Troubles de juillet 2024 en Cisjordanie
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Non concluant
- Fin des troubles à grande échelle
- Les relations entre l’Autorité palestinienne et les milices demeurent hostiles
| Date | 29 juillet – Août 2024 |
|---|---|
| Lieu | Cisjordanie, Palestine |
| Issue |
Non concluant
|
| Inconnues | Au moins deux militants arrêtés Plusieurs manifestants blessés |
Crise entre l'Autorité palestinienne et les milices de Cisjordanie
Crise au Moyen-Orient depuis 2023
Les troubles de juillet 2024 en Cisjordanie désignent une période d’instabilité qui s'est étendue de la fin juillet au début août 2024. Ils constituent une forte intensification des violences[2] entre l’Autorité palestinienne et des groupes armés palestiniens, sur fond de manifestations dans plusieurs villes. Les événements débutent lorsque les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne tentent d’arrêter le commandant de la brigade de Tulkarem, Abu Shujaa, alors hospitalisé à Tulkarem[1]. Cet épisode aggrave les tensions déjà existantes entre l’Autorité palestinienne et les milices, entraînant des affrontements dans l’ensemble de la Cisjordanie. Les troubles se résorbent progressivement au début du mois d’août, sans changement notable, tandis que les relations demeurent tendues.
L’Autorité palestinienne, qui coordonne parfois ses actions sécuritaires avec Israël[3], est largement impopulaire parmi les Palestiniens[4],[5], dont beaucoup la considèrent comme inefficace et soumise à l’occupation israélienne[6],[7]. Dans plusieurs villes de Cisjordanie, le soutien populaire se porte davantage vers les différentes milices locales[8],[9]. Depuis 2022, il en résulte un conflit armé opposant l’Autorité palestinienne à ces groupes, après des affrontements sporadiques survenus avant l’escalade de juillet 2024. Cette montée des tensions s’inscrit dans le contexte de la guerre à Gaza et des incursions israéliennes connexes en Cisjordanie.
La brigade de Tulkarem fait partie des nombreux groupes armés palestiniens actifs en Cisjordanie. Son chef, Mohammed Jaber, connu sous son nom de guerre « Abu Shujaa », est une figure majeure recherchée par les autorités israéliennes et a été blessé lors de précédents raids israéliens à Tulkarem en décembre 2023. Il est d’abord considéré comme ayant été tué par l’armée israélienne au cours d’une opération menée à Tulkarem en avril 2024, avant de réapparaître plus tard lors des funérailles de plusieurs combattants palestiniens tués[10].
Déroulement
Tulkarem
Le 26 juillet 2024, Abu Shujaa est admis à l’hôpital gouvernemental Martyr Dr. Thabet Thabet de Tulkarem après avoir été blessé par un engin explosif[11],[12]. Peu après, les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne encerclent l’établissement et auraient tenté de l’arrêter dans le cadre de leur campagne visant à réprimer les milices locales[1].
En réaction, la brigade et d’autres groupes armés palestiniens déclarent un état d’alerte maximale et visent par des tirs nourris le siège local des forces de sécurité[1]. La brigade de Tulkarem, ainsi que le Hamas, le Jihad islamique palestinien et les brigades des martyrs d’Al-Aqsa, publient des communiqués appelant la population à se mobiliser et à se rendre à l’hôpital afin de lever le siège et d’empêcher l’arrestation d’Abu Shujaa[1],[12],[13].
Peu après, une foule importante de civils palestiniens se rend à l’hôpital pour empêcher l’opération d’arrestation menée par l’Autorité palestinienne[1],[14]. Il s’ensuit des affrontements entre les forces de sécurité et des milices de Cisjordanie, tandis que les manifestants affluent pour tenter de mettre fin au siège présumé. The Palestine Chronicle diffuse alors une vidéo tournée à l’intérieur de l’hôpital montrant des protestataires faisant face aux forces de sécurité, qui auraient utilisé des gaz lacrymogènes et ouvert le feu, provoquant plusieurs blessés[15]. Finalement, les forces de sécurité se retirent de l’hôpital, et la foule évacue Abu Shujaa pour le conduire vers le camp de réfugiés de Nour Shams, à Tulkarem[1].
Le lendemain, après l’arrestation du militant Tariq Balidi par les forces de sécurité, la brigade de Tulkarem exige sa libération avant 22 heures et accuse l’Autorité palestinienne de vouloir provoquer une guerre civile. Des manifestations débutent alors à l’entrée du camp de réfugiés de Tulkarem[16]. Une fois l’échéance dépassée, la brigade vise le siège du gouvernement à Tulkarem à l’aide d’explosifs[17].
Propagation à d’autres villes
Jénine
Les brigades de Jénine publient un communiqué dans lequel elles condamnent les forces de sécurité et les menacent, déclarant que « toute attaque contre nous entraînera une riposte équivalente »[18]. Des hommes armés appartenant aux brigades prennent ensuite pour cible le siège de l’Autorité palestinienne à Jénine[19],[20],[21].
Tubas
Quelques heures après la fin du siège présumé à Tulkarem, les forces de sécurité de Tubas tentent d’interpeller un membre de la brigade de Tubas et ouvrent le feu sur lui. Elles arrêtent le frère du militant, qui est relâché une heure plus tard. La brigade de Tubas condamne l’incident en le qualifiant de « tentative d’assassinat » et décrit les forces de sécurité comme des instruments du Shin Bet[22].
Plus tard dans la journée, une foule de jeunes manifestants bloque les routes à Tubas et entre en affrontement avec les forces de sécurité, scandant des slogans contre elles. La brigade de Tubas vise ensuite le siège local des forces de sécurité à l’aide de tirs d’armes à feu[22].
Bethléem
Une marche de protestation éclate également à Bethléemcontre les actions de l’Autorité palestinienne à Tulkarem[2],[22]. Les manifestants affrontent les forces de sécurité et incendient les portes de leur siège local[22]. Il est également rapporté que les forces de sécurité frappent et arrêtent un garçon participant à la manifestation[23].
Des tensions apparaissent également au sein des forces de sécurité, plusieurs membres étant arrêtés, ce qui suscite de vives critiques de la part des responsables locaux du Fatah. Le 30 juillet, des dizaines d’hommes armés affiliés au Fatah, apparemment issus des forces de sécurité, circulent dans les rues de Bethléem en tirant en l’air de manière désordonnée. Ces hommes, qui commencent à s’affronter avec les forces de sécurité, menacent les responsables du Fatah et exigent leur démission[24]. Le 31 juillet, les forces de sécurité tentent d’arrêter des militants et sont confrontées à des manifestations devant leur siège local[7].