Droits LGBT en Indonésie

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Dépénalisation des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe légal dans tout le pays ;  illégal à Aceh
Sanction Jusqu'à un an d'emprisonnement
Protection contre les discriminationsIncertain
Identité de genre nécessite une intervention chirurgicale et une approbation judiciaire
Droits LGBT en Indonésie
Image illustrative de l'article Droits LGBT en Indonésie
Dépénalisation des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe  légal dans tout le pays ;  illégal à Aceh
Sanction  Jusqu'à un an d'emprisonnement
Protection contre les discriminations Incertain
Identité de genre  nécessite une intervention chirurgicale et une approbation judiciaire
Droits intersexes  Non
Service militaire  Non
Don de sang  Non
Interdiction des thérapies de conversion  Non
Partenariat  Non
Mariage  Non

Les droits des personnes LGBTQ en Indonésie ne sont pas les mêmes que ceux du reste de la population.

Certains responsables militaires ont utilisé une rhétorique relevant de la théorie du complot. Le ministre de la Défense Ryamizard Ryacudu a qualifié les actions du mouvement pour la défense des droits des LGBT en Indonésie de « guerre par procuration » menée par l'Occident pour laver le cerveau des Indonésiens[1],[2]. Les opposants au mouvement LGBT pointent du doigt ses « financements étrangers », désignant des fonds provenant d'organisations des Nations unies comme ONUSIDA ou de gouvernements et de fondations occidentales[1].

En , alors que plusieurs ministères indonésiens lancent une grande campagne de recrutement, le ministère de la Justice et des Droits humains, dirigé par Yasonna Laoly, discrimine ouvertement les candidats ayant des « déviations de l’orientation sexuelle », en leur interdisant de postuler[3].

Le , le doyen de la faculté d’ingénierie de l'université Gadjah Mada interdit toutes mention ou comportement LGBT après des plaintes d’élèves, entraînant une vague de protestions dans le pays, les activistes des droits humains craignant que la circulaire fasse jurisprudence[4].

Une loi proposant d'interdire les contenus LGBTQ est proposée par le parlement en [5],[6].

Lois sur les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe

Dans la province d'Aceh, où la charia est concrétisée par le Code pénal de 2014, deux hommes âgés d'environ 20 ans reçoivent chacun 83 coups de bâton en rotin le pour avoir eu des relations sexuelles. Ils avaient été surpris en flagrant délit dans leur lit par une milice intégriste[7].

En 2018, dans la province de Sumatra occidental, dix femmes ont été arrêtées pour pratiques sexuelles entre personnes de même sexe, tandis qu'à Bandung, dans la province de Java occidental, deux hommes ont été arrêtés pour avoir administré un groupe Facebook pour couples de même sexe[8].

De nouveau dans la province d'Aceh, en , deux hommes ayant été surpris lors de relations sexuelles ont subis respectivement 77 et 82 coups de bâton en rotin[9],[10].

Reconnaissance des couples de même sexe

La loi indonésienne ne reconnaît ni le mariage entre personnes de même sexe, ni les partenariats enregistrées[11].

Adoption et planification familiale

En Indonésie, les couples de même sexe ne peuvent pas adopter d'enfant. Seuls les couples mariés, composés d'un mari et d'une femme, peuvent adopter[12].

Protections contre la discrimination

En 2019, aucune loi spécifique ne protégeait les citoyens indonésiens contre la discrimination ou le harcèlement fondés sur leur orientation sexuelle ou leur identité de genre[11]. Néanmoins, les organismes gouvernementaux commencent progressivement à mettre en œuvre des politiques de lutte contre la discrimination. Le bureau du procureur général a récemment retiré une offre d'emploi publique déclarant que les personnes LGBT ne pouvaient pas postuler en raison de troubles mentaux, suite à l'avis de la Commission nationale des droits de l'homme[13].

En , un brigadier de police indonésien de 30 ans, connu sous les initiales TT, a porté plainte devant le tribunal administratif de l'État de Semarang, à Java central, contre la police provinciale pour discrimination. Il alléguait avoir été licencié en raison de son homosexualité, après que des collègues eurent révélé de force son orientation sexuelle et celle de son compagnon. Il a également déposé une plainte auprès de la Commission des droits de l'homme[14],[15]. En , le tribunal a rejeté sa plainte. Son avocat a expliqué que les juges avaient estimé ne pas pouvoir poursuivre l'examen de l'affaire, car TT aurait dû, dès réception de sa lettre de licenciement, faire appel de sa décision auprès des autorités compétentes de la police de Java central avant d'engager une procédure judiciaire[16].

Bien que la Constitution indonésienne ne comprenne pas explicitement de protections contre la discrimination, la police indonésienne a publié une circulaire en 2015 stipulant qu'elle traiterait tout discours de haine lié à l'orientation sexuelle et à l'identité de genre[17]. Le gouvernement indonésien a déclaré que, dans un pays démocratique, chaque citoyen a le droit à la liberté d'expression et de pensée, et que ce droit est protégé et garanti par l'État[18]. L'objectif principal de la lutte contre les discours de haine est de préserver et de maintenir une vie sociale harmonieuse au sein d'une société hétérogène[18]. De même, le décret n° 8 de 2009 du chef de la police nationale de la République d'Indonésie stipule que la police a le devoir de protéger les droits spécifiques des groupes minoritaires, notamment en matière d'orientation sexuelle[19]. D'autre part, bien que cela ne soit pas explicitement mentionné dans la constitution, il existe théoriquement une garantie de protection contre les pratiques discriminatoires en matière d'emploi fondées sur quelque motif que ce soit dans la Constitution et la loi sur les droits de l'homme (n° 39/1999)[20].

Service militaire

Il n'existe aucune loi militaire interdisant clairement aux personnes LGBTQ de s'enrôler dans l'armée. Cependant, plusieurs soldats ont été renvoyés pour avoir eu des relations sexuelles avec des personnes du même sexe, conformément au télégramme ST/1648–2019[21],[22].

Certains de ces soldats ont également été emprisonnés pour avoir prétendument « désobéi à un ordre de service »[23]. Aprilio Manganang (en) est devenu en 2021 le premier militaire à changer légalement de genre de femme à homme, bien qu'il soit intersexe, assigné femme à la naissance et élevé comme une fille[24].

En , il a été rapporté que des soldats de l'armée indonésienne qui avaient eu des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe consenties entre adultes en privé risquaient d'être emprisonnés (en raison de une répression du gouvernement)[25].

En 2023, le général Andika Perkasa a déclaré que les personnes LGBT+ jouissent des mêmes droits que les autres citoyens indonésiens et qu'aucune loi ne leur interdit de servir dans l'armée. Il a toutefois reconnu que les militaires n'ont pas le droit d'avoir des relations sexuelles avec des personnes du même sexe pendant leur service. Il a ajouté qu'un militaire avait rejoint une association LGBT sans être renvoyé pour son orientation sexuelle. Perkasa a expliqué que les soldats LGBT peuvent être renvoyés ou sanctionnés s'ils commettent des « actes sexuels indécents », par exemple s'ils diffusent une vidéo à caractère sexuel[26].

Thérapie de conversion

En Indonésie, diverses formes de thérapie de conversion sont largement pratiquées et ouvertement annoncées, notamment les traitements dans des centres de réadaptation et les viols correctifs commis par des membres de la famille contre les femmes lesbiennes[27].

Une tentative de légalisation des thérapies de conversion a été menée, dans un projet de loi intitulé « RUU Ketahanan Keluarga » (qui signifie « Projet de loi sur la résilience familiale »), mais elle a été rejetée par 5 des 9 factions[28]. Certaines municipalités ont de facto légalisé les thérapies de conversion[29].

Symboles

Politique

La plupart des grands partis politiques et des personnalités politiques restent silencieux sur la question des droits LGBT. Les partis islamistes comme le Parti de la justice et de la prospérité (PKS) et le Parti pour l'unité et le développement (PPP) se sont prononcés avec véhémence contre ces droits et sont allés jusqu'à proposer un projet de loi national visant à interdire le militantisme LGBT. En , le PKS et le PPP ont proposé un projet de loi anti-LGBT pour interdire ce militantisme et marginaliser davantage les personnes LGBT[30]. Le Parti du mandat national (PAN), bien que partageant les mêmes positions anti-LGBT que le PKS et le PPP, a néanmoins appelé la population à ne pas discriminer ni harceler la communauté LGBT. Cependant, en contrepartie, le parti a également exhorté les personnes LGBT à ne pas promouvoir leurs droits en Indonésie[31].

Actuellement, le Parti vert d'Indonésie (en) est le seul parti politique en Indonésie à avoir ouvertement soutenu le mouvement pour les droits des personnes LGBT. Cependant, en , le président Joko Widodo a déclaré être un défenseur des droits des personnes LGBT et que ces personnes devaient avoir le droit de ne pas être discriminées[32]. De plus, certains politiciens du Parti démocratique indonésien de lutte, du Parti de la solidarité indonésienne, du Parti travailliste et du Parti du réveil national, un parti modérément conservateur, ont exprimé leur soutien aux droits LGBT[33]. Le Parti démocratique indonésien de lutte a déclaré qu'en tant que parti pluraliste, il acceptait l'existence des personnes LGBT. Tout en considérant les pratiques sexuelles entre personnes de même sexe comme un comportement déviant, le parti a exhorté la population à la tolérance et à ne pas manifester d'hostilité à l'égard des personnes LGBT[34].

Médias et censure

La loi contre la pornographie et la pornographie active (en) (2006) interdit « tout écrit ou présentation audiovisuelle – y compris les chansons, la poésie, les films, les peintures et les photographies – qui montre ou suggère des relations sexuelles entre personnes de même sexe »[35]. Les contrevenants s’exposent à une amende ou à une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à sept ans[33]. Cependant, les médias indonésiens accordent désormais une plus grande couverture médiatique à l’homosexualité[36].

En , le discours public et les débats sur l'homosexualité et les questions LGBTQ+ se sont intensifiés suite à des affaires très médiatisées d'inconduite homosexuelle présumée impliquant des célébrités indonésiennes. Tout d'abord, l'animatrice de télévision Indra Bekti a été accusée d'approches et de harcèlement sexuels envers plusieurs hommes. Ensuite, le chanteur de dangdut Saiful Jamil a été mis en cause dans une affaire d'agression sexuelle sur un fan mineur[37].

En raison des scandales d'homosexualité présumée impliquant des célébrités indonésiennes, en , la Commission nationale de l'audiovisuel a réaffirmé une politique interdisant les programmes télévisés et radiophoniques qui banalisent les comportements LGBTQ, arguant que cette mesure visait à protéger les enfants et les adolescents « susceptibles d'imiter des comportements LGBT déviants »[1]. De ce fait, les chaînes de télévision, et notamment les sociétés de diffusion, sont incitées à éviter de présenter des personnages efféminés, des personnes transgenres ou des travestissements dans leurs programmes[1].

L'Indonésie a récemment interdit de nombreux sites, principalement des sites pornographiques, mais aussi tout site contenant le mot « gay » ou tout terme lié à la communauté LGBTQ+. Le pays a également interdit certaines applications LGBTQ+, comme le service de rencontre gay Grindr[38], tandis que des applications similaires telles que Walla et Hornet restent autorisées. Blued, la version internationale de Walla, n'est pas interdite sur iOS.

En 2025, un nouveau projet de loi, actuellement en discussion, interdirait explicitement la publication en ligne de contenus présentant des comportements lesbiens, gays, bisexuels et transgenres. Un autre projet de loi, également à l'étude, viserait à étendre les pouvoirs de la police en matière de surveillance et de coupure d'internet[39].

Opinion publique

Selon un sondage réalisé en 2017 par l'ILGA, 32 % des Indonésiens estiment que les personnes gays, lesbiennes et bisexuelles devraient bénéficier des mêmes droits que les personnes hétérosexuelles, tandis que 47 % sont d'un avis contraire. Par ailleurs, 37 % sont d'accord pour dire qu'elles devraient être protégées contre la discrimination au travail. Cependant, 38 % des Indonésiens pensent que les personnes ayant des pratiques sexuelles entre personnes de même sexe devraient être poursuivies en justice, tandis que 37 % sont d'un avis contraire. Concernant les personnes transgenres, 49 % sont d'accord pour dire qu'elles devraient avoir les mêmes droits, 55 % estiment qu'elles devraient être protégées contre la discrimination à l'embauche et 41 % pensent qu'elles devraient pouvoir changer de genre à l'état civil[40].

Un sondage en ligne mené par l'ILGA en révèle que 69 % des Indonésiens s'opposent au mariage entre personnes du même sexe, 14 % y sont favorables et 17 % se déclarent neutres[41].

Selon le sondage national SMRC, 58 % des Indonésiens estiment que les personnes LGBT ont le droit de vivre en citoyens à part entière, tandis que 46 % accepteraient que des membres de leur famille fassent leur coming out en tant que membres de la communauté LGBT[42].

Selon un sondage réalisé en 2024 par le Pew Research Center, 94 % des Indonésiens seraient mal à l'aise si leur enfant révélait son homosexualité[43].

Articles connexes

Références

Liens externes

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