Catastrophe ferroviaire de Melun du 4 novembre 1913

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Date
TypeCollision entre deux convois
Accident ferroviaire de Melun
Caractéristiques de l'accident
Date
TypeCollision entre deux convois
SiteMelun, France
Coordonnées 48° 31′ 33″ nord, 2° 39′ 30″ est
Caractéristiques de l'appareil
Type d'appareilTrain poste no 11 et train rapide no 2
Bilan
Morts41
Blessés57

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Accident ferroviaire de Melun
Géolocalisation sur la carte : Île-de-France
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Accident ferroviaire de Melun

La catastrophe ferroviaire de Melun du 4 novembre 1913 a eu lieu dans la ville chef-lieu du département de Seine-et-Marne et a causé la mort de quarante et une personnes. Le , soit 78 ans plus tard, une autre collision se produira presque au même endroit dans des circonstances analogues.

En , le trafic ferroviaire de Paris à Lyon par la ligne dite «impériale» pouvait entre Villeneuve-Saint-Georges et Montereau suivre deux parcours, chacun empruntant alternativement les rives droite et gauche de la Seine en croisant l'autre à Melun.

L'itinéraire historique, ouvert en 1854, passait par Brunoy en suivant la rive droite du fleuve, qu'il franchissait à Melun pour se diriger vers Montereau par Fontainebleau. Son quadruplement, déjà réalisé fin entre Villeneuve-Saint-Georges et Brunoy, était en cours d'achèvement jusqu'à Melun[1].

Depuis 1897, les trains pouvaient aussi à partir de Villeneuve-Saint-Georges suivre une variante utilisant la ligne de Corbeil-Essonnes à Montereau. Celle-ci était tracée sur la rive gauche de la Seine jusqu'à Melun, puis sur sa rive droite par Héricy, vers Montereau, où elle retrouvait la ligne principale en traversant à nouveau le fleuve.

Circonstances de l'accident

Il a eu lieu vers 21 heures 20, lorsque deux convois de sens contraire, le train poste no 11 reliant Paris à Marseille, et le rapide no 2 remontant de Marseille vers Paris sont entrés en collision à la bifurcation de Melun.

Le train poste no 11

Il avait quitté Paris à 20 heures 40. Non ouvert aux voyageurs, il était composé, outre les deux fourgons de tête et de queue réglementaires, de neuf wagons affectés exclusivement au transport du courrier et du personnel chargé de le traiter en cours de route, une soixantaine d'agents des PTT couramment appelés «ambulants»[2]. Il comprenait deux allèges de stockage des sacs et sept wagons de tri de 14 ou 18 mètres dénommés en fonction de leur spécialisation géographique «Lyon II», «Marseille», «Méditerranée», «Lyon-rapide», «Paris-Besançon», «Paris-Mont-Cenis», «Paris-Pontarlier», traitant selon leur destination non seulement les correspondances locales, mais aussi celles destinées à la Suisse, l'Italie, la Grèce, l'extrême orient et l'Afrique du Nord. Son premier arrêt était prévu à Laroche-Migennes.

Le rapide no 2

Il avait quitté Marseille à 9 heures et comprenait lui aussi onze véhicules, avec en tête deux fourgons et un wagon postal ambulant venant de Nice, suivis de sept voitures de première et deuxième classe et d'un fourgon de queue. Environ cent cinquante personnes y avaient pris place, notamment des passagers anglais et hollandais débarqués à Marseille du paquebot assurant la Malle des Indes, auxquels s'étaient ajoutés des voyageurs montés au fil des arrêts, dont une soixantaine à Tarascon, en correspondance du réseau du Midi. Il était remorqué par une locomotive de type Pacific, avec pour équipe de conduite le mécanicien Jules Dumaine et son chauffeur Louis Nicolle, du dépôt de Laroche.

La collision

Selon le graphique de circulation, après avoir suivi le parcours par Brunoy et Combs-la-Ville, le train 11 devait bifurquer à Melun pour emprunter à 21 heures 14 les voies transitant par Héricy. Celles-ci, au sud de la gare, passaient sous la ligne impériale juste avant de franchir la Seine sur un pont métallique, et compte tenu de la circulation à gauche des trains français et de la configuration des lieux, le convoi, circulant sur voie 1 à l'entrée nord de la gare, devait être aiguillé vers la droite pour rejoindre la ligne nouvelle en cisaillant la voie 2 remontant vers Paris, sur laquelle le passage du rapide venant de Marseille n'était attendu qu'à 21 heures 21.

Schéma du lieu de la catastrophe publié par la revue «Le Génie Civil» du 15 novembre 1913.

Bien que ce jour-là le train poste ait pris un retard de sept minutes, l'agent de service au poste d'aiguillage lui avait préparé l'itinéraire vers Héricy comme à l'accoutumée, malgré l'arrivée imminente du train n° 2, puisque les enclenchements entre appareils de voie et signalisation optique le protégeaient en fermant automatiquement les signaux sur la voie 2 qu'il recoupait. Or, c'est seulement au dernier, implanté cent-cinquante mètres avant la bifurcation, que le mécanicien du rapide réagit en opérant un freinage d'urgence. Malgré cette tentative désespérée, il aborda le croisement à la vitesse de 80km/h[3] et prit en écharpe le train poste qui s'y était déjà engagé, dont il fracassa quatre wagons suivant le fourgon de tête: les trois ambulants Paris-Besançon, Paris-Mont-Cenis, Paris-Pontarlier et une allège. La machine du rapide se coucha sur son flanc gauche, l'avant enfoncé dans le sol. Son tender formant un obstacle pour les véhicules qui suivaient, le fourgon de tête et le wagon poste l'escaladèrent, avant de retomber disloqués sur le côté, alors que le second fourgon à bagages ainsi que deux voitures, une de deuxième classe et une mixte, s'y encastrèrent et furent écrasés sous la pression du reste du convoi.

Dans le choc, les réservoirs de gaz des voitures et des wagons poste accidentés explosèrent, provoquant un incendie qui se propagea rapidement à l'ensemble des décombres[4].

Opérations de secours

La collision ayant eu lieu en ville et à proximité immédiate de la gare, les secours, auxquels les fantassins du 13e régiment de dragons et du 31e régiment d'infanterie, en garnison à Melun, ainsi que les pompiers de la ville prirent une part déterminante[5], furent assez rapidement sur place. Toutefois, s'ils parvinrent in extremis à éloigner un wagon-réservoir contenant 1400m3 de gaz comprimé garé à proximité du sinistre[6], ils durent reculer devant la violence des flammes dévorant les épaves des wagons en feu, sans pouvoir en dégager les victimes qui y demeuraient coincées, et furent carbonisées[7].

Une fois l'incendie maîtrisé, on entreprit de rassembler les débris humains en vue de leur identification, et de recueillir et mettre en sûreté les objets de valeur épargnés par le feu, appartenant aux voyageurs ou transportés dans le train postal[8]. Les opérations de déblaiement furent menées avec le concours d'une grue de 50 tonnes envoyée de Dijon, et permirent le rétablissement de la circulation sur une voie vingt-deux heures après l'accident[9].

Bilan

Selon les chiffres officiels définitifs fournis au Sénat par le ministre des travaux publics trois mois plus tard[10], la catastrophe fit 41 morts et 57 blessés. Au nombre des victimes figurait notamment un chirurgien renommé de l'Hôtel-Dieu de Lyon, le professeur Mathieu Jaboulay, dont le corps fut finalement reconnu par recoupement de divers témoignages[11] alors que neuf autres ne purent être formellement identifiés compte tenu de leur état.

L'administration des PTT avait subi de lourdes pertes, tant humaines que matérielles. Ainsi, dans ses quatre wagons-poste détruits ou endommagés[12], quinze de ses postiers avaient été tués et dix blessés, dont sept très grièvement. Dans l'accident et l'incendie disparurent aussi le courrier international pour la Suisse (dont la valise diplomatique de l'ambassade de France à Berne)[13], l'Italie, l'Égypte et la Grèce, ainsi que celui destiné aux départements de l'Ain, de la Côte-d'Or, du Jura, du Doubs, de la Savoie, de la Haute-Savoie, de la Drôme, du Vaucluse, du Gard et de l'Hérault.

Monseigneur Marbeau, évêque de Meaux, sur les lieux de la catastrophe de Melun

Émotion et empathie

De tous les horizons affluèrent les témoignages de sympathie et de compassion. Ainsi, le roi d'Espagne Alphonse XIII, le bourgmestre de Vienne, les responsables des postes de Hollande, d'Italie et du Portugal adressèrent des messages de condoléances[14]. Les plus hautes autorités civiles et religieuses, et notamment le Président de la République, Raymond Poincaré, et l'évêque de Meaux, Monseigneur Marbeau, vinrent se recueillir sur les lieux de la catastrophe et visiter les blessés hospitalisés[15]. Même le Premier ministre de Russie, M. Kokovtzof, arrivant en France pour une visite officielle et dont le train était bloqué à Melun par l'accident, se rendit sur place et témoigna de sa solidarité par un don de 500 francs en faveur des victimes[16].

Les postiers ambulants, fonctionnaires de l'État, firent l'objet d'une sollicitude particulière. Lors de sa séance du , la Chambre des députés vota à l'unanimité une loi octroyant deux crédits, l'un de 12 000 francs pour l'aide aux familles des morts et des blessés[17], l'autre de 14 000 francs pour la prise en charge des obsèques solennelles des quinze tués[18]. Celles-ci eurent lieu le en présence de nombreuses personnalités, dont M. Alfred Massé, ministre du commerce[19], dans la cour des arrivées de la gare de Lyon transformée pour la circonstance en chapelle ardente[20]. La médaille d'honneur en or des postes et télégraphes fut décernée aux sept ambulants grièvement blessés[21].

L'inhumation au cimetière de Melun des restes des neuf victimes demeurant non identifiées après la catastrophe eut lieu le en présence de M. Joseph Thierry, ministre des travaux publics[22] et du maire de la ville[23].

Responsabilités

Immédiatement après avoir été informées de la collision, les autorités judiciaires avaient procédé à des vérifications sur les appareils de voie, les enclenchements et les signaux, et constaté que l'ensemble fonctionnait parfaitement. Ainsi, en abordant la gare de Melun, le mécanicien du rapide qui roulait à 90 km/h[24], avait-il d'abord rencontré[25] un premier signal avancé placé 1 150 mètres avant la bifurcation, prenant la forme d'un disque rouge repérable de nuit par un feu rouge, et l'avertissant qu'il devait se rendre maître de sa vitesse afin d'être en mesure de s'arrêter. Ensuite, 180 mètres plus loin, était implantée une cocarde en forme de losange présentant un damier vert et blanc signalé de nuit par deux feux verts, annonçant la bifurcation à 970 mètres et l'imminence d'un autre signal la couvrant. Celui-ci était situé à 150 mètres de la bifurcation, et présentait le carré à l'aide d'une cocarde, effaçable à l'ouverture, en forme de carré présentant un damier rouge et blanc adjoint de deux feux rouges, pour observation de nuit, ordonnant l'arrêt immédiat. Or, le train franchit les deux premiers signaux sans modifier son allure initiale, et c'est seulement au troisième que le freinage d'urgence fut déclenché, mais trop tardivement pour éviter la collision.

Le choix de l'aiguilleur du poste de Melun donnant au train poste en retard la priorité sur un rapide qui trouvait habituellement la voie libre pouvait être discuté, mais n'était pas pour autant fautif[26]. Le franchissement par le train no 2 des signaux fermés fut donc considéré comme la seule cause de la catastrophe, et l'enquête s'employa à en rechercher les responsables.

Selon les textes et leur interprétation par les tribunaux[27], le respect de la signalisation incombait principalement au mécanicien, mais aussi au chef de train, qui devait pallier une éventuelle carence de celui-ci en l'alertant et au besoin en s'y substituant par l'ouverture du robinet de frein. Entendus par les enquêteurs, le conducteur-chef du fourgon de tête, Charles Vernet, âgé de 50 ans, soutint avoir bien constaté que le mécanicien brûlait les trois signaux et avoir immédiatement agité la cloche d'alarme destinée à l'en avertir[28], le conducteur du fourgon de queue, M. Daudans, bien que non tenu de surveiller la signalisation, affirma qu'à la vue du carré fermé il avait ouvert son robinet de frein[29]. Le mécanicien Jules Dumaine déclara qu'il n'avait ni vu les deux premiers signaux, ni entendu la cloche, et que lui seul avait déclenché le freinage d'urgence au franchissement du carré. Il imputait sa réaction tardive à l'absence de visibilité causée à la fois par un épais brouillard[30] et la fumée rabattue depuis l'avant de sa machine. Son chauffeur, Louis Nicolle, se borna à confirmer ses assertions[31].

Après avoir reçu ces déclarations contradictoires, les autorités judiciaires, qui avaient initialement fait incarcérer Dumaine, autorisèrent sa remise en liberté provisoire. Le , le juge d'instruction Jozon décida de le renvoyer, ainsi que le chef de train Vernet, devant le tribunal correctionnel de Melun[32].

Lors du procès, ouvert le , la mauvaise visibilité des signaux fut reléguée au rang de question secondaire lorsqu'il apparut que le comportement, jusque-là irréprochable, de Jules Dumaine témoignait, depuis quelque temps, d'un certain relâchement. Ainsi avait-il déjà été blâmé trois fois l'année précédente pour avoir brûlé des signaux[33]. Des cheminots appelés comme témoins révélèrent que la veille encore, en tête d'un train de messageries, il avait dû faire machine arrière après avoir manqué l'arrêt de Joigny, mais avait convaincu ses collègues de ne pas signaler l'incident[34].

Le , le tribunal condamna Dumaine et Vernet respectivement à quatre et un mois de prison ; statuant sur la demande de la veuve d'un postier, seule à se porter partie civile après indemnisation amiable des autres victimes par le PLM, il lui attribua un capital de 4 000 francs et une rente annuelle de 1 200 francs[35].

Avec le soutien de la Fédération des cheminots, Dumaine seul fit appel de sa condamnation[36], et le , la cour d'appel de Paris lui accorda le sursis[37].

Suites

Notes et références

Voir aussi

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