Massacre de Kasika

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Massacre de Kasika
Image illustrative de l’article Massacre de Kasika
Le village de Kasika, où les premiers cas de massacres ont été signalés..

Date
Type Massacre, nettoyage ethnique, incendie criminel, violence sexuelle

Le massacre de Kasika surivent le dans plusieurs villages de la Chefferie de Luindi (en), territoire de Mwenga, dans la province du Sud-Kivu, en République démocratique du Congo (RDC). Les troupes du Rassemblement pour la démocratie congolaise (RCD) et de l'Armée patriotique rwandaise (APR) ont tué plus de 1 000 civils civils, appartenant majoritairement à la communauté Nyindu (en)[1],[2].

Le souvenir du massacre est profondément ancré dans la conscience collective de la population congolaise et a touché d'éminents hommes politiques, des militants des droits de l'homme et des organisations dédiées aux droits de l'homme[3],[4],[5].

Première et deuxième guerres du Congo

En , l'assassinat du président rwandais, Juvénal Habyarimana, déclenche le génocide des Tutsi au Rwanda. En , le Front patriotique rwandais (FPR), un mouvement rebelle composé majoritairement d'exilés tutsis basés en Ouganda et dirigé par Paul Kagame, met fin au génocide et prend le pouvoir à Kigali[6],[7]. Cette victoire entraine l'exode d'environ deux millions d'Hutu vers les pays voisins, principalement au Zaïre (actuelle république démocratique du Congo)[7]. Parmi les réfugiés se trouve des civils, mais aussi les acteurs du génocide : le gouvernement intérimaires, les milices Interahamwe et les ex-Forces armées rwandaises (ex-FAR)[8]. Ces groupes s'installent dans des camps situés dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu, à proximité de la frontière rwandaise[9],[10],[11].

Durant la première guerre du Congo, l'Armée patriotique rwandaise (APR) de Kagame et l'Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo-Zaïre (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, avec le concours de déserteurs tutsis zaïrois, lancèrent des opérations militaires pour localiser et neutraliser les milices et réfugiés hutus. Leur objectif était également de renverser le gouvernement de Mobutu, qu'ils accusaient d'exclure les Tutsis de toute influence politique[12],[13],[14]. Ils occupèrent rapidement des positions stratégiques dans la province du Sud-Kivu et l'utilisèrent comme base arrière pour conquérir d'autres régions[15]. La campagne militaire entraîna la mort de nombreux réfugiés rwandais et burundais, de civils zaïrois et même de populations réfugiées assimilées[15]. Au milieu de l'année1996, les gains territoriaux transformèrent la rébellion, initialement localisée dans l'est du Zaïre, en un défi de taille pour Mobutu[16],[17]. En 1997, les rebelles ont avancé vers Kinshasa, chassant Mobutu et conduisant Laurent-Désiré Kabila à se proclamer président le , rebaptisant le pays République démocratique du Congo (RDC)[18].

En , les tensions s'intensifièrent peu après l'arrivée au pouvoir de Kabila[19]. Il ordonna le retrait des troupes rwandaises, ougandaises et angolaises[20]. Malgré cette directive, l'armée rwandaise refusa obstinément, ce qui incita Kabila à rompre les relations diplomatiques et à accuser le Rwanda et l'Ouganda d'ingérence[21]. Par la suite, des factions tutsies rwandaises se regroupèrent pour former le Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD), dans le but de destituer Kabila en raison de son refus de partager le pouvoir[18],[22],[21],[23]. Les forces du RCD prirent le contrôle de vastes territoires dans la province du Sud-Kivu, déplaçant des civils et s'emparant finalement d'une importante partie du territoire de Mwenga[24].

En représailles, des groupes d'autodéfense locaux, dont les Maï-Maï, se sont formés pour protéger les communautés des incursions du RCD et du FPR. Le , un Maï-Maï a orchestré une embuscade sur la route entre Bukavu et Kindu, tuant une vingtaine de soldats du RCD et du FPR et les empêchant de prendre le contrôle du territoire de Mwenga[25],[26].

Attaque

L’attaque initiale a eu lieu dans une paroisse catholique du village de Kasika, situé dans la chefferie de Lwindi, à environ 108 kilomètres de Bukavu, dans le territoire de Mwenga, province du Sud-Kivu. L’Agence de presse du Service international missionnaire (MISNA), agence de presse humanitaire catholique romaine basée à Rome et active dans la région, a été la première à rapporter le massacre en [27],[28],[29].

Selon l'agence MISNA, les forces du RCD ont riposté aux pertes subies lors d'une embuscade tendue par des éléments Maï-Maï dans la chefferie de Lwindi le . Furieuses de la perte de leurs hommes durant cette embuscade, les forces du RCD ont lancé une attaque contre la paroisse catholique de Kasika le lendemain, faisant trente-sept victimes civiles, dont le curé (l'abbé Stanislas), trois religieuses et des paroissiens . D'autres civils ont également été tués dans les communautés environnantes. Les forces du RCD ont aussi assassiné Mwami Mubeza III, né Naluindi Francis, chef de la chefferie de Lwindi. Il a été ligoté, tué à la machette, son cœur a été arraché de sa poitrine et sa tête a été tranchée. De plus, 26 autres personnes ont été tuées à son domicile[30],[31],[32],[33].

Lors de leur tentative de fuite, 385 personnes qui n'avaient pas été tuées dans l'église furent sauvagement massacrées[32],[34]. Durant leur périple vers Kilungutwe, les assaillants tuèrent impitoyablement 43 personnes et en brûlèrent 50 autres dans le village de Zokwe. Aux alentours de Zokwe, sur la route de Kilungutwe, dans la localité de Kalama, des soldats du RCD et du RPA brûlèrent vifs 95 personnes dans leurs maisons[32],[34]. À Kilungutwe, village situé à 24 kilomètres de Kasika et servant de point de ravitaillement pour les autres villageois, des soldats identifiés comme appartenant au RPA, alliés au RCD selon les témoignages de survivants, ouvrirent le feu sur la population non armée rassemblée sur la place du marché central, faisant au moins 173 victimes civiles[32]. Par la suite, les soldats ordonnèrent aux villageois de se rassembler par groupes de 50 dans des huttes, où ils les massacrèrent[32]. Certains survivants avaienyt signalé ces atrocités aux enquêteurs d’Amnesty International . Dans une autre maison, 54 personnes avaient été rassemblées de force. Elles avaient été contraintes de se déshabiller, puis les soldats les ligotèrent avec leurs vêtements avant de les tuer. Les soldats avaient utilisé la même méthode pour tuer plus de 200 autres personnes[32].

Pendant les 37 miles (60 km), lors d'un trajet de plusieurs kilomètres entre Kasika et Kilungutwe, passant par Kalama, les 23 et , plus de 1 000 civils, hommes, femmes, enfants et personnes âgées, ont été brutalement massacrés, selon le rapport cartographique des Nations Unies[35]. L'étendue exacte des destructions de maisons et d'autres infrastructures n'a pu être vérifiée en raison de l'insécurité et de l'incertitude quant à la protection des témoins[32].

Conséquences

Références

Voir aussi

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