Gabrielle Bernard
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F.-José Maugis |
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Cocâde () |
Gabrielle Bernard, née à Moustier-sur-Sambre le et morte dans la même localité le , est une écrivaine belge d’expression française et wallonne.
Elle est surtout connue pour son œuvre en langue wallonne, qui connait des rééditions régulières.
Enfance et Formation
Gabrielle Bernard nait à Moustier-sur-Sambre le « à 21h00 », précise son acte de naissance. Elle y vit toute sa vie jusqu'à son décès en 1963.
Elle apprend à lire à quatre ans, au contact d'une voisine, Mme David, l'épouse d'un industriel de la chimie. L'autre figure marquante de son enfance est son parrain, François-Joseph Trefois — dit Maugis —, sous le nom duquel elle publie ses premières œuvres, quelques années plus tard[1].
En raison de sa santé, elle ne fait que des études primaires[2]. Elle bénéficie néanmoins d'une éducation poussée, dispensée notamment par des sœurs dominicaines installées dans son village. Elle écrit ses premiers textes en français à 10 ans, ses premiers vers à 12 ans et son premier roman à 14 ans[1]. Elle étudie le latin, le grec ancien, l'anglais, l'italien, l'espagnol et le néerlandais, et elle lit couramment l'allemand, le portugais et le provençal[2].
Elle rêvait d’être institutrice mais devient employée d’industrie.[réf. nécessaire]
Gabrielle Bernard part travailler à Bruxelles en 1918, avec le projet de se rapprocher des milieux littéraires. Elle y renonce toutefois, en raison de sa timidité et d'un accident de la route, qui impacte négativement sa santé. En 1920, elle revient à Moustier-sur-Sambre, où elle est engagée comme secrétaire aux Ateliers de la Basse-Sambre[3].
L'œuvre française
En 1936, son recueil de poésie En attendant la caravelle, d'inspiration symboliste, parait à Châtelet sous le pseudonyme de F.-José Maugis, inspiré de son parrain[4]. Gabrielle Bernard est assistée, pour cette publication, par Paul Moureau et Eugène Gillain, deux figures du milieu littéraire local[5]. Le recueil fait l'objet de critiques positives, notamment dans les journaux La Libre Belgique et Le Vingtième Siècle[6].
L'anecdote selon laquelle Gabrielle Bernard aurait perdu son fiancé pendant la Première Guerre mondiale et que sa solitude aurait été le ferment de son inspiration apparait non fondée[2].
Par la suite, quatre de ses romans[note 1] paraissent, dans des versions édulcorées, aux éditions Dupuis. Elle collabore aussi, en 1939, à la revue Les Lettres mosanes, animée par François Bovesse et Adelin-Pierre Dohet[8].
L'œuvre wallonne
Vers 1930, alors qu'elle a cessé d'écrire en français, Gabrielle Bernard est contactée par Ernest Montellier, qui l'invite aux réunions du cercle littéraire dialectal Lès Rèlîs Namurwès[9]. Elle en devient membre en 1930[10] et, en 1933, elle obtient la cocarde décernée au membre ayant fourni le travail le plus méritoire au cours de l'exercice écoulé[11].
En 1931, elle obtient une médaille d'argent au 24e concours de la Société de langue et de littérature wallonnes pour son premier recueil C' èsteûve ahîr (« C'était hier »), qui est subséquemment publié dans le Bulletin de la Société[12]. Ce recueil est ensuite republié en 1943 par Eugène Gillain en tant que hors-série de la revue Les Cahiers wallons qu'il a cofondée avec Paul Moureau. Ses deux recueils suivants — Boles di savon (« Bulles de savon ») et Do vète, do nwâr (« Du vert, du noir ») — paraissent de la même manière durant la Seconde Guerre mondiale, alors que le périodique est contraint de délaisser son format d'anthologie habituel[13].
C’est la vie qu'elle a pu observer dans la région de Moustier-sur-Sambre, la Basse-Sambre, qui l'inspire. Ses premiers recueils proposent surtout des tableaux ruraux, avant qu'elle n'aborde, dans Do vète, do nwâr, le labeur et la vie quotidienne des mineurs[14]. Le folklore lui inspire également la pièce Flora dal Hoûlote, qui est montée au Théâtre royal de Namur, et réalisée pour la RTBF dans les années 1980. Cette pièce lui vaut le prix triennal du Gouvernement en 1946[15].
En , elle obtient le suffrage de deux jurés (sur huit) lors de l'édition 1949 du Prix biennal de la Ville de Liège, auquel elle n'a pas fait acte de candidature[16]. Elle reçoit ce prestigieux prix l'année suivante, par 5 voix sur 8, pour son œuvre poétique[17],[15]. Elle est la première femme à le recevoir. L'année suivante, elle est élevée au grade de Membre d’honneur des Rèlîs Namurwès[18].
En 1979, elle fait partie des auteurs sélectionnés par Maurice Piron pour son Anthologie de la littérature dialectale de Wallonie. Par la suite, elle a aussi été traduite en langue anglaise par Yann Lovelock (en), qui a fait paraitre des adaptations de ses poèmes dans les anthologie The Colour of the Weather (1980) et Summoning the sea (1996) et dans deux revues, l'une indienne et l'autre écossaise : Skylark (no 47-48) et Trends (no 3/6)[19].
Réception critique
Pierre Pirard, qui dirige la page littéraire de La Libre Belgique, compare l'œuvre française de Gabrielle Bernard (spécifiquement les vers classiques d'En attendant la caravelle) au style d'Albert Samain[6].
Considérant l'autre volet de son œuvre, la dialectologue Marie-Thérèse Bettonville-Counet cite Gabrielle Bernard parmi les écrivains de langue namuroise qui, au cours du XXe siècle, « poussent l’exploration dans la voie de l'intime, de l'individuel, du mystérieux » :
« Mais Namur s’active et innove dans l'émotion, l'anticonformisme, la confidence. La sensibilité de Gabrielle BERNARD (1893-1963) exploite largement dans C’esteûve ayîr [1932], Li vî viladje [1934] et Boles di savon (1942), le tableau villageois au naturel terrien. Sombre résignation du Pays noir et fougue dosée se disputent dans un style souvent oral. On s’en inspirera[20]… »
Jean Guillaume, quant à lui, souligne l'humilité des thèmes abordés dans sa poésie en langue wallonne et la mesure de son écriture[21]. Il note que, chez Gabrielle Bernard, l'expression est soit pudique, soit désinvolte, ce qui évite tout excès[22].
Le critique Jules-Louis Tellier la qualifie de « Reine du Félibrige wallon »[23].
Postérité
Elle est la première grande poétesse de langue wallonne[14] et ouvre la porte à une série d'écrivaines, telles Marcelle Martin, Jeanne Houbart-Houge, Geneviève Pittelioen, Jenny d'Inverno, Josée Spinosa-Mathot, Chantal Denis, Danielle Trempont, Rose-Marie François.
À Moustier-sur-Sambre, le centre culturel porte le nom de Gabrielle Bernard. Détruit par un incendie en 2009, il a été reconstruit avec une bibliothèque et deux salles pouvant accueillir chacune un peu plus de 200 personnes, le hall d’entrée servant aussi de salle d’exposition. Le cout de la reconstruction (± quatre millions d’euros) a été assumé aux trois quarts par les compagnies d’assurances, le solde étant payé par la commune[24].