Promotion 1946-1947 de l'École nationale d'administration

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La promotion 1946-1947 de l’École nationale d’administration, dite promotion France Combattante, est la première promotion d’élèves de l’École nationale d'administration, créée en 1945. Elle porte le nom d'une idée et non d'une personne, contrairement à la plupart des promotions suivantes.

La promotion France Combattante est remarquée pour son caractère pionnier ainsi que pour le nombre élevé d’élèves ayant par la suite accédé à des postes à très haute responsabilité, parmi lesquels les ministres Alain Peyrefitte et Jacques Duhamel, ainsi que le président du Conseil constitutionnel Yves Guéna.

Concours

Le concours est ouvert par arrêté le 10 octobre 1945, le mois même de la création de l'école à laquelle il devait donner accès[1]. Les épreuves ont lieu sur deux jours, le 12 et le 13 décembre, de la même année[1]. Les étudiants ont ainsi eu un temps très court de préparation au concours[2]. Dix centres d'examens sont ouverts en France métropolitaine[3].

Le concours donnant accès à cette promotion était un concours « spécial », ouvert seulement à des personnes pouvant indiquer des faits de résistance durant la Seconde Guerre mondiale, ou ayant été envoyés en camps[4]. Chaque candidat a reçu une « note de civisme » comptant dans l'établissement de la liste d'admission, dotée d'un coefficient de 3[3]. Simon Nora, admis à l'issue du concours, a ainsi déclaré : « Je suis passé à peu près directement du maquis à l'ENA et je dois dire que je ne me suis pas senti dépaysé [...] On allait dans l'administration comme on entrait en religion : pour continuer le combat »[5]. Deux autres promotions spéciales (Croix de Lorraine 1947-1948 et Jean Moulin 1948-1949[3].

Le concours étant spécial, le régime d'épreuves est allégé[1]. Deux grandes épreuves écrites sont organisées : une épreuve de question d'actualité (3h, coefficient 3), où les candidats doivent choisir trois questions parmi trois groupes de questions ; et une épreuve de composition (6h, coefficient 5), exigeant des candidats qu'ils « montre[nt] à grands traits l’influence que les principes de 1789 ont exercée sur l’évolution politique dans le monde ; l’application de ces mêmes principes suffit-elle pleinement, au point de vue économique et social, aux hommes des sociétés modernes ? »[3]. L'épreuve de langue vivante étrangère et l'épreuve de sport, obligatoires à l'avenir, sont optionnelles[3].

Le président du concours est Pierre Brin, procureur général près la Cour des comptes. Les admissibles sont invités à se présenter à une épreuve orale technique de 15 minutes portant sur une discipline de spécialité choisie par le candidat (Droit public et administratif ; Économie sociale et droit du travail ; Économie politique ; Histoire diplomatique). Le dernier oral a lieu en février 1946[3].

Le concours se tient en même temps que les ultimes concours autonomes des Grand corps de l'État. Certains candidats se présentent au concours de l'Ecole en parallèle du concours autonome, ou à l'issue d'un échec à ce dernier, à l'image de Jacques Leprette et Jean-Pierre Lescuyer[3]. Max Querrien ayant été admis à l'ultime concours autonome de recrutement au Conseil d'État deux mois après avoir été admis à l'ENA, décide de démissionner de cette dernière[3]. Ainsi, sur les 95 admis au sein de la promotion, 9 démissionnent ou refusent le bénéfice du concours[3].

Parmi toutes les demandes d'admission à concourir, 1 005 candidats sont admis à se présenter. Parmi eux, 307 sont issus de la province. Très peu de candidats (13) ont moins de 21 ans ; la plupart ont entre 21 et 26 ans (611)[3]. Parmi les admis, les plus âgés sont nés dans les années 1910, et les plus jeunes à la fin des années 1920. Aucune femme ne réussit le concours[3].

Déroulement de la scolarité

La liste des admise ayant été publiée en février 1946, la scolarité commence le 1er mars 1946[3]. Il s'agit d'une scolarité écourtée, courant de mars 1946 à juillet 1947, avec des vacances[3]. La durée de la scolarité tranche par conséquent avec celle des promotions suivantes, qui iront jusqu'à trois ans avant de se stabiliser autour de 24 mois pour l'Institut national du service public. Le choix de nom de promotion se fait de manière consensuelle[3].

Les élèves sont répartis en sections, en vertu de vœux exprimés lors du concours et de leur classement : administration générale ; administration économique et financière ; administration sociale ; affaires extérieures[3]. Les cours propres à chaque section conduisent à un fractionnement de la promotion, dont les membres se rencontrent peu en dehors des cours communs[1].

Les élèves ne bénéficient pas d'un stage de terrain long. Ils suivent les cours à l'ENA le matin, et travaillent l'après-midi comme stagiaires dans les administrations où ils ont été affectées[3].

Alain Peyrefitte suit sa scolarité à l'ENA en parallèle de sa scolarité à l'École normale supérieure de la rue d'Ulm[3].

Cours dispensés

Les fonctionnaires-stagiaires suivent des cours généraux en commun, ainsi que des conférences sporadiques animées par des invités, et enfin des cours de spécialités en fonction de leur section, en plus des stages[3]. Le directeur, Henri Bourdeau de Fontenay, recrute lui-même les enseignants. Les cours magistraux dispensés sont les suivants[1] :

  • Raymond Aron : « La crise du XXe siècle ».
  • Jean Dresch : « Les matières premières et les marchés ».
  • Alfred Sauvy : « Problèmes démographiques ».
  • Wilfrid Baumgartner : « Les finances de la France et la reconstruction du pays ».
  • Pierre Laroque : « Le problème ouvrier ».
  • Robert Marjolin : « Les grands problèmes de l'économie contemporaine ».
  • Jean Ullmo : « Aspects récents de la science économique ».
  • Charles Chaumont : « Principes du droit international ».
  • M. Henry : « La France devant le monde depuis 1815 ».
  • M. Julien : « Pays et hommes d'outre-mer ».

Parmi les « maîtres de conférences » (enseignant de conférences de méthodes), figurent notamment :

Michel Debré donne lui même un cours de morale de la fonction publique[3].

Classement

Les épreuves de classement sont organisées dans un climat de défiance envers l'administration, car la liste des postes proposés par ces dernières, révélée peu avant le début des épreuves, montre que les Grands corps ont proposé très peu de postes[1]. La promotion plaide devant le vice-président du Conseil d’État, Pierre-Henri Teitgen. N'obtenant pas gain de cause, la promotion organise une conférence de presse à l'hôtel Lutétia[1]. Cela tend les relations avec le gouvernement, qui retire le droit de grève aux élèves de l'ENA, mais mène à une augmentation du nombre de postes proposés par les grands corps[1].

Une autre tension a lieu lorsqu'un élève est accusé par des camarades d'avoir triché lors d'une des épreuves orales de classement. Ce dernier voit la porte de l'Inspection générale des finances se refermer sur lui, l'accusation de triche ayant été ébruitée. Il s'engage devant le directeur à ne pas introduire de recours contentieux, et obtient un poste au Conseil d’État[3].

Philippe Raichlen se classe major. Alain Peyrefitte se classe 3e[6].

Jean-François Kesler souligne le fait que la première promotion de l'ENA n'a pas été sensible à la hiérarchie symbolique ordonnant le prestige et la désirabilité des postes en sortie d’École dans les promotions suivantes. Ainsi, « le 28e de la promotion [...] put choisir l'Inspection générale des finances, parce que les 11e, 16e et 18e choisissaient la Cour des comptes, que les 7e, 15e et 22e choisissaient le Contrôle civil au Maroc, que les 19e, 24e et 26e choisissaient le ministère de l'Intérieur »[7].

Postérité

Marie-Laure Delorme qualifie la promotion France Combattante de « plus belle promotion de l'histoire de l'ENA » du fait de son caractère pionnier et du parcours de ses membres avant d'intégrer l'école[8]. Gilles Le Béguec montre que la première promotion de l’École se caractérise par une présence marquée dans les cabinets ministériels, car sur les « 85 élèves de la [...] fameuse promotion « France combattante », on recense en effet déjà 22 futurs membres des cabinets, le chiffre prenant exclusivement en compte les équipes de la Quatrième République »[9].

Liste des élèves

Voir aussi

Notes et références

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