Bataille de Bukavu

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Date Du au
Issue Le , retrait des troupes dissidentes de Bukavu[1], permettant aux FARDC de réinvestir la ville.

La bataille de Bukavu est un épisode du conflit armé dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC), qui se déroule entre le et le . À la suite d'affrontements entre les Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), les troupes dissidentes du colonel Jules Mutebutsi et du général Laurent Nkunda s'emparent temporairement de la ville de Bukavu, chef-lieu de la province du Sud-Kivu.

Les combats entraînent le déplacement de milliers de civils, principalement des Banyamulenge, vers le Rwanda voisin, ainsi que des violations graves des droits humains et des crimes de guerre documentés par des organisations internationale. Les rebelles justifient leur intervention par la protection de la communauté Banyamulenge, soutenant qu'ils sont victime d'un génocide. Cependant, une enquête de la Mission de l'Organisation des Nations unies pour la stabilisation en république démocratique du Congo (MONUC) exclut cette hypothèse.

Après des négociations avec les forces de maintien de la paix de l'ONU, les troupes rebelles se retirent le , permettant à l'armée congolaise de reprendre le contrôle de la ville.

Échec du brassage

La république démocratique du Congo (RDC) est officiellement sortie de la deuxième guerre du Congo (1998-2003) suite à la signature de l'Accord Global et Inclusif (AGI) en . Cet accord instaurait un gouvernement de transition (dit 1+4) avec pour mandat d'unifier les institutions politiques et militaires et de mener le pays vers des élections nationales, initialement prévues pour la mi-2005. Cependant, la période 2003-2004 fut marquée par une mise en place « pénible » et des « incessants atermoiements » dans l'application de l'AGI, signalant l'extrême fragilité du consensus entre les anciens belligérants[2],[3],[4]. Cette période est marqué par deux dynamiques majeures : l'échec du processus de « brassage » et les tensions ethniques.

Le gouvernement de transition reposait sur l’intégration des anciens groupes armés au sein des Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC), un processus appelé brassage. Celui-ci s’est révélé « incomplet et inefficace » en raison d’un manque de volonté politique à Kinshasa, permettant le maintien de chaînes de commandement parallèles, notamment au sein de l’ex-Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma (RCD-G)[2],[4]. Dès fin 2003, des officiers comme Laurent Nkunda refusent d’obéir aux ordres d’affectation hors de l’est, signalant leur volonté de conserver une autonomie militaire[5].

Tensions ethniques et ingérence régionale

Les Kivu, frontaliers du Rwanda, sont déstabilisés par la présence des Forces démocratiques de libération du rwanda (FDLR), des rebelles hutus rwandais dont certains membres sont accusés d'avoir participé au génocide des Tutsi du Rwanda en 1994[6]. Les FDLR représentent à cette époque le groupe armé le plus important dans l'est de la république démocratique du Congo (RDC), comptant entre 8 000 et 10 000 membres, bien qu'ils n'aient pas été en mesure de mener une attaque efficace contre le Rwanda depuis 2001[6],[5]. Cette situation offre au Rwanda un prétexte pour intervenir en RDC et soutenir des factions locales, dont celle de Nkunda[7]. Les tensions ethniques, attisées par des acteurs politiques, ciblent particulièrement la communauté Banyamulenge (des Tutsis congolais)[8],[9]. Selon Jason Stearns (en), les objectifs du Rwanda dans l’est de la RDC dépassaient la simple neutralisation des FDLR. Kigali visait à maintenir une sphère d’influence durable dans la région, tout en consolidant la cohésion de son armée. Deux stratégies étaient envisagées : entretenir le désordre ou établir un contrôle total sur la zone[5].

Déroulement

Première mutinerie

En , une mutinerie éclate a Bukavu, chef lieu du Sud-Kivu en république démocratique du Congo (RDC), au sein des unités du Rassemblement congolais pour la démocratie-Goma (RCD-G)[5],[10]. Le soulèvement est dirigé contre le général Prosper Nabyolwa, le commandant militaire de la 10e région nommé par Kinshasa[11],[12],[13]. La mutinerie, mené par le colonel Jules Mutebutsi, adjoint de Nabyolwa et ancien officier du RCD-G, fait suite aux tentatives de Nabyolwa de saisir des caches d'armes dans la ville[11],[13]. Ces perquisitions ont notamment mis à jour des armes au domicile de personnalités du RCD-G, dont le gouverneur du Sud-Kivu, Xavier Chiribanya[4],[11], qui est déchu de son poste[14]. L'élément déclencheur fut l'arrestation du major Joseph Kasongo, un officier du RCD-G condamné par contumace pour son implication présumée dans l'assassinat de Laurent-Désiré Kabila[5],[4],[13],[15].

La riposte de Mutebutsi se traduit par une tentative d'assassinat contre Nabyolwa. Le Général Nabyolwa est contraint à la fuite après que deux de ses gardes aient été tués[11],[14],[4]. Face à cette escalade militaire, le gouvernement central capitule face aux mutins : Nabyolwa est démis de ses fonctions et remplacé par le général Félix Mbuza Mabe[11],[4],[12], tandis que Mutebutsi, bien que suspendu, est autorisé à rester à Bukavu avec ses hommes[11]. Cet épisode a résonné dans tout l'est de la RDC comme un signe de la fragilité de la transition[11],[13].

Prise de Bukavu

Le soir du , des affrontements éclatent dans la ville de Bukavu[11]. Des soldats fidèles au colonel Jules Mutebutsi s'opposent aux Forces armées de la république démocratique du Congo (FARDC) dirigées par le général Félix Mbuza Mabe, commandant de la 10e région militaire[11],[16],[17]. Les deux parties se rejettent la faute quant à l'origine des heurts[18].

Les affrontements prennent une tournure ethnique lorsque des militaires, en représailles de la mort d'un des leurs[19], exécutent sommairement une quinzaine de civils Tutsis, dont des enfants[5],[12],[11],[16]. Ces violences ciblées déclenchent une vague de panique parmi les populations tutsies et celles perçues comme rwandaises, en raison de leurs apparences physiques[5]. Dans la crainte de persécution, près de 3 000 civils[20], principalement des Banyamulenge (des tutsis congolais), fuient vers Cyangugu, au Rwanda, alors que 524 civils trouvent refuge dans l'enceinte de la Mission de l'Organisation des Nations unies en république démocratique du Congo (MONUC)[19],[17]. Face à l’inaction initiale des dirigeants de l’ONU, une équipe restreinte d’employés onusiens à Bukavu organise l’évacuation de centaines de civils vers le Rwanda voisin[5],[11]. Ces événements sont instrumentalisés par le Rwanda et Laurent Nkunda, qui mobilise ses réseaux au sein de l’ex-RCD-G dans le Nord-Kivu pour marcher sur Bukavu[5]. Le [21], à la tête de milles à quatre mille hommes (les chiffres varient selon les sources)[22],[17], Laurent Nkunda, part de Goma, dans le Nord-Kivu, pour prêter main-forte à Mutebutsi. Le , ils prennent possession de Bukavu, repoussant les FARDC dans les collines aux alentours de Bukavu[22]. Les forces de Nkunda et de Mutebutsi, une fois entrées à Bukavu, se livrent à des « homicides, des viols et des pillages », « violant et tuant les civils de manière indiscriminée »[23],[4]. Selon un rapport de l'ONG International Crisis group, la majorité des victimes civiles et militaires déplorées durant la crise est « imputable aux troupes de Mutebutsi et de Nkunda »[24].

Les mutins, soutenu par le gouverneur Eugène Serufuli, bénéficie de moyens logistiques et de renforts militaires, tandis que Kigali mène une campagne médiatique et diplomatique pour légitimer son intervention. Lors d’une réunion avec des diplomates, le président rwandais Paul Kagame établit un parallèle entre les meurtres de Bukavu et le génocide de 1994, déclarant qu’il ne s’agit pas de « quinze Tutsis, mais d’un million et quinze »[5].

Laurent Nkunda et Jules Mutebutsi affirment que leurs actions visent à protéger la communauté Banyamulenge de Bukavu, des congolais d'origine Tutsi, d'un génocide perpétré par les FARDC[25],[12],[11]. Bien que des exactions à caractère ethnique aient été commise contre la communauté Banayamulenge peu avant l'arrivée de Nkunda, les conclusions d'une enquête de la MONUC contredisent les affirmations des officiers renégats, en excluant la possibilité d'un génocide[25],[24]. Nkunda, lui-même, reconnaitra après son retrait de Bukavu que les rumeurs de génocide étaient « exagérées »[26].

Retrait des forces rebelles

Le 9[1] ou le [4],[24], à la suite des négociations avec les forces de maintien de la paix des Nations unies[27] et face aux pressions internationales[10],[16], les troupes rebelles se retirent de Bukavu[1],[4], tandis que les FARDC réinvestissent la ville et en reprennent le contrôle[1],[4].

Les forces rebelles se scindent, une partie s'enfuie vers le Rwanda sous les ordres du colonel Jules Mutebutsi après avoir été chassée de Kamanyola par les FARDC avec l'aide de la MONUC[28]. Laurent Nkunda s’installe d’abord à Minova (en) puis dans les territoires de Masisi et Rutshuru[29],[11],[24]. Ses troupes, impliquées dans l’offensive sur Bukavu, sont en grande partie réintégrées sans sanctions dans les unités locales[4],[30], malgré des exactions commises lors du retrait[4]. À la suite du départ de Nkunda de Minova, plus de 150 000 rwandophones ont, selon les observateurs, fuit le Sud-Kivu pour le Nord-Kivu par peur de représailles de la part des FARDC[31].

Crimes de guerre et violation des droits humains

Notes et références

Voir aussi

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