Ardennais (cheval)
race de chevaux
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L'Ardennais ⓘ est une race de chevaux de trait rustique, de taille moyenne, à la robe généralement baie ou rouanne. Il est historiquement élevé en Ardenne, qui lui a donné son nom, et par extension dans le quart nord-est de la France, le Sud et l'Est de la Belgique, et au Luxembourg. Mentionné depuis l'Antiquité romaine où il sert à la remonte des armées, l'Ardennais devient jusqu'au début du XIXe siècle l'une des meilleures races de chevaux de selle et de trait léger pour la traction du matériel d'artillerie militaire. Sous l'empire napoléonien, il est réputé pour être la seule race de chevaux à survivre à la campagne de Russie.
Étalon ardennais bai au domaine du Fourneau Saint-Michel à Saint-Hubert. | |
| Région d’origine | |
|---|---|
| Région | Ardenne : Sud et Est de la |
| Région d'élevage | |
| Caractéristiques | |
| Morphologie | Cheval de trait |
| Registre généalogique | « Standard français » « Standard belge » |
| Taille | 1,52 m à 1,63 m selon le standard du pays |
| Poids | 700 à plus de 1 000 kg |
| Robe | Bai et rouan communs, alezan, gris fer, aubère et isabelle admis, bai brun toléré |
| Tête | Profil camus ou rectiligne |
| Pieds | Larges, fanons abondants |
| Caractère | Doux et docile |
| Statut FAO (conservation) | En danger |
| Autre | |
| Utilisation | Attelage, débardage, entretien des espaces verts et viande |
| modifier |
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De nombreux croisements doublés d'une sélection rigoureuse des éleveurs, orientée vers les travaux agricoles, transforment la race au milieu du XIXe siècle. Destiné à la traction de charges lourdes et de matériel agricole, l'Ardennais devient un cheval de trait puissant ainsi qu'un améliorateur de races. Il donne naissance à l'Ardennais suédois et à de nombreux autres chevaux de trait, tels que l'Auxois et le Trait du Nord. La fin de la traction hippomobile et l'utilisation du tracteur motorisé entraînent déclin de son élevage et réduction drastique de ses effectifs.
Cantonné au rôle presque unique d'animal de boucherie durant deux décennies, l'Ardennais bénéficie au début du XXIe siècle d'un nouvel engouement grâce à l'aspect écologique de son utilisation pour l'entretien des espaces verts, le débardage en forêt, et les loisirs équestres. Bien que considéré comme étant en danger d'extinction à l'échelle européenne, il constitue la quatrième race de chevaux de trait la plus représentée en France. Les éleveurs belges ont développé par croisements une nouvelle lignée destinée à l'attelage de compétition, l'Arattel. En raison de son lien historique avec sa région d'origine, fertile en légendes, l'Ardennais est assimilé à la monture héroïque des quatre fils Aymon, le cheval Bayard.
Dénomination et sources
Cette race de chevaux doit son nom à une région transfrontière entre la France, la Belgique et le Luxembourg, l'Ardenne[W 1],[1],[2],[3],[4],[5],[6], un massif de basse montagne[7]. D'après l'écrivain Giacomo Giammatteo, la seule graphie juste fait appel à une initiale en majuscule, dans la mesure où la race est nommée d'après l'Ardenne[8]. Ce cheval a aussi été nommé « Carrossier du Nord », un nom qui ne correspond plus aux animaux actuels[9]. En référence à sa couleur de robe, il est surnommé le « cheval rouge »[6].
Bonnie Lou Hendricks (université de l'Oklahoma) distingue l'Ardennais français de l'Ardennais belge[5], une majorité d'auteurs considérant au contraire qu'il s'agit de la même race[10],[11],[12],[6]. Il existe très peu de sources au sujet de cette race et de son évolution avant le XIXe siècle[S 1].
Histoire
L'Ardennais est l'une des races de chevaux de trait les plus anciennes d'Europe[1],[13],[14],[15],[12],[16],[6], et assurément la plus ancienne race de trait du territoire français[17]. Son élevage dépend longtemps des besoins humains pour la guerre[17],[12]. Il est utilisé à l'origine tant pour la traction que sous la selle[10],[18]. Le climat et la végétation de l'Ardenne sont propices à l'élevage d'un cheval de bonne taille[19].
Origines
Comme tous les chevaux domestiques modernes, l'Ardennais provient de la lignée DOM2, qui a émergé dans les steppes eurasiennes vers 2 200 à 2 000 ans av. J.-C. selon une vaste étude génomique publiée dans Nature[S 2]. Son ancêtre est probablement, comme le sont toutes les races avant l'organisation de l'élevage équin, de petite taille (environ 1,40 m au garrot)[20], bien que des squelettes de chevaux toisant 1,50 m, déterrés dans la région, soient aussi cités comme ancêtres de l'Ardennais actuel[21].
D'après Amélie Tsaag Valren, l'Ardennais appartient au « rameau ardenno-flamand », un groupe de races lourdes originaires des Flandres et de l'Ardenne[6],[P 1]. L'analyse de distance génétique entre 21 races de chevaux menée par J. Jordana et son équipe, publiée en 1995, rapproche l'Ardennais de l'Auxois, du Brabançon, du Breton et du Comtois[S 3]. L'étude génétique de Grégoire Leroy et collègues, publiée en 2009, montre que les races de l'Ardennais, de l'Auxois et du Trait du Nord relèvent du même cluster[S 4]. Une analyse de la variabilité complète du D-loop (en) mitochondrial chez le Trait polonais, comparée à des séquences de plusieurs races de chevaux de trait (Ardennais, Belge, Breton, Clydesdale, Noriker, Fjord norvégien, Percheron et Suffolk), montre une forte diversité des haplotypes maternels et des relations génétiques entre ces races, ce qui illustre la complexité des lignées maternelles chez les chevaux de trait européens[S 5].
Jasper Nissen estime que le berceau originel de l'Ardennais était probablement le plateau du Condroz[4]. Il est peu croisé au cours de son histoire, les tentatives avec le Percheron, le Breton et les chevaux normands n'ayant eu que peu d'effet[22],[23]. L'arabomanie équestre du XIXe siècle pousse des hippologues à lui attribuer une origine orientale, du moins l'influence de chevaux arabes est évoquée[24],[25]. Il s'agit vraisemblablement d'un mythe hippologique, l'influence réelle des chevaux arabes sur la race ardennaise étant infime, voire nulle[26].
Hypothèses obsolètes d'une origine préhistorique

En 1985, l'Historien Jean-Pierre Penisson synthétise les travaux menés sur des restes de chevaux préhistoriques retrouvés dans la région ardennaise[P 2]. Durant le Würm II, deux ou trois espèces de chevaux du type Equus caballus semblent avoir vécu dans la région de Dommery, notamment Equus caballus germanicus et Equus caballus gallicus[P 2]. Le laboratoire de géologie du Quaternaire et Préhistoire de l’université Bordeaux I estime à l’époque que ces chevaux pourraient être à l'origine de l'Ardennais[P 2].
L'Ardennais est aussi longtemps décrit comme un descendant direct du cheval de Solutré[27],[7],[17],[28],[12], une « histoire mythique » notamment diffusée par les syndicats d'éleveurs, que l'ethnologue Bernadette Lizet décrit comme un panégyrique[S 6]. Cette hypothèse est obsolète[29] ; de plus, rien ne prouve que des chevaux du site de Solutré aient migré vers les Ardennes[P 2],[28].
De l'Antiquité à la Renaissance
Francis Tinchi fait remonter l'origine de l'Ardennais à l'époque gallo-romaine[S 1] ; des représentations d'Épona ont en effet été retrouvées dans la région[30]. C'est le seul cheval actuellement présent sur le territoire belge à être mentionné dès l'Antiquité[H 1]. L'historien grec Hérodote décrit les qualités des cavaliers du Nord de la Gaule[31],[32]. Jules César fait l'éloge des chevaux de cette région dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules[10],[1],[33],[14],[5], en écrivant qu'il trouva dans la « deuxième Belgique », dont les Ardennes font partie, des animaux « rustiques, durs et infatigables[H 1] » à l'époque de la guerre des Gaules[34],[7]. Cependant, la population chevaline des Ardennes de l'époque n'est sans doutes pas comparable à l'actuelle[1]. Cette population de chevaux sauvage locaux est très prisée pour remonter différentes armées[7], au moins à partir des Romains[30],[13]. Sous le règne de Néron, un attelage de juments ardennaises est destiné à cet empereur, qui prétend être l'un des meilleurs conducteurs de quadrige du cirque[H 1].
En 1095, la première croisade de Godefroy de Bouillon est remontée en chevaux ardennais et y recours aussi pour le bât[30]. Durant la Renaissance, le maréchal de Turenne rend hommage aux qualités des chevaux ardennais qui remontent sa cavalerie, alors qu'il campe dans le pays de Trèves[H 1],[35],[36].
De l'époque napoléonienne aux années 1850
Les deux premiers tiers du XIXe siècle sont une époque difficile pour l'Ardennais, décimé par les guerres et réorienté en sélection pour répondre à de nouveaux usages civils dans le monde agricole[37]. Les chevaux de trait belges et ardennais forment, sous l'empire napoléonien, des souches élevées dans un pays unique[P 1].
Guerres napoléoniennes

Durant le Premier Empire, tous les chevaux d'artillerie viennent des Ardennes ou de Bretagne[H 2] ; dès la Révolution française, l'Ardennais est considéré comme le meilleur cheval artilleur d'Europe[14],[18]. Il est utilisé dans les armées pour tirer les canons et transporter le ravitaillement alimentaire (train)[14],[18]. L'Ardennais est décrit comme un petit animal de selle et de trait léger réputé pour sa rusticité, sa sobriété et son endurance[H 3]. Il résiste longtemps aux fatigues de la guerre et passe pour un très bon cheval de service[H 4]. Capable de résister aux intempéries et aux privations, de se nourrir de mousse et de lichen[H 5], il est si réputé que le médecin-vétérinaire belge A. Pétry se demande « s'il existe une bête plus solide et plus résistante dans quelque pays[H 2] ». Décrit comme « nerveux et infatigable »[H 6], sa conformation courte et ramassée en fait un cheval « ni beau ni distingué », mais réputé pour son fond, sa résistance et son énergie, doué d'une grande longévité, et dont les qualités sont précieuses pendant la campagne de Russie[H 7],[35],[38].
La morphologie de l'Ardennais, tel qu'il est décrit en 1780, rappelle les chevaux des hussards, avec une tête sèche, carrée et un peu camuse, un œil proéminent, des oreilles courtes et bien plantées, une physionomie intelligente et éveillée, une encolure droite, des épaules plates, un poitrail étroit et un garrot élevé. Il toise 1,42 à 1,52 m, et pèse environ 500 kg[H 8]. En 1802, le général Loison est en garnison à Liège[H 2]. Il remonte le 26e régiment de chasseurs à cheval sur de jeunes Ardennais achetés à la hâte, qui résistent à la campagne d'Allemagne et rentrent en France « parfaitement intacts »[H 2]. Napoléon Ier, qui proclame la race comme « infatigable »[H 3], ordonne son croisement avec l'Arabe vers 1810, pour lui apporter du fond et de la résistance[34]. Ce programme donne peu de résultats[39].
Cette race serait la seule à être revenue de la campagne de Russie[36],[13],[S 1], où 12 000 à 14 000 chevaux meurent[H 2] (une autre source fait état de 30 000 chevaux morts en une seule nuit[H 3]). Les militaires survivant à cette expédition racontent que les chevaux ardennais se contentaient pour toute nourriture du chaume qui recouvre les habitations, et qu'ils résistaient au froid, à la fatigue et à la faim[H 3],[23]. Près de 40 ans plus tard, les éleveurs belges se racontent cette histoire comme une légende locale : « Napoléon prisait fort leurs qualités et des régiments venaient recruter leurs montures chez nous. Dans la fatale retraite de Russie, les chevaux qui résistèrent le plus longtemps, ceux qui supportèrent la faim et la fatigue, et qui revirent encore, mais en bien petit nombre, les champs de victoire du départ, ce furent nos petits ardennais[H 9] ».
Déclin de 1815 aux années 1830
En 1815, tous les chevaux valides de la contrée sont réquisitionnés par les armées napoléoniennes, si bien qu'il ne reste parmi la race ardennaise que quelques animaux « d'une pauvreté incommensurable »[H 8],[23]. Les éleveurs du pays sont épuisés, comme le reste de l'Europe[H 10]. L'industrie privée est abandonnée à elle-même[H 10]. Le haras de Walferdange « n'est pas de nature à rendre au cheval de selle ardennais son antique mérite et sa vieille réputation »[H 10]. En 1834, l'Ardennais reste appauvri et de mauvaise réputation. Les animaux sont décrits par le zootechnicien Eugène Gayot en ces termes : « c'est le contraire du cheval d'autrefois, il en résulte que les qualités propres à la race ardennaise ont baissé[H 7]. »
Les nouvelles exigences de l'équitation militaire en Belgique font peser une exclusion[S 7]. La première est le manque de taille, car les chevaux les plus aptes au service de la cavalerie légère sont de plusieurs centimètres au-dessous de la limite fixée par les règlements[H 11],[S 7]. La seconde est la pesanteur de l'avant-main, tout cheval monté dont le centre de gravité ne tombe pas en arrière du garrot étant inutilisable à la selle[H 11],[S 7]. Ce « défaut de conformation » rend l'Ardennais moins maniable, et dans la rencontre d'une mêlée, la vie du cavalier se trouve plus exposée[H 11].
Régénération de la race

Après 1823, le gouvernement hollandais prend des mesures pour reconstituer l'élevage[S 8]. Un régiment de lanciers en garnison à Utrecht est alors exclusivement remonté dans les Ardennes[H 3]. Les chevaux mis à la réforme par ce corps sont recherchés par les maîtres de poste et les entrepreneurs de messageries[H 3]. Quelques observateurs des chevaux de l'artillerie hollandaise après la révolution belge de 1830 rapportent qu'une partie des attelages sont traînés par des chevaux ardennais, parmi lesquels « se trouvent encore quelques vieux débris de Waterloo », l'autre par des chevaux hollandais et allemands[H 3]. « Les privations, les intempéries, le bivouac avaient, durant cette courte campagne, réduit ces derniers à l'état de squelette ; les ardennais, au contraire, étaient conservés comme au moment du départ »[H 3].
En France, entre 1831 et 1833[22] ou bien vers 1835[H 4], des efforts pour « perfectionner la race ardennaise » sont entrepris dans le département français des Ardennes[H 4],[22]. L'indécision reste longue pour savoir quels types de reproducteurs adopter[H 4]. Certaines opinions sont en faveur du Percheron, d'autres de l'Anglo-normand, de l'Arabe ou du Pur-sang[H 4],[22]. Vingt ans plus tard, les animaux, mieux nourris, ont acquis plus de force et de taille que l'ancienne race[H 4]. Vers 1850, les étalons Anglo-normands sont en faveur[H 4]. Le dépôt de remonte de Villers possède « des produits assez bons et propres à remonter l'arme des dragons »[H 4]. Ces chevaux diffèrent complètement de l'ancienne race ardennaise par leur taille, leurs caractères zoologiques et leur force[H 4]. De 1830 à 1848, le conseil général vote une somme annuelle de 20 000 francs pour l’achat d'étalons, 500 000 francs étant dépensés sur 20 ans[H 4]. Les croisements ne sont pas toujours une réussite : l'hippologue français Felix Villeroy regrette « que l'on n'ait pas cherché à améliorer par elle-même l'ancienne race ardennaise »[H 12]. L'expérience de croisements à objectif militaire s'arrête avec la hausse de la demande pour des chevaux d'agriculture[22].
En Belgique, l'Ardennais n'est plus utilisé dans l'armée, mais acquiert là aussi une solide réputation de cheval agricole à l'approche des années 1850. Un propriétaire de Moravie l'introduit dans ses domaines ; des journaux autrichiens en louent la qualité et la résistance au travail[H 10]. Dans la province de Luxembourg, la députation du conseil provincial, la commission d'agriculture, et les sociétés d'encouragement et d'amélioration « rivalisent de zèle et de dévouement » pour relancer la race[H 13]. Les chevaux luxembourgeois présentés lors de l'exposition nationale agricole belge de 1848 rencontrent un grand succès[H 13].
Âge d'or de 1850 à 1950

En 1856, on distingue deux grands types de chevaux ardennais : la race de trait destinée à l'agriculture, au commerce et à l'industrie, et la race ardennaise condrosienne, décrite comme le cheval à tout faire[S 9]. L'ethnologue Bernadette Lizet décrit l'Ardennais comme le type même du « cheval ouvrier », par opposition aux chevaux de race Percheron ou Boulonnais, considérés comme prestigieux[S 9].
Disparition de l'ardennais léger

L'ancien Ardennais de selle disparaît presque totalement des Ardennes françaises au milieu du XIXe siècle, et ne peut être trouvé que dans la province de Namur et au Luxembourg[H 14]. Cette race ardennaise de petite taille est réputée précoce, moins puissante que le cheval de trait mais très courageuse, excellente comme cheval d'artillerie, pouvant être montée et faire un long trajet. Ces chevaux, attelés à une voilure à quatre roues, parcourent 90 kilomètres un jour et recommencent le lendemain[H 15]. Ils sont utilisés par les attelages des médecins dans la province de Liège, et même comme montures ou comme carrossiers de prestige[H 16]. Malgré leurs qualités de rusticité, ils se voient souvent reprocher leur morphologie peu élégante : taille trop réduite, encolure trop courte et trop épaisse, tête trop grosse et garrot trop peu sorti[H 17], ce qui pousse les administrations des haras à exiger des croisements avec le Pur-sang, race alors devenue très populaire, et à établir des stations d'étalons anglais en Belgique[H 18]. Les éleveurs sont très réticents à opérer ces croisements avec leurs juments, malgré les fortes primes proposées[H 19]. Quelques zootechniciens s'opposent fermement à ce qu'ils voient comme l'« anéantissement des caractères distinctifs de la race »[H 20].
En 1861, selon le journal des cultivateurs édité à Bruxelles, les Ardennais ont « considérablement regagné en taille et en conformation », grâce à deux règlements provinciaux édités en Belgique et au Luxembourg en 1847 et 1855, « qui furent judicieusement appliqués ». Ils ont « la tête plus légère et mieux attachée qu'autrefois, moins chargée en ganache, avec une auge moins empâtée, une encolure plus longue et plus flexible qui les rend plus maniables, un garrot mieux ressorti, un avant plus relevé, une croupe moins avalée et des jarrets moins coudés ». Les allures sont « plus souples que celles de son ancêtre, le cheval est plus solide, rapide et vigoureux, sa taille et son poids ont augmenté grâce à une nourriture plus abondante, et la race retrouve l'antique renommée » qui lui vaut d'être très prisée par des éleveurs français et allemands, venus les acheter en Belgique et au Luxembourg[H 21].
Selon le vétérinaire français André Sanson, dans les Ardennes belges, le Brabant, la Hesbaye et le Condroz, les chevaux atteignent une haute taille, qui est beaucoup moins élevée dans les arrondissements de Rethel et de Vouziers, centre d'élevage des Ardennais communs en France, dont la population est assez restreinte[H 22]. Ces chevaux sont caractérisés par un front large (brachycéphalie), des arcades orbitaires saillantes, un chanfrein fortement déprimé, des ganaches écartées et fortes, une tête courte[H 22]. Ils ne diffèrent en rien des chevaux bretons[H 22]. Les partisans du croisement tentent d'introduire des étalons percherons et de faire saillir les juments ardennaises par de gros étalons rouleurs du Luxembourg qui franchissent la frontière. Ces tentatives de croisements échouent en grande partie[H 22],[22]. Le dépôt d'étalons de l'administration des haras qui avait été établi à Charleville est supprimé en 1863[H 22],[22].
L'ancien type de la race ardennaise disparaît des haras belges entre 1880 et 1890, faute de primes encourageant ses éleveurs[H 23],[S 10].
Formation de la race de trait

Après les années 1850, le cheval de gros trait est en demande[H 8]. Les éleveurs, français comme belges, croisent leurs animaux avec des étalons flamands et belges, puis des percherons[H 8],[16], essentiellement de grands chevaux venus des plaines[S 11] ; ces croisements sont parfois accusés d'amoindrir les qualités des jambes[40]. Certains de ces croisements échouent car les besoins alimentaires des chevaux croisés sont très supérieurs à ceux de l'Ardennais de pure race ; selon Nissen, la formation de l'Ardennais de trait lourd s'effectue surtout par élevage sélectif au sein même de la population d'Ardennais[36]. Le cheval de cette époque ne ressemble plus du tout à celui des vingt dernières années du XVIIIe siècle[H 8]. En 1862, en France, le Percheron, le Breton, le cheval du Condroz - ou double ardennais - ainsi que l'Ardennais proprement dit sont décrits comme les meilleurs chevaux de trait du pays[H 15]. Le double ardennais possède des qualités propres de tractionneur et de trotteur[H 15]. Réputé comme limonier pour l'artillerie bien que « peu élégant », il a l'avantage de « ne pas exiger une ration d'avoine aussi forte qu'un Percheron »[H 15].
En Belgique, une première Société d'éleveurs, la « Société d'encouragement pour l'amélioration de la race des chevaux dans le Luxembourg belge », se constitue en 1841[41],[S 7]. Elle parvient à exporter vers de nombreux pays[41]. Les éleveurs deviennent des marchands de chevaux, à l'exemple de la maison Matthieu à Foy-lez-Bastogne, l'un des plus gros exportateurs d'Ardennais[S 12]. Ainsi, le contrôle de la race et de sa sélection échoient à un petit nombre de riches propriétaires[S 13]. En 1903, 450 Trait belge sont exportés vers les États-Unis, où ils sont désignés comme des « Ardennais »[S 11]. La race du Trait belge est créée en 1886 par fusion de trois souches de chevaux de trait régionales : le Brabançon, le cheval flamand et l'Ardennais belge[42]. Cela fait naître un conflit, les éleveurs de l'Ardennais belge souhaitant accéder à un stud-book autonome dans un contexte où les Français revendiquent aussi l'élevage de cette race[S 14]. De plus, la confusion induite a sans doute entraîné des croisements entre ces différentes souches[S 10]. La presse nationale belge « s'efforce de nier l'originalité de la race ardennaise », au profit d'une « conception d'unité de la race chevaline belge »[S 10]. L'inspecteur vétérinaire Louis Rulot devient l'un des plus fervents défenseurs de la spécificité de l'Ardennais[S 12]. Une série de conflits opposent les éleveurs de cette région à la société du Trait belge, autour du maintien d'une catégorie ardennaise au grand concours de Bruxelles[S 12].
Côté français, le haras national de Montier-en-Der devient un important centre d'élevage. Les quatre premiers étalons ardennais nationaux intégrèrent ce haras en 1887, et permettent de constituer la jumenterie française à l'origine des « ardennais français »[43]. Selon l'Union des éleveurs de chevaux de la race ardennaise (UECRA), le tout premier registre généalogique (stud-book) est créé côté français le par la société hippique des Ardennes, un regroupement de syndicats d'élevage régionaux[44],[W 2]. Le règlement de ce stud-book n'est cependant publié qu'en 1912 selon Gouvion et Krümm[45], en 1924 selon Pastoret et Tinchi[S 15], la base de données DAD-IS indiquant 1923[W 1]. Il compte 263 étalons et 260 juments à sa publication[45]. En 1913, le registre généalogique est scindé, les plus grands chevaux de la race ardennaise devenant les Trait du nord, ou Ardennais du Nord[45],[36].
De 1914 aux années 1950

Henri d'Arbois de Jubainville décrit plusieurs types de chevaux réunis sous le nom d'« Ardennais » en 1914 : le petit modèle proche de celui de la fin du XVIIIe siècle, le modèle moyen de type artilleur, et le type de trait lourd, comparable au Percheron et au Boulonnais[46]. Pendant la Première Guerre mondiale, l'Ardennais est très demandé pour tirer les chariots d'artillerie[34],[31] et rend de grands services[13]. Son calme et sa tolérance aux travaux difficiles, combinés à sa nature active et flexible, en font un cheval idéal pour cette tâche[47]. Son élevage est valorisé : lorsque les Allemands établissent leur Commission pour l'obtention de chevaux en octobre 1914 afin de capturer les animaux belges, il est spécifié que les Ardennais font partie de l'une des deux races les plus importantes, l'autre étant le trait belge[48]. Les Allemands s’avèrent incapables de s'approprier les chevaux de la famille royale belge qui sont évacués à temps, mais ils capturent assez de bêtes pour perturber les programmes agricoles et d'élevage du pays. Les chevaux utilisés pour le transport de biens sont également capturés, ce qui provoque une crise d'approvisionnement de combustibles l'hiver suivant, faute d'animaux pour transporter le charbon. Les Allemands revendent plus tard certains de ces chevaux aux enchères[49]. Empêchés par les Alliés d'en importer, les Allemands se retrouvent à court de chevaux vers la fin de la guerre[50]. Le transport de leur matériel et leur approvisionnement s'en trouvent affectés, ce qui contribue grandement à leur défaite[50]. Les éleveurs et marchands d'Ardennais ont beaucoup souffert de cette guerre, mais le commerce reprend très rapidement[S 14].
L'Ardennais connaît une courte période de gloire durant l'entre-deux-guerres[S 1], restant en demande notamment pour le labour[23]. Le stud-book français rouvre en 1923 avec 623 inscriptions[51], puis passe sous la gestion du Syndicat d'élevage du cheval ardennais en 1929[51]. Cela renforce l'enjeu économique et identitaire des éleveurs belges qui souhaitent pouvoir vendre leurs chevaux sur les foires internationales sous le nom d'« Ardennais »[S 16]. Au début des années 1930, la race atteint l'apogée de son développement physique[52]. L'Ardennais est souvent décrit comme un « laboureur-né » avec l'encolure dans l'alignement de son dos, voire plus basse, et un museau rasant le sol[53]. Il est entièrement bâti pour la traction[53]. Cette conformation lui permet de déplacer des poids énormes sur de courtes distances[53]. En 1926, la société belge du cheval de trait ardennais est créée pour défendre la race face au développement des moteurs[41], regroupant plus de 200 éleveurs lors de sa fondation à Libramont[S 15]. Le premier concours annuel ardennais de Libramont est organisé l'année suivante[S 15]. Le stud-book de l'Ardennais belge reste cependant confondu avec ceux du Brabançon et du cheval des Flandres sous le nom de « Trait belge » jusqu'en 1935, date où les éleveurs d'Ardennais belges s'en séparent en créant la « société royale du cheval de trait ardennais »[S 17],[42] ; cette même année, la catégorie ardennaise est rétablie au grand concours de Bruxelles[S 15]. En 1929, en France, le haras national de Montier-en-Der compte 127 étalons reproducteurs, tous de race ardennaise[43].
Pendant la Seconde Guerre mondiale, ce cheval est très peu employé par les armées[54],[55], mais le cheval de trait reste indispensable au transport comme aux travaux des champs en raison des pénuries de carburant. Il est très demandé jusqu'à la reddition des allemands en 1945[55]. En 1946, les agriculteurs des Ardennes manquent de chevaux pour effectuer leurs travaux[P 3].
Fin de l'utilisation au travail

La commercialisation à grande échelle du tracteur agricole et de la moissonneuse-batteuse commence vers 1945. Une jument ardennaise de bonne qualité est alors vendue 110 000 anciens francs, et un petit tracteur à pétrole, 100 000 anciens francs. La très forte demande en tracteurs multiplie ce prix par dix en dix ans. L'enrichissement des agriculteurs durant les Trente Glorieuses leur permet de s'équiper massivement de machines[P 4],[56]. La race ardennaise est de plus en plus délaissée[51],[56],[57]. Le déclin de l'élevage est palpable dès le début des années 1950, mais c'est surtout dans les années 1960 que les effectifs s'effondrent, sans qu'une entreprise de sauvegarde ne se mette en route[56]. La race est croisée avec le trait belge et le cheval flamand, dont certains lui transmettent le lymphœdème chronique progressif[23].
Les très gros élevages avec une vingtaine de chevaux ou plus disparaissent, laissant place à de petits élevages d'un ou deux chevaux[S 18]. Les effectifs d'étalon nationaux ardennais français déclinent après la Seconde Guerre mondiale : en 1992, Montier-en-Der garde 17 ardennais, soit les effectifs les plus importants de France[58]. La race est en très net déclin dans toute sa région d'origine. Un marché temporaire s'ouvre en Inde dans les années 1980, des camions d'Ardennais partant pour l'usage militaire[P 5]. En Belgique, les effectifs passent de 15 000 individus en 1955 à 1 600 en 1996[S 19].
Relance bouchère des années 1970 à 1980

Au début des années 1970, les effectifs de chevaux de trait ont très fortement baissé dans la plupart des pays où ils étaient utilisés, dont la Belgique et la France[59]. À la même époque, Henry Blanc est nommé à la direction des haras nationaux français. Il organise la reconversion des neuf races de chevaux de trait françaises en animaux de boucherie, encourageant les éleveurs français, qui ne trouvent plus d'acheteurs pour leurs animaux, à engraisser ceux-ci pour les revendre aux abattoirs. L'hippophagie assure, paradoxalement, une partie de la sauvegarde de l'Ardennais français en gardant son capital génétique intact, mais aussi en transformant le modèle des animaux, autrefois taillés pour le travail, en celui de « bêtes à viande ». Les haras nationaux achètent et approuvent des étalons lourds destinés être croisés à des juments lourdes, pour donner naissance à des poulains qui engraissent rapidement. Ces derniers sont abattus vers l'âge de 18 mois pour produire de la viande[59]. La race est alourdie[S 20],[60]. Entre le milieu du XXe siècle et les années 1980, le poids moyen d'un Ardennais passe ainsi d'une moyenne de 600 à 800 kg à une moyenne de 700 à 1 000 kg, voire davantage[60].
Cette reconversion est très défavorable, le Percheron étant beaucoup plus renommé pour ses qualités bouchères, tandis que l'Ardennais est réputé pour être « celui qui a le moins de qualités en boucherie »[S 21]. De plus, le marché de la viande de cheval ne suit pas[56]. Les éleveurs français sont dépassés par les importations de chevaux à bas prix venus du continent américain et d'Europe de l'Est[56]. Cette viande n'est pas consommée dans les régions d'élevage de l'Ardennais, notamment la province de Luxembourg[S 22]. L'un des éleveurs belges interrogés par l'ethnologue Bernadette Lizet explique que la viande de poulain était parfois vendue frauduleusement comme étant du veau, faute de quoi les clients auraient refusé d'en manger[S 23].
Côté belge, il faut attendre 1987 pour que l’État confie aux éleveurs la gestion autonome du stud-book ardennais, et officialise ainsi l'existence de l'Ardennais en Belgique[S 16]. Les éleveurs belges pratiquent aussi la revente aux abattoirs des chevaux de qualité moyenne, et concentrent leur activité autour des concours de modèle et allures, avec quelques ventes des meilleurs chevaux en Russie[S 16]. Aussi bien en France qu'en Belgique, il est d'usage de couper la queue des chevaux (caudectomie) ; d'après un témoignage d'éleveur belge recueilli par Bernadette Lizet, la queue a été coupée de plus en plus court pour mieux mettre en évidence la largeur de la croupe à l'époque des revente à la boucherie[S 24].
Renouveau de l'équitation de loisir et de travail

L'émergence d'une nouvelle demande en chevaux de travail et de loisir à partir des années 1980 pousse à sélectionner de nouveau sur des critères d'aptitude à la traction[23]. L'un des premiers symboles de cette nouvelle orientation est le retour d'un concours d'attelage par la Société royale belge en 1978[S 25]. Au début des années 1980, l'association sans but lucratif « Défense et promotion du Cheval de Trait Ardennais » est créée dans le sud de la province du Luxembourg pour promouvoir la race en attelage de loisir et de compétition, et développer le tourisme hippomobile ; elle reçoit d'importants crédits nationaux et européens[S 26], et forme des particuliers issus de diverses professions à atteler l'Ardennais[S 27]. L'Ardennais retrouve une certaine sveltesse dans sa silhouette[61]. De nouvelles manifestations destinées à sauvegarder le cheval de trait voient le jour, telles que la route du Poisson et les parcours de maniabilité ou d'endurance[62]. Durant les années 1990, il arrive que des étalons ardennais belges soient achetés à Libramont et exportés en France, mais l'inverse n'est pas vrai, les éleveurs belges boudant les chevaux français[S 28]. Les éleveurs d'Arattel, croisement demi-sang entre l'Ardennais et l'Arabe, imposent de nouveaux usages tels que le refus de la caudectomie[S 29].
Les fêtes et concours de traction se multiplient[S 30]. Le , une compétition de trait-tract est organisée à Reims entre des Percheron et les Ardennais[P 6]. L'année suivante, dix-huit chevaux ardennais sont exportés de Sedan vers le Chili, pour le travail agricole[P 7]. En 1989, l'Ardennais est remis au travail dans les champs. Un centre d’insémination artificielle consacré à la race ouvre à Pouru-Saint-Remy[P 8]. Un an plus tard, un concours de race réunissant les éleveurs de dix départements français est organisé à Vittel[P 9].
Au début des années 1990, l'équitation de loisir connait un nouveau souffle tandis que la consommation de viande de cheval chute. L'effondrement du prix de la viande pousse les Haras nationaux français à réorienter les activités liées au cheval de trait[34]. L'Ardennais rencontre un nouvel engouement pour le tourisme rural[P 10]. Une expérience de débardage avec des Ardennais se met en place à Bondy, en Île-de-France, en 1991[P 11]. L'intérêt qu'il suscite en Europe[P 12] aboutit à la mise en place d'une convention de sauvegarde signée entre les Français et les Belges au haras national de Montier-en-Der, en 1992[P 13].
Dans le département français des Ardennes, une association pour la relance de l'attelage naît en 1993[P 14]. Diverses manifestations autour du « cheval du pays » sont organisées, notamment à Signy-l'Abbaye en 1993[P 15], à Mouzon en 1995[P 16], au haras national de Montier-en-Der, ou encore à Buzancy en 1997[P 15]. En France, l'Ardennais fait partie des races de chevaux dont les éleveurs peuvent bénéficier de la « Prime aux races menacées d'abandon » (PRME), mise en place en 1997, d'un montant de 100 à 150 € en 2004[P 17]. Néanmoins, l’effectif français d'Ardennais chute d'environ 20 % durant les années 1990[63]. En 1998, seules 690 naissances sont enregistrées[63].
Description
L'Ardennais est décrit comme « l'un des meilleurs chevaux lourds du monde »[39], il est souvent comparé à un tracteur[18]. Son standard est défini par les sociétés de stud-book belges, français et luxembourgeois[64]. Ces standards sont très proches les uns des autres, et s'accordent pour définir le cheval idéal comme compact, trapu et près de terre, de type bréviligne, néanmoins distingué et harmonieux[W 2],[W 3]. Cependant, les croisements pratiqués avec le Trait belge et l'indistinction entre ces deux races en Belgique pendant des décennies ont alourdi l'Ardennais ; il est devenu difficile de distinguer morphologiquement un Ardennais d'un Trait belge, hormis par la taille[64].
Taille et poids
Par comparaison aux autres races européennes de chevaux de trait, l'Ardennais est plus petit et de poids plus réduit[64]. La taille minimum exigée par le standard français de la race est de 1,54 m pour les étalons, et 1,52 m pour les juments[65],[W 2]. Dans les années 1980, l'Ardennais dépasse rarement 1,55 m au garrot, et pèse 500 à 600 kg s'il n'est pas destiné à la boucherie[66]. L'auteur anglais Elwyn Hartley Edwards cite en 1992 une fourchette de 1,50 à 1,60 m, pour une moyenne de 1,60 m[10]. Bongianni et Hendricks citent 1,52 à 1,62 m[27],[17] ; le guide Delachaux indique 1,60 à 1,62 m[16].
- Croissance de l'Ardennais
- Poulain nouveau-né.
- Poulain d'un an (yearling)
- Adulte (après 5 ans)
La taille moyenne des chevaux français est de 1,60 m pour les femelles et 1,62 m pour les mâles[67], pour un maximum respectif autorisé de 1,64 m et 1,66 m[W 4]. Le standard belge a des exigences de taille différentes : le cheval ne doit pas dépasser 1,62 m pour les étalons, et 1,60 m pour les juments[W 3]. De fait, la taille moyenne enregistrée pour les Ardennais belges est de 1,55 m pour les femelles, et 1,58 m pour les mâles, pour un poids moyen respectif de 600 et 700 kg[W 5].
Le poids d'un poulain ardennais à la naissance est de 50 à 80 kg[réf. souhaitée]. Comme tous les poulains de trait, il grandit et grossit très rapidement. À l'âge adulte, en fonction de sa destination, il peut peser de 500 à 1 000 kg, voire plus[65],[40],[68]. Il reste généralement plus léger que le Trait belge[14]. Les Ardennais les plus lourds ont moins de qualités selon Jasper Nissen, qui leur décrit moins de muscles et des tissus souvent spongieux[4].
Morphologie
L'Ardennais est un cheval bréviligne massif[27],[67],[69],[65], de modèle particulièrement compact[40], lourd et puissant[70],[7], avec de l'os[67]. Par comparaison aux autres chevaux de trait, il est trapu et ramassé, donc plus proche du sol[71],[10],[68],[64].
Tête
Le profil de tête est rectiligne ou légèrement concave (camus) selon une majorité d'auteurs[27],[9],[70],[67],[40],[16]. L'Autrichien Martin Haller décrit la possibilité d'un profil de tête légèrement busqué (convexe)[68]. Elle est parfois un peu longue[66], le Guide Delachaux la décrivant comme longue[16], et d'autres auteurs comme grande et lourde[27],[69]. Cependant, les éleveurs interrogés par Lizet décrivent une « bonne tête d'Ardennais » comme fine et expressive par contraste avec la masse du cheval[S 31].
Les orbites sont légèrement saillantes, rendant l’œil proéminent[9],[67],[15] ; il est relativement grand[27]. Le front est large[71],[27],[9],[67],[14]. Les oreilles sont de petite taille, et pointues[9],[32],[16], normalement orientées vers l'avant[67],[65]. Ces petites oreilles sont assez inhabituelles pour un cheval de trait[32]. Cependant, Bongianni les décrit comme lourdes[27].
- Tête de l'Ardennais
- Étalon bai, profil droit
- Rouan zain, vu de trois quarts
- Bai pangaré zain, vu de trois quarts arrière
Les naseaux sont larges et bien ouverts[27],[65],[W 3]. Le nez présente une forme carrée distinctive[32],[13],[14], vraisemblable trait primitif[13]. Les ganaches sont lourdes[27],[9]. La tête est bien greffée à l'encolure[40],[65].
Avant-main, corps et arrière-main

L'encolure est plutôt longue selon Edwards[10], moyennement longue selon le standard de race français[W 4] ; une majorité d'auteurs la décrivent comme courte[27],[68],[15]. Elle est musclée et large à sa base, bien greffée aux épaules[27],[9],[64],[W 4]. Sa forme est généralement rouée (dite aussi en col de cygne)[W 4],[39], plus particulièrement chez les mâles[65]. L'épaule est puissante et plutôt courte, légèrement inclinée[67], voire oblique[10],[15],[65]. Haller la décrit comme longue[68]. La poitrine est profonde et ample[27],[67],[65]. Le passage de sangle est particulièrement profond[10],[32]. Le garrot est peu sorti mais bien défini[15], large et musclé[27], de même hauteur que la pointe de la croupe, parfois plus bas[9].
Le dos est puissant, large et soutenu[67],[15],[65], droit[27],[9] et court[27],[14],[15],[16], Edwards le décrivant comme « exceptionnellement court »[9], un trait inhabituel parmi les races de chevaux de trait[32]. Le corps est massif et puissant[65]. Le rein est large et puissant[27],[9],[15], fortement musclé[32]. La croupe généralement double et relativement longue s'associe à des hanches larges et des fesses très musclées[65],[W 3]. Elle est large et arrondie, musclée[67],[15], inclinée selon Edwards et Hendricks[9],[15]. Elle peut être un peu courte[64].
Membres et crins

Les membres courts de l'Ardennais lui donnent un aspect ramassé[66],[71], car ils sont courts mais aussi très musclés[27],[9],[67],[68],[15], particulièrement au niveau des avant-bras[40]. Les cuisses sont proportionnées à la masse[9]. Les articulations sont basses[67],[65] solides[27] et bien affirmées[65]. Les jarrets sont particulièrement forts[71],[1].
Le pied, cherché résistant et bien conformé, est relativement petit par comparaison à l'épaisseur des membres du cheval selon Edwards et Kholová[9],[1],[32], alors que le standard français de la race les décrit comme larges[67],[65], de même que Hendricks[15]. Le talon est haut[1]. Les fanons sont fournis[9],[65],[W 3] et épais, remontant jusqu'aux genoux et aux jarrets[9]. La corne du pied est recherchée saine[67],[15].
La crinière est bien fournie[65],[W 3] et souvent double[72], la queue également[16].
Robes
Les robes les plus courantes chez l'Ardennais sont le bai et le rouan[9],[67],[4],[28],[16],[W 2], souvent pangaré, c’est-à-dire avec le bout du nez, le contour des yeux, l'intérieur des jambes et le ventre d'une teinte plus claire ou légèrement gris[65]. Certains élevages peuvent choisir de se spécialisés dans le bai ou dans le rouan[S 13].
L'alezan, le gris fer (noir rouan) et l'aubère sont admis[67],[65],[W 2]. Le bai-brun et le noir peuvent être tolérés selon le standard français, mais toutes les autres robes sont exclues[65],[W 2]. Hendricks décrit le noir, très peu commun, comme une robe exclue par le standard belge[15] ; Bongianni signalait aussi en 1987 le noir comme exclu[27]. D'après les données collectées pour DAD-IS en Belgique, 64 % des sujets sont bais, 25 % sont rouans et 6 %, alezans[W 5]. En France, la robe la plus classique est le bai cerise, sans marques blanches[65].
Un poulain blanc, Very White, est né fin mai 2009 à Lachambre, de la jument ardennaise Majestée du Vallon[P 18]. D'après la représentante du Haras national de Rosière-aux-Salines Nathalie Alliot, « c’est une première pour cette race »[P 18].
Tempérament, entretien et allures

L'Ardennais a le plus souvent un caractère très doux et docile, et peut être mené sans problème par un enfant[71],[66],[10],[7],[12],[18]. Coopératif et rustique[10],[73],[18] mais néanmoins énergique[W 4], il est réputé proche de l'humain[65]. Habitué aux conditions climatiques rudes de sa moyenne montagne d'origine, il peut vivre au plein air toute l'année[34],[69],[15],[18]. Pour un cheval de sa masse, il est plutôt économique à nourrir[15]. De plus, il se nourrit des refus des bovins et permet de nettoyer les pâturages durant l'hiver[W 1].
Il doit posséder des allures amples, énergiques et souples[W 4],[68]. Ces allures sont souples malgré sa masse[7], grâce à la qualité des épaules qui lui permettent des allures libres[18]. Le pas est énergique et sûr[4]. Le trot est un peu sous lui, mais actif[65] ; il est souvent dégagé et brillant[4].
L'Ardennais belge a fait l'objet d'une étude visant à déterminer la présence de la mutation du gène DMRT3 à l'origine des allures supplémentaires : l'étude de 39 sujets a permis de confirmer l'absence de cette mutation chez tous les chevaux testés, ainsi que l'absence de chevaux présentant des allures supplémentaires parmi les sujets de la race[S 32].
Santé et génétique
L'Ardennais est sujet au lymphœdème chronique progressif[74],[S 33]. La haute prévalence de cette maladie chez la race a poussé le stud-book belge à mettre en place un dépistage des reproducteurs[W 6]. Il est aussi sujet à l'ostéo-arthropathie interphalangienne dégénérative juvénile[S 19],[75], dont les signes cliniques se caractérisent par de l'arthrose précoce, un évasement de la partie externe du sabot et un angle pied/sol de profil plus droit que la norme[S 19]. La maladie se déclenche chez des animaux jeunes, sans être causée par une mise au travail trop précoce[S 34]. Enfin, il peut être porteur du type 1 de la myopathie à stockage de polysaccharides, bien que la prévalence exacte ne soit pas connue[74].
Une communication présentée au 76e congrès annuel de la Fédération européenne des sciences animales (EAAP) à Innsbruck en 2025 a utilisé des marqueurs génomiques SNP (IMAGE 10K) pour comparer la diversité génétique de 609 chevaux issus de 17 races locales françaises, dont l'Ardennais. L'étude montre une consanguinité modérée (≈ 0,100) ainsi qu’un rapport de taille effective de population relativement faible (Ne/N ≈ 0,018), indiquant que la diversité génétique de cette race est plus limitée que chez certaines races de chevaux de selle[S 35].
Sélection
En Belgique
En Belgique, le standard de la race a été défini en 1948[S 19],[12], puis révisé en 2004[W 3]. Depuis 1987, la race ardennaise belge est gérée dans le stud-book du cheval de trait ardennais sous la responsabilité de la société royale du cheval de trait ardennais[S 15], qui se donne pour premier but d'« assurer la pérennité de la race ardennaise »[W 7].
Le stud-book belge souhaite revenir vers un type carrossier comme il en existait vers 1900, en redonnant de la légèreté, de l'influx nerveux et de belles allures[W 7]. Il suit pour cela un programme de croisements progressifs avec l'Arabe et le Cob normand[W 7]. Les poulains obtenus se reproduisent avec des Ardennais purs pour donner naissance à des chevaux de seconde génération directement inscriptibles dans le livre généalogique de la race ardennaise en Belgique[W 7]. La région wallonne distribue des primes d'élevage pour la relance des races menacées à chaque naissance d'un poulain ardennais, ainsi que des subventions annuelles ; en 2023, le montant de cette prime s'élève à 125 €[W 8].
En France

L'union des éleveurs de chevaux de la race ardennaise (UECRA) est l'association nationale officielle de la race en France, par arrêté du au Journal officiel de la République française. Elle a vocation à regrouper les éleveurs, siéger à la commission du stud-book, gérer la politique d'amélioration de la race, et bien sûr, la promouvoir[W 9]. Le règlement d'élevage a été créé en collaboration avec ce syndicat. Seuls les animaux inscrits dans le stud-book sont admis à porter l'appellation d'« Ardennais ». Les inscriptions se font au titre de l'ascendance, c'est-à-dire à titre initial, pour les chevaux âgés de plus de deux ans si trois de leurs grands-parents sur quatre sont des Ardennais. Les étalons reproducteurs de race trait belge, Trait néerlandais, Auxois et trait du Nord peuvent être inscrits comme « Reproducteurs Facteur de Trait Ardennais », après examen par une commission nationale d’approbation[W 10].
Arattel
L'Arattel est un croisement demi-sang issu de l'ardennais, créé en Belgique dans les années 1980 pour l'attelage[S 26],[W 7]. Le choix des races à privilégier en croisement a fait l'objet d'intenses discussions entre éleveurs et utilisateurs[S 36]. Le nom est une contraction d'ardennais (Ar) et d'attelage (Attel)[S 26],[W 7]. Il possède son propre stud-book, différent de celui de l'Ardennais. Le croisement est réalisé entre un Ardennais et un Arabe ou un Cob normand[W 7]. Le type (F1, F2 ou F3) donne le pourcentage d'origines non ardennaises chez le cheval issu du croisement : F1 signifie 50 % non ardennais, F2 25 %, et F3 12,5 %[W 7]. D'après Marcel Mavré, ce croisement a donné des résultats « assez intéressants »[76]. Cependant, Nissen estime en 2003 que l'avenir de ce cheval de croisement reste incertain[77].
Utilisations
Les usages de l'Ardennais se multiplient avec la révolution industrielle et l'intensification de l'agriculture. L’économie dépend alors du cheval de trait dans une foule de secteurs (agriculture, transport, armée, mines…)[S 37].
Utilisations historiques
En 1856, l'Ardennais tire des diligences et de petits véhicules de commerce, des wagons, des chariots de postes, et forme un cinquième de la cavalerie des gendarmes[H 2]. Jusqu'à 5 % des effectifs de la compagnie générale des omnibus sont constitués d'Ardennais ; les chevaux y résistent pendant 5 à 6 ans de services avant d'être revendus pour le travail agricole[78].
Entre la fin des moissons à la faucille dans les années 1880 et la généralisation des moissonneuses-batteuses et des tracteurs dans les années 1960, il est un partenaire privilégié des agriculteurs, notamment pour tracter la charrue, permettant d'importants progrès en agriculture[71],[79]. Sa capacité de récupération lui vaut d'être exporté plus au sud, pour effectuer le labour de terres épaisses[79]. Durant la révolution industrielle, l'Ardennais est utilisé par l'industrie lourde pour déplacer de grandes charges, par les postes et les services ferroviaires, et dans les mines[64],[80]. Le premier cheval est descendu dans des galeries minières en 1821[81]. L'Ardennais fait partie des races favorites pour faire rouler les bennes, avec le Trait du Nord et le Breton[80]. Il actionne les machines à molettes qui remontent le charbon[82].
Dans la ville belge de Liège, les établissements miniers apprécient les chevaux ardennais de petite taille pour traîner le charbon dans les galeries souterraines, où ils font preuve d'adresse, de force et d'intelligence, malgré l'insalubrité des lieux[H 2]. Ils sont fréquemment maltraités, mais réputés pour vivre très longtemps[H 2]. En 1846, un Ardennais est remonté d'une houillère où il se trouvait depuis vingt-trois ans, pour cause de vieillesse : « L'animal tomba ébloui par la clarté de la lumière et on dut lui donner la mort que tant de causes de destruction qui l'entouraient et presque un quart de siècle de pénibles labeurs n'avaient pu lui donner »[H 2]. Sa constitution de fer lui permet de résister à des travaux très rudes, dans des conditions défavorables[H 2]. En 1879, dans son cours d'exploitation des mines de houille, Charles Demanet signale que l'Ardennais forme la majorité des effectifs de chevaux de transport de fond en Belgique[H 24].
Ce cheval est employé au halage des péniches le long de la Meuse jusqu'environ 1950[P 4].
Utilisations actuelles
Depuis les années 1990, l'essor de l'équitation de loisir a ouvert de nouveaux débouchés[S 15],[16]. La traction d'attelages (qu'il soit de tradition en calèche, d'initiation en centre équestre, pour l'entretien et les travaux d'écurie ou le tourisme attelé en roulotte ou en chariot bâché) représente le second débouché de la race ardennaise ; il est parfaitement adapté à cette activité, même si elle est sportive[S 38]. La race peut être utilisée en centre équestre pour l'initiation à l'attelage et les travaux d'écurie[28],[74]. Des neuf races de chevaux de trait françaises, l'Ardennais est (en 2010) la plus souvent choisie pour du travail attelé, notamment en ville[W 11]. Pour toute utilisation, il est conseillé de tester l'absence de la myopathie à stockage de polysaccharides[74].
La jument ardennaise peut servir de mère porteuse pour d'autres races[S 15].
Viande
L'Ardennais continue, comme beaucoup de chevaux de trait, à être élevé pour sa viande[12], dont la production reste le débouché principal de la race[40],[18]. Environ 80 % des poulains mâles partent à l'abattoir[74]. Il est notamment exporté vivant sur le marché japonais[P 19]. Cette ouverture de marché a fait monter les prix des poulains à la revente, malgré une pause pendant la pandémie de Covid-19[P 20]. D'après le témoignage d'un éleveur présent sur la foire de Sedan en 2019, les prix sont montés jusqu'à 1 200 € pour une pouliche de deux mois[P 21]. La même tendance est observée côté belge en 2018, avec des achats japonais à la foire de Libramont[P 22],[P 23].
Débardage
L'Ardennais est (en 2008) la race de chevaux de trait la plus fréquemment utilisée au débardage, devant le Comtois[83] ; il n'a jamais cessé cette tâche en Belgique[S 19], avec un renouveau de sa popularité dans les années 1990[S 39]. Il est considéré comme l'un des meilleurs chevaux de trait à cet usage[7],[34],[74],[W 12], devenu la vitrine de la race ardennaise[S 40]. Selon Lizet, ils « jouent un rôle pivot dans le système de race ardennais »[S 30]. Les débardeurs choisissent le plus souvent spontanément cette race, probablement parce qu'il existe une réserve constante de chevaux formés à ce travail[84]. Il faut environ quatre ans pour former un cheval[85]. Le cheval débardeur est préféré lourd et costaud[S 41], de modèle rectangulaire et de haute taille[S 42]. Une taille réduite permet de passer sous les feuillages[74]. La région wallonne compte une centaine de débardeurs (170 en 1996[S 20]) qui travaillent avec des chevaux dans les forêts, afin d'ôter les arbres résineux[W 12]. Cependant, ce métier faiblement rémunérateur dépend souvent de politiques de soutien à l'écologie[S 20].
- Ardennais au débardage
- Démonstration en 2007 en Allemagne.
- Travail à Valley Park, Royaume-Uni, en 2008.
- Championnat de France de débardage à cheval à Euroforest, 2023
Le débardage à l'Ardennais fait partie de l'identité culturelle de la Wallonie ; des primes sont versées aux débardeurs de la province du Luxembourg qui utilisent un cheval de cette race (en 2023)[W 13]. Toujours en Belgique, à Libramont, un concours international de traction chevaline rassemble les meilleurs chevaux de débardage dans des épreuves de puissance, d'endurance et d'obéissance, qui sont suivies par des milliers de spectateurs[P 24],[S 40].
En France, cette activité reste marginale, malgré les efforts de quelques passionnés pour la faire connaître[P 25]. Elle souffre du manque de professionnels formés et de chevaux dressés[P 26]. En 2018, le groupement d’économie solidaire Ardenne Patrimoine Insertion (API) utilise Axel, un cheval de trait local, sur ses chantiers de débardage[P 27]. Un chantier de débardage à l'Ardennais été mis en place par le département de la Meuse en novembre 2025 dans le bois de la Maillette[P 28].
Travail agricole et urbain
L'Ardennais reste, mais très rarement, mis au travail dans de petites exploitations agricoles, pour la fenaison, l'entretien des vignes et la polyculture[12],[74]. Grâce à sa rusticité, la race est très appréciée en particulier pour ces travaux agricoles en moyenne montagne[34]. Il peut aussi être mis au travail en milieu urbain, soit pour de l'entretien, soit pour du déplacement attelé[74]. Il peut aussi tracter des attelages de brasserie[69].
- Ardennais au travail agricole ou urbain
- Ardennais au labour à la charrue.
- Taram et Vouziers, chevaux territoriaux, au Scharnaval en 2011
- Taram et Vouziers, chevaux territoriaux de Schaerbeek, en 2012.
Les 25 et , deux chevaux ardennais remportent les deux premières places du championnat de France des meneurs territoriaux organisé à Trouville-sur-Mer, en Normandie, sur 13 villes participantes. L'un de ces deux chevaux, Quadrille* HN, est une jeune jument de quatre ans menée par un cantonnier originaire de Lampertheim en Alsace, Charles Ludwig[86]. Cette jument nationale ardennaise a acquis une certaine popularité depuis 2007 où elle effectue avec son meneur divers travaux d'intérêt général dans la commune alsacienne de Lampertheim ; elle est morte en 2021, à l'âge de 17 ans[P 29].
Sports, loisirs et tourisme
La relance des activités de loisir, et en particulier attelées, est pour beaucoup dans la reprise du développement de la race ardennaise[W 14] ; en effet, son caractère et sa rusticité sont particulièrement adaptés à ces activités[74]. D'autres débouchés sont évoqués, tels que les compétitions de trait-tract, qui mettent en valeur la puissance des chevaux de trait devant un traîneau[62].
- Ardennais en sport-loisir
- Jeune fille montant un Ardennais à Clermont-sur-Berwinne, 2010.
- Enfant montant un Ardennais en Belgique flamande, 2011
- Attelage sportif d'Ardennais belges sur la Route du Poisson, 2012
- Attelage de loisir avec une paire d'Ardennais en Alsace, 2015
Enfin, ce cheval rustique peut participer à l'entretien de l'espace dans les zones herbagères (écopâturage)[87].
Croisements
Durant l'âge d'or du cheval de trait, particulièrement au début du XXe siècle, l'Ardennais est considéré comme un améliorateur de races[88],[18], ce qui lui vaut d'être exporté dans quasiment toute l'Europe[68]. Il contribue notamment à la formation du Comtois vers 1905, de l'Auxois et du trait du Nord[88],[18]. Ces deux dernières races sont souvent décrites comme des variétés plus grandes de l'Ardennais[31],[18].
- Races de chevaux influencées par l'Ardennais
Il est à l'origine de l'Ardennais palatin (pfalz-ardenner)[68],[12], et a fortement influencé le Trait de Rhénanie[89]. Il a également contribué à la formation de la race du Murakosi en Hongrie[90], à celle du Sokólski en Pologne[18] et au Letton[91]. Il est en partie à l'origine du Trait russe, par croisements avant 1937[92],[18]. Il a influencé le Breton[91],[6], dont le chef de race le plus connu est Naous, un demi-ardennais né en 1934 d'un étalon breton et d'une jument ardennaise importée[S 43].
Diffusion de l'élevage
La race est jugée commune par Hendricks[93], mais par ailleurs, l'ouvrage Equine Science (4e édition de 2012) la classe parmi les chevaux de trait peu connus au niveau international[94]. Au cours de son histoire, l'Ardennais s'est largement diffusé hors de son berceau d'origine[71] ; il continue d'être vendu dans toute l'Europe[69]. L'évaluation de la FAO publiée en 2007 le classe en « D », soit endangered (« en danger »)[W 15]. Il est cependant considéré par l'étude de l'université d'Uppsala menée pour la FAO (2010) comme une race européenne transfrontière en danger critique d'extinction[W 16], alors même que, sur cette période, sa population correspond toujours à la définition de endangered[Note 1]. En 2001, Daniel Babo estime que l'Ardennais est « à l'abri du risque de disparition »[63].
Un registre généalogique propre est géré dans cinq pays européens : la Belgique, la France, le Luxembourg, la Suède[P 30],[W 2] et la Pologne depuis 2016[W 2], avec entre 728 et 839 sujets recensés dans ce dernier pays en 2023[W 17]. Il est répertorié en Chine parmi les races d'importation rares[W 18]. En Allemagne, seuls quatre sujets d'importation sont recensés en 2024, sous le nom d′Ardenner ; la race est classée comme disparue dans ce pays[W 19]. L'Ardennais a aussi été exporté au Canada, aux États-Unis, en Argentine et au Chili[64].
Élevage en Belgique
La Belgique compte environ deux fois plus d'Ardennais que la France[87]. En 2008, le pays comptait 354 étalons approuvés[W 20], pour environ environ 300 naissances chaque année en 2019[P 31], et une moyenne de 200 à 300 naissances par an entre 1990 et 1995[77]. La race est surtout élevée dans le Sud et l'Est de la Belgique[W 5], dans les provinces de Liège, de Namur et de Luxembourg[68],[77]. Les élevages post-agricoles ou destinés au débardage sont coûteux et peu rentables[S 44].
Depuis 1927, le « concours général des chevaux de race ardennaise » se tient à Libramont pendant la foire agricole la plus importante d'Europe[41], à la fin du mois de juillet[70]. Ce concours national de race est très symbolique car il est à l'origine même de la foire de Libramont[P 32] ; 170 Ardennais étaient présents pour l'édition de 2023[P 33].
- Concours et expositions d'élevage d'Ardennais en Belgique
- Foire de Libramont 2016
- Foire de Libramont 2017
Élevage en France
L'Ardennais se rencontre un peu partout en France, surtout dans le quart nord-est du pays[63],[95],[16]. Il est en effet l'un des symboles de la région Grand Est, qui comprend le département des Ardennes et la Lorraine, avec une dizaine d'élevages considérés comme des références de cette race en 2024[P 34]. Il s'en trouve aussi dans le Jura, en Lorraine, et dans le bassin parisien[34]. Il s'est répandu hors de son berceau d'origine, via des élevages surtout à destination du marché de la viande, notamment en Auvergne, dans le Limousin et les Pyrénées[95],[P 34], si bien qu'en 2024, environ la moitié des élevages français se trouvent hors berceau[P 34]. En 2023, l'Ardennais reste néanmoins considéré par l'Institut national de recherche pour l'agriculture, l'alimentation et l'environnement (INRAE) comme une race chevaline française menacée d'extinction[P 35].
- Concours et expositions d'élevage d'Ardennais en France
- Concours de race à Poussay en 2006.
- Fête du cheval d'Hargnies 2013
- Exposition à Mirabel en 2017
L'ardennais est devenu au début du XXIe siècle la quatrième race de trait français la plus représentée, derrière le Comtois, le Breton et le Percheron,[16],[P 36]. Les effectifs sont cependant réduits, ne représentant que 6 % du total des chevaux de trait français[87]. On compte en 2024 environ 150 naissances par an comptabilisées par les éleveurs du seul département des Ardennes[P 37].
| Année | Effectif total | Étalons en service | Naissances / an | Nombre d'élevages[Note 2] |
|---|---|---|---|---|
| 1983 | 3 294[W 1] | |||
| 1990 | 3 078[W 1] | |||
| 1995 | 2 453[W 1] | |||
| 1998 | 174[63] | 690[63] | > 450[63] | |
| 2001 | 2 154[W 1] | 3 418[96] | ||
| 2006 | 236[97] | ~700[97] | 524[97] | |
| 2007 | > 4 980[95] | |||
| 2013 | 185[87] | ~700[87] | 392[87] | |
| 2014 | < 12 000[W 1] | |||
| 2018 | 15 816[Note 3],[W 1] | |||
| 2021 | 16 594[W 1] |
Les éleveurs français exportent entre vingt et trente chevaux par an (en 2002)[P 5]. La demande en chevaux dressés est supérieure à l'offre[P 5]. Ils partent surtout en Belgique pour le débardage, et en Allemagne pour la même activité (mais aussi pour y être élevés), ainsi que pour le loisir[P 5]. Les exportations au Maroc, en Hongrie et au Luxembourg concernent l'élevage uniquement, celles en Finlande et en Bulgarie concernent aussi le cirque[P 5].
Ce cheval est mis à l'honneur chaque année au Salon international de l'agriculture et au salon du cheval de Paris. Le concours annuel français de la race ardennaise présente des épreuves d'utilisations au travail et à l'attelage et des courses de traîneaux. L'Ardennais est présenté à la foire de Sedan chaque troisième week-end du mois de septembre, sur le ring de la prairie de Torcy, attirant des milliers de spectateurs depuis 1993[62],[P 38]. Le concours national s'est tenu à Vittel en 2024 et 2025[P 39].
Élevage dans le Luxembourg
Le Luxembourg est une province autrichienne au XVIIIe siècle, quand les Autrichiens commencent à s'intéresser à l'amélioration des chevaux locaux[S 45]. L'État assure le développement de la race en 1891[S 45], et par la création du stud-book luxembourgeois du cheval de trait ardennais, le [42]. D'après DAD-IS, ce stud-book n'est fonctionnel que depuis 1930[W 21]. Il dirige l'élevage vers la réponse aux besoins de l'agriculture[S 45]. Au début des années 1950, la race commence à disparaître[S 45]. Des sujets sont importés depuis la Belgique[W 21].
| Année | 1986 | 1994 | 2013 |
|---|---|---|---|
| Effectifs[W 21] | < 365 | < 370 | 279 |
L'administration du Luxembourg a accordé des primes à la naissance de chaque poulain ardennais inscrit au stud-book de la race pour soutenir les éleveurs[98]. Un musée vivant du cheval de trait ardennais a été fondé en mars 1989 à Munshausen, puis a évolué pour devenir un Centre de compétences du cheval de trait ardennais en 2018 (Robbesscheier) sous l’impulsion du ministère de l'Environnement, du Climat et de la Biodiversité[P 40]. L'Ardennais est élevé sur tout le territoire du Luxembourg, mais ses effectifs ont diminué entre les années 1980 et 2013[W 21].
Élevage en Suède

Le comte C. G. Wrangel importe des ardennais belges et français dans les années 1870, qu'il croise ensuite avec des juments locales suédoises[99],[100],[101]. L'Ardennais est exporté en Suède depuis la Belgique dans les années 1870 pour le débardage forestier, et y donne naissance l'Ardennais suédois, qui possède depuis son propre stud-book[12]. En dix ans, cette race connaît un véritable essor, au point de se trouver dans différentes régions de la Suède en 1880, principalement au sud et au centre du pays[100]. Cela fait de la Suède le premier pays d'élevage d'Ardennais[64].
Le magazine agricole grand public Land estime que la Suède compte environ 700 000 chevaux ardennais durant les années 1920[W 22].
Élevage en Roumanie

Des importations d'Ardennais dans la région montagneuse des Carpates débutent avant la Première Guerre mondiale, afin de répondre aux besoins des agriculteurs[S 46]. L'Ardennais est importé de 1965 à 1991 au haras national d'Izvin[S 47]. Certains spécimens proviennent de Hongrie et n'ont pas de documents généalogiques complets[S 48]. En conséquence, l'Ardennais d'Izvin (Trait roumain) n'est pas considéré comme un Ardennais de pure race, mais comme une race proche[S 48]. Le cheptel a constamment diminué après 1991[S 49].
L'Ardennais de pure race reste importé en Roumanie par des éleveurs privés[S 50]. La poursuite de cet élevage dans le Banat et en Transylvanie a été recommandée en tant qu'héritage culturel roumain[S 51].
Culture populaire

Bernadette Lizet décrit l'Ardennais comme un « cheval de pays » et un « bien culturel, héritage d'une histoire locale »[S 26]. Elle cite en exemple un homme qui a grandi en Ardenne, et qui offre un Ardennais en cadeau diplomatique car il s'agit du « cheval de son pays »[S 52]. La Société Royale belge a développé ce discours faisant de l'Ardennais un patrimoine, dans le cadre du développement touristique[S 30]. Les archives de la Société royale du cheval de trait ardennais ont été transférées à la Maison du cheval de trait ardennais, à Fourneau Saint-Michel[S 1]. L'édition 1992 de la foire de Libramont fut l'occasion d'une exposition consacrée aux 150 ans de l'élevage du trait ardennais[S 53]. Au cinéma, la comédie dramatique Pom le poulain d'Olivier Ringer, avec Richard Bohringer, met en scène de véritables chevaux ardennais belges pendant leur travail de débardage[P 41].
En France, le haras national de Montier-en-Der, ancien centre d'élevage historique de l'Ardennais en France[63], est devenu un pôle culturel. Il propose des présentations de chevaux montés et attelés au public, des manifestations hippiques et des animations événementielles, dont beaucoup autour de cette race[43]. Le haras de Rosières-aux-Salines fut aussi l'un des hauts lieux de cet élevage en France[63]. La maison du cheval ardennais, installée dans les bouveries des communs du château d'Augeard à Buzancy, expose des objets anciens et des maquettes d'attelages retraçant son histoire[102]. En 1998, une série de timbres français éditée par La Poste, « Nature de France », célèbre quatre races de chevaux françaises, dont l'Ardennais[W 23].
L'Ardennais est parfois associé à la monture légendaire des quatre fils Aymon, le cheval Bayard (ou Bayart)[87], dont la tradition populaire veut que l'on puisse le voir ou l'entendre hennir dans la forêt ardennaise chaque année, et qui a marqué la toponymie locale[S 54].
