Château de Saint-Sauveur-le-Vicomte
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| Type | |
|---|---|
| Fondation |
Entre Xe siècle et XIe siècle |
| Style | |
| Commanditaire | |
| Propriétaire |
Ville de Saint-Sauveur-le-Vicomte (d) |
| Patrimonialité | |
| État de conservation |
en ruine |
| Localisation |
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| Coordonnées |
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Le château de Saint-Sauveur-le-Vicomte est un ancien château fort, du XIVe et XVe siècles, bâti sur un édifice antérieur de la fin du Xe ou du début du XIe siècle sur motte, aujourd'hui propriété de la commune, dont les vestiges se dressent sur la commune française de Saint-Sauveur-le-Vicomte dans le département de la Manche, en région Normandie. La forteresse fut l'une des grandes places anglaises de la guerre de Cent Ans. Les vestiges du château sont classés au titre des monuments historiques.
Les ruines du château occupent le sommet d'un escarpement rocheux naturel aménagé par l'homme, à l'entrée du bourg de Saint-Sauveur-le-Vicomte, au bord de la rivière Douve, dans un creux, dans le département français de la Manche. Il permettait de contrôler les routes de Valognes à Portbail et celle menant à Coutances ainsi que le trafic sur la rivière Douve, et aux XIVe et XVe siècles, il commandait le Seuil du Cotentin[1].
La forteresse contrôlait un important nœud de routes, avec, en gué ou sur pont, le passage de l'Ouve : au sud, la grande route gallo-romaine de Coutances par Lessay ; à l'ouest, la route de Portbail ; au nord-ouest, la route de Bricquebec, Les Pieux, La Hague, et Brix ; au nord, la route de Valognes ; à l'est, la route de rocade qui longe les marais jusqu'à Sainte-Mère-Église. Il interdisait également toute possibilité de pénétration en Cotentin en venant du sud par la voie occidentale[note 1][2].
Historique
Il y eut probablement une première forteresse bâtie par les Vikings comme le pense Julien Deshayes, Animateur de l'architecture et du patrimoine du Pays d'art et d'histoire du Clos du Cotentin. Construite au bord du fleuve qu'ils venaient de remonter[3].
Le premier propriétaire du château, un fortin de bois sur motte, qui ne devait occuper qu'une petite partie de la plateforme actuelle, établi auprès du gué de l'Ouve, est probablement le baron normand Néel de Saint-Sauveur, seigneur de Saint-Sauveur et vicomte du Cotentin sous le règne du duc Richard II de Normandie (996-1026) ou son ancêtre Roger/Richard de Saint-Sauveur[4],[note 2].
C'est probablement Néel II de Saint-Sauveur, fils de Néel Ier, qui pendant la minorité de Guillaume le Bâtard, édifia sans doute un donjon. En 1046, il fit partie du complot visant à assassiner Guillaume[6], mais après la défaite, du , des barons révoltés à la bataille de Val-ès-Dunes, le donjon est rasé, et Néel II condamné à sept années d'exil[7]. Lui succède son neveu, Roger II († 1138)[8].
Néel III, mort sans postérité mâle, sa nièce Létitia (Léticie) épousa, avant 1145, Jourdain Taisson. Ils eurent pour fils Raoul IV Taisson, vicomte de Saint-Sauveur. La baronnie de Saint-Sauveur et de Néhou passe aux Taisson à la suite du mariage de Raoul avec Mathilde de Falaise[9], et Mathilde, qui épousa Richard d'Harcourt, vers 1220, lui amenant en dot la baronnie de Saint-Sauveur[7].
Au début de la guerre de Cent Ans, le château est entre les mains de Geoffroy d'Harcourt, un cadet de la famille. Banni du royaume par un arrêt définitif du Parlement le , tous ses biens sont confisqués et son château de Saint-Sauveur-le-Vicomte remis à Jehan de Bresne[10]. Exilé d'abord sur ses terres de Flandres, il passe ensuite en Angleterre et fait hommage au roi d'Angleterre Édouard III[11], qu'il convainc de débarquer en Normandie. Geoffroy d'Harcourt sera, côté anglais, de toutes les batailles des années 1346-1356. Il finira par rejoindre le camp français après avoir fait annuler la sentence de bannissement à son encontre. Philippe VI de Valois lui rend alors ses terres et Geoffroy d'Harcourt se retire dans son château complètement ruiné[12] dont il entreprend la restauration. Ce dernier, par une charge scellée, lègue, à sa mort ( au passage de la baie des Veys en combattant les Français), l'ensemble de ses possessions dont la baronnie de Saint-Sauveur au roi d'Angleterre Édouard III qui profite de l'occasion de cet héritage pour s'emparer du Cotentin[12].
Le château occupé depuis 1356, le traité de Brétigny conclu en 1360 le laisse aux Anglais, qui y installent en , l'un des leurs, probablement le meilleur soldat anglais du moment, Jean Chandos[11], qui sera la même année fait lieutenant général de toutes les possessions anglaises dans le royaume de France et connétable d'Aquitaine. Il renforce encore la place forte et la dote notamment de son grand donjon carré[13],[note 3]. Quartier général des troupes anglaises, ceux-ci établissent aux alentours des postes fortifiés tel que Garnetot[12], et la place, principal point d'appui anglais en basse-Normandie leur sert de base de départ de chevauchées dévastatrices.
En 1369, Charles V, profitant d'une entente momentanée avec Charles le Mauvais, et convaincu qu'il faut prendre la place, envoie sur Saint-Sauveur, une troupe avec les maréchaux de France, Louis de Sancerre et Mouton de Blainville. Il obtient qu'Olivier de Clisson participe à l'entreprise avec une nombreuse troupe bretonne. Charles le Mauvais, profitant de la situation, s'empresse de réclamer à Charles V la seigneurie de Longueville-sur-Scie, possession alors de Bertrand du Guesclin, ce que refusa le roi, entraînant la défection du roi de Navarre, et avec lui, celle de Clisson. Le siège est levé, faute de forces suffisantes[15]. En , il faudra même verser à Jean Cokingue, capitaine anglais de la place, et à Hochequin Hilton, chef de routiers, la somme de 3 605 francs-or afin qu'ils acceptent : « de tenir paisibles et en sureté les gens et le païs des vicomtés de Valognes, Carentan, Coutances, Avranches et Mortain »[16]. En 1372, alors que les Anglais sont occupés en Guyenne, une troupe de chevaliers français tentent une offensive surprise contre Saint-Sauveur. Les Anglais avant la mise en place du siège lance une attaque, tue 160 assaillants et font de nombreux prisonniers[17].
Charles V, décidé à chasser les Anglais du dernier château qu'ils occupent encore en Normandie, va en procéder à une levée d'impôt exceptionnelle de 40 000 francs-or afin de financer la campagne : « Comme pour considération des grands griefs, pertes, dommages et oppressions et autres inconvénients innombrables que ont soufferts et soutenus au temps passé, et souffrent et soutiennent de jour en jour nos bons et loyaux sujets du pays de Normandie, par nos ennemis demeurant à présent au fort de Saint-Sauveur-le-Vicomte, dont nous avons grande compassion, et non sans cause, nous […] désirons nos dits sujets être relevés des misères, dommages, oppressions, griefs et inconvénients dessus dits… ». Cet impôt devait servir à payer 3 000 hommes d'armes et 600 arbalétriers, et à couvrir les gages « des commissaires, gardes d'engins, ouvriers, et autres personnes qui vacqueroient au fait dessus-dit. »[17].
Les préparations du siège vont durer deux ans. Du Guesclin, absent du Cotentin, car occupé en Bretagne et en Languedoc, l'état-major est alors constitué : des évêques de Coutances et de Bayeux ; des baillis de Cotentin et de Caen ; de Thomas Graffart, archidiacre d'Auge ; de Raoul Painel, capitaine de Coutances ; de Robert Aupoix, maire de Falaise ; de Nicolas Le Prestel, bourgeois de Saint-Lô, auxquels on adjoint le vice-amiral Jean de Vienne[17].
En , le vice-amiral Jean de Vienne commence par isoler la place[note 4] et construit des bastides à Pierrepont (Saint-Sauveur-de-Pierrepont), Pont-l'Abbé (Picauville), et Beuzeville[note 5]. Le siège s'éternisant on envoie en renfort de l'artillerie[note 6]. Un gros canon capable de projeter des pierres pesant 100 livres, est mis en chantier à Saint-Lô, et, un autre « grand canon de fer » est commandé à Caen[19],[note 7]. Le plus gros canon arriva devant Saint-Sauveur vers le , « tout prêt à jeter, garni de tout le bois de son siège, essieux de fer, chevilles de fer et de bois, et de toutes les autres choses à lui nécessaire ». S'ajoutait à cette pièce maîtresse, « trois grands canons jetant pierre » et 24 canons de cuivre[20] venant de Paris[13], ainsi que cinq petits canons « jetant plombées »[21].
Froissart, le chroniqueur royal, nous raconte que c'est grâce à ses canons placés sur les hauteurs qui dominent Saint-Sauveur[note 8] que l'amiral de France, Jean de Vienne, s'empara de la place[23],[24], au bout de dix mois, le [note 9]. Le les Anglais avaient conclu un accord et fixés leurs redditions au si aucune troupe n'était venue les secourir, et le versement à son capitaine, Thomas Katterton, et à ses principaux lieutenants d'une indemnité. En garantie de cet accord, il fut livré huit otages anglais qui furent traités avec les honneurs dans les châteaux de Caen, Falaise, de Rouen et Vernon[21]. À la date fixé, n'ayant pas été secourus, les assiégés, qui avaient mis en œuvre 32 bouches à feux, et monnayés leur reddition 40 000 francs-or[26], furent autorisés à quitter le château, avec armes et bagages, honneur et fortune[13], et à se rendre vers le havre de Carteret d'où ils gagnèrent les îles Anglo-Normandes[21].
La place, gravement endommagée, est alors réparée par Charles V qui la donne à son chambellan, le sire Bureau de La Rivière, puis à Charles d'Ivry, chambellan de Charles VI.
Le duc de Gloucester, Humphrey de Lancastre, reprend la place, possession de la famille d'Ivry, le sans combat. En 1419[27], Jehan de Robessart, un seigneur de Hainaut, puis son fils, Thierry de Robessart en prennent possession au nom du roi Henri V. En 1450[11], Dunois reprend la place après un bref assaut. La victoire française de Formigny ayant sonné le retrait définitif des Anglais en Normandie. Jean de Robessard, alors capitaine de la place, à la tête de deux cents hommes fait sa soumission[12]. Charles VII donne la baronnie de Saint-Sauveur à son chambellan, André de Villequier. Se succèdent, Baptiste de Villequier, puis après 1559, son fils René de Villequier, premier gentilhomme de la chambre du roi, mignon d'Henri III, hérite de la seigneurie[28].
Le château, défendu par une garnison de trente hommes, joua encore un rôle lors des guerres de Religion. En 1574, la forteresse se rend à des troupes protestantes, sous les ordres du comte de Montgommery, qui est rapidement reprise par le pouvoir royal. Elle est encore une fois prise, en , par des ligueurs hostiles au roi Henri IV, qui s'y maintiendront plusieurs mois[29]. Vers 1580, le château a pour capitaine Léobin du Saussay[30], et vers 1590 Guillaume de Pierrepont[31]. Puis après ces dernières et quelques escarmouches, le château, avec les progrès de l'artillerie, rendant ses défenses obsolètes et ayant perdu tout intérêt stratégique, tombera en désuétude. En 1685, le père Chaudran, jésuite, y fonde un hôpital puis un orphelinat[11].
Au cours des XVIe et XVIIe siècles, la place après être passé entre les mains d'Henri III, échoit à Marie de Médicis, puis Louis XIV qui en 1691, y fonde un hôpital-hospice, et Louis-Alexandre de Bourbon dont les descendants la conserveront jusqu'à la révolution française[1].
De 1712 à 1789, le château sert de prison[1].
En 1944, le château est gravement endommagé par les bombardements alliés. Après avoir abrité le musée Barbey-d'Aurevilly (1956)[note 10] et une maison de retraite, le château a retrouvé depuis le début des années 2000 son cachet original.
La restauration du château fait partie des projets retenus du Loto du patrimoine 2020, avec notamment des réfections sur la tour des prisons et la consolidation et restauration des parements, ainsi que la reprise de l'étanchéité des arases des murs des courtines[32].
Description

Les vestiges du plus grand château médiéval du Cotentin datent, pour l'essentiel, des XIVe et XVe siècles, bien qu'il existe sans doute au moins dès le XIe siècle[33].
Enceinte, haute et basse-cour
Le château se présente sous la forme d'une haute cour, vaste enceinte polygonale de 50 × 60 mètres, flanquée de huit tours, cinq tours rondes en plus des deux tours flanquant le châtelet et dans l'angle sud-est le donjon carré avec ses contreforts massifs, reprenant le plan des donjons romans et défendue par de solides murailles.
On accède à la haute cour par un pavillon d'entrée, la porte Robessart, passage voûté entre deux tours tronquées, qui a été surmonté au XVIe siècle d'une construction rectangulaire ; le logis Robessart, faisant communiquer la basse cour et la haute cour.
La basse-cour dont la courtine est fort endommagée ne subsiste plus que dans sa partie sud-ouest, et n'a conservé que les vestiges, au sud, de deux tours et son châtelet d'entrée réduit à son rez-de-chaussée. Ses profonds fossés, qui entouraient l'énorme butte, ont été comblés et servent de nos jours d'esplanade.
Donjon
Dans l'angle sud-est, à 30 mètres au-dessus de la vallée de la Douve qu'il domine, se dresse le donjon carré (1346-1370)[34], abritant trois niveaux résidentiels, plus une pièce haute sous combles[14], intégré au rempart du XIIIe siècle. Bâti en appareil irrégulier en moellons de grès, il est haut de 25 mètres[note 11], mesure environ 13,50 mètres de côté, et a des murs épais de 1,80 à 2,30 mètres.
Cette tour maîtresse dressé en 1346, sur la motte originelle, par Geoffroy d'Harcourt, puis par John Chandos, est renforcé par des contreforts plats à la mode romane[35]. On y accédait à la hauteur de son premier étage, par un pont jeté sur la courtine, dans le mur sud-ouest[20]. Au rez-de-chaussée, sa salle voûtée d'arêtes en quatre berceaux brisés, donnant de plain pied avec la haute cour, repose sur un pilier médian octogonal et s'éclaire par de larges fenêtres. On accède aux salles supérieures planchéiées, qui ont perdu leurs plafonds, par un escalier à vis placé dans l'angle nord-ouest. Au sommet, la terrasse qui a perdu son parapet et ses créneaux a été couverte au XVIe siècle d'une maisonnette[36].
Tour des prisons
Au sud-ouest de l'enceinte se dresse la tour des prisons, au XIVe siècle nommée « tour d'Aillet », de 11 mètres de diamètre. Tour-prison au XVIIe siècle, au XVIIIe siècle[37], ce bastion servait encore de prison, et ses murs sont couverts de graffitis et dessins réalisés par ceux qui y étaient enfermés. Elle s'éclaire notamment par une baie à remplages trilobés caractéristique du XIVe siècle[38].
Graffiti de la tour des prisons
On peut notamment voir des dessins tels que crucifix, potences, menottes, etc. et lire un cantique formé de quatre vers que l'on chante encore au grand Pardon de la mer à Granville.
S'il est en ton cœur gardé le sainct nom de Jésus et Marie
en passant ne t'oublie de dire un pater et un ave
Loué et adoré soit à jamais le saint S[acre]ment de lautel.
[Qui] fera a Jesu[s] reverence gaingnera indulgenge[1].
Tour de la Batterie
La tour de la Batterie, du début du XIIIe siècle, avec ses trois étages voûtés en coupole, aussi nommée « Vieux Donjon », se dresse dans l'angle nord-est de l'enceinte[39]. Cette tour a la particularité d'avoir une gaine de tir ménagée dans l'épaisseur du mur, allant d'une courtine à l'autre sans communiquer avec la tour[40]. À partir de cette tour, la courtine a été « raccourci » à la suite d'un siège, délimitant une plate-forme extérieure.
Tour Houlande et tour des Cigognes
La tour Houlande, sur le rempart ouest, a été construite lors de l'occupation anglaise du château et est baptisée du nom du gouverneur anglais Thomas Holand, mort en 1360.
Dans l'angle nord-ouest, la tour des Cigognes peut vraisemblablement évoquer John of Storkes, capitaine de la garnison en 1367, stork signifiant cigogne en anglais. La présence anglaise est également visible dans le style de fenêtres et de cheminées.
Protection
Les ruines du château sont classées au titre des monuments historiques par liste de 1840[41].
Visite
Le château se visite du au , et le reste de l'année sur réservation auprès de l'office de tourisme de Saint-Sauveur-le-Vicomte.
Honneur de Saint-Sauveur
L'honneur (fief) de Saint-Sauveur, avec son château, et qui en comptait deux autres, occupait géographiquement le centre du Cotentin. Sur les dix-sept fiefs qui ont pu être répertoriés, tenues par treize familles différentes, dont trois possédaient des fiefs dans plusieurs paroisses, la répartition était la suivante : entourant l'honneur, un petit noyau de fief placé sous sa dépendance et qui sont à peu près tous sur des paroisses mitoyennes (Taillepied, Neuville, Saint-Sauveur-de-Pierrepont, Rauville-la-Place, Fierville-les-Mines et Saint-Rémy-des-Landes) ; un autre noyau, situé au nord-ouest près de la côte groupées de part et d'autre des Pieux, qui comprenait le finage de sept paroisses (les Pieux, Pierreville, Saint-Germain-le-Gaillard, Grosville, Bricquebosq, Saint-Christophe-du-Foc, puis quelques fiefs à l'est de Saint-Sauveur (Fresville, Joganville et Vaudreville) et un seul au sud-est (Auvers)[42]. L'honneur de Saint-Sauveur fut au milieu du Xe siècle démembré en faveur de l'honneur de Néhou, qui lui resta attaché jusqu'en 1046[43].
