Assassinat de Charlie Kirk
attentat aux États-Unis en 2025
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L’assassinat de Charlie Kirk a lieu le lors d'un meeting en plein air sur le campus de l'université d'Utah Valley, à Orem, dans l'État de l’Utah, aux États-Unis. Tandis qu'il s'adresse à la foule au sujet de la violence par armes à feu, le militant républicain conservateur d'extrême droite Charlie Kirk est pris pour cible par un tireur dissimulé. Grièvement blessé au cou, il perd immédiatement connaissance et s'effondre dans son fauteuil.
Utah (États-Unis)
12 h 20 (heure locale)
| Assassinat de Charlie Kirk | |||
La scène de l'homicide à l'université d'Utah Valley. | |||
| Localisation | Université d'Utah Valley, Utah (États-Unis) |
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|---|---|---|---|
| Cible | Charlie Kirk | ||
| Coordonnées | 40° 16′ 39″ nord, 111° 42′ 50″ ouest | ||
| Date | 12 h 20 (heure locale) |
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| Type | Crime politique | ||
| Armes | Carabine Mauser 98 modifiée pour le calibre .30-06 | ||
| Morts | 1 (Charlie Kirk) | ||
| Blessés | 0 | ||
| Auteurs présumés | Tyler Robinson | ||
| Géolocalisation sur la carte : Utah
Géolocalisation sur la carte : États-Unis
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Selon les autorités universitaires, l'assassinat est commis à 12 h 20 heure locale par un tireur posté sur le toit du Losee Center, un bâtiment du campus situé à environ 180 mètres de la tribune. Plusieurs vidéos prises par des témoins sont rapidement diffusées sur les réseaux sociaux.
Transporté en urgence à l'hôpital dans un état critique, Kirk est pris en charge rapidement. Donald Trump annonce peu après sa mort sur son réseau Truth Social.
De nombreuses personnalités politiques américaines et internationales, de droite comme de gauche, rendent hommage à Charlie Kirk et condamnent la violence politique. Malgré la condamnation de l'attentat par de nombreuses figures démocrates et les incertitudes concernant les motivations du suspect, plusieurs de leurs opposants accusent la gauche dans son ensemble d'être responsable de l'attentat.
Contexte
Contexte politique
L'assassinat de Charlie Kirk s'inscrit dans une série de violences politiques aux États-Unis notamment l'attaque du Capitole le , l'agression au marteau contre Paul Pelosi en , la tentative d'assassinat de contre Donald Trump puis celle de , l'assassinat du PDG d'UnitedHealthcare Brian Thompson en , l'incendie criminel (en) visant la résidence du gouverneur de Pennsylvanie Josh Shapiro en , le meurtre de deux employés de l'ambassade d'Israël à Washington D.C. en , ainsi que les attentats contre des députés du Minnesota en (en) qui ont coûté la vie à Melissa Hortman, députée à la Chambre des représentants du Minnesota, et à son mari, et blessé le député John Hoffman ainsi que son épouse[1],[2].
Mike Jensen, chercheur sur les violences politiques à l'Université du Maryland, évalue le nombre d'attentats à caractère politique à 150 au cours des six premiers mois de , soit deux fois plus que pour la même période en : Jensen affirme ainsi que l'assassinat de Kirk s'inscrit dans une augmentation des tensions nationales induite par l'insécurité économique, les craintes liées à l'immigration et la rhétorique politique toujours plus agressive[3]. En outre, de nombreux autres experts politiques s'accordent à dire que les États-Unis sont pris dans le cercle vicieux de la violence politique[4].
La victime

Charlie Kirk, militant politique conservateur[5],[6],[7],[8], classé à l'extrême droite par plusieurs politiques et médias français[9],[10],[8],[11],[12],[13],[14], est une personnalité médiatique américaine majeure[15]. Cofondateur de Turning Point USA (TPUSA) en , il en est le directeur exécutif. Il est également le PDG de plusieurs organisations politiques et sociales, telles que Turning Point Action (en) et Turning Point Faith. Partisan notoire de l'administration de Donald Trump, il est un fervent défenseur du conservatisme aux États-Unis.
L'assassinat a lieu lors de la première étape de la tournée American Comeback Tour durant laquelle Kirk devait visiter une quinzaine de villes américaines. Il était accompagné d’une équipe de sécurité privée, soutenue par les forces de l’ordre universitaires et locales.
Avant le meeting, auquel assistaient environ trois mille personnes, plus de six mille étudiants et professeurs avaient exprimé leur opposition à sa venue et signé en ligne des pétitions demandant aux administrateurs de l’université de l’annuler, « arguant que sa présence allait à l'encontre des engagements pris par le campus en faveur de l'inclusion »[16],[17].
Lors d'un dîner organisé avant l'événement, Kirk aurait refusé de porter un gilet pare-balles, selon le témoignage de sa femme[18].
Déroulement des faits

Attentat
Le tir d'une arme à feu retentit vers 12 h 20 (heure locale). Alors qu’il est en train de répondre à une série de questions d'un auditeur sur le nombre de personnes transgenres coupables de fusillades de masse entre et et leur poids relatif, au regard de l'ensemble de ce type d'affaires[19], Kirk est atteint au cou par la balle d'un tireur posté à environ 180 mètres de la tribune. La scène est filmée par plusieurs témoins qui postent des vidéos en temps réel sur les réseaux sociaux ; celles-ci montrent le mouvement de foule et la panique qui suivent l'attentat[10].
Hospitalisation et mort
Charlie Kirk est rapidement pris en charge et transporté au Timpanogos Regional Hospital (en)[20], à Orem.
Enquête
Premiers pas
George Zinn, un homme de 71 ans qui se trouvait sur le campus, déjà connu des autorités pour des délits allant de l'intrusion au trouble à l'ordre public, s'est volontairement fait passer pour le tireur auprès d'un policier, en criant : « Je lui ai tiré dessus, maintenant tirez-moi dessus ! » Selon ses dires, son but était d'« attirer l'attention » de celui-ci et de mourir en « martyr »[24]. Toutefois, plus tard, il a exprimé aux policiers sa satisfaction d'avoir permis au vrai suspect de s'enfuir. Il a été incarcéré à la prison du comté pour « obstruction à la justice » et pour quatre chefs d'accusation d'« exploitation sexuelle d'un mineur au deuxième degré », à la suite de la découverte, sur son smartphone, de 20 images représentant des abus sexuels sur des enfants, y compris sur des mineurs âgés de cinq à douze ans, ainsi que des messages explicites de partage de ces images avec d'autres personnes[25],[26]. Un autre suspect, également placé en garde à vue, est libéré après un interrogatoire du FBI[27],[28],[29].
L'arme, une carabine de chasse ancienne de calibre .30-06, est découverte dans les bois proches des lieux du crime, enveloppée dans une serviette, avec une douille percutée restée dans la chambre. Trois cartouches, non tirées, se trouvent encore dans le chargeur. Les premiers éléments de l'enquête rapportent que les munitions sont gravées de slogans antifascistes[30],[31]. Des empreintes de chaussures, de mains et d'avant-bras sont également relevées par les autorités[32].
Arrestation du tueur présumé
| Tyler Robinson | ||
| Assassinat | ||
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Photos du suspect diffusées par le FBI le . | ||
| Information | ||
| Nom de naissance | Tyler James Robinson | |
| Naissance | Cedar City (Utah, États-Unis) |
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| Nationalité | ||
| Victimes | 1 mort | |
| Arrestation | ||
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Le , le FBI lance un appel à témoins, assorti d'une récompense de 100 000 dollars pour toute information menant à une arrestation. En outre, le Bureau publie, via ses réseaux sociaux et canaux de communication officiels, des photos d'un suspect, un jeune homme en âge d'aller à l'université, vêtu de noir[33],[34],[35].
Le , Donald Trump annonce, lors d'une interview donnée à l'émission Fox & Friends, sur Fox News, l'arrestation de ce suspect, considéré « avec un haut degré de certitude » comme le tireur[36],[37]. Il s'agit de Tyler Robinson[N 1], un homme de 22 ans résidant dans le comté de Washington. Inscrit le sur les listes électorales comme non partisan, il n'a jamais voté. En cela, il diffère de ses parents, décrits comme un couple de la classe moyenne, blanche, conservatrice, mormonne, qui sont inscrits sur les listes électorales comme républicains[38]. Il est, au moment des faits, étudiant en troisième année dans le programme d'apprentissage en électricité du Dixie Technical College (en) à Saint George. L'ayant reconnu sur les photos diffusées par le FBI, son père l'a contraint à avouer son crime puis, comme il refusait de se rendre à la police et évoquait son suicide, l'a convaincu de contacter un pasteur (en) qui collabore avec un groupe de travail du Service des marshals sur les fugitifs. Le FBI est alors intervenu et l'a interpellé à Saint George le à 22 h, sans qu'il oppose de résistance[39],[38],[40]. Par ailleurs, sa colocataire, montre aux autorités des messages envoyés par Robinson sur Discord, dans lesquels il planifiait l'assassinat[41],[42],[43],[44],[45]. Robinson est alors incarcéré à la prison du comté d'Utah, à Spanish Fork[46], où il est placé sous surveillance spéciale afin de déterminer s'il représente un risque pour lui-même ou pour autrui[47].
Motivations du tueur
Lors d'une conférence de presse donnée le matin qui suit l'arrestation, le gouverneur de l'Utah Spencer Cox indique que, selon sa famille, le jeune homme est devenu plus politisé depuis quelques années et qu'il a récemment exprimé son antipathie à l'égard de Kirk, jugeant qu'il était « plein de haine » et qu'il contribuait à la propager. En outre, il confirme que des messages interprétés comme antifascistes étaient gravés sur les douilles retrouvées sur les lieux du crime[41]. D'après les indications officielles, la douille percutée porte la mention « Notices, bulge, OwO, what's this? », des mots et une émoticône devenus un mème Internet de la communauté Furry. Les trois autres balles portent les messages suivants : « Oh Bella Ciao, Bella Ciao, Bella Ciao, Ciao Ciao », en référence au chant italien Bella ciao ; « Hé, fasciste, attrape ça ! », accompagné de plusieurs flèches représentants le code d'activation de la bombe 500kg du jeu vidéo Helldivers 2 (« Hey fascist! Catch! ↑→↓↓↓ ») ; enfin, « Si tu lis ça, t'es homo, MDR » (« If you read this, you are gay, LMAO »[N 2])[41],[39],[46].
Dans une interview publiée par le Wall Street Journal le , le gouverneur Cox confirme que, « pour les enquêteurs », le suspect est « une personne profondément endoctrinée par l'idéologie de gauche »[48]. Ceux-ci envisagent aussi la possibilité que la colère de Robinson vis-à-vis de Kirk soit liée à la relation amoureuse qu'il entretenait avec sa colocataire transgenre et qu'il était de plus en plus préoccupé par les droits des personnes homosexuelles et transgenres[49],[50],[51]. Cette colocataire est elle-même décrite, par un membre de sa famille, comme quelqu'un de « très en colère contre quiconque soutient les idéaux conservateurs et les valeurs chrétiennes »[52]. Le FBI cherche également à déterminer si le suspect a agi seul ou dans le cadre d'un réseau plus large, qui aurait pu l'aider ou l'encourager. Un groupe radical, Armed Queers Salt Lake City, fondé en par l'activiste Ermiya Fanaeian à la suite d'une scission avec les Pink Pistols, est particulièrement pointé du doigt[53],[54].
Le , Kash Patel, directeur du FBI, annonce que le Bureau étudie toutes les « théories et les questions » suscitées par l'assassinat, « notamment le lieu d'où le coup de feu a été tiré, la possibilité de complices, les aveux par SMS et les conversations connexes, les discussions Discord, l'angle de l'impact du coup de feu et de la balle, la façon dont l'arme a été transportée, les gestes de la main observés » près de Kirk, qui peuvent être interprétés « comme des "signaux" potentiels au moment de son assassinat, et les visiteurs de la résidence du tireur présumé dans les heures et les jours précédant le »[55].
Par ailleurs, les enquêteurs considèrent que Robinson est imprégné de culture Internet, comme en témoignent les inscriptions sur les douilles, qui s'apparentent à des blagues de trolls et à des références à des jeux vidéo[47]. En effet, Bella ciao figure dans plusieurs jeux, dont Helldivers 2, présenté comme une satire du fascisme, et Far Cry 6[56]. Quant aux flèches, interprétées par Mario Lotmore comme une référence aux Trois Flèches[46] et par les enquêteurs comme un possible clin d'œil au Front de fer[57], elles correspondent à l'entrée requise, dans Helldivers 2 pour accéder à un stratagème, la « Bombe Eagle 500 kg », considéré comme l'un des mouvements spéciaux les plus destructeurs[58]. De même, l'expression « Hé, fasciste, attrape ça ! » apparaît dans ce jeu sous la forme d'un slogan satirique[59]. Or, si le suspect est peu présent sur les réseaux sociaux[39],[42], à l'exception de Discord[47], il serait un joueur de jeux vidéo « obsessionnel », « grand fan » de Halo, Call of Duty ou Minecraft[38].
Faits établis
L'enquête a permis d'établir que Robinson est arrivé à l'université d'Utah Valley dans une Dodge Challenger grise le vers 8 h 29. Il portait un t-shirt marron, un short de couleur claire, un chapeau noir avec un logo blanc et des chaussures de couleur claire. Arrivé sur le toit, il a changé de tenue. Lors de son arrestation, il avait repris ses premiers vêtements[46].
Des traces d'ADN ont pu être prélevées sur un tournevis et sur la serviette enroulée autour de l'arme à feu présumée ; elles correspondent à l'ADN de Robinson[60].
L'arme utilisée est une carabine ancienne d'origine militaire, une Mauser 98 qui constituait l'équipement standard de l'infanterie allemande de à . On estime que cette arme fut produite à plus de cent millions d'exemplaires sous ses différentes formes, dont sous licence[61]. Des millions d'exemplaires déclassés en ont été revendus aux États-Unis. L'arme n'est pas automatique et nécessite d'être réarmée manuellement après chaque tir à l'aide de son mécanisme à verrou. L'exemplaire utilisé par Robinson a été modifié pour le calibre .30-06 très proche de celui d'origine et était équipé d'une lunette de visée. Selon Bradon Webb, ancien instructeur au tir de précision au sein des Navy Seals, son usage demande « une compétence de base, mais pas le niveau de précision que l'on attendrait d'un tireur d'élite entraîné », ce que confirme le Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives, qui annonce que « c'est un tir facile, même pour quelqu'un qui n'a reçu qu'une formation minimale »[62].
Après les tirs, Robinson a un échange de SMS avec sa colocataire dans lesquels il avoue son acte, qu'il justifie par le fait qu'il en avait « assez de [la] haine » de Kirk, que « certaines haines ne peuvent pas être éliminées par la négociation ». Puis il explique avoir planifié ce meurtre depuis « plus d'une semaine », précise que les inscriptions sur les balles « sont pour la plupart un gros mème », annonce vouloir tenter de récupérer le fusil, qui appartient à son grand-père, et demande à son interlocutrice de supprimer l'échange, ce que celle-ci n'a pas fait[63].
Procédure judiciaire
Le , le suspect, qui « ne coopère pas » avec les enquêteurs, restant « très silencieux »[64],[47], est mis en accusation pour « meurtre aggravé », un crime capital, passible de la peine de mort, « décharge criminelle d'arme à feu », « entrave à la justice » (deux chefs d'inculpation), « subornation de témoin » (deux chefs d'inculpation) et « infraction violente commise en présence d'un enfant »[60]. Il a comparu, par visioconférence, devant la 4e cour de district, à Provo. Le juge a octroyé une ordonnance de protection préalable à la veuve de la victime, interdisant à Robinson de tenter de la contacter. L'audience de renonciation (en) a été fixée au . Par ailleurs, le département de la Justice examine la possibilité d'inculpations à l'échelon fédéral contre Robinson[65],[66],[67].
Le , la commission du comté (en) de l'Utah annonce que Kathryn Nester, avocate au sein du cabinet Nester Lewis, installé à Salt Lake City, a été désignée pour la défense du suspect[68].
Réactions
Aux États-Unis
Réactions politiques
Donald Trump, sur Truth Social, appelle à prier pour Kirk[21]. Dans une allocution au Bureau ovale diffusée sur son réseau social dans la soirée du , après l'annonce de sa mort, le président met en cause « la violence politique de la gauche radicale », qu'il accuse de comparer, « depuis des années, […] des Américains formidables comme Charlie aux nazis et aux pires criminels et meurtriers de masse du monde », et associe l'événement à la tentative d'assassinat dont il fut lui-même victime en , à l'assassinat de Brian Thompson et à la fusillade du à Alexandria (Virginie) contre Steve Scalise[69],[70]. Par ailleurs, il ordonne que les drapeaux soient mis en berne dans tout le pays[71]. Dans la soirée de jeudi, au moment de quitter la Maison-Blanche, il appelle ses partisans à faire preuve de retenue et de prudence, ajoutant que Kirk « militait pour la non-violence. C'est de cette manière que je voudrais que les gens répondent »[32].
De nombreuses figures politiques, républicaines comme démocrates, condamnent l'assassinat, y compris les anciens présidents Joe Biden, George W. Bush, Bill Clinton et Barack Obama, ainsi que les anciens vice-présidents Kamala Harris et Mike Pence[72],[10],[29],[73].
Le , le président de la Chambre des représentants Mike Johnson interrompt les votes lors de la séance du jour et demande aux représentants de se lever pour un « moment de prière » en l'honneur de Charlie Kirk. Après trente secondes de silence respectées par l'ensemble des représentants, la représentante Lauren Boebert réclame une prière « à voix haute », jugeant que « les prières silencieuses obtiennent des résultats silencieux ». Cette intervention provoque les huées des démocrates ; certains reprochant aux républicains d'ignorer la tuerie de l'Evergreen High School (en), survenue le même jour dans le Colorado[74],[75].
Le , James Comer, président du Comité de surveillance et de réforme gouvernementale (en) de la Chambre des représentants, annonce qu'il a convoqué, pour le , les PDG de Discord, Reddit et Twitch, afin de les entendre sur l'utilisation de leurs applications par des individus radicaux[76].
Le 18 et le , le Sénat et la Chambre des représentants adoptent une résolution pour créer une journée de commémoration de Kirk le , le jour de son anniversaire[77].
Le , une cérémonie d'hommage est organisée à la mémoire de Kirk. L'événement se fait rapidement instrumentalisé comme rassemblement politique pour les républicains, avec Trump appelant par exemple à se battre contre les démocrates[78],[79],[80].
Polémiques et stratégie de name and shame
Plusieurs personnalités conservatrices de droite et d'extrême droite accusent, selon les cas, la gauche américaine, la gauche radicale ou les démocrates d'être responsables de cet assassinat ou de complaisance vis-à-vis des criminels, voire appellent à la « vengeance »[81],[82],[83],[84].
Les réactions à l'assassinat provoquent elles-mêmes de nombreuses polémiques. Une campagne de divulgation de données personnelles est menée par des activistes de droite et d'extrême droite, dans le cadre d'une stratégie de name and shame, contre des personnes qui se réjouissent de la mort de Charlie Kirk sur les réseaux sociaux, affirment qu'il méritait ce qui lui est arrivé ou expriment plus simplement des réserves à son sujet. Le site internet Expose Charlie's Murderers recense les messages de plusieurs dizaines de milliers de personnes, avant d'être fermé le . Puis un fil de discussion, sur X, intitulé The Trophy Case (« Vitrine à trophées »), a été lancé pour notifier chaque licenciement. Plusieurs personnes ont été licenciées ou suspendues à la suite de ces révélations (plus de 15 à la date du selon Al-Jazeera, des dizaines le lendemain selon Le Figaro, plus de 100 le selon USA Today). De même, l'un des copropriétaires d'un restaurant a été contraint de se retirer de cette affaire, sous la pression de partenaires et de fournisseurs, pour les mêmes raisons. D'autres auteurs de commentaires se disent victimes de cyberharcèlement destiné à obtenir leur licenciement[85],[86],[87],[88],[89],[90],[91],[92],[93],[94],[95]. Cette stratégie, qui s'appuie sur le fait qu'aux États-Unis, les entreprises privées peuvent licencier un employé pour des propos tenus sur les réseaux sociaux[92], a été qualifiée de « chasse aux sorcières » par plusieurs médias français[96],[97],[98],[99],[100],[101],[102].
Le , l'analyste politique Matthew Dowd (en) est licencié par MSNBC à la suite d'un commentaire controversé, à l'antenne, sur l'assassinat de Kirk ; en effet, il avait expliqué que les « paroles haineuses […] conduisent […] à des actions haineuses » ; il a ensuite exprimé sa confusion, en affirmant que ses propos n'avaient pas pour but de blâmer Kirk, et appelé les Américains à s'unir et à condamner « la violence sous toutes ses formes »[103].
Par ailleurs, Karen Attiah (en) annonce le sur son Substack avoir été licenciée par le Washington Post, où elle travaillait comme chroniqueuse, pour avoir publié sur Bluesky, sur un profil l'identifiant comme une collaboratrice du journal, des propos « inacceptables », considérés comme une « faute grave », de nature à « mettre en danger la sécurité physique de [ses] collègues ». Ses employeurs lui reprochent plusieurs messages « sur les hommes blancs en réponse au meurtre de Charlie Kirk » jugés non conformes à sa politique, qui interdit les publications dénigrant des personnes en fonction de leur race, de leur sexe ou d’autres caractéristiques protégées. La journaliste a relié cette décision, qui s'inscrit dans un contexte de réorientation de la ligne du journal sous l'impulsion de son nouveau propriétaire Jeff Bezos, à ses dénonciations de « la violence politique, [des] doubles standards raciaux et [de] l'apathie de l'Amérique envers les armes à feu », ainsi qu'à ses messages sur Kirk[104],[105].
Le Florida Politics (en) suspend l'un de ses journalistes, A. G. Gancarski, pour avoir envoyé un SMS à Randy Fine dans lequel il lui demandait « si le fait que Charlie Kirk ait été blessé par balle avait une incidence sur [sa] position concernant le port d'armes sur les campus », quelques minutes seulement après que le représentant eut appris l'événement[106].
Le , ABC retire l'émission Jimmy Kimmel Live! de l'antenne, à la suite de propos jugés « offensants et indélicats ». En effet, l'animateur avait accusé la « clique MAGA » de tenter « désespérément de présenter ce jeune qui a assassiné Charlie Kirk comme quelqu'un d'autre qu'un des leurs » et de profiter de cette tragédie pour « marquer des points politiques » et se moque de la réaction de Trump, comparé à « un enfant de quatre ans qui pleure un poisson rouge ». Cette décision a été prise après que Nexstar Media Group et Sinclair Broadcast Group eurent décidé de retirer l'émission de leurs stations affiliées, et que Brendan Carr, le chef de la Commission fédérale des communications, eut manifesté sa désapprobation[107],[108]. Cette intervention de Carr relance le débat sur la liberté d'expression dans le pays et divise le camp républicain[109]. Le , The Walt Disney Company annonce le retour de l'émission sur l'antenne d'ABC à compter du lendemain[110]. En revanche, les 70 stations des groupes Nexstar et Sinclair maintiennent le retrait de l'émission, remplacée par des programmes d'information[111].

Le , le vice-président des États-Unis J. D. Vance anime exceptionnellement un épisode du Charlie Kirk Show, enregistré depuis le bureau cérémonial du vice-président, dans le bâtiment du bureau exécutif Eisenhower, et diffusé depuis la salle de presse de la Maison Blanche. Plusieurs personnalités publiques y interviennent, dont la cheffe de cabinet de la Maison Blanche Susie Wiles, le secrétaire d'État à la santé Robert F. Kennedy Jr., la porte-parole de la Maison-Blanche Karoline Leavitt, le chef de cabinet adjoint de la Maison-Blanche Stephen Miller et le journaliste Tucker Carlson[112],[113]. Après un hommage funèbre à la victime instrumentalisé en rassemblement politique[78],[79],[80], Vance appelle à dénoncer les individus qui célèbrent la mort de Charlie Kirk : « Dénoncez-les et, bon sang, appelez leur employeur »[114]. Lors de son allocution, il s'en prend à la gauche, qu'il tient pour responsable de la mort de Kirk, et notamment aux « organisations de gauche », accusées de nourrir un climat propice à la violence politique. Ces déclarations font craindre à certains médias une offensive ciblée à l'encontre d'organisations catégorisées comme opposants politiques[115],[116]. Vance cite en particulier The Nation, non « un blog marginal », mais un magazine « très respecté » et « bien financé » par « l'Open Society Foundations de George Soros » (1 349 000 $ de 2004 à 2019), et « la Fondation Ford », qui avait publié, le , un article reprochant à Kirk d'être « un raciste impénitent, transphobe, homophobe et misogyne qui enveloppait souvent son sectarisme dans des versets bibliques parce qu'il n'y avait aucun autre moyen de prétendre que c'était moralement correct »[117]. De son côté, Miller accuse la gauche d'avoir organisé des « campagnes de doxing », des émeutes, de la « violence de rue » et des « campagnes organisées de déshumanisation et de diffamation », et affirme que « les véritables cellules organisées qui commettent cette violence » font partie d'un « vaste mouvement terroriste national »[118],[115],[119].
Discours transphobes
Le , la Human Rights Campaign exige, dans une lettre ouverte, une rétractation et des excuses publiques au Wall Street Journal[120],[121]. En effet, celui-ci avait publié un article, inspiré par un bulletin interne non vérifié par les analystes du BATFE, qui donnait aux inscriptions sur les balles une signification favorable à l'« idéologie transgenre »[120], expression propre au mouvement transphobe selon l'Association des journalistes trans[122]. Le Wall Street Journal modifie alors son article et le fait précéder d'une note explicative du rédacteur en chef[123],[124].
Conséquences politiques
Dans ce contexte, l'administration de Donald Trump promet de prendre des mesures contre les ressortissants étrangers jugés coupables de « louer, justifier ou minimiser » l'assassinat de Kirk. Le , Christopher Landau, secrétaire d'État adjoint, annonce qu'il a « demandé [aux] fonctionnaires consulaires d'entreprendre les mesures appropriées » à l'égard des « étrangers qui glorifient la violence et la haine ». De son côté, Pete Hegseth, le secrétaire à la Défense, a ordonné à son administration « de trouver et d'identifier les militaires et tout individu associé au Pentagone qui [s'en] sont moqués ou ont semblé [le] cautionner ». Plusieurs membres de l'armée ont été relevés de leurs fonctions en raison de publications sur les réseaux sociaux[125],[126].
Le , Trump annonce sa volonté de désigner le mouvement Antifa comme « organisation terroriste intérieure »[127]. L'executive order est officiellement signé le [128].
Le , le journaliste Ken Klippenstein révèle que, d'après deux responsables anonymes de la Sécurité nationale, le FBI se préparerait à classer les « extrémistes transgenres » dans la catégorie des menaces « extrémistes, violentes et nihilistes », créée plus tôt dans l'année. Ce choix est défendu par l'Heritage Foundation, qui considère que « l'extrémisme violent inspiré de l'idéologie transgenre » (« Transgender Ideology-Inspired Violent Extremism », alias « TIVE ») doit figurer sur la liste des groupes extrémistes nationaux, afin de « détecter, perturber et démanteler [ses] cellules »[129],[130], ou encore par Laura Loomer, qui a exigé que les traitements pour la transition de genre soient interdits par executive order et affirmé qu'« il est temps de désigner le mouvement transgenre », dans son ensemble, « comme un mouvement terroriste »[131]. De son côté, le département de la Justice envisagerait d'interdire aux personnes transgenres de posséder des armes à feu, en réponse à la fusillade de l'église de l'Annonciation de Minneapolis[120].
À l'étranger
Réactions politiques
Dans les heures qui suivent, de nombreuses personnalités politiques internationales condamnent l'assassinat, notamment la présidente du Conseil des ministres italien Giorgia Meloni, le Premier ministre belge Bart De Wever, le Premier ministre britannique Keir Starmer, le président argentin Javier Milei, le Premier ministre hongrois Viktor Orbán ou encore le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou[132]. Plusieurs dirigeants de l'extrême droite européenne rendent également hommage à Kirk, notamment Jordan Bardella, Alice Weidel, Santiago Abascal et Geert Wilders[133].
Le , le député européen suédois Charlie Weimers, du groupe CRE, requiert une minute de silence en hommage à Charlie Kirk au sein du Parlement européen. Sa requête est rejetée par la présidente Roberta Metsola ; la présidente de séance Katarina Barley, du groupe S&D, rappelle le député à l'ordre sur ce point[134],[135],[136]. En Pologne, le , la Diète, dans sa quasi-totalité, observe une minute de silence, à la demande de Paweł Jabłoński, député du parti Droit et justice[137],[138].
Au Royaume-Uni, dans le cadre de la marche « Unite the Kingdom » organisée le à l'appel de Tommy Robinson, figure de l'extrême droite britannique, entre cent dix mille et cent cinquante mille personnes se réunissent à Whitehall, dans le quartier du Parlement de Londres, pour protester contre l'immigration illégale, contre la politique du Premier ministre travailliste Keir Starmer et pour la liberté d'expression. Des manifestants y expriment leur soutien à Charlie Kirk et aux valeurs conservatrices[139],[140],[141]. Parmi les intervenants figurent Katie Hopkins (en), Éric Zemmour et Elon Musk, qui s'adresse à la foule par liaison vidéo, pour demander la dissolution de la Chambre des Communes et un changement de gouvernement. Par ailleurs, il déclare : « Il y a tellement de violence à gauche, avec notre ami Charlie Kirk assassiné de sang-froid cette semaine et les gens de gauche qui le célèbrent ouvertement. La gauche est le parti du meurtre et de la célébration du meurtre. Réfléchissez un instant, c'est à eux qu'on a affaire »[142]. Une contre-manifestation organisée le même jour, « Stand Up to Racism », rassemble environ cinq mille personnes, dont les députées Zarah Sultana et Diane Abbott[143].
En Australie, des centaines de personnes se rassemblent à Sydney pour une veillée organisée par la branche australienne de Turning Point[144].
Polémiques

Des deux côtés de l'Atlantique, les membres de Turning Point USA et du parti républicain, des journalistes, des influenceurs et des militants de droite et d'extrême droite reprennent le slogan « Je suis Charlie » à la mémoire de Charlie Kirk, notamment lors d'une cérémonie d'hommage organisée à Paris le et au State Farm Stadium de Glendale le [145],[146],[147],[148],[149]. Le , Guillaume Erner, présentateur de la matinale de France Culture, prenant acte de cet usage, établit un parallèle entre l'assassinat de Charlie Kirk, qui n'avait « enfreint aucune loi américaine et était ouvert au dialogue », et l'attentat contre Charlie Hebdo, jugeant que « la parole, aussi dure soit-elle, n’est pas la violence » et qu'« il n’est pas possible d’être Charlie uniquement pour son Charlie, autrement dit pour son opinion, le vrai Charlie se bat pour l’opinion de l’autre »[150]. À contrario, le , Marion Mariani, journaliste à France Inter, critique explicitement ce réemploi, jugeant que ce « symbole de la liberté d'expression » devient un « outil de provocation »[151]. Le même jour, Thomas Hochmann, professeur de droit à Nanterre, conteste, dans une tribune publiée par Le Nouvel Obs, toute possibilité d'un débat avec un trumpiste[152]. Le billet de Guillaume Erner suscite la polémique au sein de la rédaction de France Culture. Dans un premier temps, la CGT condamne les propos d'Erner, jugeant que « toutes les opinions […] ne sont pas égales et ne peuvent être mises sur le même plan au nom de la liberté d’expression »[153]. Puis, le , la Société des journalistes publie un communiqué dans lequel elle considère que le billet du présentateur crée « du malaise et de la confusion » et tend « à ériger l'influenceur en symbole de la liberté d'expression » en « occultant l'extrême violence verbale de Kirk »[154]. Guillaume Erner s'explique le sur l'antenne de la radio[155],[156].
Analyses socio-politiques
Des experts politiques ayant analysé les discours autour de la mort de Charlie Kirk estiment qu'ils sont révélateurs d'une société divisée et enlisée dans un cercle vicieux de violence[3],[4].
Pour Sean Westwood (professeur associé au Dartmouth College), la responsabilité de la radicalisation, par rapport à l'unanimisme des réactions lors de la tentative d'assassinat de Donald Trump en , « incombe aux dirigeants politiques qui profitent de la fureur. Les mécanismes de la politique moderne récompensent l'extrémisme ; la collecte de fonds, l'attention médiatique et la mobilisation populaire sont toutes liées à un discours apocalyptique et à enjeux élevés ». Pour lui, « cette dynamique n’est pas exclusive à un seul parti ». Il précise que « moins de 2 % des Américains estiment que le meurtre politique est acceptable. Le problème fondamental n'est pas un désir généralisé de violence, mais une perception profondément erronée de l'autre camp ». En effet, les mêmes Américains « estiment que près d’un tiers de leurs opposants politiques soutiennent le meurtre partisan »[4],[157].
Barbara Walter (en) (professeure à l'université de Californie à San Diego) rappelle que la violence politique n'est pas un phénomène aléatoire, mais qu'elle trouve ses causes dans les évolutions structurelles du contexte américain, « lorsque la démocratie décline rapidement, lorsque les sociétés sont divisées par la race, la religion ou l'origine ethnique, lorsque les dirigeants politiques tolèrent ou encouragent la violence et lorsque les citoyens ont facilement accès aux armes à feu ». À ce titre, Walter pointe la responsabilité des élites politiques pour leur incapacité à renforcer les institutions démocratiques, ainsi que l'absence de volonté politique concernant la régulation des acteurs de la Tech : « si les législateurs étaient prêts à freiner les algorithmes qui amplifient les théories du complot, la désinformation et la haine, ils pourraient affaiblir le conduit qui alimente l'extrémisme violent »[4].
Joel Busher (professeur de sociologie politique à l'université de Coventry) insiste également sur les causes systémiques et sur le rôle du climat politique aux États-Unis : « cela montre que les normes qui inhibent cette violence deviennent de plus en plus faibles, tandis que celles qui la promeuvent sont de plus en plus ancrées ». Selon lui, il est nécessaire que l’événement fasse l’objet d’une condamnation transpartisane qui reconnaisse « que cette violence n’incombe pas à un segment particulier de la société […] mais à un système social et politique qui, dans son ensemble, est de plus en plus propice à la violence »[4].
Clionadh Raleigh (directrice d'Armed Conflict Location & Event Data) voit dans l'assassinat de Kirk « la poursuite de la tendance à la violence d'acteurs isolés [lone-actors violence], plutôt que l'émergence d'un conflit politique organisé ou même d'un conflit partisan ». Selon elle, cet assassinat n'est pas lié à l'émergence de groupes extrémistes organisés, mais constitue plutôt « la manifestation de cette vulnérabilité spécifique aux États-Unis qu'est l'individualisation de la violence dans une société polarisée et lourdement armée ». La priorité serait ainsi de prévenir les attaques isolées via le renforcement du contrôle de l'accès aux armes, l'amélioration des politiques de santé mentale et la surveillance des individus dangereux[4].
Erica Frantz (professeure associée de science politique à l'université d'État du Michigan) replace l'assassinat de Kirk dans le cycle de violence politique enclenché depuis l'assaut du Capitole du et renvoie cet événement à un processus de personnalisation du parti au pouvoir. Selon elle, la personnalisation du parti encourage les partisans à justifier les abus et la violence en modifiant « la compréhension qu'ont les partisans de ce qu'est une démocratie ‘saine’, ce qui les rend plus enclins à justifier le recours à la violence politique, en particulier lors d'élections où le parti perd »[4].
Solveig Hillesund (chercheuse à l'université d'Oslo) explique que la perception qu'ont les individus du système politique est décisive dans leur décision de recourir - ou non - à la violence politique : « si un groupe organisé en vient à croire qu'il ne peut pas réussir par la voie électorale ou exercer une pression suffisante sur les autorités par des manifestations non violentes, il est plus susceptible d'opter pour la violence collective. Il en va de même pour le soutien individuel à la violence »[4].
Shannon Hiller (université de Princeton) estime que « les États-Unis sont confrontés à un environnement de risque de violence politique extrêmement complexe » et alerte sur l'accroissement des attentats et des menaces visant les élus et les représentants politiques. Selon elle, les assassinats « peuvent avoir a un effet dissuasif sur l'engagement civique des responsables politiques et des communautés en général » et « ce climat général d'hostilité contribue à fermer l'espace civique et à bloquer les possibilités de dialogue constructif, augmentant ainsi le risque de nouvelles violences », alors que « les sondages indiquent systématiquement que la grande majorité des Américains rejettent la violence politique »[4].
Dalya Berkowitz (fondation Carnegie pour la paix) avertit du risque d’une spirale de représailles et de normalisation de la violence inédite dans l'histoire récente des États-Unis, laquelle est aujourd'hui alimentée par les rhétoriques incendiaires et les glorifications de la violence sur les réseaux sociaux : « la rhétorique justifiant ces actions est destructrice pour notre démocratie. Les recherches sur la rhétorique incendiaire des dirigeants politiques suggèrent qu'elle pourrait diriger la violence contre des groupes ciblés. De plus, les publications sur les réseaux sociaux glorifiant ces attaques menacent de les normaliser. Ce type de rhétorique aide les personnes violentes à justifier leurs actes »[4].
Robert Pape (professeur de science politique à l'université de Chicago) juge l'assassinat prévisible, fruit d'une trajectoire déjà identifiée. Selon lui, « cette tendance s'aggrave, et il est désormais absolument crucial que nos dirigeants démocrates et républicains déploient des efforts extraordinaires pour endiguer la vague, car [...] la situation ne fera que s'aggraver »[4].
Pour Eduardo Moncada (directeur de l'institut des études d'Amérique latine à l'université Columbia), « l'avenir des États-Unis dépend moins du mobile du tireur […] que de la manière dont les dirigeants présenteront ce meurtre dans les heures et les jours à venir ». Il met notamment en garde contre la « normalisation » de la violence politique dans un contexte de polarisation et de diabolisation. Il appelle à ce titre à une désescalade immédiate, en corrigeant ses « idées préconçues sur l'appétit de l'autre camp pour la violence ». Pour lui, « lorsque les partis politiques et les communautés appliquent des lignes claires contre la violence, celle-ci perd son utilité en tant qu'instrument politique. Lorsqu'ils ne le font pas, elle se propage »[4].
Pour l'historien Romain Huret, spécialiste des États-Unis, président de l’EHESS, « l'interprétation de ce qui s'est passé est éminemment politique, puisque les conservateurs » font de Kirk un « martyr de la liberté d'expression » et d'« une guerre pour les idées ». En effet, il est celui qui « a réussi à implanter les idées conservatrices sur un très grand nombre de campus », considérés parmi les républicains « comme des nids à radicaux ». Selon lui, même si « tout le monde condamne la violence politique » et se déclare « favorable à la liberté d'expression », cet « acte violent […] va renforcer la polarisation »[158].
Le politologue Yascha Mounk déplore une « logique de justification de la violence », considérant qu'« on vit une forme de guerre civile culturelle : de chaque côté du spectre politique, les élites pensent que les autres sont une menace »[159].