Marie-Antoinette Merk
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Marie-Antoinette Merk, née à Haguenau, morte à Strasbourg, est une institutrice alsacienne. Célibataire, membre d'un réseau d'assistance aux prisonniers de guerre français et de soutien aux filières d'évasion opérant depuis Mannheim, elle est arrêtée en , condamnée à mort par le Volksgerichtshof (« Tribunal du peuple ») pour haute trahison et propagande anti-nazie, puis déportée en Allemagne.
Évacuation et retour en Alsace
Marie-Antoinette Merk naît dans une famille catholique. Son père, Auguste Merk, réviseur des comptes de la Fédération agricole, est né le à Berg ; sa mère, Marie Joséphine Antoinette née Seckinger, est née le à Réguisheim. Elle est la sœur aînée de Marie-Anne Merk, née le à Strasbourg[1].
Formée à l'école primaire supérieure du Dragon à Strasbourg, elle enseigne à Wingen-sur-Moder, puis prend un poste à Lauterbourg[1],[2].
En 1939, lors de l'évacuation des habitants de Lauterbourg vers la Haute-Vienne, elle fait partie des quelque trois cents instituteurs alsaciens transplantés dans le Limousin, où elle assure l'instruction des enfants alsaciens réfugiés, notamment dans les communes de Saint-Priest-Taurion et Saint-Just-le-Martel, proches de Limoges. Elle rentre en Alsace à l'automne 1940, confrontée dès lors à l'annexion de fait[1].
Stage d'Umschulung à Mannheim
Les directives nazies imposent aux enseignants du primaire nés après 1900 une période de rééducation idéologique, l'Umschulung, visant à éradiquer toute influence de la culture française. À partir du , Marie-Antoinette Merk et sa sœur Marie-Anne rejoignent un groupe d'instituteurs alsaciens convoqués à Mannheim pour ce stage obligatoire, parmi lesquels figurent Paul-Frédéric Waltz, né le à Niederroedern, et Georges Klein, né le à Hoerdt[1].
À l'issue de la formation, Marie-Antoinette Merk est nommée dans les environs de Mannheim, sa sœur Marie-Anne à Rheinau. Le groupe pallie ainsi l'absence de collègues allemands mobilisés dans la Wehrmacht[1].
Activités de résistance
Les sœurs Merk, qui connaissaient les sœurs Spraul depuis Strasbourg, louent une chambre chez Martha Kärcher, née Spraul à Strasbourg en 1903, au 29 Heinrich-Lanzstrasse à Mannheim. La sœur de leur hôtesse, Elisabeth, est l'épouse de Julius La Fontaine (1891-1947), juriste et haut fonctionnaire de police alors en poste à Karlsruhe. Un séjour en Pologne en 1940, où il est confronté aux persécutions nazies contre les Juifs, marque le début de son engagement contre le régime. C'est dans son appartement mannheimois que le groupe se rassemble pour capter des émissions radiophoniques interdites[3],[4].
Marie-Antoinette Merk, sa sœur Marie-Anne, Paul-Frédéric Waltz et Georges Klein entrent en relation avec la filière d'évasion de Reichshoffen, dont Paul Rudloff (1889-1959) assure la direction. Le contact avec Rudloff est établi par Paul Waltz, qui exerçait à Niederbronn-les-Bains avant son affectation en Allemagne. Marie-Antoinette Merk joue un rôle central dans cette organisation : le groupe réunit vêtements civils, argent allemand, nourriture, boussoles et cartes géographiques pour équiper les candidats à l'évasion — prisonniers de guerre français, puis jeunes Alsaciens réfractaires au travail obligatoire et à l'incorporation de force dans la Wehrmacht. À l'occasion, l'une ou l'autre des sœurs Merk accompagne un prisonnier jusqu'à Reichshoffen, où la filière locale prend le relais[5],[4].
Dans un témoignage rédigé vers 1952 et déposé aux archives d'Alsace à Strasbourg, Marie-Anne Merk détaille les actions menées : ravitaillement des prisonniers de guerre français, écoute illicite de la radio, transmission clandestine de courrier vers la France, et envoi d'informations sur la situation en Alsace annexée de fait et les bombardements alliés en Allemagne[3].
Arrestation et procès
La filière est trahie par Claude Chavannes, originaire de Nancy, admirateur déclaré d'Hitler, devenu agent de la Gestapo. Marie-Antoinette Merk, Marie-Anne Merk, Paul Waltz et Georges Klein sont arrêtés à Mannheim le et incarcérés[6],[2],[7],[4].
Le , ils comparaissent devant le 1er Senat du Volksgerichtshof (« Tribunal du peuple »), présidé par le Dr Roland Freisler, à Berlin. Le tribunal, qui traite les accusés alsaciens comme des ressortissants allemands, retient contre eux les chefs de haute trahison et d'aide à l'ennemi. Marie-Antoinette Merk est condamnée à mort[6],[2],[4].
Détention et libération
Conduite à la prison berlinoise de Moabit le , elle y attend l'ouverture du procès. Le verdict prononcé, elle est placée à la prison de la Barnimstrasse, au quartier des condamnées à mort[2].
Le , sa peine de mort ayant été commuée en 12 ans de travaux forcés par jugement du , elle est acheminée vers la prison de Waldheim, l'un des plus grands établissements pénitentiaires d'Allemagne, où sont notamment enfermés des opposants condamnés pour préparation à la haute trahison. Elle y travaille à l'usine d'armement[6],[2],[7].
L'Armée rouge libère Waldheim le . Marie-Antoinette Merk rentre en France le , malade[6],[2],[7].
Après-guerre
De retour à Strasbourg, elle reprend sa carrière d'enseignante au lycée Kléber à l'automne 1945 et y demeure jusqu'à sa retraite[2].
Reconnaissance
Elle figure dans le Mémorial de la déportation sur la liste de transport 20 III.20, qui recense les Français arrêtés en Allemagne[8].