Le premier lieu de culte, dédié à l'apôtre Jean, aurait été fondé au VIIesiècle sur une voie romaine traversant les marais de la basse vallée de l'Orne; cet axe reliant Augustodurum (Bayeux) à Noviomagus Lexoviorum (Lisieux) est devenu par la suite la rue Exmoisine, actuelle rue Saint-Jean. En 1954-1956, des sarcophagesmonolithes en pierre de Caen ont été découverts lors de travaux dans l'église. Ils témoignent de l'existence probable d'une petite nécropole le long de la voie romaine et d'un oratoire fondé à proximité. De ce sanctuaire pré-roman, il n'existe plus rien.
En 1153, Philippe de Harcourt, évêque de Bayeux, érige l'église en prébende de la cathédrale Notre-Dame de Bayeux. Cette fondation est confirmée par deux bulles pontificales d'Eugène III[2]. Comme pour l'édifice qu'elle a remplacé, il existe peu de traces de l'église romane. Une base ancienne arasée découverte lors de travaux de consolidation de la base de la tour centrale pendant la Reconstruction à un mètre à l'ouest de la pile sud-est actuelle en serait peut-être l'ultime témoignage.
Très endommagée pendant la guerre de Cent Ans surtout pendant le siège de 1417, l'église est reconstruite au XVesiècle (portail, tour-porche et nef) et XVIesiècle (abside et chœur).
Jusqu'à la fin du XVIIIesiècle, l'église était encore entourée par son cimetière. L'édit de 1783 ordonne le transfert des cimetières caennais hors-les-murs; le nouveau cimetière Saint-Jean est aménagé dans une carrière remblayée de Vaucelles. Le terrain laissé libre est alors érigé de bâtiments qui enserrent l'église[3].
Dans les années 1840, le portail principal est reconstruit. Les deux petites portes de style gothique flamboyant sont remplacées par un grand arc en ogive[4].
Pendant la bataille de Caen en 1944, l'église est sérieusement endommagée, mais s'élève toujours au milieu des ruines. Pendant la Reconstruction, elle est restaurée. Le plan de Marc Brillaud de Laujardière met en valeur l’église qui est ainsi dégagée des bâtiments qui l'environnaient avant guerre.
Saint-Jean est aujourd'hui l'une des églises de la paroisse de la Sainte-Trinité de Caen.
Architecture
Cette église est la tour de Pise de Caen; il est en effet difficile de ne pas voir son air penché. La tour-porche s'incline en effet au nord-ouest (2,28 m en 1700) car l'église a été construite sur un sol marécageux au sein de l'île Saint-Jean. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle elle n'est pas terminée. De gros travaux de fondation sont effectués après la Seconde Guerre mondiale; des pieux de béton de 15 à 18 mètres sont plantés sous l'église pour la stabiliser[5]. Toutefois, à la suite du constat de l'aggravation de fissures sur le pourtour des deux piliers est qui supportent le porche de l'entrée principale, la commune a pris un arrêté le ordonnant la fermeture de l’église. Des travaux de consolidation et d'étaiement du portail sont entrepris avec réalisation de 52 pieux de fondations de 21 m de profondeur pour atteindre le sol dur[6]. L'église est de nouveau accessible au public le .
Porche en 2011
Étaiement de la tour-porche en 2013
Extérieur
L'élévation de la tour-porche, haute de 46 mètres, est assez proche de celle de l'église Saint-Pierre. La base, construite au XIVesiècle, est composée de murs aveugles scandés par une série d'arcatures en tiers-point. L'accès à l'église se fait depuis la rue Saint-Jean par un petit porche en saillie sur la façade; au-dessus la façade est percée par une grande baie en ogive. Chaque façade de la partie supérieure, édifiée au XVesiècle, est composée de deux arcades en ogive, hautes et étroites, flanquées de deux arcatures sur mur aveugle; ces baies sont ouvertes pour permettre à la sonnerie des cloches de mieux se diffuser. Au sommet de la tour, des niches abritent des statues des Douze Apôtres. La tour est coiffée par un simple toit en ardoise de faible hauteur entouré d'une balustrade en pierre; il semble que l'église aurait dû être coiffée d'une flèche comme à Saint-Pierre, mais l'instabilité de l'ouvrage en a empêché la construction. Une autre caractéristique différencie la tour de Saint-Jean de la tour de l'église Saint-Pierre: elle se trouve dans l'axe de la nef et non pas sur le côté.
Une tour-lanterne a été élevée au XVIesiècle au-dessus du transept. À partir d'une base carrée, une tour octogonale devait être érigée, mais les travaux ont dû cesser du fait de l'instabilité du terrain. Les arcades n'ont donc jamais été terminées et le niveau inférieur de la tour a été couvert par un simple toit en ardoise. Chaque angle est ponctué par un pinacle de style Renaissance.
Tour-lanterne inachevée
Haut du clocher
Clocher et tour-lanterne
Vestiges d'un cadran solaire
Intérieur
Cette section est vide, insuffisamment détaillée ou incomplète. Votre aide est la bienvenue! Comment faire?
L'église fait 70 mètres de long pour 22 mètres de large au niveau de la nef et 32 de mètres de large entre les deux transepts. La superficie au sol de l'église est de 1 641 m2.
Le plan de l'église offre deux particularités:
le chœur est plus long que la nef (quatre travées contre trois);
le chevet est orienté vers le nord-est et non vers l'est.
Les travaux nécessaires à la consolidation de la tour-porche en 2013 ont permis d'étudier un ensemble exceptionnel de dalles funéraires gravées datant du XIIIesiècle et du XIVesiècle ensevelies dans le sous-sol de l'édifice, ainsi que de nombreux ossements[6],[7].
Intérieur de la tour-clocher
Intérieur de la tour-lanterne
Nef
Pierre tombale retrouvée en 2013
Le mobilier
Annonciation du retable des Carmes.
Des statues, du mobilier liturgique et des toiles ont été entreposés dans l'église.
En 1812, l'ancien maître-autel de l'abbaye d'Ardenne, réalisé au XVIIIesiècle, a été installé à Saint-Jean. Il a été détruit à la fin du XIXesiècle, mais deux statues en bois polychrome représentant saint Norbert et saint Augustin ont été conservées. Ces deux statues font l'objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [8].
D'autres statues ont été installées dans différentes parties de l'église:
une statue de la Vierge du XVIIesiècle, également en bois peint, provenant de la porte Millet et baptisée Notre-Dame-de-Protection;
une statue baptisée le christ crucifié dans la souffrance de la cité, vestige calciné d'un christ en bois retrouvé dans les décombres de l'église après la bataille de Caen;
Une crédence du XVIIIesiècle en bois taillé et doré fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [9]
Après la Révolution, l'ancien maître-autel de Notre-Dame du Carme a été remonté dans le transept sud.
Cette œuvre du XVIIesiècle, endommagée en 1944, fait l'objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [10]
Des statues sont posées de chaque côté de l'élévation du retable: à gauche, saint Joseph et à droite sainte Thérèse d'Ávila. Au centre, on trouve une statue de taille plus réduite représentant sainte Catherine. Le centre du retable est orné par une toile représentant l'Annonciation. Cette toile ne semble pas avoir été conçue pour ce retable[11]. Alors que l'ensemble date de la fin du XVIIesiècle, il semble que le tableau soit antérieur à 1620.
D'autres tableaux ont été déposés dans l'église. L'Ecce Homo de Pieter Thys, restauré mars à , fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [12].
L'Adoration des mages, d'après un original de Jean Restout, fait l’objet d’un classement au titre des monuments historiques depuis le [13]
Les orgues
L’orgue Haepfer Hermann de l’église Saint-Jean de Caen a été installé en 1969. Son prédécesseur au superbe buffet classique construit en 1770[14] a été détruit pendant la Seconde Guerre mondiale. Le grand orgue actuel d’esthétique néoclassique se situe dans le transept Nord, la tribune n'ayant jamais été reconstruite. Il est à commande mécanique et peut donc servir la majorité du répertoire d’orgue de la musique ancienne aux musiques actuelles. Il dispose de trente-huit jeux dont la composition est:
I Grand Orgue C–
Quintaton
16′
Montre
8′
Bourdon
8′
Prestant
4′
Doublette
2′
Fourniture IV
Cymbale III
Trompette
8′
Clairon
4′
II Positif de dos C–
Bourdon
8′
Prestant
4′
Flûte à cheminée
4′
Quarte de Nazard
2′
Tierce
Nazard
Cymbale III
Cromorne
8′
III Récit C–
Principal
8′
Salicional
8′
Voix céleste
8′
Flûte à fuseaux
8′
Principal
4′
Principal
2′
Principal
1′
Fourniture IV
Sesquialtera
Bombarde
16′
Basson Hautbois
8′
Trompette
8′
Clairon
4′
Pédale C–
Principal
16′
Soubasse
16′
Flûte
8′
Prestant
4′
Fourniture IV
Bombarde
16′
Trompette
8′
Clairon
4′
L’église dispose également d’un orgue de chœur Cavaillé-Coll d’une quinzaine de jeux toujours en état de fonctionnement.
↑Gervais de La Rue, Essais historiques sur la ville de Caen et son arrondissement, Caen, Poisson, 1820, p.256
↑Robert Patry, Une ville de province: Caen pendant la Révolution de 1789, Condé-sur-Noireau, Éditions Charles Corlet, 1983, p.11
↑Bulletin de la société des antiquaires de Normandie, 1932, t.40, pp.312–313
↑C. Bourdil, «À propos de la restauration des monuments historiques endommagés durant la guerre», Annales de Normandie, 1957, Volume 7, no2, pp.246-247[lire en ligne]
↑La peinture religieuse à Caen, 1580-1780: 22 juillet-23 octobre 2000, Musée des Beaux-Arts de Caen, Caen, Musée des Beaux-Arts de la ville de Caen, 2000