Mathinna

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Mathinna, née vers 1835 et morte le est une jeune fille aborigène de Tasmanie, kidnappée, adoptée puis abandonnée par le gouverneur de la Terre de Van Diemen, John Franklin, et son épouse Lady Jane Franklin.

Nationalité
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Biographie

Mathinna, née Mary, est accueillie à Wybalenna, un établissement aborigène situé sur l'île Flinders, vers 1835. Son père, Towterer, est un chef exilé de la tribu Ninine, originaire du sud-ouest de la Tasmanie, et sa mère se nomme Wongerneep. Tous deux sont capturés en 1833 par George Augustus Robinson, protecteur en chef des Aborigènes, et envoyés à Wybalenna dans le cadre de la politique d'expulsion de tous les Aborigènes du continent de la Terre de Van Diemen, plus tard connue sous le nom de Tasmanie[1].

Lady Jane Franklin demande un « garçon noir »

En 1837, Sir John Franklin est nommé lieutenant-gouverneur de la Terre de Van Diemen pour un mandat de quatre ans[2].

Un an plus tard, Lady Jane Franklin, épouse de Sir John Franklin, demande à George Augustus Robinson de lui envoyer un « garçon noir » de Wybalenna, ainsi que d'autres curiosités comme des serpents. Robinson lui envoie un garçon de neuf ans nommé Timemendic, que Lady Jane rebaptise Timeo et confie à sa belle-fille Eleanor Franklin. Formé comme domestique, il est jugé trop « oisif et désobéissant », et les Franklin tentent de le placer à l'orphelinat de Hobart. Cependant, sa demande est refusée et il est envoyé travailler comme matelot sur un navire gouvernemental[2],[1].

Adoption par les Franklin

En 1841, Lady Jane décide de tenter de « civiliser » une deuxième enfant de Wybalenna. Une fillette de six ans nommée Mary est envoyée vivre à Government House à Hobart chez les Franklin, bien qu'elle ne soit pas orpheline. Là encore, c'est Eleanor Franklin qui est chargée de sa prise en charge,[1].

Lady Jane rebaptise Mary « Mathinna », un nom dérivé d'un mot indigène désignant un collier de coquillages[3],[1]. Un seul fragment d’une lettre dictée par Mathinna révèle à quoi a dû ressembler la transition entre la vie avec sa famille à Wybalenna et la vie à Government House à Hobart Town[3] :  I am good little girl, I have pen and ink cause I am a good little girl...I have a got a red frock like my father. Come here to see my father. I have got sore feet and shoes and stockings and I am very glad (« Je suis bonne petite fille, j'ai stylo et encre parce que je suis bonne petite fille... J'ai une robe rouge comme mon père. Viens voir mon père, J'ai mal aux pieds et des chaussures et des chaussettes et je suis très contente ») Lorsque Lady Jane compare Mathinna à Timemendic, elle décrit Mathinna comme étant plus intelligente et plus douce, tandis que Timemendic est « beaucoup plus noire de teint que Mathinna qui nous semble devenir chaque jour plus cuivrée à mesure qu'elle progresse dans la civilisation »[1].

En 1842, Lady Jane commande à Thomas Bock (en) le portrait de Mathinna, où elle est représentée dans une célèbre robe écarlate. Lady Jane envoie le portrait à sa sœur en Angleterre, accompagné d'une lettre décrivant Mathinna comme « l'une des dernières personnes sur le point de disparaître de la surface de la terre, possédant « la nature indomptable du sauvage »[1].

Abandon par les Franklin

Lorsque Sir John est rappelé en Angleterre, Mathinna est placée à l'orphelinat Queen's Orphan School de Hobart en 1843. Âgée de seulement huit ans, elle a du mal à s'adapter à son nouvel environnement. Elle est renvoyée à Wybalenna, sur l'île Flinders, en 1844, à l'âge de neuf ans. Les enfants de Wybalenna sont séparés des adultes et placés sous l'autorité de l'aumônier de l'établissement, Robert Clark, et de son épouse. Clark maltraite les enfants, et Mathinna est parmi les plus affectées[1].

Lors d'une enquête sur la gestion de Clark en 1846, Mathinna témoigne en disant :

J’étais sous la garde de M. et Mme Clark lorsque j’étais fouetté. J’étais placée sur une table et mes mains et mes pieds étaient liés. J’étais fouettée tous les jours… Je pense que j’étais fouettée alors que je n’aurais pas dû l’être… Une fois, j’ai été fouettée au point que le sang coulait sur ma tête[1]

En 1847, elle est renvoyée à l'orphelinat Queen's Orphan School. En 1851, alors qu'elle a environ 16 ans, elle est placée dans l'établissement pour Aborigènes d'Oyster Cove, à l'ouest de Hobart[3].

Fin de vie

Mathinna se noie, selon un récit, dans une flaque d'eau sur Old Station Road au nord d'Oyster Cove alors qu'elle est ivre le . Elle a 17 ou 18 ans[4].

On pense que Mathinna est enterrée dans le cimetière aborigène d'Oyster Cove. Son crâne figure parmi la douzaine environ de crânes pillés dans ce cimetière durant l'été 1908-1909 par Sir William Edward Hamilton Crowther et son ami Wendell Inglis Clark. Ces crânes sont volés dans le cadre d'un programme mené par Richard James Arthur Berry (en), eugéniste et professeur d'anatomie à l'Université de Melbourne, visant à collecter des crânes aborigènes pour le musée d'anatomie de l'université[1].

Le crâne de Mathinna fait ensuite fait partie de la « Collection Crowther », donnée au Musée et à la Galerie d’art de Tasmanie. Après une campagne menée par le Centre aborigène de Tasmanie, tous les restes d’Oyster Cove sont restitués et incinérés lors d’une cérémonie de quatre jours en 1985[5],[4].

Héritage

La ville de Mathinna (Tasmanie) (en) porte son nom, tout comme le champignon Entoloma mathinnae (en).

Représentations culturelles de Mathinna

La vie de Mathinna a inspiré ou été mentionnée dans plusieurs œuvres littéraires et dramatiques. Parmi celles-ci :

  • 1954 : Mathinna, une production de ballet de Laurel Martyn, l'une des premières œuvres australiennes sur des thèmes australiens[5],[6].
  • 1967 : parution d'un roman historique pour enfants intitulé « Le peuple de Mathinna », écrit par Nan Chauncy (en).
  • 2000 : Pièce radiophonique (BBC, ABC) In Her Father's House, de Carmel Bird (en).
  • 2005 : Lady Franklin's Revenge (en) par Ken McGoogan (en), un ouvrage sur Jane John Franklin[3].
  • 2008 : pièce contemporaine intitulée Mathinna, chorégraphiée par Stephen Page pour le Bangarra Dance Theatre[7] inspirée de l'œuvre de Laurel Martyn.
  • 2008 : Wanting de Richard Flanagan
  • 2020 : roman intitulé Les Exilés de Christina Baker Kline (en).
  • 2022 : une poupée offerte à Mathinna et un coussin à épingles qu’elle a confectionné lorsqu’elle vivait chez les Franklin lui ont été retirés en 1843 et entreposés en Angleterre. En 2022, ils sont restitués à l’Australie et exposés au Musée et Galerie d’art de Tasmanie dans le cadre de l’exposition « taypani milaythina-tu : Retour au pays »[2].
  • 2024 : l'histoire de Mathinna, ainsi que des informations sur sa poupée et son coussin à épingles et leur retour en Australie, ont fait l'objet d'un épisode de la saison 2 de Stuff the British Stole (en) – une coproduction de l'Australian Broadcasting Corporation et de la Canadian Broadcasting Corporation.

Voir aussi

  • Liste de personnalités historiques autochtones australiennes (en)

Références

Liens externes

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