Bataille de Roncevaux (778)

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Date
Lieu Dans les Pyrénées, peut-être vers le col de Roncevaux
Bataille de Roncevaux
Description de cette image, également commentée ci-après
Charlemagne pleurant les morts de la bataille ; miniature du XIVe siècle.
Informations générales
Date
Lieu Dans les Pyrénées, peut-être vers le col de Roncevaux
Belligérants
Royaume franc de Charlemagne Vascons de Pampelune
Banu Qasi (peut-être)
Commandants
Roland Inconnu
Pertes
Destruction d'une partie de l'arrière-garde Destruction d'une partie de l'armée

Batailles

Coordonnées 42° 59′ 22″ nord, 1° 20′ 02″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Espagne
(Voir situation sur carte : Espagne)
Bataille de Roncevaux
Géolocalisation sur la carte : Navarre
(Voir situation sur carte : Navarre)
Bataille de Roncevaux

La bataille de Roncevaux, qui a lieu le , est un épisode des guerres entre le royaume des Francs, dirigé depuis 768 par le Carolingien Charlemagne, et les musulmans de l'émirat de Cordoue, qui contrôlent une grande partie de l'Espagne. En 778, Charlemagne s'engage dans une campagne dont l'objectif est de prendre — en relation avec des musulmans en rébellion contre l'émir — le contrôle de Saragosse. Mais c'est un échec.

La bataille de Roncevaux a lieu alors que l'armée franque est sur le chemin du retour vers la Francie, après avoir au passage effectué des déprédations dans la ville vasconne de Pampelune. Concrètement, il s'agit d'une embuscade tendue par des soldats vascons dans les Pyrénées, aboutissant à la destruction de l'arrière-garde de l'armée franque et occasionnant la mort de plusieurs personnalités, notamment le comte Roland, préfet de la marche de Bretagne, commandant de l'arrière-garde.

Cette embuscade, qui est relatée vers 830 par le chroniqueur Éginhard dans sa Vita Karoli Magni (chapitre IX[1]) et évoquée brièvement par d'autres sources, va devenir célèbre deux siècles plus tard à travers la Chanson de Roland, chanson de geste composée au XIe siècle dont le personnage principal est le chevalier Roland, neveu de l'empereur Charlemagne : ce poème de 4 000 vers donne une dimension épique à l'incident de 778, en en faisant un affrontement entre l'arrière-garde franque et l'armée musulmane du roi de Saragosse et le prélude à une bataille entre l'armée de Charlemagne et l'armée immense de l'émir de Babylone.

Le lieu exact de la bataille réelle est incertain, mais un mémorial rappelant la légende de Roland s'élève dans l'actuelle localité navarraise de Roncevaux.

Royaume franc, duché de Vasconie et Espagne musulmane vers 770

À la mort en 768 de Pépin le Bref, premier souverain de la dynastie carolingienne[2], son fils Charles prend sa succession comme roi des Francs.

Le duc de Vasconie Loup II (Liuba), lui prête serment, et, l'année suivante confie à la cour de Charles l'éducation de son fils Sanche (Sanz), en lui demandant de protéger ses biens et ses terres. Le duché de Vasconie s'étend alors de la Garonne jusqu'au nord de l'Espagne, au-delà des Pyrénées, incluant Pampelune.

Le reste de la péninsule Ibérique a été quasi intégralement conquis par les musulmans du califat omeyyade de Damas de 711 à 716 (ils ont aussi conquis Narbonne en 719). En 750, les Omeyyades perdent le califat au profit des Abbassides (califat de Bagdad), mais conservent le contrôle de l'Espagne et instituent en 756 l'émirat de Cordoue, qui sera même proclamé califat au Xe siècle. En 770, l'émirat tient les villes de Barcelone et de Saragosse, mais a perdu Narbonne au terme d'un long siège (752-759) mené par Pépin le Bref.

En plus de la région de Pampelune, il existe un autre foyer chrétien dans les Asturies, où dès les années 720, le noble wisigoth Pélage le Conquérant a organisé un royaume, que les musulmans ont renoncé à anéantir, vu son isolement. En revanche, Pampelune est proche des musulmans présents à Tudela et Olite[3] (au nord-ouest de Saragosse), dirigés par la famille des Banu Qasi.

Tractation du gouverneur musulman de Barcelone avec Charlemagne (777)

En 777[4], lors du plaid de Paderborn, Charlemagne reçoit un émissaire du gouverneur (wali) de Barcelone, Soulayman ibn al-Arabi, révolté contre l'émir Abd al-Rahman Ier, qui demande l'aide des Francs[5] pour maintenir son contrôle sur Saragosse.

La motivation du wali n'est pas claire, entre le possible souhait d'obtenir la protection de Charlemagne contre l'émir qu'il a trahi deux fois, ou de constituer un État allié tampon aux dépens des territoires de l'émir, évitant les razzias[6].

Saragosse constitue un enjeu stratégique militaire et économique majeur permettant de contrôler l’Èbre[7]. C'est aussi un important siège épiscopal dans le nord de l'Espagne et une enclave de confession chrétienne. Elle a été chantée au IVe siècle par le poète chrétien Prudence dans le Peristephanon. Sa cathédrale contient les tombeaux de plusieurs martyrs chrétiens, avec en particulier les reliques de saint Vincent.

Le problème des Banu Qasi et du contrôle de Pampelune

Charles est cependant probablement moins attiré par Saragosse qu'il n'est inquiet des menées du clan islamisé des Banu Qasi, issu d'un lignage noble wisigothique, alors dirigé par Abou Tawr dont le père s'était déjà allié avec l’émir de Cordoue. Depuis leurs fiefs d'Olite et de Tudela, situés au nord de Saragosse, ils cherchent à prendre le contrôle de Pampelune qui dépend du royaume franc, mais également de Huesca et Gérone qui dépendent, eux, de l'émirat[8].

En 777, les Banu Qasi prennent effectivement le contrôle de Pampelune. Charles décide donc de partir en expédition, soutenu par le pape Adrien Ier qui lui souhaite « heureuse victoire » pour défendre des chrétiens opprimés, les Franci homines de Pampelune.[réf. nécessaire]

Charles s'inscrit aussi dans un vieux combat contre ces descendants de Goths[9], les Wisigoths du royaume de Toulouse, puis du royaume de Tolède étant toujours restés ariens, donc hérétiques aux yeux des chrétiens de l'Église romaine que sont les Francs depuis le baptême de Clovis (496), qui a d'ailleurs chassé les Wisigoths de Gaule en 507 (bataille de Vouillé).

La campagne de 778

Les Francs à Roncevaux affrontant des Sarrasins à la peau foncée, miniature des Grandes Chroniques de France, v. 1375-1380.
Carte de la péninsule Ibérique à la mort de Charlemagne.
Flèches rouges : ses campagnes en Espagne
En mauve : la marche d'Espagne créée durant son règne.

Les armées franques

L'armée de Charlemagne est divisée en deux ensembles :

L'échec de Saragosse

La première armée s'empare de Gérone, de Barcelone et de Huesca[11], tandis que, à l'arrivée des Francs à Pampelune, Abu Tawr ouvre les portes de la ville, affirme sa soumission et remet en garantie son fils et son frère Abu Talama comme otages. Soulayman conduit ensuite Charles jusqu'à Saragosse où la jonction avec la première colonne a lieu.

Mais le gouverneur de la ville, Hussein de Saragosse, refuse d'ouvrir les portes aux Francs, contrairement à ce que Soulayman avait promis. Charlemagne n'est pas en mesure de s'engager dans un siège et ne veut pas non plus s'attarder pour élucider ce contretemps suspect, au risque d'affaiblir son armée et d'être pris au piège. La chaleur, le risque de manquer de nourriture et de laisser le royaume mal défendu l'amènent à renvoyer la première colonne au-delà des Pyrénées[12].

L'incident de Pampelune

Il prend Soulayman en otage et repart vers le nord. Repassant à Pampelune, il trouve les portes closes. Les Banu Qasi sont cependant surpris, car ils s'attendaient vraisemblablement à l'affaiblissement, voire à la destruction de l'armée franque à Saragosse.

Charles réussit à convaincre les Navarii (défenseurs de Pampelune)[réf. nécessaire] de mettre fin à leur allégeance aux Banu Qasi et à lui prêter serment. Puis, pour éviter que Pampelune ne soit de nouveau convoitée, Charlemagne fait raser les murs de la ville, faute de pouvoir y installer immédiatement une garnison suffisante[13].

La bataille de Roncevaux

Dans l'histoire

Selon une source arabe[14] du XIIIe siècle (le Kâmil d'Ibn al-Athîr), l'armée franque est attaquée après avoir quitté Pampelune par les fils de Solayman, qui réussissent à délivrer leur père. Ils reviennent à Saragosse où un accord est conclu avec Hussein de Saragosse.

Bilan et suites de la campagne de 778

Les résultats envisagés en 777 ne sont pas atteints en 778. Par la suite, de nouvelles offensives aboutissent à la prise de Gérone (785) et de Barcelone (801) et à la mise en place de la marche d'Espagne, qui inclut Pampelune. En revanche, Saragosse reste musulmane jusqu'en 1118 et Tudela jusqu'en 1119.

Dans la Chanson de Roland

L'épopée du XIe siècle fait subir un certain nombre de distorsions aux faits historiques : les protagonistes, appelés parfois « Francs », mais le plus souvent « Français », sont des chevaliers, liés par des liens de vassalité ; Charlemagne est déjà empereur (ce qu'il devient seulement en 800), mais aussi roi : Carles li reis, nostre emperere magnes (vers 1) ; il est engagé avec les musulmans d'Espagne dans une guerre qui dure depuis sept ans (vers 2) ; les problèmes de Pampelune ne sont pas évoqués, mais Saragosse joue un rôle essentiel : c'est la seule ville que les Francs n'aient pas conquise au début de la Chanson.

Le combat de Roncevaux n'est pas une embuscade : l'armée du roi de Saragosse, Marsile, mise en mouvement par la trahison de Ganelon (beau-frère de Charlemagne), rattrape l'arrière-garde franque commandée par Roland (neveu de Charlemagne), qui est anéantie. Charlemagne, revenu à l'appel du cor de Roland, se trouve confronté à l'armée de l'émir de Babylone que Marsile avait appelé à l'aide longtemps auparavant.

Charlemagne sort vainqueur d'une deuxième bataille : toute l'Espagne est conquise, Saragosse est mise à sac, y compris les sinagoges et les mahumeries (laisse 266). Sur le chemin du retour, il fait inhumer Roland à Blaye (laisse 267). À Aix, a lieu le procès de Ganelon achevé par un duel judiciaire. Ganelon est condamné à mort après la défaite de son champion.

Historiographie

Notes et références

Voir aussi

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