Accident ferroviaire de Saujon

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Accident ferroviaire de Saujon
Image illustrative de l’article Accident ferroviaire de Saujon
Catastrophe de Saujon (1910).
Caractéristiques de l'accident
Date
Coordonnées 45° 39′ 49″ nord, 0° 55′ 37″ ouest
Caractéristiques de l'appareil
CompagnieÉtat
Bilan
Morts38
Blessés103

Géolocalisation sur la carte : Charente-Maritime
(Voir situation sur carte : Charente-Maritime)
Accident ferroviaire de Saujon

L’accident ferroviaire de Saujon a eu lieu le dimanche en France, sur le réseau de l'État, à l'entrée de la gare de cette ville du département de la Charente-Inférieure lorsqu'un train de voyageurs allant de Bordeaux à Royan prit en écharpe un train de marchandises de sens opposé imparfaitement garé sur une voie d'évitement. Survenant moins de deux mois après un autre grave accident à Villepreux sur le même réseau, il suscita l'émotion par son bilan encore plus lourd, et relança les controverses sur l'exercice d'activités industrielles et commerciales par les personnes publiques.

Tous les dimanches de la saison estivale, le réseau de l'État faisait circuler sur ses voies entre Bordeaux et la station balnéaire de Royan un convoi spécial, dénommé « train G »[note 1]. Celui-ci, toujours très fréquenté, partait le matin à 8 heures de sa gare de la Bastide et effectuait en deux heures le trajet de 140 kilomètres, empruntant d'abord la double voie[1] de la ligne de l'État vers Paris, par Saint-André-de-Cubzac, Cavignac et Jonzac, puis bifurquant à Pons sur sa ligne à voie unique vers Saujon. Là, il retrouvait la double voie, établie en 1899 sur les 9 kilomètres conduisant à Royan[2].

Le dimanche , veille de l'Assomption, le beau temps et la perspective de deux jours fériés consécutifs avaient attiré une affluence exceptionnelle, notamment de membres de patronages et autres mouvements associatifs de Bordeaux ou de ses environs. Aussi, bien que la composition du train ait été forcée au maximum, ses 22 voitures (19 de 3e classe et 3 de 2e) étaient bondées de plus de mille voyageurs[note 2] s'entassant à quinze, voire vingt, par compartiment[3], ou restant debout dans les couloirs. Des bancs avaient même été ajoutés dans les deux fourgons pour y installer des passagers, mais malgré tout, lors du départ, avec vingt minutes de retard[4], plus d'une centaine de personnes[note 3] avaient dû rester sur le quai, faute d'avoir trouvé une place.

Les contraintes d'exploitation de la voie unique imposaient qu'à 9 kilomètres de Royan, en gare de Saujon, un train de marchandises, le 1512, arrivé de Royan à 10 h 35, attende, avant de s'engager vers Pons, à la fois d'être croisé par le spécial venant de Bordeaux, compte tenu de son retard ce jour-là, et doublé par le 98, rapide Royan – Paris, passant à 10 h 53[5].

Photo de la catastrophe de Saujon dans le journal Le Matin

L'accident

Le train G avait marqué l'arrêt réglementaire au signal avancé de Saujon, situé à la halte de La Traverserie, et, approchant de la ville, sortait de la courbe sans visibilité précédant la gare, lorsque le mécanicien constata que si le disque d'entrée lui donnait bien voie libre, la voie 1 sur laquelle il avait été dirigé était interceptée. En effet, juste à l'endroit où elle était traversée en diagonale par une voie de service, se trouvait la locomotive du train 1512, en tête de quelques wagons. Malgré une tentative de freinage en urgence, la machine et le tender du train de marchandises furent pris en écharpe et renversés sur le côté droit de la voie. La locomotive, le tender, le fourgon de tête et la première voiture du train de voyageurs déraillèrent et obliquèrent vers la gauche avant de s'arrêter, légèrement inclinés. Derrière eux, les deuxième et troisième voitures furent poussées contre l'obstacle sous la pression du reste du convoi et se chevauchèrent en s'imbriquant[6]. Les trois suivantes se télescopèrent, mais sans dommages sérieux, alors que toutes les autres, bien que déraillées, restaient intactes.

Secours et bilan

Le chef de gare, M. Cros, avait eu le réflexe de fermer immédiatement le signal d'entrée côté Royan, évitant ainsi un suraccident alors que l'arrivée du rapide 98 était imminente. Les premiers instants de panique passés, les rescapés et les agents de la gare s'efforcèrent d'extraire les victimes de l'entassement des épaves. Ils furent rapidement rejoints par la population des alentours, alertée par le bruit de la collision, semblable à celui d'un coup de canon, selon les témoins[7]. Les premiers soins furent dispensés par le personnel médical d'une maison de santé de la ville, aidé dans les heures qui suivirent par des médecins venus des environs, et notamment de Royan avec un premier train de secours.

Les trois voitures de tête étaient majoritairement occupées par un groupe d'environ 70 personnes venues de Barsac dans le cadre du voyage annuel de l'association amicale des anciennes élèves de l'école laïque[8]. Si les compartiments d'extrémité de la première et de la troisième avaient été relativement épargnés[9], le reste formait un inextricable amoncellement de débris dans lequel 33 passagers avaient été tués sur le coup. Leurs corps mutilés, dont douze n'étaient pas rapidement identifiables, furent déposés d'abord dans la salle d'attente de la gare, puis dans la halle des marchandises transformée en chapelle ardente. Le chauffeur du train de marchandises avait été écrasé sous le tender renversé, alors que le mécanicien et le chauffeur du train tamponneur avaient pu sauter avant le choc et s'en tiraient avec des contusions.

Les blessés, pris en charge sur place par des médecins venus des alentours, furent, selon leur état, directement transportés dans les hôpitaux les plus proches[note 4], ou embarqués dans des trains réguliers ou spéciaux et hospitalisés en fin de journée à Saintes ou Bordeaux[10]. Certains d'entre eux ayant succombé peu après ou dans les jours qui suivirent[11], le bilan de l'accident peut être établi à 38 morts et 103 blessés[12].

Après que le préfet de la Charente-inférieure, Pierre Landrodie se fut rendu immédiatement sur les lieux, les autorités publiques nationales, compte tenu de l'ampleur de la catastrophe, tinrent elles aussi à témoigner sur place ou par message de leur solidarité avec les victimes. Le premier à arriver fut Albert Sarraut, sous-secrétaire d'Etat à la guerre, déjà présent à La Rochelle pour représenter le gouvernement à des fêtes de gymnastique, que le président du Conseil, Aristide Briand, chargea de « porter aux familles des victimes les condoléances du gouvernement et de prendre dans leur intérêt toutes les mesures nécessaires »[13]. Il fut rejoint le lendemain par le ministre des travaux publics, Alexandre Millerand, rentré de Suisse en urgence, et le directeur des chemins de fer de l'Etat, M. Raymond Beaugey[14], qui firent avec lui la tournée des hôpitaux pour visiter les blessés. Le président de la République, Armand Fallières, en route vers la Suisse pour un voyage officiel, adressa au préfet le télégramme suivant : « J'apprends à Besançon la terrible catastrophe de Saujon. Je vous prie de faire parvenir aux familles de ceux qui ont trouvé la mort la part très sincère que je prends à leur deuil. Veuillez également être auprès des malheureux blessés l'interprète de ma douloureuse sympathie. » De l'étranger parvinrent également les condoléances de Robert Comtesse, président de la Confédération suisse[15], de Guillaume II, empereur d'Allemagne[16], de Victor Emmanuel III, roi d'Italie[17] et de son ministre des Travaux publics, Ettore Sacchi[18].

Bien que dépourvus de moyens lourds de déblaiement, et notamment d'une grue, en 48 heures, les ouvriers parvinrent à rétablir la circulation sur les voies de la gare en dégageant les épaves des voitures et wagons et en ripant les machines renversées à l'aide de crics[19].

Suites

Notes et références

Voir aussi

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