portraitiste et de sujets religieux[7],[8], bien qu'il exécute aussi des allégories[53],[77],[78] et diverses œuvres de thématique mythologique[21],[22],[79]. Pierre-Yves Kairis considère que « ses tableaux de maturité se ressentent encore de l’Italie, tandis que les portraits, dont il s’était fait une spécialité, semblent plutôt marqués par l’influence des grands maîtres français du genre »[15].

Peintures

La Cène (1708)

Photo d’un autel à quatre colonnes de marbre rouge, blanc et noir, au centre duquel s’inscrit un grand tableau.
La Cène ornant l'autel côté sud des bas-côtés extérieurs de la collégiale Saint-Barthélémy de Liège en .

La Cène est le premier tableau connu de l'artiste, effectué en 1708, alors que le peintre est déjà âgé de 37 ans[15]. La toile orne le retable côté sud des bas-côtés extérieurs de la collégiale Saint-Barthélemy de Liège[80],[15],[16]. La scène est représentée « dans une riche demeure de style Renaissance »[80] et décrite dans le no 102 des Carnets du patrimoine publié en 2013 qui est dédié à la collégiale Saint-Barthélemy[81] :

« Le Christ, entouré des douze apôtres est assis à une table sur laquelle est posée une coupe qu'il tient de la main droite. Le pain a été rompu : il en reste quelques morceaux sur la table et dans un plat. Jésus lève la main gauche et regarde Pierre qui est tourné vers le spectateur. Jean, le visage très jeune, a la tête posée sur l'épaule du Seigneur tandis que la plupart des autres disciples ont le regard rivé sur lui. À l'extrême droite, deux apôtres semblent se faire des confidences et devant eux, assis et vu quasi de dos, Judas, vêtu d'un pourpoint, tient dans la main gauche une bourse qu'il semble vouloir dérober à la vue des convives.

Dans le haut du tableau, des putti portent une croix rayonnante qu'accueille un ange, les bras ouverts. Quelques nuages marquent le passage dans les sphères célestes étincelantes d'or manifestant sans doute la présence de Dieu. Le point de vue est déplacé vers la gauche de la scène et la table est en perspective oblique. Il est plus aisé ainsi d'individualiser tout autour les différents personnages, mais cette disposition fait subir, à l'espace tout entier, une anamorphose que l'on jugera cependant peu perceptible »[82].

L'œuvre dénote dans sa composition une certaine complexité « due aux nombreux messages qu'elle veut délivrer au spectateur »[83]. Parmi ceux-ci, on trouve « l'annonce par Jésus de sa mort prochaine et de sa glorification avec la croix rayonnante », « le lavement des pieds avec la grosse aiguière à gauche de saint Pierre » et surtout « la révélation que l'un des douze va le [le Christ] trahir »[82]. Jésus annonce aussi à Pierre qu'il va le renier trois fois avant que le coq ne chante ce qui provoque un mouvement de protestation de l'apôtre, « dialogue joliment exprimé par les mains des deux personnages qui sont mis en évidence par leurs vêtements aux couleurs plus vives et l'expressivité de leur visage »[81].

Descente de Croix (1718)

La toile, qui orne l'autel majeur de l'église Saint-Remacle, est exécutée par Plumier en 1718[64],[14],[84]. Elle est envoyée en 1794 à Paris avec d'autres œuvres de l'École liégeoise de peinture par les commissaires français et restituée en 1815 « dans un assez triste état »[62],[46].

Dans un cadre rectangulaire cintré, trois femmes lèvent les yeux vers les hommes qui détachent le corps du Christ de la croix.
Descente de Croix, 1718 (huile sur toile ; 434 × 233 cm), Liège, église saint-Remacle.

L'œuvre dépeint le thème iconographique de la descente de croix comme le décrit Jules Helbig dans sa notice de 1873[77] :

« Au centre de la composition, le corps du Sauveur est descendu de l'instrument de la passion par plusieurs hommes robustes, dont les chairs jaunes et cuivrées contrastent vivement avec la blancheur du corps du Christ. À droite du tableau, la vierge Marie est couchée sur le sol, entourée des saintes femmes, suivant du regard le divin supplicié. Du côté opposé à ce groupe, sainte Madeleine, aux formes athlétiques et les cheveux épars, tient le vase à parfums »[77].

Jules Helbig observe également que « ce tableau est d'une couleur assez vigoureuse, plus brillante que vraie ; les oppositions sont un peu heurtées, et, malgré la brosse large et facile de Plumier, que l'on y retrouve avec toutes ses qualités, l'ensemble est inférieur au Martyre de sainte Catherine. Les figures sont de grandeur naturelle »[77]. Il pointe enfin le fait que la toile « a subi des retouches »[77].

Le critique d'art Alfred Michiels, bien qu'il considère l'œuvre comme « une production savante et bien étudiée » révélant « un talent honnête et respectable »[85], poursuit sur un ton bien différent : « Mais il est évident que presque tout l'effort de l'artiste a porté sur le dessin, qu'il a traité la couleur avec la négligence d'un tiède amour. Dans le fond de l'image domine un ton roux peu agréable : la perspective est défectueuse, et les grands effets de clair-obscur, cette magie de la lumière, ne font pas ressortir les formes, ne répandent pas sur l'ensemble la vie et la variété. C'est encore là une œuvre de sang mêlé, pour ainsi dire, où l'art italien unit ses caractères aux goûts et aux tendances de l'art français »[85].

Allégorie de la Rénovation magistrale de 1725 (1725)

Ce tableau est une « allégorie peinte sur une cheminée en mémoire de l'élection comme bourgmestre de la ville de Liège du seigneur Michel-Joseph de Grady de Groenendael (1684-1758) »[77], qui est élu en 1725 conjointement avec Walthère de Liverloo[78],[85]. Mesurant 168 × 117 cm, il est situé dans une maison rue Féronstrée appartenant à M. l'avoué Constant en 1873 et qui était auparavant propriété du bourgmestre de Grady[86].

Une toile de moindre dimension, qui reprend la même composition et qui est aussi exécutée par Plumier, est conservée au musée de l'Art wallon[87]. Elle y restera jusqu'en 2016 où l'ensemble des collections des musées des Beaux-Arts et de l'Art wallon (regroupées depuis 2011 aux Beaux-Arts) sera transféré au musée de La Boverie[88].

Une sorte de soldat romain est entouré de trois femmes partiellement nues dans un décor romanisant et des envolées de draperies.
Allégorie de la Rénovation magistrale, 1725 (huile sur toile ; 100 × 65 cm), Liège, La Boverie.

Jules Helbig fournit, une fois encore, une description détaillée de la composition du tableau[77] :

« Au centre de la toile, un personnage masculin, vêtu à l'antique, d'un costume assez fantastique, représente, sans aucun doute, le seigneur de Grady lui-même. Il tient de chaque main une couronne de lauriers, dont il pose l'une sur la tête d'une figure de femme qui lui offre deux clefs, et qui représente la ville de Liège, et l'autre sur la tête d'une autre femme qui se trouve de l'autre côté de la composition, un peu à l'ombre, et qui, appuyée sur une urne, représente probablement la Meuse. Au-dessus du seigneur bourgmestre apparait une sorte de divinité (peut-être l'artiste a-t-il voulu représenter Clio, la muse de l'histoire ?), qui relie par une faveur rose la main du bourgmestre à celle de la figure qui personnifie la ville de Liège.

Au-dessus de la figure représentant la Meuse se voit le perron liégeois, sur le socle duquel on lit l'inscription commémorative de l'élection des deux bourgmestres élus en 1725 : Walthère de Liverloo et M. J. de Grady. Elle est terminée par la date de cette élection »[77].

Le même auteur estime que « cette toile est peinte avec assurance et ampleur : le coloris, un peu rouge dans les carnations, n'est pas mauvais »[77] et que « le dessin dénote un artiste initié à la partie savante de son art »[89]. Il considère néanmoins que « cette composition, disposée dans le goût recherché du temps, manque de clarté et n'est pas facile à déchiffrer »[77]. Pour sa part, Alfred Michiels, bien qu'il voie également dans cette toile « une allégorie mal conçue et, par suite, malaisée à comprendre »[85], souligne que « l'œuvre indique une main sûre et expérimentée ; le coloris, un peu rouge dans les chairs, sans avoir de mérites supérieurs, n'a pas de défauts marquants »[90].

Le Martyre de sainte Catherine (1726)

Cette huile sur toile d'imposantes dimensions, 638 × 338 cm, est exécutée par le peintre en 1726 et orne le maitre autel de l'église Sainte-Catherine[15],[67]. L'œuvre est aussi connue sous le nom de Sainte Catherine d'Alexandrie réconfortant les philosphes martyrisés[67].

Une femme, assise devant une grande roue cloutée qui reçoit des rais de lumière envoyés par des anges, baisse les yeux vers des hommes armés.
Le Martyre de sainte Catherine, vers 1726 (sanguine et à la craie blanche sur papier ; 45 × 27,5 cm), Liège, cabinet des Estampes et des Dessins.

Une autre église, elle aussi dédiée à sainte Catherine d'Alexandrie, existait au même emplacement que le bâtiment actuel ; elle a été détruite dans le bombardement de la ville de Liège par les troupes du général français Louis François de Boufflers en [15],[91]. La nouvelle église est probablement vite reconstruite car son maître-autel baroque date d'environ 1703[15] et la toile de Plumier est un « don d'une dame notable de la ville », Madeleine Hessalle, afin de le décorer[92],[62],[93]. En 1794, le tableau est sélectionné par Léonard Defrance pour être envoyé à Paris avec d'autres chefs-d’œuvre de la peinture liégeoise mais les « démarches instantes faites par les paroissiens de Sainte-Catherine » et la monumentalité de l'œuvre amènent les commissaires français à reconsidérer leur décision et ils renoncent finalement à l'emporter[62],[94],[46].

Jules Helbig observe dans sa notice de 1903 que « la peinture a assez notablement souffert »[62]. En 1987, Jacques Hendrick remarque que son état de conservation continue de se dégrader « à tel point que la lisibilité de ce tableau est, actuellement, presque impossible »[91]. À cette époque, la seule façon de se représenter la composition du tableau passe par l'esquisse dessinée à la sanguine et à la craie blanche qui est conservée au cabinet des Estampes et des Dessins de Liège[95],[96],[97]. Celle-ci présente néanmoins une différence non négligeable, car, dans la peinture, « l'instrument de supplice déjà mis en mouvement se brise et frappe les bourreaux, tandis que dans le dessin la roue est encore intacte et la foule attend[ant] le signal d'impulsion »[98]. Au milieu de ces apprêts terribles, la sainte, qui occupe aussi le centre de l'œuvre, est d'un calme imposant et les anges placés dans le haut, à gauche, font descendre vers elle un faisceau de lumière tandis qu'elle résiste aux sacrificateurs, dont l'un tient le couteau déjà levé sur une victime païenne[99].

Cette détérioration continue finit par provoquer de graves dommages à la toile, comme le détaille un article du Centre Interdiocésain du Patrimoine et des Arts Religieux du  : « Après s'être partiellement désolidarisée de son encadrement, la peinture s'est brusquement déchirée le . Des spécialistes ont sécurisé la toile et retiré dans les jours qui ont suivi la partie déchirée pour la stocker en sécurité. Ensuite, l’œuvre a été intégralement démontée pour pouvoir être restaurée »[100].

Au centre d’un tableau cintré peuplé d’une foule d’anges et de gens, se détache une femme blonde levant les yeux au ciel, en robe rose clair et cape bleu d’outremer.
Le Martyre de sainte Catherine, 1726 (huile sur toile ; 638 × 338 cm), Liège, église Sainte-Catherine.

Grâce au classement de la toile comme Trésor[Note 4] par la Fédération Wallonie-Bruxelles le [94] et les subsides alloués par le fonds David-Constant qui dépend de la fondation Roi Baudouin[100],[101], la restauration du tableau peut commencer dès [15]. Elle s'achève en , faisant « apparaître la signature de Théodore-Edmond Plumier et la date de 1726 » et, qui plus est, permettant de confirmer le sujet qui « n’était pas tout à fait certain »[15]. La peinture est finalement remise en place le , après le nettoyage du maître-autel de l'église[102].

Jules Helbig détaille dans sa notice de 1873 la composition de l'œuvre[103] :

« Au centre de la composition, la sainte, debout sur un échafaud, porte le regard vers le ciel, où apparaissent un grand nombre d'anges entre les nuages, tenant la croix, des palmes, etc. ; l'un d'entre eux lance la foudre sur la roue, l'instrument du supplice préparé pour la vierge chrétienne, ainsi que sur la troupe nombreuse de bourreaux qui l'entoure. Au premier plan, plusieurs de ces deniers tombent, roulant sous l'échafaud et sur les roues de l'instrument de torture.

À gauche de la sainte, on remarque un philosophe tenant un livre, et qui a sans doute voulu présider au supplice ; il est saisi d'épouvante à la vue du prodige qui vient délivrer la victime. Dans le fond, on aperçoit des guerriers armés et la riche colonnade d'un temple, au milieu duquel se trouve l'idole à laquelle Sainte-Catherine a refusé de sacrifier »[103].

Le même auteur estime que « cette toile donne assez bien la mesure du talent de l'artiste »[62] : « Elle est d'une couleur vigoureuse, chaude dans les lumières, transparente dans les ombres, peinte avec ampleur et sûreté. La tête de la sainte est très jolie, mais d'une expression mondaine. La composition est pleine d'entrain et de mouvement, trop tapageuse cependant et comprise dans le goût décoratif des peintres vénitiens »[103]. Il considère que « cette vaste page, où les figures sont de grandeur naturelle, est l'œuvre la plus importante que nous connaissions du peintre »[103], opinion qui est aussi soutenue, postérieurement, par les historiens de l'art Jacques Stiennon[26] et Pierre Yves Kairis[15].

Liste des peintures

Allégories et peintures mythologiques
  • Jugement de Pâris, 1712 (huile sur toile ; 130 × 87 cm), collection privée[79],[104].
  • La Double juridiction, 1714 (huile sur toile ; 260 × 170 cm), Maastricht, hôtel de ville[18],[19],[20].
  • Scène mythologique (Pluton et Prosperine), 1717 (huile sur toile ; 214 × 169 cm), Stockay, château de Warfusée[21],[22].
  • Allégorie des Quatre Saisons, 1720 (huile sur toile ; 245 × 315 cm), Liège, hôtel de ville[47],[48].
  • Huit peintures effectuées en 1725 avec Jean-Baptiste Juppin pour le bureau du chef de cabinet du bourgmestre de l'hôtel de ville de Liège[8],[50] :
    • Allégorie représentant le Printemps (huile sur toile ; 149 × 118 cm)[52],[53] ;
    • Allégorie représentant l'Été (huile sur toile ; 149 × 118 cm)[54],[53] ;
    • Allégorie représentant l'Automne (huile sur toile ; 149 × 118 cm)[55],[53] ;
    • Allégorie représentant l'Hiver (huile sur toile ; 149 × 118 cm)[56],[53] ;
    • Adonis recueilli par Vénus à sa naissance (huile sur toile ; 330 × 166 cm)[57] ;
    • Mort d'Adonis (huile sur toile ; 330 × 204 cm)[59] ;
    • Rencontre de Diane et de Vénus (huile sur toile ; 330 × 252 cm)[60] ;
    • Vénus et Adonis (huile sur toile ; 330 × 166 cm)[58].
  • Allégorie de la Rénovation magistrale, 1725 (huile sur toile ; 100 × 65 cm), Liège, La Boverie[87].
  • Allégorie de la Rénovation magistrale, 1725 (huile sur toile ; 168 × 117 cm), Liège, maison rue Féronstrée[89],[62].
Peintures religieuses
Portraits
Œuvres disparues

Dessins

Selon Jules Helbig, les collections publiques liégeoises conservent « un grand nombre de dessins de la main de Plumier » qui « dénotent l'habileté de son crayon et la facilité de son imagination »[78]. La plupart sont « des compositions et des études pour ses tableaux »[119] et proviennent de la collection du chanoine Henri Hamal « qui, vu leur nombre, a dû faire acquisition en un lot de ce qui restait de ce maître »[120].

L'artiste, historien, collectionneur et fondateur du musée des beaux-arts et de la céramique de Verviers Jean-Simon Renier[121] considère Plumier comme un « dessinateur très habile » qui « savait diversifier sa manière avec une variété d'aspect remarquable ; un grand nombre de figures dites Académies, dessinées d'après nature à la sanguine et quelques-unes d'après l'antique, témoignent de son application à puiser aux sources sérieuses »[120].

Plusieurs des dessins conservés au cabinet des Estampes et des Dessins de Liège sont détaillés ci-dessous :

Décollation de saint Jean-Baptiste (1713)

Trois scènes différentes. La centrale montre un homme gisant au sol, sans tête. Celui qui l'a décapité à l'épée, présenté de dos, pose le chef sur un plateau tenu par une femme âgée.
Décollation de saint Jean-Baptiste, 1713 (plume et lavis sur papier ; 36,5 × 21 cm).

Ce dessin, effectué à la plume et au lavis et daté de 1713, appartient au chanoine Henri Hamal avant d'entrer dans les collections publiques liégeoises[122].

L'artiste y dépeint l'épisode du Nouveau Testament de la décollation de Jean Baptiste au travers d'une « composition divisée en régions, expliquant parfaitement le sujet : Au sous sol est une prison habitée ; au rez-de-chaussée, sur le premier plan, git le corps du Précurseur dont le bourreau a tranché la tête qu'il présente à Hérodiade ; à l'étage est la salle du festin, vivement éclairée et le haut de l'œuvre est occupé par une gloire d'anges. Les nombreux personnages sont bien disposés, expressifs et la perspective aérienne bien rendue par la plume et lavis »[120].

Selon Françoise Clercx-Léonard-Etienne, cette œuvre est très marquée par l'influence d'Englebert Fisen, premier maître de Plumier, surtout dans le dessin des anges dans la partie supérieure[123].

Georges Louis de Berghes, prince-évêque de Liège (1728)

Portrait à mi-corps inscrit dans un ovale d'un homme portant perruque, rochet et pendentif en croix.
Georges-Louis de Berghes, prince-évêque de Liège, 1728 (plume et crayon sur papier ; 40 × 28,5 cm).

Plumier présente le prince-évêque de Liège Georges-Louis de Berghes « à mi-corps, en un cadre ovale posé sur un socle orné d'un blason vide supporté par deux lions, le tout se détachant sur une draperie »[124].

Jean-Simon Renier observe que « l'élégance du dessin, la sureté du trait indiquent la maturité du savoir et c'est signé T. Plumier, 1728 »[124],[125]. Il remarque également que la composition du dessin est typique « des portraits d'apparat gravés à cette époque », entre autres de la gravure exécutée par Jean Daullé, d'Abbeville, du même prince-évêque[124]. Alfred Michiels estime quant à lui que « l'élégance du dessin et la fermeté du trait » démontre que « son talent, comme un fruit doré par le soleil, était en pleine maturité »[27].

Ce dessin, comme le précédent, appartient au chanoine Henri Hamal avant d'entrer dans les collections publiques liégeoises et il est effectué à la plume et au crayon[125],[126].

Vénus dans la forge de Vulcain (non daté)

Une femme nue assise dans un grand fauteuil tient une flèche en main et regarde un angelot sur son côté ; de l’autre se trouvent un deuxième angelot et un chien. Au fond, quatre hommes forgent.
Vénus dans la forge de Vulcain, avant 1733 (plume et lavis sur papier ; 29,5 × 24,5 cm).

Ce dessin, comme les deux précédents, appartient au chanoine Henri Hamal avant d'entrer dans les collections publiques liégeoises. Il est effectué à la plume et au lavis[127].

Dans cette œuvre de Plumier, « la plume y a précisé les contours et le clair obscur est disposé avec art. Vénus accompagnée de l'amour trône en premier plan à gauche, sur un siège d'une forme exubérante ; auprès à droite, un enfant paraît se moquer et pousser dehors un chien qui s'en va d'un air maussade comme image de fidélité froissée. Au fond les cyclopes d'attitude énergique complètent parfaitement cette page où les figures sont touchées avec esprit et goût, sauf quelque lourdeur dans la figure principale »[128].

Le Purgatoire (non daté)

Croquis où l’on voit des humains dans les flammes, des anges, un calice, des nuages, la Vierge, Dieu assis tenant une croix, et une colombe.
La Vierge intercédant auprès de la Sainte Trinité pour les âmes du Purgatoire, avant 1733 (plume sur papier ; 42 × 25 cm).

Le dessin, également connu sous le nom de La Vierge intercédant auprès de la Sainte Trinité pour les âmes du Purgatoire, appartient aussi au chanoine Henri Hamal avant d'entrer dans les collections publiques liégeoises[129].

Cette esquisse à la plume, probablement pour un tableau qui était conservé à l'église Saint-Thomas (tableau et église disparus), est une « composition agréable, divisée en trois groupes ; à l'inférieur sont les âmes suppliant ou délivrées par les anges vers lesquels descendent les rayons d'un calice posé sur des nuages, lequel est le point central de l'œuvre que couronne une gloire »[124],[129].

Liste des dessins conservés dans les collections publiques liégeoises

Réception critique

Dès 1876, Alfred Michiels voit en Plumier « un des artistes les plus intéressants de l'école liégeoise »[138], le dernier « auquel on puisse vraiment s'intéresser » car « après lui commence le règne du pastiche et de l'insignifiance »[90]. Jules Helbig quant à lui estime que « Plumier a dans la composition une certaine verve, beaucoup d'habileté et de sûreté dans la brosse et de l'élégance dans le dessin. Dans la manière, il subit l'influence de son temps ; son coloris est souvent plus recherché que vrai »[139]. Il le considère « comme un des meilleurs peintres du XVIIIe siècle dans la province de Liège »[140]. Pour sa part, Joseph Demarteau remarque dans l'introduction du catalogue officiel de l'Exposition de l'art ancien au pays de Liège en 1881 qu'il se distingue par « l'entrain, le coloris et l'élégance du dessin »[141].

En 1975, le conservateur de musée et historien de l'art Jacques Hendrick observe qu'au XVIIIe siècle, « le thème de prédilection du XVIIe siècle, le sujet religieux, tombe en décadence ; le seul peintre liégeois qui le pratiqua honorablement fut Edmond Plumier : ses portraits ont plus de mérites et le révèlent disciple de son maître le Français Nicolas Largillières »[142]. Le même auteur réitère son opinion en 1987 lorsqu'il souligne que l'artiste est « un des derniers successeurs des grands peintres liégeois de sujet religieux du XVIIe siècle »[91] et que, dans ses portraits, « on retrouve le style noble et quelque peu emphatique des portraitistes français de la fin du règne de Louis XIV (Largillière, Rigaud) »[14].

Expositions

Hommage

Notes et références

Annexes

Related Articles

Wikiwand AI