Accident ferroviaire de Lisieux

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Date
Morts8
Accident ferroviaire de Lisieux
Le lieu de la catastrophe vu par le Journal de Rouen.
Le lieu de la catastrophe vu par le Journal de Rouen.
Caractéristiques de l'accident
Date
SiteSaint-Jacques
Caractéristiques de l'appareil
Bilan
Morts8

L'accident ferroviaire de Lisieux, dit aussi, selon les versions, catastrophe de Lisieux[1], de Glos-sur-Lisieux[2], ou de Saint-Mards-de-Fresne[3] a lieu le dimanche à 4 h 15, sur la ligne de Paris à Caen entre Saint-Mards-de-Fresne et Lisieux, au lieu-dit Lieu Galant, situé sur le territoire de la commune de Saint-Jacques[4], dans le département du Calvados.

Altérant l'euphorie d'une fête estivale traditionnelle, il est abondamment commenté dans la presse, mais ne donne lieu qu'à une enquête sommaire aboutissant à la sanction pour la forme d'un agent subalterne.

En 1898, la fête catholique du 15 août tombe un lundi, et à la faveur des deux jours fériés consécutifs, la compagnie de l'Ouest a mis en marche sur ses lignes desservant les plages de la côte normande, outre ses trains réguliers, de nombreux supplémentaires (dits « de plaisir »)[5]. Ainsi, dès le samedi , plus de 30 000 voyageurs ont afflué vers la gare Saint-Lazare[6].

À 23 heures 16, le train omnibus n° 97 est parti bondé[7], bien que sa composition ait été forcée à deux fourgons et dix neuf voitures[8], les unes pour Caen et Cherbourg, les autres pour Trouville, devant être détachées à Lisieux. Compte tenu de sa charge[9], deux machines ont été mises à sa tête.

À Évreux, contrairement à la pratique habituelle, seule la première a été changée, et le convoi est désormais tiré par les locomotives no 785 du dépôt d’Évreux et no 782 du dépôt de Mantes. Toutes deux sont de type 120 (dit porter)[10].

L'accident

Arrivé à Saint-Mards-de-Fresne avec 24 minutes de retard sur son horaire théorique, le train en est reparti à 4 heures 01, lorsque quatorze kilomètres plus loin, au kilomètre 187,50[11], aux confins des communes de Glos-sur-Lisieux et de Saint-Jacques, dans une courbe en tranchée en pente d'environ 8 ‰[12], la locomotive n° 782, placée en second, quitte la voie.

Ce changement brutal de direction provoque une rupture d'attelage avec la machine de tête, la no 785, qui reste sur les rails, et pourra ensuite être utilisée pour les secours après avoir rejoint Lisieux.

La locomotive déraillée, entraînant dans sa dérive le reste du train, roule environ trois cents mètres sur le ballast, avant de se coucher sur le flanc du talus. Derrière, dans le fourgon de tête, le conducteur a manœuvré le frein Westinghouse[13], et sous l'effet des forces contraires engendrées par l'arrêt et par l'énergie cinétique du convoi, les wagons à caisse en bois se télescopent, et deux voitures du milieu, une de première classe et une de troisième, sont laminées par celles qui les encadrent.

Secours et bilan

Blessés ou sains et saufs, les voyageurs seront unanimes à dénoncer la déficience des agents de la compagnie après l'accident, et certains s'attribueront par la suite dans la presse un rôle déterminant dans l'organisation des secours, spécialement M. Topin, conseiller municipal et trésorier de l'Harmonie d'Asnières et surtout un certain M. Watrinelle, « courageux voyageur de la ligne de l'Ouest » selon le journal La Presse, qui, à l'entendre, aurait pris en main l'ensemble des opérations de sauvetage en se substituant aux cheminots défaillants[14].

Si l'on en croit leur témoignage, ce sont des passagers indemnes qui gagnent à pied la gare de Lisieux, située à deux kilomètres six cents de là, pour l'avertir de l'accident. En une heure et demie, on parvient à rassembler notamment trois médecins de la ville et des soldats du 119e régiment d'infanterie[15] pour improviser un convoi de premier secours qui sera conduit sur les lieux par la locomotive de tête revenue en gare.

Entretemps, les voyageurs valides ont commencé à dégager des débris les morts et blessés. Dans le désarroi de la catastrophe, les cinquante jeunes musiciens du groupe de l'Harmonie d'Asnières, dont le wagon est demeuré intact, se distinguent par leur sang-froid et leur ardeur à prêter assistance aux victimes[16].

Les quatre voitures du milieu du train ont été les plus touchées, et on en tirera sept morts et la plupart des blessés. Ceux-ci, au nombre d'une quarantaine, sont transportés à l'hôpital de Lisieux. Les plus légèrement atteints quittent l'établissement après avoir été pansés, et, selon le cas, poursuivent leur voyage ou rentrent chez eux[17]. Les vingt-sept plus gravement touchés sont hospitalisés, et bien que l'état de plusieurs d'entre eux ait été initialement jugé désespéré, un seul y succombera après un long séjour de plus d'un an [18], portant le bilan définitif de l'accident à huit morts.

Grâce au concours de la troupe, les travaux de déblaiement sont menés rapidement, et la circulation peut être rétablie sur une voie unique dès midi, et sur les deux voies à 22 heures. Pour remédier à l'interception, le trafic entre Bernay et Lisieux a été provisoirement détourné par les lignes secondaires de Bernay à Échauffour et de La Trinité-de-Réville à Lisieux[19], mais malgré ces palliatifs, des trains sont retardés ou annulés, et en gare de Lisieux, les turfistes mécontents de manquer les courses de chevaux de Deauville provoqueront des troubles nécessitant l'envoi des forces de l'ordre[20].

Dès l'annonce du rétablissement de la voie, le ministre des Travaux publics Louis Charles Tillaye, sénateur du Calvados récemment nommé à cette fonction, prend le train pour Lisieux. Arrivé sur les lieux à 17 heures 30, il en repart à 22 heures, après avoir rencontré le maire et visité les blessés de l'hôpital[21]. À son retour à Paris, renonçant aux habituelles nuances du discours politique, il exprime son émotion face aux graves blessures des victimes et n'hésite pas à se prononcer sur les causes de l'accident[22].

L'éventualité d'un déplacement du président de la République Félix Faure à Lisieux sera un temps évoquée[23], mais, retenu au Havre par les fêtes de la ville[24], il se bornera à entendre en conseil des ministres le mercredi 17 un compte rendu du ministre des travaux publics sur l'accident[25].

Ce même jour, une imposante cérémonie d'obsèques est organisée à Lisieux par la ville[26], avec deux orphéons, et de nombreux discours. Celui du secrétaire général de la Compagnie de l'Ouest, remarqué « par son élévation et son émotion communicative »[27], rend hommage aux victimes et à leurs sauveteurs, tout en imputant adroitement en termes lyriques le drame à la fatalité et à la volonté divine[28].

Réactions

Notes et références

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