Ouerghemma

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Régions d’origine Tunisie
Langues Arabe et berbère
Religions Islam
Ethnies liées Berbère
Ouerghemma
Description de cette image, également commentée ci-après
Art équestre au Festival international des ksour sahariens à Tataouine.
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Carte de répartition.

Les Ouerghemma (berbère : Iwerɣemiyen, tifinagh : ⵉⵡⵔⵖⵎⵉⵢⵏ, arabe : ورغمة) sont une confédération de tribus berbère du sud-est de la Tunisie[1].

Tout les individus de cette confédération situé entre Gabès et la frontière tripolitaine peuvent être qualifiés avec certitude comme « berbères », au point où cela créé la surprise chez Gianni Albergoni, Sonia Ben Meriem et François Pouillon de voir les intéresser se revendiqué comme « arabes »[2].

La grande confédération berbères des Ouerghemma était forte de 100.000 âmes[3],[4]. Le docteur Bertholon, fondateur de la Revue tunisienne et président de l'Institut de Carthage, qui a parcouru leurs régions au début du Protectorat Français de Tunisie rapporte à leur propos[5] :

On a commis à l’égard de cette région la même erreur qu’autrefois pour la Kabylie. Nous avons trouvé entre Gabès et la Tripolitaine une sorte de petit État berbère, semi-indépendant ; notre intérêt était de lui conserver son originalité et son autonomie ; au lieu de cela nous l’avons soumis à l’influence beylicale. Grâce à nous actuellement on l’arabise ; de la sorte on unifie la Régence. Cette unification ne peut se réaliser qu’à notre détriment en vertu de l’axiome qui commande de diviser pour régner (Bertholon 1894, 170).

Les Ouerghemma forment depuis le XVIe siècle une alliance de sécurité pour la majeure partie des populations vivant entre la mer et le désert et qui ont étendu leur influence sur une vaste zone du sud-est de la Tunisie, de l'oued ez-Zess dans la région de Mareth jusqu'à la frontière tuniso-libyenne, représentant la majeure partie de la plaine de la Djeffara.

Les combats incessants que durent livrer les tribu firent de cette tribu un instrument de guerre de premier ordre. Les Ouerghamma, constitués en tribu makhzen, ont encore durant la période du protectorat français la garde de la frontière tripolitaine[6].

La dénomination de la confédération, Ouerghemma, vient certainement des Beni Ourghma, une branche des Aït Demmer (Beni Demmer). Demmer désigne une montagne de la région de Tripoli formant l'extrémité occidentale de la chaîne qui s'étend au sud de cette ville, jusqu'aux environs de Gabès[7]. On appelle Aït Demmer ou Aïd Demmer les habitants de cette montagne, c'est-à-dire « enfants des Demmer »[7].

Origines

Selon les traditions orales et les constructions généalogiques locales, une des phases décisives du peuplement du Sud-Est tunisien s’ouvre aux XVe XVIe siècles avec l’arrivée d’un groupe de berbère mené par un chef arabe idrisside : Moussa Ben Abdallah, accompagné de six compagnons présentés comme des « frères ».

Cette collectivité est décrite comme originellement berbère, tout en s’identifiant culturellement et identitairement comme arabe, notamment à la suite d’alliances avec des groupes hilaliens ou soleymites, et en raison du prestige symbolique attribué à une origine dite chérifienne revendiqué notamment par Moussa Ben Abdallah et plus tard par les autres chef de tribu.

Installés à Ghomrassen auprès d'autre populations sédentaires, le nom « Ouerghemma » se diffuse ensuite dans le Sud-Est et finit par désigner un ensemble plus large, incluant des populations de montagne et des tribus nomades de la plaine. Les relations entre communautés et l’influence religieuse contribuent progressivement à la formation d’une confédération, dont la mémoire locale conserve des récits légendaires liés au partage des territoires après la mort de Moussa Ben Abdallah.

Les Beni Ourghma, (tribu qui a donné son nom à l'ensemble de la confédération des Ouerghemma), est une branche des Aït Demmer, habitent les montagnes proches de Tripoli ; les Beni Ournîd forment aussi une branche considérable de la tribu des Demmer et possèdent de nombreuses ramifications, parmi lesquelles les Beni Ourtantîn, les Beni Gharzoul et les Beni Tofourt[8].

Histoire

On retrouve la dénomination Ouerghemma depuis le début du XIVe siècle notamment dans le célèbre voyage de Tijani de 1306 à 1308 parlant des habitants de Ghomrassen comme étant « une population de Ouerghemma »[9]. Le célèbre savant Ifriqiyen du XVe siècle Ibn Arafa qui était aussi originaire de Ghomrassen appartenait aussi à cette tribu.

Les Ouerghemma se disent descendant des sept frères, venus avec leur père, Moussa ben Abdallah El Ouerghemmi, il y a maintenant environ plus de douze générations, de la Seguia El-Hamra et Oued Ed-Dahab. Leur père ce disait chérif descendant du prophète Mahomet. Ce qui aurait eu beaucoup de prestige auprès du Sultan hafside de l'époque, cette place dans la hiérarchie des hafsides à Tunis les avait obligés de quitter le palais des hafsides pour se diriger à I'intérieur du pays pour ne pas nuire à ses relations avec la cour. Le père fondateur reste à Tunis jusqu'à sa mort, où il y a une zawiya qui porte son nom dans le quartier de la kasba[10].

Arrivaient au ksar des Hamdoun qui deviendra Ghomrassen, une autre version dit que Moussa accompagné de six compagnons six frères avec mission de réislamiser la région. La manière pacifique basée sur la mission de réislamiser la région, formait un établissement durable qui donnera naissance à des tribus pieuses ou de formation théologique au sein du groupe de Touazine à titre d'exemple la famille Bettaieb, et la famille Abdelkebir ou Kebaieria connue dans la Jeffara et en Tripolitaine par leur pouvoir guérison des nouveaux nés, pouvoir hérité du père au fils. Toutes ces tribus Touazine sont des tribus guerrière[11].

Il y a des versions différentes et des écrits légendaire autour du partage qui se fait à la mort de Moussa Ben Abdallah de Ghomrassen ancienne Hamdoun jusqu'à Aurghamma au coeur de la Jeffara, les six tribus sœurs se répartissent dans la Jeffara tuniso-occidental et Tripolitaine dans des zones d'action en plaine et en montagne; ils deviennent les ancêtres des sept tribus[12].

Les tribus sont déjà reconstitué par les marabouts Lemtouna, dans la falaise par les disciples de Moussa ben Abdallah El Ouerghemmi et sur le littoral par les quatre autres missionnaires de la seguia El-Hamra. Le territoire des Ouerghemma s'étend dès lors depuis la falaise jusqu'à la mer[13].

Invasion hilalienne

En 1052, les premières tribus arabes des Banu Hilal arrivèrent. Les Berbères se réfugièrent dans les montagnes du Djebel Matmata et du Djebel Demmer, faciles à défendre. A eux, pendant 150 ans, les occupants de la plaine ne songèrent pas à les déloger ou ne purent y parvenir. Vers la fin du XIIIe siècle, les Banu Hilal eux-mêmes chassés par de nouveaux arrivants, les Banu Sulaym, doivent continuer leur migration vers l’Ouest, atteignant Tlemcen. Une fraction des Sulaym, les Ouled Debbab, s’installa dans la plaine. Mais constamment en lutte contre les autres tribus arabes qu’elle avait repoussées vers le Nord, contre celles qui arrivaient encore de l’Est et occupaient la Tripolitaine actuelle, en lutte continuelle aussi contre d'autreBerbères à l’écart dans les montagnes désolées et réunis dans une grande confédération des Ouerghemma, ces ouled Debbab s'affaiblissent et au XVIe siècle, ils ne sont plus en état d’imposer leur volonté[14].

Ce furent les Ouderna, fraction des Ouerghemma qui attaquèrent, chassant de l’oued Tataouine la tribu arabe des Ouled Yacoub qui fut contrainte, de s’enfoncer dans la zone saharienne, au Nefzaoua où nous les retrouverons. Cette action de vigueur fut suivie d'un mouvement de fusions entre les Ouderna et des tribus arabes comme les Ouled Debbab qu'ils autorisèrent à demeurer dans la Jeffara. On retrouve le nom de cette fusion dans le nom des Ouled Debbab, tribu des Ouderna, qui a gardé le nom même des envahisseurs. À peu près en même temps, d’autres groupes des Ouerghemma, les Touazine, viennent aussi s'établir à Metameur, repoussant au sud les Nouaïel que l'on retrouve sous ce nom en Tripolitaine, en bordure de la frontière, et au nord les Hazems qui habitent le territoire de Gabès auprès des Hamernas issus comme eux des Banu Sulaym. Les Ouerghemma avaient donc repris leurs terrains de la Jeffara et en absorbant les tribus arabes présente[14].

La reconquête de la Jeffara sur leurs envahisseurs

Vers le XVe siècle, Mansour Ben Khalifa, s’installe chez les Hamdoun (actuels Ghomrassen), troglodytes du Djebel Demmer. Peu après, les rejoignent six marabouts, guidés par Moussa Ben Abdallah El Ouerghemmi, qui tous portent le message de la Seguia El-Hamra. Ces missionnaires s’attachent à réformer l’Islam de leurs hôtes montagnards et prêchent la concorde. Les tribus, oubliant leurs discordes, prennent en signe d’union et de renouveau le nom d’Ouerghamma[15].

Vénérant Moussa Ben Abdallah, ils lui consacrent à sa mort vers 1500 une goubba entre Tataouine et Beni Barka[15].

Conscients de la force que leur donne l’unité, les Ouerghamma décident de reconquérir leurs plaines et procèdent en assemblée générale au partage de leurs prochaines conquêtes. Mansour, refusant le commandement suprême, revendique avec les siens la garde du foyer religieux dans le Djebel et fonde Ghomrassen. Les cinq autres marabouts (désigner comme des chérif) prennent respectivement la tête des Tarhouna, Touazine, Hararza, Khezour et Ouderna[15].

La famille la plus forte des nouveaux venus, celle des Ouerghemma, se vit à peine en sûreté dans ses rochers qu'elle chercha à venger ses défaites passées. Dès le milieu du XIIe siècle, ils sont en toute occasion en lutte contre les autres tribu du voisinage. Au XVIe siècle enfin, les Ouderna donnant le signal d'un mouvement qui dure encore à l'époque du protectorat, descendent du plateau, fondent Médenine et Métameur, chassent les Hazem vers le Nord et les Nouail vers le Sud et s'introduisent ainsi, comme un coin entre les deux fractions des Oulad Debbab[16].

Dans leur marche vers le Sud, les Ouderna affrontent les Ouled Yacoub, les Athaya et les Aterma. Ces derniers, encore puissants, les refoulent dans le Djebel Abiodh où vit un compagnon méconnu de Moussa Ben Abdallah, Bou Djelidat, qui donne son nom à ses hôtes montagnards. Ce marabout sauve les Ouderna du massacre par un miracle, et les réconcilie avec les Athaya qu'ils exterminent. Mais les Aterma se laissent absorber par leurs compagnons de lutte ou se replient vers le Sahara. Au contraire les Djelidat, grâce au rayonnement de leur saint patron, s'unissent aux vainqueurs sans rien perdre de leur originalité ni de leur caractère religieux. Pour venir à bout des redoutables Ouled Yacoub, les Ouderna abattent leurs chefs conviés à un miaad et restent les seuls maîtres de la Jeffara[17].

Les Khezour se divisent en quatre fractions commandées par les fils de leur chef Khezouri. Aoun Ali installe ses compagnons dans la vallée de l'Oued El Halouf, tandis que Meztouri se dirige avec les siens vers Ksar Biouli. Les Khezour prennent bientôt sous leur protection les Hararza, et ces deux groupes associent leur destin, sans perdre leur originalité, à celui des Touazine. Ensemble, ils descendent du Djebel Demmer et s’insèrent entre les Hazem au Nord et les Nouail à l’Est. Les Hazem, s’appuyant sur les Beni Zid, ne reculent pas au-delà de l’Oued Zeuss ; les Nouail cèdent du terrain, et les trois tribus Ouerghamma les refoulent progressivement. Entre-temps, les Ouderna, à qui le sort a donné en partage le Sud, se heurtent à de plus vives résistances.

Les Accara délogeaient les Nouail de Zarzis, Ces derniers s’étant établis au Sud-Ouest de la Sebkha el Melah, à Gassem Nebèche, furent encore refoulés vingt ans plus tard, par les Touazine et les Accara réunis. Ils se retirèrent plus à l’Est, au Sud d’el Biban, où se trouvaient les petites fractions Tripolitaines des Oulad Chebel, et pour se mettre en mesure de résister à leurs adversaires, ils bâtirent un fortin nommé Ksar Ben-Gardane, du nom du maçon qui l’édifia. Ce vieux fortin existe encore. Il ne servait, à l’époque où il fut construit, qu’à emmagasiner les récoltes et n’était occupé que par quelques gardiens, mais il devenait à l’occasion un excellent point d’appui pour les Nouails[18].

L'action des tribus du Djebel Demmer ne prend l'allure pas d'un mouvement anti-musulman, ni même d'une hérésie comparable au Kharedjisme. La « descente » des Ouerghemma ne peut pourtant être ramenée à une simple réoccupation de terres par de légitimes propriétaires redevenus assez forts pour chasser les spoliateurs. Il semble que la reconquête tienne moins compte des droits passés que des possibilités du moment. Quoi qu'il en soit les Ouerghamma, à partir de la fin du XVe siècle, agissent comme un coin enfoncé entre diverses tribus de conquérants. Sans doute cette tension permanente explique-t-elle la relative cohésion qu'ils observent et qui se traduit à l'échelon le plus élevé par l'existence d'une Confédération. Les Ouled Yacoub, descendants des Debbab, ne possèdent rien de comparable pour les unir : ils sont fiers de leur même origine arabe, se rangent le plus souvent dans les mêmes ligues, mais rien de plus. Un Khezour et un Touazine se déclarent Ouerghamma, un Beni Zid et un Nouail, quels que soient leurs affinités et leurs liens, sont Beni Zid ou Nouail[17].

Caïdat des Ouerghemma

Les Ouerghemma, décrit comme une tribu nomade d'origine arabo-berbère[19], occupait la vaste région de la Jeffara soit plus de 30% de la superficie de la Régence de Tunis [20].

Avant l'instauration du protectorat français en Tunisie en 1881, la Jeffara connaissait un mode de vie traditionnel. Les tribus nomades des Ksours: Touazine, Accara, Ouderna, Ghomrassen, Djebalia formaient la confédération des Ouerghemma vivaient dans le cadre d'une économie de subsistance avec une symbiose établie entre groupes de sédentaires dans les montagnes et les ksours de plateaux, et groupes de semi-nomades et des nomades dans la plaine de Jeffara[21].

Jules le Boeuf, capitaine, adjoint ou chef du service des Affaires Indigènes à la Résidence Générale de France à Tunis disait en 1909 :

"Dans ce lieu de transition, l'isthme d'Oudref, entre les chotts et la Mer, au nord de Gabès, la voie traditionnelle des peuples migrateurs qui envahissent le Maghreb. Dès la plus haute antiquité, les territoires situés au sud de cette chaussée naturelle vivent le heurt des races parties de l'est à la conquête de l'occident et les opiniâtres défenses des autochtones mille fois vaincus, jamais soumis et toujours adhérents à la terre de leurs ancêtres... Au moment de l'occupation française en 1881, ces populations groupées en confédérations guerrières à demi indépendantes, formaient entre la régence de Tunis et le Wilayat de Tripoli une sorte d'Etat tampon dont le gouvernement du Protectorat français a maintenu le principe en les constituant en tribus (makhzen) sous la surveillance de l'autorité militaire" (J. Le Boeuf, 1909).

Le docteur Bertholon dit avoir trouvé entre Gabès et la Tripolitaine une sorte de petit État berbère, semi-indépendant, qu'ils ont soumis à l’influence beylicale avec le protectorat et l'arabise en l'unifiant à la Régence[22].

Les sources historiques s'accordent en même temps à dire que cette région a de tout temps été une zone de peuplement et de passage faisant de la Jeffara une pièce maîtresse dans le jeu international de rivalités et d'influences entre les beys de la régence de Tunis, la France, les Ottomans de la Tripolitaine, l'Angleterre, l'Espagne, et l'Italie, par pacte d'alliance, confréries et groupes tribaux (confédération) interposés, aussi bien sur la plaine du littoral que dans les profondeurs sahariennes[21].

Gabriel Charmes disait en parlant des Ouerghemma que le territoire de cette tribu s'étend entre la ligne des chotts et la Tripolitaine, il comprend des terres de culture, des pâturages sahariens et de nombreux villages. Les Ouerghemma, qui peuvent mettre en ligne 8 à 9000 fantassins et 1800 à 2000 cavaliers, ont toujours joui d'une grande indépendance, placés aux avant-postes de la Tunisie, sans cesse en lutte avec les Nouaïls de la Tripolitaine, le bey n'a jamais exercé sur eux d'action directe, il ne s'en est servi que pour garder la frontière et pour lever des taxes sur les autres tribus, en leur accordant à eux-mêmes des exemptions d'impôts et des privilèges qui les ont rendus maîtres chez eux.

Dans la Régence de Tunis, les troupes irrégulières sont les autochtones et des étrangers : des Turcs, des Zouaouas (Kabyles), des makhzens, des spahis et des mezerguyas (lanciers, tireurs fournis par les tribus makhzen). Cette armée qui ne dépasse jamais la limite des chotts se trouve remplacée chez les Ouerghemma par une armée tribale ou populaire[21].

Ils ont maintenu cette indépendance pour l'avoir farouchement défendue contre les nomades pillards et contre les collecteurs d'impôts du Bey :

Très batailleurs comme tous les Kabyles, ils n'ont jamais payé l'impôt que lorsque cela leur a plu, c'est-à-dire très rarement (Philebert, 1889, 41)

Les pouvoirs étrangers et l'usage de la force et la pratique diplomatique qui dissocie les tribus formant une société marquée par des valeurs guerrières et groupées en confédération semi autonome. Cette société se trouvant entre la régence de Tunis et la Wilaya de Tripoli forme une sorte d'Etat tampon considéré par le protectorat français comme tribus Makhzen dans un territoire décrété militaire et marginalisé par les Beys de Tunis et les Ottomans de Tripoli.

La Jeffara, espace de souveraineté confuse et partagée par les tribus et les pouvoirs étrangers, cet espace saharien a été produit par la superposition diachronique de deux espaces politiques, celui du pouvoir central tendant à créer une rivalité avec d'autres pouvoirs périphériques établissant ainsi un rapport annexion.

C'est ce fond autochtone qui donne le meilleur exemple d'un pays, d'un territoire, de tribus et confédération en indépendance presque totale de tous les pouvoirs centraux ayant depuis plus de deux mille ans connus évolution plus constamment centralisée et dirigée à partir de ces foyers.

Jean Poncet disait que constamment centralisée et dirigée à partir de ces foyers, et l'un des foyers qui s'est centralisé durant l'époque ottomane et précoloniale jusqu'à devenir une sorte d'Etat tampon, entre la province de Tripoli et la régence de Tunis. Cet Etat tampon concrétisé dans l'esprit des militaires français qui font une lecture de l'histoire dont les sources et le fond viennent de leurs souvenirs et de leur vie quotidienne dans ce territoire décrété militaire, c'est celui de la Jeffara tuniso-tripolitaine [23].

Cette société se basant sur l’oralité comme les voyageurs Mohamed Tijani, ou Mohamed El Hchaichi à travers le sahara et la tripolitaine et Ahmed Ibn Abi Dhiaf, (chroniqueur aux palais des beys), etc. La plupart de ces voyageurs avaient des litiges avec les Ouerghemma qui ignoraient le pouvoir central des beys de la régence de Tunis. A titre d’exemple Mohamed El Hchaichi c’est lui l’éditeur du livre « La perle fine et les bonnes intentions de l’Etat français » en 1881. Tous ces historiens et voyageurs étaient sympathisants de l’intervention étrangère coloniale, ou du pouvoir central des beys. Ils ont évité le passage chez les Oueghemma connus par leur indépendance presque totale de tous les pouvoirs centraux ce qui a retardé l’obtention de plus en plus de détails sur cette société et ces espaces contestataires durant le XVIII, XIX et début de XXe siècle vis-à-vis du pouvoir central qui a largement ignorée la Jeffara et les Jeffariens[21].

Malheureusement, la littérature du XIXe siècle ne nous donne pas de renseignements précis, à l'exception des contes et le retour triomphal des cavaliers accompagnés des youyous des femmes. Les Ouerghemma n'oublient pas les souvenirs lointains d'une menace qui venait des tribus de l'Est, de la Tripolitaine des frères ennemis des "Siaane" et des "Nouaiel" jusqu'à conserver l'habitude de se diriger en course ou «Fantasia» toujours vers une orientation qui est toujours l'Est, également les tentes sont orientées vers l'Est par mesure de sécurité pour voir l'arrivée de l'ennemi en cas d'attaque dès son apparition aux horizons de l'espace résidentiel. Cette orientation vers l'Est trouve son explication fondamentale en se référant à la direction des lieux Saints, la "Qibla" c'est-à-dire La Mecque[21].

Jules le Bœuf, capitaine adjoint au chef du service des affaires indigène, à la résidence générale de France à Tunis, correspondant honoraire du ministère de l'instruction publique disait en 1909 :

En 1881 la confédération des Werghemma formait une petite république indépendante ayant ses lois, spéciales “le Khanoun Chartia” réglant la police intérieure de la confédération et appliquée par le “Cheikh Chartia” magistrat élu et le “Kanoun Orfia” ou code des droits d'usage régi par un des anciens de la tribu, appelé “Cheikh El Orf”.... la puissante confédération ne dépendant que nominalement des beys de Tunis, s'était organisée de façon à pouvoir soutenir seule la lutte contre ses voisins.

Les pratiques ibadites dont on les soupçonne, à l’instar de leurs « frères » du Mzab, ne sont qu’un aspect de l’esprit d’indépendance qui caractériserait l’ensemble de leurs institutions politiques[24].

Ils rejettent, pense-t-on, toute législation centrale et ne respectent que leurs propres coutumes, consignées dans un qantin, et les décisions de l’assemblée de la tribu, le mi’ad où, « démocratiquement », tous les hommes adultes participent à la décision (Bertholon, 1894, 183 ; Rebillet, 1886, 45)

La Régence de Tunis va constituer en 1896 un foyer culturel où seront formés de nombreux dirigeants "La Khaldonia". Parallèlement à ce mouvement et bien avant cette date et vers 1837, la confédération des Ouerghemma au sein de la Jeffara tuniso-tripolitaine manifeste des réactions à l'égard de cette agression bien qu'encore relativement assez lointaine dans le temps et dans l'espace mais très menaçante et prévisible, nous devions chercher ces réactions dans deux sortes de sources, l'oralité et le pouvoir du verbe qui restent l'origine du patrimoine culturel de cette société pour véhiculer toutes les mutations socio-économiques endogènes et exogènes liées à ces espaces et à ces hommes[21].

Au XVIIIe siècle, durant la guerre qui oppose Ali Pacha et Hussein Bey, ils rejoignent le clan husseinite[25]. Ils sont donc constitués en tribu du makhzen.

Protectorat français

Intervention militaire française

L'intervention militaire française a obligé Sadok Bey à accepter la mise en tutelle de la régence de Tunis assez rapidement, encouragée par la volonté du pouvoir de Bey d'assurer I'autonomie de la dynastie surtout après avoir vu le sort du Bey d'Alger et le Bey de Tripoli. Le territoire des Ouerghemma est devenu territoire militaire, zone de peur et de menace pour tous les pouvoirs centraux qui jouent toujours le jeu diplomatique et une valse de politique qui a été toujours confus. Charmes voit dans le territoire des Ouerghemma une frontière à dominer pour isoler l'Afrique française de l'islam. La France applique une politique différente entre le Sud militaire et les régions dociles du Nord (Medjerda et Sahel) qu'elle administre plus souplement. Elle avait pour projet consolidé la séparation avec création d'une frontière écologique pour isoler la Jeffara. La conquête de l'Aradh est le dernier champ de bataille avant la confrontation avec les Ouerghemma. Le 22 juillet, l'officier Garnault est informé de la décision prise le 17 juillet par le gouvernement français d'occuper les villes de Gabès et Djerba. Une puissante flotte de guerre est déployée pour l'attaque. Gabès tombe rapidement, par la mort au combat du chef de la résistance, le Mufti El Hadj Jilani. À Djerba, les bombardements sur Houmt Souk sèment la panique parmi les habitants traumatisés par le sort de Sfax et Gabès. Dans le même temps, les autorités religieuses locales, comme le Cadi des Khouzours, appellent à la résistance contre l'envahisseur français au nom de la confédération des Ouerghemma, alimentant les craintes d'une révolte généralisée. Saussier vise à contenir la résistance au sud, démontrant l'isolement des insurgés face aux renforts ottomans. Des tribus, suivant l'exemple d'Ali Ben Khalifa (réfugié au-delà de Médenine), franchissent la ligne rouge du chott, marquant la limite de la pacification française. Les autorités coloniales évitent la zone frontalière tuniso-tripolitaine, priorisant une séparation administrative entre le Nord soumis (Tébessa-Gafsa-Gabès-Djerba) et le Sud en cours de soumission, selon des décisions gouvernementales plus que militaires. L'occupation française de Sfax, Gabès et Djerba face à la Jeffara a reposé sur un dispositif militaire limité 8 000 hommes envoyés par Paris et sur l'appui crucial de l'armée beylicale tunisienne, conformément aux clauses du traité du Bardo établissant le protectorat. Dès les occupations françaises de l'Algérie et de la Tunisie, la résistance coloniale fut principalement portée par les populations locales et les tribus. Ces tribus vont procédée à une émigration massive vers la Tripolitaine pour créer un No man's land devant l'envahisseur[26].

Première résistance des Ouerghemma

Le commandant Logerot organise une inspection dans l'extrême sud tunisien, convoquant les responsables Philibert et Forgemol à Médenine pour coordonner les troupes du colonel Jamais. Des renforts sont demandés pour sécuriser la zone. L'offensive débute par une manœuvre d'encerclement des Ouerghemma. Les troupes de Philibert ratissent les crêtes des Matmata jusqu'à Douiret, contrôlant les points d'eau stratégiques. Le 3 mai 1882, Beni Khedache subit une attaque punitive avec destruction systématique des ksours. L'armée française instrumentalise les rivalités tribales en employant les Fraichiches pour attaquer les Houaïa. Cette stratégie de division permet aux Français de piller et détruire les ksours de Djouamaa et Demmer sans engager directement leurs troupes. Les Ksars montagnards des Houaïa, subissent des attaques intensives en mai 1882. Ce patrimoine architectural est systématiquement détruit par des tirs d'artillerie, la colonisation préférant anéantir ces sites stratégiques plutôt que risquer qu'ils servent de refuge aux résistants. En mai 1882, la 6e brigade française descend vers la plaine de la Jeffara. Le 5 mai à Bir Lahmar, le cheikh de Ghomrassen négocie la reddition des tribus locales. Après de violents combats dans les ksars montagneux, les Houaïa finissent par se soumettre à leur tour. Les troupes françaises se retrouvent désorientées face à une Jeffara vidée de ses habitants: les tribus Touazine, Ouderna et Khouzour ayant massivement émigré vers l'oued Fessi en Tripolitaine, abandonnant Médenine et l'oued Bouhamed dans l'espoir d'un soutien ottoman. Le général Logerot, à la tête de la division Sud, et le général Philibert ont mené une répression coloniale totale, détruisant sans distinction populations, troupeaux, récoltes et villages. Les Ouerghemma ont déjoué l'avancée coloniale par une stratégie du vide, transformant leur territoire en désert inhabité. L'armée française, ne trouve qu'une terre abandonnée réduisant sa mission à une absurde progression dans l'aridité. L'armée coloniale applique la politique de la terre brûlée contre les derniers résistants Houaïas : récoltes incendiées, arbres coupés, ksours rasés (même vides comme Jouamaa), transformant la région de Beni Khedache en paysage calciné. La politique coloniale en Jeffara a instauré un protectorat répressif et antidémocratique, rompant tout dialogue avec les populations locales. Cette violence institutionnalisée, perçue comme illégitime par les structures traditionnelles.

Face à l'avancée coloniale, les Ouerghemma et les principales tribus du Sud tunisien organisent un exode massif vers la Tripolitaine, vidant stratégiquement leur territoire. Cette migration de résistance prépare une contre-offensive anticoloniale. L'exode massif des Ouerghemma et autres tribus répondait à une double menace coloniale, les poussant à miser sur le soutien ottoman et panislamique. Cependant, malgré leur espoir en une intervention du Sultan, l'aide concrète se limita à des mesures restrictives. En 1882, les Ouerghemma, désillusionnés par le manque de soutien ottoman, s'organisent en exil dans un vaste territoire triangulaire entre la Jeffara occidentale, la côte et la Tripolitaine. Avec leurs troupeaux et leurs cavaliers, ils maintiennent une force combattante en attente. Les Ouerghemma s'appuient sur un solide réseau d'alliances tribales traversant la Jeffara, le Sahara et la Tripolitaine, créant une résistance unie face à la colonisation.

Après des années de conflit, le protectorat français instaure un statu quo avec les Ouerghemma, leur accordant une autonomie relative en échange de leur intégration comme tribus Makhzen (alliées administratives), tout en maintenant la région sous contrôle militaire indéfini. Après leur défaite, les Ouerghemma sont confinés dans un territoire rectangulaire d'environ 1400 km², délimité par la mer, Moqta, Dehiba, Douiret et Oued Fessi. Les autorités coloniales considèrent cette zone comme "neutre et indépendante" de 1883 à 1886. Cet exode massif vers la Tripolitaine, vidant stratégiquement le territoire, mouvement coordonné d'émigration et d'insoumission devient la principale préoccupation des autorités coloniales, qui se retrouvent confrontées à un désert humain. Les Ouerghemma vivent des moments sombres après avoir vidé leur territoire pour résister à l'occupant, espérant en vain un soutien ottoman. Leur stratégie du vide se transforme en désillusion face à l'inaction de la Sublime Porte. Les résistants tunisiens, regroupés près de Tripoli, gênent les Français qui hésitent entre occuper la toute la Jeffara ou s'arrêter à Oued Fessi. La zone d'Oued Bouhamed, fief historique des Nouails (chassés par les Touazine), cristallise les tensions frontalières. Les Ouerghemma et les tribus résistantes ont choisi l'exode face à l'avancée coloniale, espérant organiser une contre-attaque avec l'appui ottoman. Mais cette aide tant attendue ne vint jamais, laissant ces sociétés tribales seules face à la machine coloniale. Les résistants Ouerghemma, abandonnés par les Ottomans qu'ils espéraient, voient leurs désillusions transparaître dans la poésie engagée de leurs chefs, comme Mansour El Houch ou Fitouri Tlich. La culture orale devient ainsi l'archive vivante d'une résistance trahie.

En 1883, les forces coloniales françaises sous les ordres du colonel La Roque et du général Josef Allegro poursuivent leur progression vers la Tripolitaine, alternant entre répression militaire (notamment à Oued Fessi et Remtha près de Tataouine) et négociations avec les tribus locales. Le poète et chef guerrier Mansour El Houch considérait dans sa poésie Josef Allégro comme étant l'ennemi le plus redoutable de la résistance ouerghemmienne puisqu'il a joué le rôle d'un agent double en travaillant avec le pouvoir beylical pour représenter le bey dans plusieurs régions du sud. Josef Allegro sert d'intermédiaire entre les autorités coloniales françaises et les résistants de la Jeffara. Héritier d'une famille collaborant avec les Beys puis les Français, il utilise sa position de caïd de l'Arad et du Jérid pour négocier au nom du général Logerot. Abandonnés par les Ottomans, les Ben Khelifa acceptent finalement la reddition, échangeant leur soumission contre une amnistie et la restitution de leurs biens. Les Ben Khalifa échouent à rallier les tribus de Tripolitaine à la régence de Tunis. Leur chef, Ali ben Khalifa, meurt le 14 novembre 1884 à Yefren en Tripolitaine à 82 ans. Les Ouerghamma s'installent en Tripolitaine. Mansour El Houch reste exilé jusqu’à sa mort en 1891. La résistance des Ouerghamma prend fin après l’occupation de la région de Oued Fessi, Moqta et Dehiba par l’armée coloniale, à la suite de la reconnaissance du protectorat français sur Tunis par l’Empire ottoman en 1888.

En 1888, le Résident Général français à Tunis relate le processus de soumission des tribus tunisiennes réfugiées en Tripolitaine. Après des négociations menées par Josef Allegro entre janvier et avril, ces tribus acceptent de revenir en Tunisie après leurs récoltes. Après le traité du Bardo, la Jeffara est finalement déclaré territoire militaire après une décennie d'hésitations. La Jeffara entière passent sous contrôle strict du protectorat, où toute décision civile ou militaire requiert l'approbation préalable des autorités coloniales. Le début de méfiance des Ouerghemma de cette colonisation, s'est manifesté par une émigration des ksours de Médenine vers oued Fessi et les franges tripolitaines, juste après l'installation en 1887 de l'armée française à Metameur puis à Médenine en 1888. Les pactes tribaux des Ouerghemma évoquent une double menace semant la confusion. Face à cela, la Tripolitaine devient leur base stratégique pour une future libération. Ils organisent un exode massif vers cette région pour former un front défensif actif, non un simple refuge.

le Chaouch Ali ben Abdenebi qui reçoit chez lui un Gharib (étranger) chouchen (Abid, Noir) qui arrive le soir à Ksar Ben Garden en demandant de voir les Touazines le cavalier ancien Makhzen lui propose et l'invite de passer la nuit chez lui pour dîner et se reposer et le matin il le conduit chez les Touazines. Au lever du jour ils se dirigent vers le Ksar mais avant d'arriver au Ksar le Cheikh cavalier s'arrête devant le cimetière Sidi Khilf, et il montre les tombeaux à ce Gharib « si vous êtes venu chercher les Touazine voilà ce qui reste des Touazine ».

Cette introduction assez pessimiste du Hadj Mohamed Houdheiri montre bien son attachement à ce mythe fondateur et aux bouleversements de ces hommes et de cet espace sous le poids des inégalités de l'histoire parce que l'histoire du cavalier Makhzen et du Gharib de Ghbenten se passe aux pires moments de la colonisation française.

Territoires militaires du Sud tunisien

L'envoyé spécial du Journal « la Patrie Humaine » envoyé aux régions du sud tunisien, Gérard de Lacaze-Duthiers écrivait dans le même contexte:

Il est difficile à un visiteur d'entrer dans le territoire militaire du sud tunisien, pas à cause des handicaps naturels et climatiques, mais à cause du rideau de fer pour ne pas divulguer ce que le pouvoir central est en train de réaliser... jusqu'à trouver qu'il est plus facile d'aller chez les Soviets (URSS) que de visiter ces territoires militaires du sud tunisien...

Il a été difficile d'entrer dans la Jeffara à cause de ce blocus imposé par les autorités militaires coloniales.

Historiquement, ils sont réputés comme étant d'excellents cavaliers[25], et sont proches des Hamama[27].

Législation

Les Ouerghemma semblent avoir perduré l'usage du droit berbère jusqu’à l’avènement de l’indépendance[28]. Ainsi, ils connaissent jusqu’à l'indépendance de la Tunisie un ordre juridique qui existe officieusement et en parallèle, voire en concurrence avec l’ordre juridique étatique[29].

Le droit des Ouerghemma se forme de trois éléments : Ada, Qanun Chartia et Khilf[30]. L‘Ada est une pratique commune et reconnue qui, en principe, possède une certaine ancienneté, mais, contrairement à ce qu’elle peut laisser penser, elle peut être changée, abrogée ou modifiée à tout moment par l’Assemblée des notables, appelée « Miâad » chez les Ouerghemma dont les membres sont élus par l’ensemble de la tribu. Cette Assemblée décide de manière consensuelle de la politique générale à adopter par la tribu, y compris les coutumes à suivre et, pour assurer leur respect au quotidien, élit un ou des responsables appelés « Cheikh El-Orf » et « Cheikh Chartia »[28],[29].

Le Cheikh el-Orf est un connaisseur de la coutume. Il est chargé de présider l’Assemblée, de résoudre les problèmes de la vie courante, d’arbitrer et de trancher les litiges à l’amiable ou sur la base d’Ada, de Qanun Chartia et de Hilf. Il est assisté dans sa mission par le Cheikh Chartia qui exerce la fonction de veiller au respect des bonnes mœurs, à la bonne conduite des individus et à la pratique adéquate des affaires. Il exécute également les ordres de l’Assemblée et les sentences du Cheikh el-Orf[29].

Concernant les deux autres sources du droit berbère en Tunisie, à savoir le Qanun Chartya et le Khilf. Il s’agit essentiellement des règles posées volontairement par l’Assemblée qui définissent les conduites exigées ou prohibées par le groupe. Elles diffèrent ainsi de l’Ada qui, en principe, reprend des règles multiséculaires. Une autre différence réside au niveau de la compétence : l’Ada est d’application générale, alors que Qanun Chartia est d’application limitée à une tribu ou à une de ses fractions[31].

Quant au Khilf, il est une sorte de statut issu d’un accord conclu entre des Assemblées de différentes fractions d’une même tribu ou d’une même confédération. Les Khilf les plus connus sont : Khilf al-Fadhul de 1863, Khilf al-Haddag de 1875 et Khilf al-Achach de 1882[31].

Géographie

Selon le commandant François Rebillet (capitaine du 4e régiment d'infanterie) dans son ouvrage Le Sud de la Tunisie (1886), citant les auteurs arabes du Moyen Âge, le terme djebel Demmer s'applique à toute la région montagneuse qui s'étend du djebel Nefoussa jusqu'au sud de Gabès, « sur une longueur de sept jours de marche ». Les cartes modernes divisent cette région entre le plateau des Matmata, le djebel Douiret et le djebel Abiodh : ce sont des divisions exactes et nécessaires mais c'est une restauration utile que celle du seul terme par lequel on puisse désigner l'ensemble des plissements qui forment l'ossature du Sud tunisien[32].

Composition

La confédération est composée de six tribus : les Accaras (dont les Mouensa), les Touazine (dont les Ouled-Mahmoud et les Ouled-bou-Zid), les Khezours (dont les Mehabeul, les Temara, les Rebenten, les Hararza et les Haouaïa), les Ghoumrassen, les Ouderna (dont les Ouled-Selim[33], les Ouled-Abd-el-Hamid[34] et les Djelidat) et les Djebalia[35].

Au XIXe siècle, la population de la confédération est estimée entre 20 000 et 25 000 personnes[36].

Dialecte

Notes et références

Voir aussi

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