Grand Prix automobile de Monaco 1969
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| Nombre de tours | 80 |
|---|---|
| Longueur du circuit | 3,145 km |
| Distance de course | 251,600 km |
| Météo | temps chaud, ciel couvert, piste sèche |
|---|
| Vainqueur |
Lotus-Ford Cosworth, 1 h 56 min 59 s 4 (vitesse moyenne : 129,037 km/h) |
|---|---|
| Pole position |
Matra-Ford Cosworth, 1 min 24 s 6 (vitesse moyenne : 133,830 km/h) |
| Record du tour en course |
Matra-Ford Cosworth, 1 min 25 s 1 (vitesse moyenne : 133,043 km/h) |
Le Grand Prix de Monaco 1969 (XXVIIe Grand Prix de Monaco), disputé sur le circuit de Monaco le , est la cent-soixante-seizième épreuve du championnat du monde de Formule 1 courue depuis 1950 et la troisième manche du championnat 1969.
Le championnat du monde
La saison 1969 est la quatrième disputée sous la réglementation trois litres pour les monoplaces à moteur atmosphérique, avec également possibilité d'utilisation de moteurs suralimentés, un coefficient deux étant alors appliqué pour la cylindrée (soit un maximum de 1 500 cm3 en cas d'utilisation d'un compresseur volumétrique ou d'un turbocompresseur). La réglementation s'appuie sur les points suivants[1] :

- pas de cylindrée minimale
- cylindrée maximale : 3 000 cm3 si moteur atmosphérique ou 1 500 cm3 si moteur suralimenté
- poids minimal : 510 kg (à sec)
- roues non carénées
- double circuit de freinage obligatoire
- arceau de sécurité obligatoire (le haut du cerceau devant dépasser le casque du pilote)
- démarreur de bord obligatoire
- extincteur obligatoire
- carburant commercial obligatoire
- ravitaillement en huile interdit durant la course
- distance minimale d'un Grand Prix : 300 km (à l'exception du GP de Monaco)
- distance maximale d'un Grand Prix : 400 km
- distance minimale pour être classé : 90% de la distance parcourue par le vainqueur
Par rapport à l'année précédente, la section minimale de l'arceau de sécurité a été augmentée et les monoplaces doivent désormais embarquer deux extincteurs automatiques, un à l'avant du cockpit et l'autre à l'arrière[2]. En conséquence, le poids minimal a été porté à 510 kg (contre 500 auparavant[3]). La réglementation reste toutefois inexistante au sujet des ailerons, apparus en F1 l'année précédente, dont les dimensions ne sont pas limitées. L'efficacité en matière de tenue de route de ces appendices (qui peuvent être réglables) va de pair avec un accroissement des contraintes mécaniques, fragilisant les monoplaces. Au cours des dernières épreuves disputées, nombreux ont été les incidents liés à l'affaissement d'éléments aérodynamiques ou de bris de suspension liés aux charges induites par la trainée supplémentaire. Se pose donc un problème de sécurité auquel la Commission Sportive internationale (CSI) n'a officiellement pas accordé d'attention. Les organisateurs du Grand Prix de Monaco ont un moment menacé de bannir les ailerons mais sont finalement revenus sur leur décision[4].
Dauphin de Graham Hill à l'issue de l'année 1968, Jackie Stewart a réalisé un superbe début de saison, le pilote de l'écurie Matra International ayant remporté pour Matra International les deux manches inaugurales du championnat, les Grands Prix d'Afrique du Sud et d'Espagne, ainsi que la Course des Champions à Brands Hatch. Il est largement favori pour la conquête du titre 1969.
Le circuit
Le premier Grand Prix de Monaco fut organisé en 1929, à l'initiative d'Antony Noghès, membre influent de l'ACM. La course fut remportée par la Bugatti du Franco-Britannique W. Williams, à la moyenne de 80,8 km/h. Le tracé n'a pratiquement pas évolué depuis, empruntant les rues sinueuses de la principauté : Boulevard Albert Ier, montée du Casino, descente vers la gare, tunnel sous le tir aux pigeons et enfin passage par les quais du port, le virage du Gazomètre achevant le tour d'à peine plus de trois kilomètres[5]. Avec deux épingles et six virages pratiquement à angle droit, le circuit comporte très peu de passages rapides, la vitesse maximale atteinte par les monoplaces de Formule 1 à la sortie du tunnel (l'endroit le plus rapide) étant inférieure à 250 km/h. Il se caractérise également par son étroitesse, trottoirs et murets empêchant tout dégagement, ainsi que par son relief engendrant de brusques changements d'assiette[3]. Au cours de l'édition précédente du Grand Prix, sanctionnée par la quatrième victoire de Graham Hill, Richard Attwood accomplit un tour à 128,5 km/h de moyenne au volant de sa BRM, s'attribuant le record officiel de la piste[6].
Monoplaces en lice
Quatre des six équipes d'usine (Lotus, McLaren, Matra et désormais Brabham), ainsi que les écurie de Rob Walker et de Frank Williams, font appel au moteur Ford-Cosworth DFV. Dans sa version Mk9, ce V8 à doubles arbres à cames en tête avec distribution à quatre soupapes par cylindres, alimenté par injection indirecte Lucas, développe 430 chevaux à 9500 tr/min dans cette dernière évolution avec collecteurs d'échappement «quatre en un», contre 410 chevaux au même régime pour la version précédente, toutefois plus souple d'utilisation[2].
- Lotus 49B "Usine"

Après les deux accidents survenus durant le Grand Prix d'Espagne deux semaines auparavant, l'équipe de Colin Chapman n'a eu d'autre choix que de reconditionner dans l'urgence ses voitures de réserve. Remplaçant au pied levé Jochen Rindt, pas encore entièrement remis des blessures au visage subies lors de sa sortie de route à Montjuïc, Richard Attwood dispose, tout comme Graham Hill, d'une 49 utilisée en début d'année en Formule Tasmane, sa monoplace ne bénéficie cependant des dernières évolutions et a encore un empattement court ainsi que l'ancien capot avant contenant le réservoir et le radiateur d'huile. Sur ces deux monoplaces, le V8 Cosworth DFW «2,5 litres» a été remplacé par un DFV «3 litres», Hill ayant choisi la dernière évolution (430 chevaux) tandis que son coéquipier a opté pour la version moins puissante, plus facile d'usage sur un circuit tortueux. La transmission est assurée par une boîte cinq vitesses Hewland DG300, avec rapports courts sur celle de Hill pour compenser le manque de souplesse de son moteur. Marqué par l'accident de Rindt en Espagne, le champion du monde a remplacé son casque ouvert par un intégral[3]. Les Lotus pèsent 510 kg à vide et sont chaussées de pneus Firestone[7].
- Lotus 49B privée
Au sein du Rob Walker Racing Team, Joseph Siffert pilote son habituelle Lotus 49B, techniquement identique à la voiture de Hill, avec toutefois un aileron arrière un peu moins imposant. Elle est équipée de la dernière version du V8 Cosworth DFV, l'équipe disposant en rechange d'une version un peu plus ancienne qui pourrait être choisie pour la course. Siffert utilise des pneus Firestone[8].
- McLaren M7A & M7C "Usine"
Le pilote-constructeur Bruce McLaren a engagé les mêmes voitures qu'en Espagne, une M7C pour lui et une M7A pour son coéquipier Denny Hulme qui est arrivé en principauté avec une sévère grippe ; malgré un point de congestion pulmonaire gênant sa respiration, l'ancien champion du monde a tout de même tenu à participer à l'épreuve. Les deux pilotes utilisent une version 1968 du V8 Cosworth DFV, avec boîte de vitesses Hewland DG300. La M7C se distingue de la M7A par ses réservoirs latéraux inclus dans la coque. Toutes deux pèsent 540 kg à vide et sont équipées de pneus Goodyear[7].
- Matra MS10 & MS80 "Usine"
L'écurie franco-britannique Matra International aligne ses deux MS80 pour Jackie Stewart et Jean-Pierre Beltoise, ainsi qu'une MS10 de la saison précédente en voiture de réserve. Tout comme la MS10, les MS80 sont motorisées par un V8 Cosworth DFV (porteur) couplé à une boîte de vitesses Hewland DG300. La coque des MS80 intègre les réservoirs de carburant, qui contribuent à sa rigidité[Note 1]. La MS10 est de conception plus traditionnelle, le moteur étant posé sur un berceau. Elle pèse 550 kg à vide, contre 540 pour la MS80. Pour l'épreuve monégasque, l'équipe a opté pour la version 1968 du Cosworth DFV, avec collecteurs d'échappement deux-en-deux. Les Matra sont chaussées de pneus Dunlop[9].

- Ferrari 312/69 "Usine"
La Scuderia Ferrari a préparé deux 312/69 pour Chris Amon, seul pilote de l'équipe. Pesant 530 kg à vide, la 312/69 est motorisée par un V12 à 48 soupapes développant 435 chevaux à 11000 tr/min, puissant mais manquant de souplesse aux dires de son pilote[10]. La Scuderia Ferrari utilise des pneus Firestone[7]. Contrairement aux autres monoplaces, l'aileron mobile des Ferrari est monté juste derrière le pilote et non au niveau du train arrière. Ces voitures de 530 kg sont dotées de pneus Firestone[7].
- BRM P133 & P138 "Usine"
Au sein de l'équipe BRM, John Surtees dispose de deux modèles P138, le deuxième (qui fait office de mulet) étant en fait reconstruit à partir d'un châssis de P126 et des éléments mécanique repris sur la P138 détruite aux essais de la Course des champions. Jackie Oliver pilote quant à lui son habituelle P133, techniquement identique mais dont la coque est moins fine. Ces trois voitures reçoivent un moteur V12 à quatre soupapes par cylindre, d'une puissance de l'ordre de 420 chevaux à 9500 tr/min. Dotées d'une boîte conçue et réalisée en interne, les P138 pèsent 530 kg à vide, 20 de moins que la P133, à boîte Hewland DG300. Les BRM utilisent des pneus Dunlop[11].
- BRM P126 privée
Évincé de l'équipe officielle BRM à la fin de la saison 1968, Pedro Rodríguez a intégré l'écurie de Reg Parnell qui aligne une P126 dont le V12 à deux soupapes par cylindres développe à peine 400 chevaux. Cette voiture est équipée de pneus Dunlop[7].
- Brabham BT26A "Usine"

Après une saison blanche marquée par la fiabilité catastrophique de la version 32 soupapes du moteur V8 Repco, Jack Brabham a adapté ses BT26, devenues BT26A, au V8 Cosworth DFV. Le pilote a d'emblée démontré la compétitivité de ses monoplaces en s'adjugeant la pole position lors de l'épreuve inaugurale de la saison, à Kyalami, puis en remportant l'International Trophy, à Silverstone, devant Rindt et Stewart[12]. Seules monoplaces à châssis multitubulaire du plateau, les Brabham pèsent 530 kg à vide et sont chaussées de pneus Goodyear[13]. Pour la manche monégasque, Brabham a privilégié la souplesse en optant pour une version 1968 du Cosworth, alors que son coéquipier Jacky Ickx aura la version 1969, plus puissante. Les deux monoplaces sont équipées de pneus Goodyear[7].
- Brabham BT24 & BT26A privées
Piers Courage dispose de la BT26A de Frank Williams, techniquement identique à celle de Jack Brabham (V8 Cosworth avec échappements deux-en-deux), mais chaussée de pneus Dunlop. Williams a vendu à Silvio Moser la BT24 avec laquelle Courage s'était illustré en Formule Tasmane avant de disputer la Course des Champions à son volant. Le pilote suisse a conservé le V8 Cosworth DFV version 1968 mais a remplacé la boîte Hewland DG300 par une FG400, plus légère. Moser utilise des pneus Goodyear[7].
- Cooper T86 privée
Le mécène Colin Crabbe vient de racheter une des McLaren M7A d'usine. Cependant, la livraison n'ayant pas encore été effectuée, c'est sur une ancienne Cooper T86, que son pilote Vic Elford va disputer le Grand Prix de Monaco. Cette monoplace est motorisée par une version 36 soupapes du V12 Maserati conçu dans les années 1950[14] ; elle est chaussée de pneus Goodyear. Avec seulement 350 chevaux disponibles, Elford ne peut espérer un résultat tangible[7].
Coureurs inscrits
- La lettre T désigne la voiture de réserve («Test car», en anglais).
Qualifications
Trois séances qualificatives d'une heure et demie chacune sont prévues par les organisateurs, le jeudi après-midi, le vendredi matin et le samedi après-midi précédant la course[3].
Première séance qualificative - jeudi 15 mai (après-midi)
Il fait beau et chaud lorsque commence la première séance qualificative, le jeudi après-midi. Jackie Stewart est parmi les premiers en piste ; il ne tarde pas à battre le record de la piste avant de casser le moteur de sa Matra. Il prend aussitôt la voiture de son coéquipier Jean-Pierre Beltoise, mettant fin à la session du pilote français. C'est alors Joseph Siffert qui tient le haut de l'affiche, après avoir tourné à 130,9 km/h de moyenne. Le Suisse ne pourra cependant améliorer, ayant endommagé le nez de sa Lotus à cause d'un freinage manqué au virage du Gazomètre. Sur la monoplace de Beltoise, Stewart atteint bientôt les 132 km/h de moyenne. Graham Hill (sur Lotus) et Jacky Ickx (sur Brabham) sont pratiquement sur le même rythme mais le pilote écossais va en fin de session écraser la concurrence, fixant la barre à 133,3 km/h de moyenne, relèguant Hill à sept dixièmes de seconde et Ickx à plus d'une seconde. Malgré sa séance interrompue, Siffert a obtenu le quatrième meilleur temps, loin devant Piers Courage (sur la Brabham de Frank Williams) et le pilote-constructeur Bruce McLaren. Jack Brabham n'a pu défendre ses chances, le moteur de sa monoplace manquant de puissance ; le pilote-constructeur figure seulement au treizième rang. Bien que fortement diminué par une grippe tenace, Denny Hulme a disputé la séance mais termine la journée à plus d'une seconde de son coéquipier McLaren.
| Pos. | Pilote | Écurie | Temps | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Matra-Ford | 1 min 24 s 9 | ||
| 2 | Lotus-Ford | 1 min 25 s 6 | + 0 s 7 | |
| 3 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 0 | + 1 s 1 | |
| 4 | Lotus-Ford | 1 min 26 s 5 | + 1 s 6 | |
| 5 | Brabham-Ford | 1 min 27 s 5 | + 2 s 6 | |
| 6 | McLaren-Ford | 1 min 27 s 6 | + 2 s 7 | |
| 7 | Ferrari | 1 min 28 s 0 | + 3 s 1 | |
| 8 | McLaren-Ford | 1 min 29 s 0 | + 4 s 1 | |
| 9 | Matra-Ford | 1 min 29 s 1 | + 4 s 2 | |
| 10 | BRM | 1 min 29 s 4 | + 4 s 5 | |
| 11 | BRM | 1 min 30 s 2 | + 5 s 3 | |
| 12 | Lotus-Ford | 1 min 30 s 6 | + 5 s 7 | |
| 13 | Brabham-Ford | 1 min 31 s 0 | + 6 s 1 | |
| 14 | BRM | 1 min 31 s 2 | + 6 s 3 | |
| 15 | Cooper-Maserati | 1 min 38 s 7 | + 13 s 8 |
Deuxième séance qualificative - vendredi 16 mai (matin)
À la suite de la réunion extraordinaire présidée par Maurice Baumgartner, le jeudi soir, la Commission Sportive internationale (CSI) prend la décision d'interdire l'emploi d'ailerons pour les essais et la course. Seuls les appendices aérodynamiques fixés sur la partie avant de la voiture sont admis, à condition que leur « largeur ne dépasse pas les plans délimités par les faces intérieures des roues avant[7] ». En outre, la CSI a annulé les résultats de la première séance d'essais officiels[18]. Malgré de vives protestations de la part des constructeurs et des pilotes, les monoplaces apparaissent le vendredi matin dépourvues d'aileron arrière et avec des volets avant nettement moins larges. La monoplace de McLaren présente toutefois un petit déflecteur intégré au capot arrière.
Il fait de nouveau chaud et sec lorsque les voitures sortent des stands, peu avant huit heures. Après un temps d'adaptation pour étudier le nouveau comportement de leurs montures et modifier les réglages de suspension, les meilleurs ne tardent pas à s'approcher des temps réalisés la veille. Stewart se montre de nouveau le plus rapide, à 132,3 km/h de moyenne, Hill n'étant toutefois battu que de deux dixièmes de seconde. Les deux Britanniques devancent d'une demi-seconde Ickx, Beltoise, Brabham (qui a résolu ses problèmes de moteur) et Courage, tous quatre auteurs de performances presque identiques. Toujours malade, Hulme a néanmoins réalisé le septième chrono de la journée, précédant John Surtees dont la BRM souffre de problèmes d'allumage. La voiture de Siffert a été réparée mais à peine le pilote suisse avait-il pris la piste que son V8 explosait, mettant un terme à sa session.
| Pos. | Pilote | Écurie | Temps | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Matra-Ford | 1 min 25 s 6 | ||
| 2 | Lotus-Ford | 1 min 25 s 8 | + 0 s 2 | |
| 3 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 3 | + 0 s 7 | |
| 4 | Matra-Ford | 1 min 26 s 3 | + 0 s 7 | |
| 5 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 4 | + 0 s 8 | |
| 6 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 4 | + 0 s 8 | |
| 7 | McLaren-Ford | 1 min 27 s 8 | + 2 s 2 | |
| 8 | BRM | 1 min 27 s 9 | + 2 s 3 | |
| 9 | Lotus-Ford | 1 min 28 s 0 | + 2 s 4 | |
| 10 | Ferrari | 1 min 28 s 8 | + 3 s 2 | |
| 11 | McLaren-Ford | 1 min 29 s 2 | + 3 s 6 | |
| 12 | BRM | 1 min 29 s 5 | + 3 s 9 | |
| 13 | Brabham-Ford | 1 min 30 s 5 | + 4 s 9 | |
| 14 | BRM | 1 min 34 s 6 | + 9 s 0 | |
| 15 | Cooper-Maserati | 1 min 38 s 0 | + 12 s 4 | |
| 16 | Lotus-Ford | 1 min 56 s 6 | + 31 s 0 |
Troisième séance qualificative - samedi 17 mai (après-midi)

Le temps est couvert mais la piste est parfaitement sèche pour la dernière session qualificative, qui se déroule le samedi après la course de Formule 3 remportée par la Tecno de Ronnie Peterson[19]. Les équipes sont parvenues à parfaire la mise au point des monoplaces et les temps réalisés le jeudi avec des ailerons sont bientôt battus. Stewart se met une nouvelle fois en évidence et va réaliser un tour à 133,8 km/h de moyenne. Son adversaire le plus acharné est Chris Amon, qui attaque à outrance sur sa Ferrari désormais équipée d'un déflecteur arrière semblable à celui adopté par McLaren. Après avoir endommagé son mulet contre le rail de sécurité puis cassé le différentiel de son autre voiture, le pilote néo-zélandais va finalement réussir le deuxième temps de la journée. Il partira donc en première ligne au côté de Stewart, Beltoise et Hill se partageant la deuxième ligne. Les problèmes d'allumage affectant la BRM de Surtees ont été résolus et l'ancien motard a réalisé le cinquième temps, à égalité avec Siffert. Ickx et Brabham ont tous deux été immobilisés par des bris de transmission et n'ont pas eu la possibilité d'améliorer leurs performances de la veille.
| Pos. | Pilote | Écurie | Temps | Écart |
|---|---|---|---|---|
| 1 | Matra-Ford | 1 min 24 s 6 | ||
| 2 | Ferrari | 1 min 25 s 0 | + 0 s 4 | |
| 3 | Matra-Ford | 1 min 25 s 4 | + 0 s 8 | |
| 4 | Lotus-Ford | 1 min 25 s 8 | + 1 s 2 | |
| 5 | Lotus-Ford | 1 min 26 s 0 | + 1 s 4 | |
| 6 | BRM | 1 min 26 s 0 | + 1 s 4 | |
| 7 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 4 | + 1 s 8 | |
| 8 | Lotus-Ford | 1 min 26 s 5 | + 1 s 9 | |
| 9 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 5 | + 1 s 9 | |
| 10 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 6 | + 2 s 0 | |
| 11 | McLaren-Ford | 1 min 26 s 7 | + 2 s 1 | |
| 12 | McLaren-Ford | 1 min 26 s 8 | + 2 s 2 | |
| 13 | BRM | 1 min 28 s 4 | + 3 s 8 | |
| 14 | BRM | 1 min 30 s 5 | + 5 s 9 | |
| 15 | Brabham-Ford | 1 min 31 s 5 | + 6 s 9 | |
| 16 | Cooper-Maserati | 1 min 32 s 8 | + 8 s 2 |
Tableau final des qualifications
| Pos. | Pilote | Écurie | Temps | Écart | Commentaire |
|---|---|---|---|---|---|
| 1 | Matra-Ford | 1 min 24 s 6 | temps réalisé le samedi | ||
| 2 | Ferrari | 1 min 25 s 0 | + 0 s 4 | temps réalisé le samedi | |
| 3 | Matra-Ford | 1 min 25 s 4 | + 0 s 8 | temps réalisé le samedi | |
| 4 | Lotus-Ford | 1 min 25 s 8 | + 1 s 2 | temps réalisé le vendredi - égalé le samedi | |
| 5 | Lotus-Ford | 1 min 26 s 0 | + 1 s 4 | temps réalisé le samedi | |
| 6 | BRM | 1 min 26 s 0 | + 1 s 4 | temps réalisé le samedi | |
| 7 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 3 | + 1 s 7 | temps réalisé le vendredi | |
| 8 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 4 | + 1 s 8 | temps réalisé le vendredi | |
| 9 | Brabham-Ford | 1 min 26 s 4 | + 1 s 8 | temps réalisé le samedi | |
| 10 | Lotus-Ford | 1 min 26 s 5 | + 1 s 9 | temps réalisé le samedi | |
| 11 | McLaren-Ford | 1 min 26 s 7 | + 2 s 1 | temps réalisé le samedi | |
| 12 | McLaren-Ford | 1 min 26 s 8 | + 2 s 2 | temps réalisé le samedi | |
| 13 | BRM | 1 min 28 s 4 | + 3 s 8 | temps réalisé le samedi | |
| 14 | Brabham-Ford | 1 min 30 s 5 | + 5 s 9 | temps réalisé le vendredi | |
| 15 | BRM | 1 min 30 s 5 | + 5 s 9 | temps réalisé le samedi | |
| 16 | Cooper-Maserati | 1 min 32 s 8 | + 8 s 2 | temps réalisé le samedi |
Grille de départ
| 1re ligne | Pos. 1 | Pos. 2 | ||
|---|---|---|---|---|
Stewart Matra 1 min 24 s 6 |
Amon Ferrari 1 min 25 s 0 |
|||
| 2e ligne | Pos. 3 | Pos. 4 | ||
Beltoise Matra 1 min 25 s 4 |
G. Hill Lotus 1 min 25 s 8 | |||
| 3e ligne | Pos. 5 | Pos. 6 | ||
Siffert Lotus 1 min 26 s 0 |
Surtees BRM 1 min 26 s 0 |
|||
| 4e ligne | Pos. 7 | Pos. 8 | ||
Ickx Brabham 1 min 26 s 3 |
Brabham Brabham 1 min 26 s 4 | |||
| 5e ligne | Pos. 9 | Pos. 10 | ||
Courage Brabham 1 min 26 s 4 |
Attwood Lotus 1 min 26 s 5 |
|||
| 6e ligne | Pos. 11 | Pos. 12 | ||
McLaren McLaren 1 min 26 s 7 |
Hulme McLaren 1 min 26 s 8 | |||
| 7e ligne | Pos. 13 | Pos. 14 | ||
Oliver BRM 1 min 28 s 4 |
Rodríguez BRM 1 min 30 s 5 |
|||
| 8e ligne | Pos. 15 | Pos. 16 | ||
Moser Brabham 1 min 30 s 5 |
Elford Cooper 1 min 32 s 8 |
Déroulement de la course

Il fait relativement chaud mais le ciel est couvert le dimanche après-midi. Les écuries ont préparé des pneus pluie mais lorsque les seize monoplaces s'alignent sur la grille, peu avant quinze heures, toutes sont équipées de pneus pour piste sèche[3]. Sur la Lotus de Graham Hill, les mécaniciens ont adapté un capot arrière formant déflecteur, pièce façonnée en dernière minute à partir d'une tôle d'aluminium prélevée sur le camion transporteur de l'équipe[21]. Exploitant au mieux sa pole position, Jackie Stewart prend un excellent envol et aborde la courbe de Sainte-Dévote en tête, sa Matra devançant la Ferrari de Chris Amon. Une certaine bousculade se produit en queue de peloton à l'attaque de ce premier virage, Jackie Oliver en sortant avec la suspension avant droite de sa BRM endommagée à cause d'un contact avec la Lotus de Richard Attwood[18] ; Oliver est contraint à l'abandon après seulement quelques centaines de mètres, la monoplace d'Attwood poursuivant sa course sans dommage. Stewart se détache rapidement de ses poursuivants pour repasser devant les stands avec déjà une vingtaine de mètres d'avance sur Amon. Deux secondes derrière la Ferrari vient la Matra de Jean-Pierre Beltoise, que Hill suit de très près. Sur la Lotus de Rob Walker, Joseph Siffert est un peu plus loin, précédant la Brabham de Jacky Ickx et le reste de la meute. À la fin du deuxième tour, Hill déborde Beltoise pour le gain de la troisième place. John Surtees, qui a des problèmes de sélection de vitesse sur sa BRM, a été doublé par Courage et a rétrogradé en huitième position, alors que Stewart a légèrement accentué son avance sur Amon. En ce début de course, le pilote écossais améliore continuellement le record officiel du circuit, le portant à 131,8 km/h au cours du septième tour, Amon comptant alors plus de six secondes de retard sur la Matra de tête. Hill, qui ne parvient pas à distancer Beltoise, est huit secondes plus loin. Le moteur de Siffert tourne mal et le pilote suisse a perdu deux places au profit de Ickx et de Courage. Il se maintient cependant à bonne distance de Surtees, qui a de plus en plus de difficulté à changer de vitesse et à contenir les attaques de Jack Brabham, qui le suit de très près. Alors que les deux hommes abordent pour la dixième fois le virage du Portier, la boîte de Surtees se bloque et sa monoplace se met en travers ; l'Australien tente de passer à l'intérieur mais ne peut l'éviter, arrachant la roue arrière gauche de sa Brabham en escaladant le train avant de la BRM. Celle-ci s'immobilise sur place alors que l'ancien champion du monde parcourt le tunnel sur trois roues avant de garer sa voiture dans l'échappatoire.
Stewart possède à ce moment neuf secondes d'avance sur Amon et dix-huit sur Hill et Beltoise ; Ickx est deux secondes plus loin, précédant Courage d'une centaine de mètres. Ce dernier réduit bientôt l'écart, les deux pilotes Brabham entamant dès lors un duel serré. Alors que Stewart vient d'améliorer une nouvelle fois le record du circuit, à plus de 133 km/h de moyenne, Amon abandonne sa Ferrari au virage du Portier, différentiel hors d'usage. Hill est maintenant deuxième, mais compte vingt-six secondes de retard sur la Matra de tête. Beltoise, désormais troisième, est trois secondes plus loin. Une centaine de mètres derrière la deuxième Matra, Ickx et Courage se disputent âprement la quatrième place, ayant distancé Siffert dont le moteur ne tourne plus que sur sept cylindres.
Au quart de la course, Stewart possède vingt-huit secondes d'avance sur Hill et trente sur Beltoise. Ickx et Courage, toujours roues dans roues, sont sept secondes plus loin. Siffert, sixième, accuse près d'une minute de retard. Malgré ses problèmes de moteur, il se maintient six secondes devant Bruce McLaren. Pilotant la deuxième Lotus officielle, Attwood est huitième, loin devant la McLaren de Denny Hulme qui souffre d'une sévère grippe et a beaucoup de difficulté à respirer. Au volant d'une Cooper techniquement dépassée, Vic Elford ferme la marche, comptant déjà deux tours de retard sur le leader. Il ne reste plus que dix voitures en piste, Silvio Moser (sur Brabham) et Pedro Rodríguez (BRM) ayant tous deux abandonné sur panne mécanique. Beltoise commence à se rapprocher de Hill quand, à la fin du vingt-et-unième tour, il regagne son stand et renonce, un cardan ayant lâché. Deux boucles plus tard, Stewart s'arrête également, victime de la même panne. Les deux Matra sont éliminées ! Hill se retrouve en tête, avec treize secondes d'avance sur Ickx et Courage, qui bataillent maintenant pour la deuxième place. Siffert est à vingt secondes des deux Brabham, il précède McLaren de cinq secondes. Attwood, sixième, est à cinquante secondes de son coéquipier. Si l'homme de tête semble à l'abri de toute menace de la part de ses adversaires, le duel Ickx/Courage tient le public en haleine. Au cours du vingt-septième tour, le pilote belge loupe un changement de vitesse à la sortie de l'épingle du gazomètre et son rival en profite pour prendre la deuxième place. Trois tours plus tard, au même endroit, Ickx tente de reprendre son bien et essaie de passer à l'extérieur. Courage élargit sa trajectoire, obligeant son poursuivant à piler. Les deux Brabham manquent alors de s'accrocher. Ickx continue cependant à attaquer et à la fin du trente-deuxième tour il est de nouveau devant le Britannique. Les deux hommes sont alors à dix-sept secondes de Hill, qui contrôle aisément la course. Quatrième à trente-quatre secondes du leader, Siffert voit McLaren se rapprocher progressivement de lui. À mi-distance, les positions restent toutefois inchangées, l'écart entre la Lotus de tête et les deux Brabham étant passé à vingt secondes. Le duel pour la deuxième place prend fin au quarante-neuvième tour, lorsque Ickx s'arrête à l'entrée du tunnel, un porte-moyeu arrière ayant cédé. Courage retrouve la place de dauphin, à vingt-trois secondes de Hill. Siffert est troisième ; malgré un moteur qui tourne toujours aussi mal, il est parvenu à se maintenir hors de portée de McLaren, ce dernier devant désormais surveiller Attwood qui s'est nettement rapproché de lui. Le Britannique a nettement accéléré sa cadence et, au cinquante-huitième tour, la jonction est faite. Une boucle plus tard, la Lotus n°2 occupe le quatrième rang et va se détacher rapidement de la McLaren. Dès lors, les positions sont acquises : le leadercontrôle facilement son avance sur Courage, celui-ci assurant sa deuxième place, alors que Siffert, troisième, tire le maximum d'un moteur souvent hoquetant. L'épreuve s'achève sans changement, Hill remportant un cinquième succès monégasque. Quatrième, Attwood a réalisé une belle fin de course sur une monoplace qu'il découvrait. McLaren, cinquième, termine avec un tour de retard alors que son coéquipier Hulme a réussi à se classer sixième, ayant eu le courage d'aller jusqu'au bout malgré son état d'épuisement[7].
Classements intermédiaires
Classements intermédiaires des monoplaces aux premier, troisième, cinquième, dixième, quinzième, vingtième, vingt-cinquième, trentième, quarantième, cinquantième, soixantième et soixante-dixième tours[17].
Après 1 tour
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Après 3 tours
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Après 5 tours
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Après 10 tours
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Après 15 tours
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Après 20 tours
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Après 25 tours
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Après 30 tours
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Après 40 tours (mi-course)
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Après 50 tours
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Après 60 tours
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Après 70 tours
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Classement de la course

| Pos | N° | Pilote | Écurie | Tours | Temps/Abandon | Grille | Points |
|---|---|---|---|---|---|---|---|
| 1 | 1 | Lotus-Ford | 80 | 1 h 56 min 59 s 4 | 4 | 9 | |
| 2 | 16 | Brabham-Ford | 80 | 1 h 57 min 16 s 7 (+ 17 s 3) | 9 | 6 | |
| 3 | 9 | Lotus-Ford | 80 | 1 h 57 min 34 s 0 (+ 34 s 6) | 5 | 4 | |
| 4 | 2 | Lotus-Ford | 80 | 1 h 57 min 52 s 3 (+ 52 s 9) | 10 | 3 | |
| 5 | 4 | McLaren-Ford | 79 | 1 h 57 min 14 s 1 (+ 1 tour) | 11 | 2 | |
| 6 | 3 | McLaren-Ford | 78 | 1 h 58 min 06 s 4 (+ 2 tours) | 12 | 1 | |
| 7 | 12 | Cooper-Maserati | 74 | 1 h 57 min 36 s 1 (+ 6 tours) | 16 | ||
| Abd. | 6 | Brabham-Ford | 48 | Suspension arrière | 7 | ||
| Abd. | 7 | Matra-Ford | 22 | Croisillon de cardan | 1 | ||
| Abd. | 8 | Matra-Ford | 20 | Croisillon de cardan | 3 | ||
| Abd. | 11 | Ferrari | 16 | Différentiel | 2 | ||
| Abd. | 10 | BRM | 15 | Moteur | 14 | ||
| Abd. | 17 | Brabham-Ford | 15 | Demi-arbre | 15 | ||
| Abd. | 14 | BRM | 9 | Boîte de vitesses | 6 | ||
| Abd. | 5 | Brabham-Ford | 9 | Accident | 8 | ||
| Abd. | 15 | BRM | 0 | Suspension avant | 13 |
Légende :
- Abd.=Abandon
Pole position et record du tour
- Pole position :
Jackie Stewart (Matra) en 1 min 24 s 6 (vitesse moyenne : 133,830 km/h). Temps réalisé lors de la séance d'essais du samedi [20]. - Tour le plus rapide :
Jackie Stewart (Matra) en 1 min 25 s 1 (vitesse moyenne : 133,043 km/h) au seizième tour.
Évolution du meilleur tour en course
Le meilleur tour fut amélioré huit fois au cours de l'épreuve[17].
- deuxième tour : Jackie Stewart en 1 min 30 s 0 (vitesse moyenne : 125,800 km/h)
- troisième tour : Jackie Stewart en 1 min 28 s 4 (vitesse moyenne : 128,077 km/h)
- quatrième tour : Jackie Stewart en 1 min 27 s 9 (vitesse moyenne : 128,805 km/h)
- cinquième tour : Jackie Stewart en 1 min 27 s 0 (vitesse moyenne : 130,138 km/h)
- sixième tour : Jackie Stewart en 1 min 26 s 3 (vitesse moyenne : 131,194 km/h)
- septième tour : Jackie Stewart en 1 min 25 s 9 (vitesse moyenne : 131,804 km/h) - temps égalé au dixième tour
- treizième tour : Jackie Stewart en 1 min 25 s 6 (vitesse moyenne : 132,266 km/h)
- seizième tour : Jackie Stewart en 1 min 25 s 1 (vitesse moyenne : 133,043 km/h)
Tours en tête
Jackie Stewart : 22 tours (1-22)
Graham Hill : 58 tours (23-80)
