Twirwaneho
groupe armé actif dans la province du Sud-Kivu en république démocratique du Congo
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Le Twirwaneho (aussi ortographié Twigwaneho et Twirweneho), est un groupe armé actif dans la province du Sud-Kivu en république démocratique du Congo (RDC).
| Twirwaneho | |
| Idéologie | Défense de la communauté Banyamulenge |
|---|---|
| Fondation | |
| Date de formation | 2008 |
| Pays d'origine | République démocratique du Congo |
| Fondé par | Rabani Ndagendererwa Musemakweli |
| Actions | |
| Mode opératoire | guérilla |
| Zone d'opération | Hauts Plateaux du Sud-Kivu |
| Organisation | |
| Chefs principaux |
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| Fait partie de | Alliance fleuve Congo |
| Groupe relié | |
| Guerre du Kivu | |
| modifier |
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Formé à la fin des années 2000, il se présente comme une force d’autodéfense de la communauté Banyamulenge, une minorité ethnique tutsie de la région. Sous la direction de Michel Rukunda, le groupe s’est structuré en une force militaire coordonnée, mais est également accusé de graves violations des droits de l’homme, notamment le recrutement forcé d’enfants.
Allié au Mouvement du 23 mars (M23) et à d’autres groupes armés comme le Red Tabara, le Twirwaneho joue un rôle clé dans les conflits persistants de l’est de la RDC, où il est perçu à la fois comme un protecteur par une partie de la communauté Banyamulenge et comme une menace par d’autres communautés et acteurs régionaux. En 2025, la milice rejoint officiellement l'Alliance fleuve Congo (AFC).
Histoire
Origine
Le groupe armé Twirwaneho (aussi ortographié Twigwaneho[1] et Twirweneho[2], qui signifie « défendons-nous » en Kinyamulenge[3]), trouve ses origines dans un mouvement d’autodéfense apparu en 2008 au Sud-Kivu, dans l’est de la république démocratique du Congo (RDC)[4],[5]. Ce groupe, initialement formé par des membres de la communauté Banyamulenge — une minorité tutsie congolaise — se constitue pour protéger les villages et le bétail des pillages perpétrés par des groupes Maï-Maï, notamment autour de Minembwe, sur les Hauts-Plateaux de la région[4],[5].
Évolutions
Le groupe émerge dans un contexte régional marqué par des décennies de conflits, des tensions intercommunautaires persistantes et l’héritage du génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, qui a contribué à déstabiliser l’est de la RDC[3],[6],[7],[8]. Composé principalement de jeunes civils banyamulenge, il se mobilise de manière ponctuelle sous la direction de Rabani Ndagendererwa Musemakweli, avant de se dissoudre progressivement à partir de 2009[4],[5].
Le nom Twirwaneho réapparaît en 2015, lorsque des membres de la communauté se réorganisent sous le commandement de David Muhoza, alias « El Shabaab », en réponse aux exactions commises contre les civils, en particulier autour de Bijombo, par le groupe armé Gumino, lui-même majoritairement banyamulenge[4],[9]. Ce regain d’activité s’inscrit dans un contexte de tensions croissantes dans les Hauts-Plateaux (territoires de Fizi, Uvira et Mwenga), où les conflits pour le contrôle des terres, des ressources et la transhumance, ainsi que les violences intercommunautaires, alimentent un cycle de représailles depuis 2019[10],[11],[12]. Face à l’intensification des affrontements avec les milices Maï-Maï et à l’incapacité des autorités congolaises à protéger les populations banyamulenge, le groupe se restructure progressivement en une force armée organisée, passant d’un mouvement d’autodéfense local à l'un des acteurs majeurs des conflits locaux[3],[13],[14],[15].
Début 2020, Michel Rukunda (surnommé Makanika), un officier défecteur des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), prend le commandement militaire des Twirwaneho[3],[16],[17],[18]. Sous sa direction, le groupe se militarise et étend progressivement son influence[15], se renforçant grâce au ralliement d'officiers et soldats des FARDC ayant fait défection[18],[19],[20], et par de nouveaux combattants, recrutés principalement au sein de la communauté Banyamulenge, tant localement qu’à l’échelle régionale et internationale[18], parfois de manière forcées[18].
En 2021, le Twirwaneho affronte les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) et les milices Maï-Maï dans les territoires de Mwenga, Fizi et Uvira, tout en rivalisant avec le groupe Gumino, pour le contrôle des Hauts-Plateaux de Minembwe[10]. Après des revers initiaux face aux opérations militaires, les Twirwaneho reprennent l’offensive, recrutent des combattants, et ciblent à la fois les FARDC, les civils et les partisans présumés des Gumino[21],[22],[10].
En 2022, dans un contexte de violences intercommunautaires et de représailles entre groupes armés, le Twirwaneho s’implique activement dans des affrontements avec les FARDC et les milices Maï-Maï, notamment la Force d'autodéfense Biloze Bishambuke (FABB)[23],[24],[25]. Le , des combattants présumés du groupe Twirwaneho attaquent la base de la MONUSCO à Minembwe, tuant un Casque bleu pakistanais après avoir simulé une reddition[26],[27],[28]. Une seconde attaque contre la base est signalée le , sans faire de victimes[27]. Ces incidents, considérés par l’ONU comme prémédités, s’inscrivent dans une opposition croissante des Twirwaneho aux programmes de désarmement et de démobilisation menés par la MONUSCO[26]. Le Twirwaneho continue de nier toute responsabilité dans ces attaques[26]. Le groupe mène également des attaques contre les civils, notamment les communautés Bafuliro, Babembe et Banyindu (en), prenant pour cible des camps de déplacés, pillant des habitations et brûlant des infrastructures locales[23],[29]. Parallèlement, lesTwirwaneho participent à des combats pour le contrôle des ressources, comme la mine de Bigaragara, tout en étant la cible de représailles de la part des Maï-Maï[23].
Le , Michel Rukunda est tué lors d'une frappe de drone menée par l'armée congolaise sur le quartier général du Twirwaneho dans les montagnes de Gakangala, à dix kilomètres de Minembwe, dans le territoire de Fizi au Sud-Kivu[30]. Dans les jours qui suivent, le Twirwaneho rejoint officiellement l'Alliance fleuve Congo (AFC)[31],[32]. Le colonel Charles Sematama, un officier déserteur des FARDC, qui a rejoint le groupe armé des Twirwaneho en 2021[1],[33],[20], devient le chef militaire de la milice banyamulenge[2]. Freddy Kaniki est Le président du Twirwaneho est l’un des coordonnateurs adjoints de l'Alliance fleuve Congo (AFC)[2].
Alliances
Le groupe Twirwaneho est allié avec le Mouvement du 23 mars (M23), une rébellion basée initialement au Nord-Kivu en république démocratique du Congo (RDC), et constituée principalement de Tutsi congolais[2],[34]. La milice banyamulenge collabore également avec le groupe rebelle burundais Red Tabara,[2],[34]. Le Twirwaneho fait aussi partie, depuis fin , de l'Alliance fleuve Congo (AFC)[31],[32], une coalition de groupes armés et de partis politiques opposés au gouvernement congolais, dont fait partie le M23[35],[36].
Les premiers liens documentés entre les Twirwaneho et le M23 apparaissent dans un rapport publié en par le Groupe d’experts de l’ONU, qui signale une collaboration progressive entre les deux groupes, visant notamment à ouvrir un second front au Sud-Kivu dans le conflit qui oppose l'AFC/M23 au gouvernement congolais dans l'est de la RDC[37],[38],[39]. Selon ce rapport, le M23 tente de s’allier aux Twirwaneho et à d’autres groupes armés locaux pour étendre son influence dans la région, avec Charles Sematama comme principal interlocuteur de Sultani Makenga, chef militaire du M23[38]. Initialement, leur chef Michel Rukunda doute d’un rapprochement avec le M23, en raison du manque de soutien de la communauté Banyamulenge envers le M23 et le Rwanda, générant des tensions internes au sein du commandement des Twirwaneho[38]. Malgré ces hésitations, une collaboration opérationnelle s'installe. Cette alliance se formalise avec des opérations conjointes documentées par l’ONU et des experts en sécurité, qui décrivent le Twirwaneho comme un groupe « proche » ou « allié » à l’Alliance fleuve Congo (AFC), dont fait partie le M23[40],[38],[41].
En 2025, cette coopération est officiellement confirmée par les Nations unies, qui la décrivent dans leurs rapports comme une alliance formalisée au sein de l’Alliance Fleuve Congo[42]. Les deux groupes agissent désormais de manière coordonnée, notamment contre les FARDC et les milices rivales (Maï-Maï et Wazalendo)[41],[43].
Violations des droits de l’homme et sanctions internationales
Les Twirwaneho sont accusés par les Nations unies, Human Rights Watch et Amnesty International, d’utiliser des méthodes controversées, notamment le recrutement forcé d’enfants soldats et des violences contre les civils, contribuant ainsi à l’exacerbation des tensions communautaires et à la persistance des violences dans l'est de la république démocratique du Congo[44],[14],[17],[45],[46]. Leur chef militaire, Michel Rukunda a fait l’objet de sanctions de la part de l’Union européenne, des États-Unis et de l’ONU pour ces violations de droits de l’homme[3],[47], il est tué le lors d’une frappe de drone menée par l’armée congolaise dans la région de Minembwe[30].