Collision ferroviaire de Charenton

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Date
TypeCollision par rattrapage
Collision ferroviaire de Charenton
Vue de la gare de Charenton où est survenu l'accident
Vue de la gare de Charenton où est survenu l'accident
Caractéristiques de l'accident
Date
TypeCollision par rattrapage
SiteDrapeau de la France Charenton-le-Pont (France)
Coordonnées 48° 49′ 06″ nord, 2° 24′ 53″ est
Caractéristiques de l'appareil
CompagnieCompagnie des chemins de fer de Paris à Lyon et à la Méditerranée
Bilan
Morts22
Blessés81

Géolocalisation sur la carte : Île-de-France
(Voir situation sur carte : Île-de-France)
Collision ferroviaire de Charenton
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Collision ferroviaire de Charenton

La collision ferroviaire de Charenton a eu lieu le lundi , à 9 h 47, sur le réseau du PLM, dans la gare de cette commune du département de la Seine, aujourd'hui limitrophe de Paris. Elle a révélé de nombreuses lacunes dans la sécurité du fonctionnement des chemins de fer et suscité l'émotion par son lourd bilan de 22 morts et 81 blessés.

Les circonstances

Le lundi au matin, sur la section à double voie allant de Villeneuve-Saint-Georges à la gare de Lyon, doivent normalement passer successivement, selon l'indicateur Chaix :

  • l'omnibus no 584 venant de Montargis par Malhesherbes et Corbeil, arrivant à 9 h 07 à Villeneuve et à 9 h 30 à Paris ;
  • l'omnibus no 18 venant de Fontainebleau par Melun, partant de Villeneuve à 9 h 14 et arrivant à 9 h 43 à Paris ;
  • le rapide no 10 en provenance de Marseille, arrivant à 9 h 53 à Paris.

Cependant, ce jour-là comme tous les lundis matin de la saison estivale, les horaires des trains de la banlieue sud-est remontant vers Paris sont fortement perturbés par l'afflux des Parisiens regagnant la capitale après un dimanche de détente. Aussi, pour réduire à la fois la surcharge et le retard des omnibus no 18 venant de Fontainebleau et no 584 venant de Montargis, le responsable de l'exploitation a-t-il décidé d'intervertir leur service après leur arrêt à Villeneuve-Saint-Georges, où ils se rejoignent. Le train no 18, qui part habituellement après le no 584 afin d'assurer sa correspondance pour Maisons-Alfort et Charenton, passera avant lui et sera sans arrêt jusqu'à la gare de Lyon. Le 584 le suivra et desservira les deux gares, alors qu'il est normalement direct de Villeneuve-Saint-Georges à Paris[1].

Après s'être arrêté à Maisons-Alfort, le train 584, qui accuse un retard de vingt-cinq minutes, stationne à Charenton quand, vers 9 h 45, se fait entendre au loin le bruit annonciateur de l'arrivée imminente du rapide no 10 en provenance de Marseille, qui circule à l'heure[2].

Le tamponnement

Pressentant au vu de sa vitesse que le train qui approche ne s'arrêtera pas au signal d'entrée de la gare et qu'un tamponnement est inéluctable, le chef de gare demande alors au mécanicien de l'omnibus 584 de repartir en urgence, tandis que des dizaines de passagers, alertés par les hurlements des personnes présentes sur le quai, fuient précipitamment les wagons[3].

Pendant ce temps, le mécanicien du rapide, qui après avoir trouvé ouverts le sémaphore du block-system et le disque d'entrée de la gare roule à ce moment à environ 70km/h[4], a aperçu, au sortir d'une courbe, la queue du train qui le précède, et renverse immédiatement la vapeur en sifflant aux freins. Ces manœuvres réduisent sensiblement sa vitesse[5], mais ne l'empêchent pas de rattraper le convoi qui vient juste de redémarrer. La locomotive en percute le dernier wagon, une voiture de troisième classe, escalade son châssis et sa caisse en bois en les aplatissant littéralement, disloque l'avant-dernier, une voiture de deuxième classe, et après les avoir poussés sur une cinquantaine de mètres[6], s'arrête, ses vingt cinq tonnes[7] reposant en équilibre instable sur l'amas de leurs débris, roues arrière au sol et avant pointé vers le ciel.

Le flou des récits

Les journalistes arrivent sur place quelques heures après l'accident, alors que pour rétablir au plus vite la circulation sur une voie[8], l'évacuation du matériel intact et des débris les plus accessibles a déjà eu lieu[9], et que seuls sont encore visibles les deux véhicules de queue, restés coincés sous la locomotive tamponneuse. Ils auront donc seulement des informations éparses et de seconde main sur le sort du reste du convoi, qu'ils n'évoqueront que vaguement. Ainsi, si un certain nombre de journaux indiquent qu'une rupture d'attelage s'est produite, selon certaines versions elle aurait été causée par la violence du tamponnement[10], et selon d'autres par la brutalité du démarrage de la machine du 584 tentant d'arracher son train pour éviter la collision[11]. Le même flou domine quant à l'endroit ou a eu lieu la coupure. Le Petit Parisien croit pouvoir la situer entre les deux wagons de queue et le reste du train, et se hasarde même à en conclure qu'ensuite l'omnibus 584 « put continuer sa route sur Paris où il arriva cinq minutes après »[12]. Toutefois, la plupart des journaux donnent à entendre que la collision a affecté d'autres voitures que celles de queue, ou bien en indiquant sans autre précision que « plusieurs wagons se trouvèrent isolés »[13], ou bien en affirmant que la rupture des chaînes s'est produite immédiatement après la locomotive[14].

Implantation de la gare au moment de l'accident.

Malgré l'approximation des récits, il est certain que si l'impact de la collision a pour l'essentiel été amorti par les deux dernières voitures, celles qui les précédaient ont elles aussi subi les effets du choc, qui les a projetées en avant. L'étendue des dégâts qui leur ont été causés reste cependant incertaine, puisqu'elle varie selon les versions rapportées par les journalistes. Ainsi, le Journal de Rouen[15] annonce qu'au total trois voitures ont été « mises en miettes », alors que pour La Justice, quatre ont été « littéralement broyées »[16].

Secours et bilan

Le chef de gare alerte les autorités par télégraphe, pendant que les cheminots et voyageurs présents sur les quais ainsi que les passagers du rapide[17], vite rejoints par les habitants du secteur accourus au bruit de la collision, s'efforcent de prêter assistance aux victimes. Des renforts parviennent rapidement du 117e de ligne, en garnison au fort de Charenton, des brigades de gendarmerie de Saint-Maurice, Saint-Mandé et Charenton, ainsi que des gardiens de la paix du XIIe arrondissement de Paris, pour sécuriser les lieux, assurer les premiers secours, et entreprendre le déblaiement[18]. Le commissaire de police de Charenton, et M. Regnoul, chef de la gare de Paris-Lyon se rendent immédiatement sur place[19], et sont suivis, à midi et demi, par le préfet de police Ernest Camescasse et le directeur de la police municipale, Jean-Marie Caubet[20].

Le choc a pulvérisé les caisses en bois des deux dernières voitures, bondées, réduisant celle de queue à un amas de débris sur lequel reste juchée la locomotive tamponneuse. On en dégage seize voyageurs tués sur le coup et trois blessés mortellement atteints qui décèdent presque immédiatement. Les corps sont provisoirement placés sous des bâches dans la halle à marchandises, avant qu'un train spécial les emmène dans la soirée à Paris. Ils sont ensuite transférés à la Morgue où ils doivent être soustraits à la curiosité morbide des badauds[21].

Pour les blessés, dont une quarantaine sont gravement mutilés, on improvise des lits avec les coussins des voitures de première classe, et des pansements avec les chemises des ouvriers de la compagnie[22]. Des médecins accourus des alentours leur dispensent les premiers soins, puis ils sont répartis dans divers hospices et asiles (Charenton, Saint-Maurice, Bicêtre, Vincennes), ou emmenés à Paris dans un train de secours et transférés à l'Hôpital Saint-Antoine.

Les passagers des autres voitures de l'omnibus subissent des dommages moindres, mais certains sont blessés et la plupart souffrent de contusions. C'est le cas notamment du photographe Nadar et de sa femme, montés dans la voiture de tête[23], ainsi que de Mme Regnoul, femme du chef de la gare de Paris-Lyon[24]. Dans le rapide, les voyageurs, parmi lesquels se trouvent notamment le frère du roi de Siam et sa suite[25], ont été secoués, mais sont indemnes[26].

Après le décès de trois blessés dans les jours qui suivent[27], le bilan de l'accident peut être établi à 22 morts et 81 blessés, dont 63 avaient été officiellement recensés au , les autres s'étant déclarés par la suite lors de l'enquête[28].

Les suites

Notes et références

Voir aussi

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