Ouvrage de la ligne Maginot

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L'entrée des munitions de l'ouvrage du Galgenberg (en Lorraine) en 2004, une des deux entrées de l'ouvrage.
Le bloc 1 de l'ouvrage de Rimplas (dans les Alpes), armé avec deux mortiers de 81 mm et deux jumelages de mitrailleuses.
Les cuisines de la caserne souterraine de l'ouvrage de Schœnenbourg (en Alsace) en 2006.

Un ouvrage de la ligne Maginot est une construction militaire ayant pour but de protéger une portion de la ligne Maginot.

Un ouvrage désigne au sens large n'importe quel élément (casemate, blockhaus, abri, fossé, digne, etc.) composant ladite ligne ; mais au sens précis du terme, un « ouvrage » est synonyme d'un fort, soit une grosse fortification autonome. Ces ouvrages sont composés d'un ensemble de blocs en surface, reliés le plus souvent entre eux par des galeries profondément enterrées, avec des œuvres vives souterraines communes (magasins, casernement, usines, etc.).

Ces constructions ont été mises en chantier au début des années 1930, ont servi pendant la Seconde Guerre mondiale, ont été réutilisées pendant la guerre froide avant d'être progressivement abandonnées par l'armée française.

Types d'ouvrages

Le terme utilisé dans les documents militaires dès les premiers chantiers est celui d'« ouvrage »[1], mais le terme de « fort » est dans quelques cas employés, d'abord dans plusieurs projets des années 1920, ensuite encore aujourd'hui localement (par exemple le « fort Casso » est le surnom de l'ouvrage de Rohrbach[2]).

Dans le cas unique de l'ouvrage du Hochwald, un troisième terme est employé étant donné ses dimensions (onze blocs de combat, neuf casemates de fossé, un bloc-observatoire et trois entrées, sans compter le réduit) : celui d' « ensemble », officiellement subdivisé en deux ouvrages (Hochwald Ouest et Hochwald Est) avec chacun leur propre caserne, usine et entrée des hommes[3].

Un ouvrage s'organise autour de son armement et de sa mission, ainsi, suivant les rôles attribués, on retrouve différentes tailles d'ouvrages et différents éléments. De plus, l'adaptation au terrain est également prépondérante dans l'organisation générale de ces ensembles fortifiés.

Dans le système des régions fortifiées, la ligne fortifiée, appelée « ligne principale de résistance », est composée de plusieurs ouvrages entre lesquels la continuité du barrage est assurée par des casemates d'intervalle. Bien que les ouvrages aient été triés en cinq classes dans les années 1930, l'usage est de les répartir en deux grands types d'ouvrages : d'une part les « gros ouvrages » (GO), disposant de nombreux blocs avec un armement comprenant de l'artillerie (canons, obusiers et mortiers), d'autre part les « petits ouvrages » (PO), allant du monobloc jusqu'à six blocs armés presque uniquement avec des armes d'infanterie (mitrailleuses, lance-grenades et fusils-mitrailleurs). Les gros ouvrages doivent couvrir toute la ligne en flanquement avec leur artillerie sous casemates et fournir une action frontale grâce à leur artillerie sous tourelles, tandis que les petits ouvrages soutiennent les casemates d'intervalle grâce à leurs tourelles de mitrailleuses.

Officiellement, il y a cinq catégories d'ouvrages selon leur importance, auxquels on peut rajouter les avant-postes des Alpes :

Classement des ouvrages du Nord-Est selon leur taille[4]
Classes d'ouvragesTaille (nombre de blocs)ArmementsÉquipagesOuvrages
1re classegros ouvrages
(19 à 6 blocs)
artillerie et infanteriede 1 000 à 600 hommesFermont, Latiremont, Bréhain, Rochonvillers, Molvange, Soetrich, Métrich, Hackenberg, Anzeling, Simserhof, Schiesseck, Hochwald et Schœnenbourg
2e classegros ouvrages
(9 à 5 blocs)
artillerie et infanteriede 600 à 250 hommesChesnois, Vélosnes, Kobenbusch, Galgenberg, Billig, Mont-des-Welsches, Michelsberg et Four-à-Chaux
3e classepetits ouvrages
(7 à 4 blocs)
artillerie et infanteriede 250 à 200 hommesImmerhof, Bovenberg, Annexe Sud de Coume, Laudrefang, Otterbiel et Grand-Hohékirkel
4e classepetits ouvrages
(4 à 2 blocs)
infanteriede 200 à 100 hommesEth, Les Sarts, Bersillies, La Salmagne, Boussois, Thonnelle, Ferme-Chappy, Mauvais-Bois, Aumetz, Hobling, Bousse, Denting, Village-de-Coume, Mottenberg, Kerfent, Bambesch, Teting, Haut-Poirier, Welschoff, Rohrbach et Lembach
5e classepetits ouvrages
(2 blocs ou monoblocs)
infanteriede 130 à 80 hommesLa Ferté, Bois-du-Four, Bois-Karre, Oberheid, Sentzich, Coucou, Berenbach, Annexe Nord de Coume, Coume et Einseling
Classement des ouvrages du Sud-Est selon leur taille[5]
Classes d'ouvragesTaille (nombre de blocs)ArmementsÉquipagesOuvrages
2e classegros ouvrages
(7 à 4 blocs)
artillerie et infanteriede 373 à 161 hommesRoche-la-Croix, Monte-Grosso, Agaisen et Mont-Agel[N 1]
3e classegros ouvrages
(8 à 3 blocs)
artillerie et infanteriede 344 à 146 hommesSaint-Antoine, Sapey, Lavoir, Janus, Saint-Ours Haut, Rimplas, Gordolon, Flaut, Saint-Roch, Barbonnet, Castillon, Sainte-Agnès, Roquebrune et Cap-Martin
4e classepetits ouvrages
(5 à 3 blocs)
artillerie et infanteriede 177 à 149 hommesSaint-Gobain et Col-de-Brouis
5e classepetits ouvrages
(3 blocs à monobloc)
infanteriede 36 à 25 hommesSaint-Ours Bas, Fressinéa et Valdeblore
Non classés[6]
(pas terminés)
tailles diverses (de 6 blocs à monobloc)artillerie et infanteriede 298 à 19 hommesChâtelard, Cave-à-Canon, Pas-du-Roc, Arrondaz, Col-de-Buffère, Col-de-Granon, Gondran E, Les Aittes, Restefond, Plate-Lombarde, Granges-Communes, Col-de-la-Moutière, Baisse-de-Saint-Véran et Plan-Caval
Abris actifspetits ouvrages
(3 à 2 blocs)
infanterie54 à 100 hommesCol-de-Restefond, Col-de-Crous, Col-de-la-Valette, La Séréna, Caïre-Gros, Col-du-Fort, La Béole, La Déa, Col-d'Agnon, Champ-de-Tir-de-l'Agaisen, Col-des-Banquettes, Col-de-Garde et Croupe-du-Réservoir
Avant-postesde 7 à 3 blocsinfanteriede 56 à 20 hommesSéloges, Le Planay, Haricot de Villaroger, La Vanoise, Les Revêts, Le Fréjus, La Roue, Vallée-Étroite, Les Rochilles, Chenaillet, Larche, Col-des-Fourches, Le Pra, Saint-Delmas-le-Selvage, Isola, Valabres Nord, Valabres Sud, Conchetas, Castel-Vieil, Le Planet, Col-de-Raus, La Croix-de-Cougoule, Castes-Ruines, Baisse-de-Scuvion, Pierre-Pointue, La Péna, La Colleta et Collet-du-Pilon

Petits ouvrages

Les 57 petits ouvrages (« PO », appelés aussi « ouvrage d'infanterie », ils sont 36 dans le Nord-Est et 21 dans le Sud-Est) correspondent aux classes 3, 4 et 5, ils comptent de six blocs à un seul (monobloc), abritent principalement des armes d’infanterie, complétées dans plusieurs cas par des mortiers de 81 mm — ce qui leur vaut parfois l’appellation de « petits ouvrages d’artillerie » ou « ouvrages mixtes ». Dans le Nord-Est, ces ouvrages assurent la continuité des feux de mitrailleuses et de canon antichar le long de la ligne de résistance grâce à des créneaux tirant en flanquement de part et d'autre de l'ouvrage, rajoutant en plus grâce à une tourelle pour deux mitrailleuses une action frontale ou sur les arrières. Les projets de la CORF prévoyaient aussi de les équiper chacun avec une tourelle pour deux mortiers de 81 mm, tourelles qui furent ajournées pour faire des économies (elles n'ont été installées qu'aux ouvrages de l'Immerhof et de l'Otterbiel). Quant aux petits ouvrages du Sud-Est (Alpes), leur mission n'est pas d'assurer un flanquement (rendu impossible par le relief), mais d'interdire une vallée ou un col.

Il existe trois catégories de petits ouvrages : ceux prévus comme tels, ceux qui ne sont que des ouvrages d'artillerie inachevés et ceux qui sont des « abris actifs ». Les ouvrages monoblocs sont des cas un peu à part, cumulant deux chambres de tir et la tourelle pour mitrailleuses dans un seul gros bloc (au lieu de trois) pour des raisons d'adaptation au terrain. Les petits ouvrages d'infanterie prévus comme tels sont les ouvrages de Bersillies, de La Salmagne, de La Ferté, de la Ferme-Chappy, de l'Immerhof (mixte), du Bois-Karre (monobloc), de l'Oberheid, de Sentzich (monobloc), du Coucou (un observatoire non construit), de Hobling (entrée non construite), de Bousse, de Berenbach, du Bovenberg, de Denting, du Village-de-Coume, Annexe Nord de Coume (monobloc), Annexe Sud de Coume (entrée non construite), du Bambesch (entrée non construite), de l'Einseling (monobloc), de Teting (entrée non construite), du Welschof (entrée non construite), de Lembach (entrées non construites), du Châtelard, de la Cave-à-Canon, d'Arrondaz, du Col-de-Buffère, du Gondran E, des Aittes, Saint-Ours Bas (monobloc), du Col-de-la-Moutière, de Fressinéa, de Valdeblore, de la Baisse-de-Saint-Véran et du Col-de-Brouis.

Les petits ouvrages qui sont des ouvrages d'artillerie inachevés pour des raisons budgétaires (les blocs d'artillerie et d'entrées sont repoussés en second cycle, jamais financé) sont les ouvrages d'Eth, des Sarts, de Boussois, de Thonnelle, du Mauvais-Bois, du Bois-du-Four (monobloc), d'Aumetz, de Coume, du Mottenberg, du Kerfent, de Laudrefang, du Haut-Poirier, de Rohrbach et de l'Otterbiel (mixte).

Se rajoutent à la liste des petits ouvrages les abris actifs du Sud-Est, qui sont de simples abris-cavernes sur lesquels a été greffé une casemate d'infanterie ou un observatoire d'artillerie.

Gros ouvrages

Les 40 gros ouvrages (« GO », appelés aussi « ouvrage d'artillerie », ils sont 22 dans le Nord-Est et 18 dans le Sud-Est) correspondent aux classes 1, 2 et 3. Ils comptent de dix-neuf à cinq blocs, ces derniers abritant de l'artillerie ou des armes d'infanterie (souvent une association des deux). Ces ouvrages doivent assurer le flanquement de la ligne de résistance à partir de leurs casemates et de leurs différentes tourelles (ces dernières peuvent en plus agir frontalement et sur les arrières).

Les gros ouvrages se divisent en trois catégories, selon leurs dimensions. Les plus vastes d’entre eux, appelés « ensembles », sont même subdivisés en deux éléments — demi-forts, demi-ouvrages ou ailes —, reliés par des galeries formant une arborescence en Y. C’est le cas des ouvrages du Hackenberg, du Simserhof et du Hochwald.

La deuxième catégorie regroupe des ouvrages dont les différents organes sont reliés par une galerie unique et longue. On retrouve cette configuration dans les ouvrages du Chesnois, de Fermont, de Latiremont, de Bréhain, de Rochonvillers, de Molvange, de Soetrich, du Kobenbusch, de Métrich, du Billig, du Michelsberg, d’Anzeling, du Schiesseck et de Schœnenbourg.

Enfin, la troisième catégorie concerne des ouvrages plus compacts, implantés sur des reliefs — collines dans le Nord-Est ou escarpements dans le Sud-Est. Leur configuration concentrée ne nécessite qu’une galerie courte, dépourvue de voie ferrée de 60 cm. Cette disposition caractérise les ouvrages de Vélosnes, du Galgenberg, du Mont-des-Welches, du Grand-Hohékirkel, du Four-à-Chaux, de Saint-Antoine, du Sapey, du Lavoir, du Janus, de Roche-la-Croix, de Saint-Ours Haut, de Rimplas, de Gordolon, de Flaut, du Monte-Grosso, de l’Agaisen, de Saint-Roch, du Barbonnet, de Castillon, de Sainte-Agnès, du Mont-Agel, de Roquebrune et du Cap-Martin.

Avant-postes alpins

Dans les Alpes, les 29 avant-postes (AP) sont de véritables ouvrages, composés de plusieurs petits blocs reliés entre eux par des galeries souterraines. Les différences avec les autres ouvrages sont d'abord leurs dimensions plus modestes, ensuite qu'ils ont des blocs plus légers et moins armés (uniquement des armes d'infanterie), que leurs plans ont été établis par les 14e et 15e régions militaires et non par la CORF et qu'ils ont été construits par la main-d'œuvre militaire (MOM).

Ces avant-postes sont placés au plus près de la frontière franco-italienne, en avant de la ligne principale de résistance composée des ouvrages CORF, comme avec l'avant-poste du Collet-du-Pilon. L'avant-poste de Pont-Saint-Louis est à part, car se limitant à une simple casemate défendant un barrage routier.

Composants

Bien qu'il y ait eu une évolution dans la construction des ouvrages de la ligne Maginot, tous sont organisés au moyen de trois composantes :

Entrées

Entrée des munitions de l'ouvrage du Kobenbusch (en 2004).

L'accès à un ouvrage se fait en général par des blocs servant d'entrées, théoriquement au nombre de deux par ouvrage. Pour plusieurs ouvrages, les soucis d'économie ont imposé soit la construction d'une unique entrée (appelée alors entrée mixte), soit d'aucune (une casemate de l'ouvrage se voit alors équipée d'une porte). L'intérêt d'avoir deux entrées est principalement pour avoir deux entrées d'air distinctes, les deux étant éloignés l'une de l'autre et surtout pas à la même altitude (en cas de bombardement, les gaz toxiques s'accumulent dans les fonds). Ces deux entrées sont spécialisées, l'une plus grande sert à l'entrée des munitions (EM), la seconde plus réduite sert à l'entrée des hommes (EH).

Selon la configuration du terrain, ces entrées sont de plain-pied, en plan incliné (avec un escalier et une benne retenue par un contre-poids pour descendre la pente à 25 %) ou en puits (avec cages d'ascenseur et d'escaliers). Dans les Alpes, certaines entrées escarpées sont équipées d'un téléphérique. Les entrées sont protégées, d’une part, par l’épaisseur de leur façade et de leur dalle en béton armé, ainsi que par leurs portes blindées étanches et un fossé diamant. D’autre part, leur défense repose sur un arsenal composé de canons antichars, de jumelages de mitrailleuses, de fusils-mitrailleurs et de goulottes lance-grenades. Cette protection est renforcée par les armements des autres blocs, des ouvrages voisins et des troupes d’intervalle.

Installations souterraines

Galerie souterraine, train électrique et ascenseurs de l'ouvrage de Schœnenbourg (en 2006).

La communication entre les blocs se fait par des galeries le plus souvent profondément enterrées, pour permettre l'approvisionnement en électricité, en air pur, en munitions et en hommes de chaque bloc. Quand les dimensions de l'ouvrage l'exigent, les galeries sont équipées de rails où circulent des trains à traction électrique.

Les groupes électrogènes, les ventilateurs, les batteries de filtres, les magasins à munitions, la ou les casernes et le poste de commandement de l'ouvrage sont installés en souterrain, assez profondément pour être à l'abri des bombardements. Chaque ouvrage dispose d'une usine abritant quatre groupes électrogènes (deux fonctionnant et deux en réserve), les convertisseurs électriques, les ventilateurs, une salle des filtres (filtres à air contre les gaz toxiques) et un atelier. Les stocks de munitions, de carburant (gazole) et d'huile moteur sont prévus pour que l'ouvrage soit autonome pendant au moins trois mois.

La caserne, équipée d’un bloc opératoire, de cuisines, de sanitaires et d’une prison, abrite également le poste de commandement de l’ouvrage, généralement situé à proximité et relié par téléphone à l’ensemble des blocs, aux observatoires et aux ouvrages voisins. Dans les ouvrages de grande taille, les citernes d’eau sont complétées par un puits ou un captage de source souterraine, tandis qu’un système d’égout et une morgue sont également prévus.

Blocs de combat

Deux créneaux protégeant chacun un canon du bloc 2 de l'ouvrage de Sainte-Agnès (en 2010).

La fonction principale de l'ouvrage, le combat, est assurée par les blocs se trouvant à la surface. Ces blocs doivent être de dimension réduite, être dispersés sur le terrain à raison de 50 à 100 mètres entre chacun et ne pas être alignés, pour diminuer les effets des bombardements. Ces blocs de combat sont protégés par des façades et des dalles de béton armé très épaisses (3,5 mètres d'épaisseur en plaine pour les parties exposées, jusqu'à m autour des tourelles), par des fossés, par des réseaux de barbelés et de rails, par des cuirassements (tourelles à éclipse, trémies obturant les créneaux, porte blindées et revêtement intérieur en tôle) et par leurs armes.

L'armement est relativement peu nombreux, mais à grande cadence de tir : fusils-mitrailleurs, jumelages de mitrailleuses, canons antichars, mortiers et canons. Toutes ces armes sont :

Équipages

Relève dans un gros ouvrage de la ligne Maginot en 1939.

La garnison de chaque ouvrage, appelée « équipage » par analogie avec un navire de guerre, varie selon ses dimensions et son armement. Selon les besoins en personnel spécialisé, l'équipage est composé de détachements provenant des régiments d'infanterie de forteresse (RIF) ou des bataillons alpins de forteresse (BAF) pour le service des armes d'infanterie, des régiments d'artillerie de position (RAP) pour le service des pièces d'artillerie et des bataillons de génie de forteresse (BGF) pour les transmissions (téléphone et radio), le transport (réseau ferroviaire des plus gros ouvrages), etc.

Pour les petits ouvrages et les avant-postes alpins, armés uniquement (à quelques exceptions près) avec des armes d'infanterie, leurs équipages sont composés essentiellement d'un détachement d'infanterie. Pour les gros ouvrages, constitués de blocs d'infanterie et de blocs d'artillerie, leur équipages ont une composition plus variée, réunissant les différentes armes (infanterie, artillerie et génie).

Organisation

Comme les unités de forteresse doivent fournir d'une part le personnel servant de garnison aux ouvrages et aux casemates ainsi que d'autre part les troupes d'intervalle (ces dernières occupant à la mobilisation les points d'appui et les petits blockhaus), une spécialisation est prévue.

Le , le général Gamelin ordonne la constitution d'unités spécifiques pour les ouvrages du Nord-Est :

« Constituer dès le temps de paix pour chaque ouvrage une garnison active, véritable équipage qui servirait de noyau à la garnison de guerre. Cette garnison, placée sous le commandement d'un chef qui aurait la charge constante de l'ouvrage, comprendrait du personnel de toutes les armes et services. »

 Ordre du général Gamelin, 3 juin 1935.

En conséquence sont constituées en 1936 des « batteries d'ouvrages » (appelées « groupes d'artillerie de fortification », GAF, dans la région fortifiée de la Lauter) au sein des RAP[7] et en 1937 des « compagnies d'équipages d'ouvrages » (CEO) au sein des RIF[8]. Chaque secteur fortifié ou défensif du Nord-Est dispose donc en temps de paix d'un RIF regroupant des CEO (de deux à six, pour les ouvrages et casemates) et des « compagnie de mitrailleuses » (pour les intervalles), ainsi que d'un RAP regroupant les batteries d'ouvrages et les « batteries de position ». Les CEO et les batteries d'ouvrages sont stationnées en temps de paix dans les « casernements de sûreté », casernes réparties à raison d'une par sous-secteur le long de la ligne, ainsi que dans les « casernements légers de proximité » à côté de l'entrée de chaque ouvrage (les casernes souterraines n'étant pas utilisée en temps de paix, hormis pour les alertes et les exercices).

Juste avant la mobilisation de 1939, l'ensemble des équipages correspond à un effectif de 16 000 hommes dont 450 officiers.

À la mobilisation, les CEO de la région fortifiée de Metz sont dissous, tandis que ceux du Nord (SF de l'Escaut et de Maubeuge) et de la région fortifiée de la Lauter sont maintenues. Les batteries d’ouvrages sont généralement attribuées à raison d’une batterie par ouvrage d’artillerie, plus rarement pour deux ouvrages — comme c’est le cas, par exemple, des ouvrages du Galgenberg et du Kobenbusch, desservis par la 34e batterie du 151e RAP. Une exception notable concerne l’ouvrage du Hackenberg, qui nécessite deux batteries distinctes : la 35e/153e RAP pour le demi-ouvrage Ouest et la 34e/153e RAP pour le demi-ouvrage Est.

Structure du commandement

En temps de paix, les équipages sont aux ordres du commandant du secteur fortifié ou défensif (SF ou SD), lui-même recevant ses ordres du général commandant la région militaire. En temps de guerre, les équipages sont toujours sous les ordres de leur secteur fortifié (certains ont pris le nom de corps d'armée de forteresse, CAF ou de division d'infanterie de forteresse, DIF), mais ce secteur dépend désormais d'une des armées de manœuvre.

Au sein de chaque ouvrage, le commandement interarmes est unifié sous l'autorité d'un commandant d'ouvrage (parfois surnommé le « pacha »), le plus souvent un officier d'infanterie, sauf pour les plus gros ouvrages d'artillerie[N 2], secondé par un adjoint ou dans les plus gros ouvrages un commandant en second. Ils ont sous leurs ordres les officiers commandant les différents services : le commandant d'artillerie (s'il y a lieu), le commandant d'infanterie, le commandant du génie (chargé de la sécurité contre l'incendie, les infiltrations d'eau et les gaz), le major d'ouvrage (chargé de l'administration, de la discipline, de la circulation dans les galeries et de la défense des dessous), le chef des transports, le chef des transmissions et le médecin-chef.

Exemple pour l'ouvrage de Molvange (dans le secteur fortifié de Thionville, dépendant de la 3e armée), dont l'effectif est en de 711 hommes et 24 officiers : le chef de bataillon Justamon (du 169e RIF) a la charge du commandement de l'ouvrage, secondé par le lieutenant Mathieu (du 169e RIF) comme major, le capitaine Martin (26e batterie du 151e RAP) comme commandant d'artillerie, le capitaine Paqueron (du 169e RIF) comme commandant d'infanterie et le capitaine Roy (203e BGF du 2e régiment du génie) comme commandant du génie. Les onze blocs sont commandés selon leur taille chacun par un sergent, un adjudant-chef ou le plus souvent par un lieutenant.

Service

Afin d'assurer le service continu des différents organes des ouvrages, la plupart des membres des équipages sont répartis en plusieurs équipes qui se relèvent à tour de rôle. Le système est inspiré de celui en usage sur les unités de la Marine nationale, où chaque bordée (bâbord et tribord) est composée de deux quarts, à tel point que des officiers de marine ont contribué aux définitions des instructions et que plusieurs sous-officiers et officiers des fortifications effectuent des stages en mer[9]. Les hommes sont affectés à un bloc ou à un service, chacun avec un numéro de rôle (exemple : « 5-311 » pour bloc 5, premier canonnier du premier tour de service) qui se retrouve sur son lit.

L'équipage d'un bloc d'infanterie est divisée en quatre équipes (quart de veille, quart de piquet, quart de renfort et quart disponible), dont trois présents dans le bloc et qui alternent entre eux toutes les huit heures et un quatrième dans la caserne de l'ouvrage, remplacé toutes les vingt-quatre heures. Pour les blocs d'artillerie, la plupart des équipages sont organisés en trois équipes (de veille, de piquet et de repos), certains en quatre quarts ; l'usine (électricité, ventilation, filtres, etc.) fonctionne avec quatre équipes (deux équipes de fonctionnement, la troisième d'entretien et la quatrième au repos) ; les transmissions fonctionnent avec trois sapeurs alternant par poste ; les autres services (cuisines, infirmerie, PC, etc.) fonctionnent avec deux équipes (de jour et de nuit) ; seuls les officiers sont sans relève.

Pour l'exemple d'un bloc d'infanterie, trois situations sont prévues :

  • en situation calme, un quart (de veille) assure la surveillance, un deuxième (de piquet) est de corvée ou au repos, tandis qu'un troisième (de renfort) est dans la chambrée du bloc ;
  • en situation d'alerte, deux quarts (de veille et de piquet) servent l'armement principal (mitrailleuses et cloches), tandis que le troisième (de renfort) est dans la chambrée ;
  • en situation de combat, le quart se trouvant dans la chambrée peut être appelé pour servir l'armement de défense rapproché (créneaux FM et goulottes lance-grenades).

Histoire

Notes et références

Annexes

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