Germain Métier
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Germain Métier (né le à Ladon et mort à Nemours le ) est un prêtre constitutionnel devenu un farouche partisan de la déchristianisation et une personnalité de la Révolution française.
C'est à Ladon, modeste village du Loiret, que le futur révolutionnaire nait le dans une famille de marchands. La situation de sa paroisse à la fin de l'Ancien Régime peut influencer ses engagements ultérieurs. Après le rachat de la seigneurie de Ladon en 1770 par le marquis Lescalopier, un conflit récurrent oppose les habitants à leur seigneur, d'abord à propos de la remise en usage des droits de corvée, puis au sujet de la réfection du terrier[1]. Le père de Germain Métier joue lui-même un rôle dans cet antagonisme. En 1778, alors qu'il est syndic de sa paroisse, il est chargé de représenter l'assemblée des habitants dans la procédure qu'ils ont engagée contre un droit de retenue dans leurs déclarations mensuelles auquel prétend leur seigneur[2]. En 1780, Germain Métier est clerc tonsuré au grand séminaire de Sens et va devenir prêtre[3]. Un peu avant 1789 il exerce en l'église de Fontenailles, village situé à une vingtaine de kilomètres à l'est de Melun sur la route de Nangis. Quoique appartenant à un des deux ordres privilégiés de l'Ancien régime, Germain Métier n'occupe qu'une modeste charge de curé de campagne et vit au contact du peuple des paysans briards. Comme nombre de membres du bas clergé, il est possible d'imaginer que, faisant certainement partie des rares habitants de sa paroisse à maîtriser l'écrit, il participe dans son village à la rédaction des cahiers de doléances préparatoires aux États généraux.
Un curé révolutionnaire
Fin 1789, Métier est nommé curé de la paroisse Saint-Liesne à Melun, quartier populaire d'une ville qui compte alors 5 000 habitants. Il y arrive dans un contexte politique nouveau. Les États généraux se sont transformés en Assemblée Constituante. Sous la pression du peuple, le roi Louis XVI a dû en outre accepter l'abolition des privilèges et la Déclaration des droits de l'Homme et du citoyen. Dans toutes les villes du pays se forment des municipalités et, dans ce vaste mouvement institutionnel et politique, Métier est élu officier municipal de Melun Il prend alors toute sa part aux célébrations locales de la Fête de la Fédération qui se déroule place Saint-Jean le 14 juillet 1790. En parallèle à cette activité politique, Métier assume sa charge de prêtre qu'il n'oppose jamais à ses convictions révolutionnaires.
Pilier historique d'une monarchie d'ordre divin, l'Eglise est ébranlée par la Révolution qui lui impose la vente de ses immenses propriétés ainsi qu'une constitution civile du clergé. Au terme de cette dernière, les curés et évêques seront en effet désormais élus et devront prêter un serment de fidélité au nouveau régime. La hiérarchie catholique mène une violente offensive contre ce texte tandis que Métier s'en fait, quant à lui, un ardent promoteur. Élu prêtre jureur de l'église Saint-Aspais, il diffuse en une brochure enflammée invitant le bas clergé à adhérer à la Révolution. Ce n'est que progressivement qu'il devient républicain au fil de l'évolution d'un contexte national entre autres marqué par la fuite du roi en juin 1791, la déclaration de guerre en 1792 et la chute de la royauté le 10 août de la même année.
Le Marat melunais
La première République est proclamée après la victoire de Valmy. Tous les organes locaux sont dès lors renouvelés tandis qu'une Convention nationale est élue au suffrage universel masculin. Métier est élu président du Directoire du département de Seine-et-Marne en et prend une place grandissante au club des jacobins de Melun. Dans le conflit entre Girondins et Montagnards qui traverse la Convention, il se range sans surprise dans les rangs de la Montagne plus proche, à ses yeux, des revendications populaires. En , il prend la tête du comité de surveillance dont le rôle est d'encourager le zèle républicain des melunais.
Après la prise du pouvoir par ses amis politiques Montagnards en , le rôle de Métier grandit encore. La situation de la Révolution est alors critique : les armées des monarchies européennes coalisées cernent le pays, la Vendée est en rébellion ouverte. Pour ceux qui sont attachés aux conquêtes politiques acquises depuis 1789, les circonstances justifient des prises de décisions radicales. Les prêtres réfractaires, opposants notables à la République, sont emprisonnés dans le quartier Saint-Ambroise au sud de Melun. Le député Dubouchet envoyé en mission dans le département délègue ses pouvoirs à Métier en . Ce dernier forme un comité de salut public local de douze citoyens dont les réunions se tiennent dans l'hôtel de la Galère, situé dans l'actuelle rue Carnot à Melun. Régler le problème des subsistances est une urgence. Plusieurs émeutes ont éclaté à Melun depuis le printemps 1789. Le marché au blé qui se tient chaque samedi matin en est le cadre et la hausse des prix du pain la cause. La loi du Maximum proclamée le prévoit qu'une liste de trente-quatre produits ne puisse excéder un certain prix.
Métier se veut être l'ennemi implacable des spéculateurs qui profitent de la misère du peuple pour s'enrichir. A ce titre, il destitue ainsi de leurs fonctions tous les responsables qu'il juge trop modérés. Les administrateurs des communes de Melun, Fontainebleau et Nemours en font les frais. Métier installe des proches et puise dans la sans-culotterie des hommes d'extraction modestes dont la Révolution marque l'irruption sur la scène politique. Il accompagne aussi la politique de déchristianisation et renvoie à la Convention ses lettres de prêtrise pour signifier l'abandon de son sacerdoce. L'église Saint-Aspais de Melun est transformée en atelier de salpêtre pour soutenir l'effort de guerre tandis que l'église Notre-Dame devient un lieu de stockage pour le fourrage. Sous son mandat, les rues melunaises changent de dénomination et notamment toutes celles qui demeurait empreintes d'une référence religieuse. En , l'ancien curé donne un éclat particulier à des fêtes en l'honneur de Jean-Paul Marat assassiné quelques mois auparavant et à qui est rendu un véritable culte laïc. Un pont de la ville prend son nom. Derrière le buste du journaliste assassiné, les militants jacobins melunais défilent jusqu'à l'église de Vaux-le-Pénil. Accompagné de sans-culottes, Métier qui apparaît localement à la tête du mouvement de déchristianisation, profane le tombeau de Louis VII à l'abbaye de Barbeau à l'instar de ce qui fut fait pour d'autres capétiens à la nécropole royale de la basilique de Saint-Denis.