Ger (Manche)

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Communes limitrophes

Couvrant 3 978 hectares, Ger était, avant la création des communes nouvelles issues de la réforme des collectivités territoriales, la troisième commune la plus étendue du département après les communes d'Isigny-le-Buat et Pontorson dont les territoires étaient issus des fusions de communes des années 1970. Ger est la commune la plus orientale du département de la Manche. Limitrophe du département de l'Orne, elle se situe entre Mortainais, Domfrontais et Bocage flérien. Son bourg est à 13 km à l'est de Mortain, à 17 km au nord-ouest de Domfront et à 21 km à l'ouest de Flers[1].

Le territoire est traversé par la route départementale no 157 reliant Mortain à l'ouest à Beauchêne à l'est et Flers au nord-est. Elle croise dans le bourg la D 36 qui conduit à Yvrandes au nord-est et à Barenton au sud, et la D 82 qui permet de rejoindre Lonlay-l'Abbaye au sud-est et Sourdeval au nord-ouest. Partant également du bourg, la D 83 mène au Fresne-Poret au nord-ouest. L'ouest du territoire est traversé par la D 60 qui relie Le Fresne-Poret à Barenton.

Ger est une des rares communes du département majoritairement dans le bassin de la Loire, par son sous-affluent l'Égrenne qui délimite le territoire au nord-est, grossie à cet endroit de nombreux courts affluents. Son propre affluent, la Sonce, collecte les eaux de la majeure partie du territoire, notamment par l'intermédiaire du ruisseau de la Rouérie. Une petite partie à l'ouest du territoire communal est parcourue par la Cance (ruisseau des Vieux Gués) et son premier affluent, le ruisseau de Boutron, et se trouve donc dans le bassin de la Sélune.

Le point culminant (341/342 m) se situe au nord, au lieu-dit les Herbreux. Le point le plus bas (162 m) correspond à la sortie de l'Égrenne du territoire, à l'est. La commune est bocagère, pour partie forestière (forêt de la Lande Pourrie).

Les communes limitrophes sont Barenton, Le Fresne-Poret, Lonlay-l'Abbaye, Saint-Clément-Rancoudray, Saint-Georges-de-Rouelley, Sourdeval et Tinchebray-Bocage.

Hydrographie

La commune est traversée par la ligne de partage des eaux entre les bassins hydrographiques Seine-Normandie et Loire-Bretagne. Elle est drainée par un bras de l'égrenne, l'Égrenne, la Cance, la Sonce, les Fanières[4], le fossé 01 de Rontaunay[5], le fossé 09 de la Maison Neuve[6], la Rouérie[7], le ruisseau de Boutron[8], le ruisseau de froidebise[9], le ruisseau de la rouérie[10], le ruisseau du diguet[11] et divers autres petits cours d'eau[12],[Carte 1].

L'Égrenne, d'une longueur de 37 km, prend sa source dans la commune de Chaulieu et se jette dans la Varenne à Saint-Mars-d'Égrenne, après avoir traversé dix communes[13].

La Cance, d'une longueur de 19 km, prend sa source dans la commune et se jette dans la Sélune à Mortain-Bocage, après avoir traversé cinq communes[14].

La Sonce, d'une longueur de 17 km, prend sa source dans la commune et se jette dans un bras de l'Égrenne à Domfront en Poiraie, après avoir traversé cinq communes[15].

Climat

Plusieurs études ont été menées afin de caractériser les types climatiques auxquels est exposé le territoire national. Les zonages obtenus diffèrent selon les méthodes utilisées, la nature et le nombre des paramètres pris en compte, le maillage territorial des données et la période de référence. En 2010, le climat de la commune était ainsi de type climat océanique altéré, selon une étude du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) s'appuyant sur une méthode combinant données climatiques et facteurs de milieu (topographie, occupation des sols, etc.) et des données couvrant la période 1971-2000[16]. En 2020, le climat prédominant est classé Cfb, selon la classification de Köppen-Geiger, pour la période 1988-2017, à savoir un climat tempéré à été frais sans saison sèche[17]. Par ailleurs Météo-France publie en 2020 une nouvelle typologie des climats de la France métropolitaine dans laquelle la commune est exposée à un climat océanique[18] et est dans la région climatique Normandie (Cotentin, Orne), caractérisée par une pluviométrie relativement élevée (850 mm/a) et un été frais (15,5 °C) et venté[19]. Elle est en outre dans la zone H2a au titre de la réglementation environnementale 2020 des constructions neuves[20],[21].

Pour la période 1971-2000, la température annuelle moyenne est de 10 °C, avec une amplitude thermique annuelle de 13,7 °C. Le cumul annuel moyen de précipitations est de 1 162 mm, avec 1,5 jours de précipitations en janvier et 9,2 jours en juillet[16]. Pour la période 1991-2020, la température moyenne annuelle observée sur la station météorologique de Météo-France la plus proche, sur la commune de Saint-Fraimbault à 23 km à vol d'oiseau[22], est de 11,2 °C et le cumul annuel moyen de précipitations est de 850,1 mm[23],[24]. La température maximale relevée sur cette station est de 38,2 °C, atteinte le  ; la température minimale est de −13,6 °C, atteinte le [Note 2].

Urbanisme

Typologie

Au , Ger est catégorisée commune rurale à habitat dispersé, selon la nouvelle grille communale de densité à sept niveaux définie par l'Insee en 2022[25]. Elle est située hors unité urbaine[26] et hors attraction des villes[27],[28].

Occupation des sols

L'occupation des sols de la commune, telle qu'elle ressort de la base de données européenne d’occupation biophysique des sols Corine Land Cover (CLC), est marquée par l'importance des territoires agricoles (86,3 % en 2018), en diminution par rapport à 1990 (87,4 %). La répartition détaillée en 2018 est la suivante : prairies (62 %), zones agricoles hétérogènes (23,2 %), forêts (12,2 %), zones urbanisées (1,3 %), terres arables (1,1 %), milieux à végétation arbustive et/ou herbacée (0,2 %)[29]. L'évolution de l’occupation des sols de la commune et de ses infrastructures peut être observée sur les différentes représentations cartographiques du territoire : la carte de Cassini (XVIIIe siècle), la carte d'état-major (1820-1866) et les cartes ou photos aériennes de l'IGN pour la période actuelle (1950 à aujourd'hui)[Carte 2].

Carte en couleurs présentant l'occupation des sols.
Carte des infrastructures et de l'occupation des sols de la commune en 2018 (CLC).

Toponymie

Le nom de la localité est attesté sous les formes in Gerno et Gerium en 1082 (A. M. Fonds coll. de l'abbaye Blanche de Mortain) et mota Gerni en 1170 (Léopold Delisle, Notes)[30],[31].

Albert Dauzat propose sans conviction le thème pré-indo-européen gar- « pierre, rocher »[32] (comprendre *gar-, non attesté), solution incompatible avec les formes anciennes qu'il ne connaissait pas (il n'en cite aucune contrairement à son habitude). C'est pourquoi François de Beaurepaire ne se range pas derrière cette opinion et préfère une « origine indéterminée »[30].

Rejointe par René Lepelley et Ernest Nègre, Marie-Thérèse Morlet émet l'hypothèse d'une fixation de l'anthroponyme germanique Gerinus[33],[31],[34], employé de manière absolue.

Le gentilé est Gérois[35],[36].

Microtoponymie

Cette section répertorie les toponymes des lieux-dits de la commune et leur étymologie. Ils se rattachent à trois catégories : la géographie, la fonction, la famille occupante.

  • Maupas, Maupertus : de mau (mauvais) et pas, pertus, pertuis (passage). L'un des deux hameaux qui a gardé la forme ancienne.
  • La prise, la brousse, lessard (l'essart) : traduisent les défrichements qui ont conduit à la séparation de la forêt de la Lande pourrie en deux morceaux[37].
  • Le plessis, la plesse, la vente, la fieffe : se rapportent aussi à cette période, la fieffe étant une vente avec rente, le plessis un enclos de haies.
  • L'être (aux lièvres, au franc, au chevalier) : déformation du mot âtre, au de sens foyer, maison.
  • L'être aux francs : proche du lieu d'établissement probable d'une colonie de Lètes francs, auxiliaires des légions romaines[38]. Les Francs sont attestés plus tardivement comme étant à la source de la poterie à Ger.
  • La Gasnerie : forme altérée de garnerie, d’origine germanique, du prénom ancien "Warinhari" (warin = protection + hari = armée)[39],[40].
  • Le petit ruet : de ruet (ruisseau).
  • Les Noës : sol humide.
  • Le gué de la motte : anciennement un gué situé sur un accès important à la motte (le château) situé plus haut. L'actuelle route prend un chemin plus adapté aux véhicules et moins direct. Il ne subsiste qu'un sentier sur les cartes anciennes.
  • La Bouverie, la Fieffe Bouvie : ferme d'élevage de bœufs.
  • la Rouerie : rouage du lin ou du chanvre pour exploiter les fibres en tissage.
  • La Bouchardiere : boucharder une pierre avec un marteau à boucharder pour aplanir une face.
  • le Breil (breuil et breuillets) : petit bois enclos, du latin tardif « brogilus » d'origine gauloise.
  • Rouge-Butte : à rapprocher de la présence importante de fer.
  • La Clouterie, la Verrerie : autres activités à Ger. Les cloutiers sont nombreux.
  • Le Moulin des Fanières : le foin.
  • L'Ardilly : l'argile.
  • Le Placitre : terrain vague où se tiennent des assemblées (l'ost au moment de la montre), des plaids (René Lepelley)[37]. En Bretagne, c'est le terrain enclos autour d'une chapelle, d'une église.

Histoire

Le village faisait partie du comté de Mortain[41].

La poterie de Ger

Si l’activité potière et « l’invention » du grès naissent, au début du XIVe siècle, au contact du gisement d’argile de la Goulande dans la vallée de l’Égrenne (La Haute-Chapelle, Saint-Gilles-des Marais et Saint-Georges-de-Rouelley[42]), la paroisse de Ger voit cependant s’établir rapidement, dès la fin du Moyen Âge, la grande majorité des ateliers potiers de grès produisant de la poterie essentiellement utilitaire connue sous l'appellation poteries de Ger.

La nature de l'argile utilisée permet naturellement l'obtention d'une céramique grésée, c'est-à-dire présentant naturellement une surface vitrifiée imperméable. Elle est facilement reconnaissable à sa teinte foncée et à son aspect légèrement brillant. On la trouve encore de nos jours souvent dans les vieux buffets, rarement sous forme de bouteille mais plus souvent de tasses à calvados par 6, parfois encore accrochées à un tonnelet décoratif traduisant les gouts de l'époque (autres gisements et provenances ayant gardé la tradition plus tardivement, proches des villes et des grands axes).

Ger, paroisse d’accueil des ateliers potiers

Bien que ces ateliers se situent à quinze kilomètres du gisement d’argile grésante dont il faut transporter jusqu’à deux cent cinquante tonnes certaines années, ce territoire rural développe rapidement une « proto-industrie » très active et organisée, permettant à une population importante d’y vivre[43],[44].

Les conditions de vie expliquent cette implantation : Ger se situe sur les hautes terres bocagères des collines de Normandie. Le climat s’apparente ici plus à celui d’une moyenne montagne qu’au climat océanique présent aux alentours. À 300 mètres d’altitude, l’hiver, rigoureux, se prolonge assez tard et l’été bref reste frais.

Les terres hétérogènes et peu profondes ne suffisent pas à nourrir toute la population qui possède alors comme solution soit de migrer vers des lieux plus cléments, soit de rechercher d’autres activités que l’agriculture, en exploitant les ressources naturelles locales.

Mais la présence de la grande forêt de la Lande Pourrie, entourant le bourg et les villages de la paroisse de Ger, constitue probablement la raison principale de l’établissement des potiers sur ce territoire. La proximité de cette source d’énergie indispensable, facilement exploitable, économiquement rentable mais très volumineuse est privilégiée puisque les comtes de Mortain autorisent l’exploitation de la forêt et de son bois pour en tirer des redevances en argent mais aussi la surveillance de la forêt.

En 1636, on dénombre sur Ger, dix-neuf maîtres-potiers faisant travailler près de trois cents ouvriers. La période la plus faste est incontestablement la première moitié du XIXe siècle, où l’on aurait compté près de sept cents ouvriers travaillant dans vingt-et-une ateliers, en 1840. La renommée et la qualité de la poterie grésée de Ger la font adopter pour le commerce du beurre d'Isigny : elle est naturellement imperméable. Elle voyage ainsi en France et même outre-atlantique[38] pour atteindre les épiceries fines. Le déclin se manifeste dès le milieu de ce siècle : quinze fabriques en 1870, sept en 1905, deux en 1908. Le dernier feu s’éteint en 1928.

Une confrérie et un règlement

Les potiers de la paroisse de Ger se structurent en confrérie dès le Moyen Âge, vraisemblablement au XIVe siècle. Cette communauté, désignée aussi sous le terme de flarie ou de frairie, constitue un groupe d’artisans dont le rôle est de gérer l’organisation et le fonctionnement de la profession.

Les majeurs, artisans élus qui la dirigent, coordonnent les activités professionnelles et les pratiques religieuses. Maîtres-potiers, épouses, compagnons, enfants représentant plusieurs centaines de personnes dépendent de cette communauté.

Un maître potier et ses ouvriers dans l'atelier de la Basse-Louverie à Ger. Début XXe siècle.

Un règlement professionnel, original car élaboré dans un contexte rural, structure la confrérie des potiers sur le plan technique, commercial, social et religieux : il traite des normes de fabrication, des règles commerciales, du fonctionnement de la confrérie et du recrutement de ses membres. Les considérations religieuses, réelles, (devoirs de charité, services funèbres) sont de moindre importance.

Le haras du Breuil

Un haras royal, propriété du roi Philippe VI de Valois, était situé au Breuil à partir de 1338. L'effectif comprenait deux étalons et 25 juments poulinières[45].

Les moulins

Quatre moulins à eau se situaient sur le territoire en 1812, apogée de Ger :

  • un moulin à huile, au Moulin Rouge : oeillette, colza, pavot noir ou même faînes comme à Lonlay l'Abbaye ;
  • trois à grain, aux Fanières (un moulin à blé et un à sarrasin jusque 1945), un au Gué de la Motte ;
  • un à couteaux (Vallée Brulée) ;
  • un à papier (Gué Thibault)[45].

Politique et administration

Liste des maires[46]
Période Identité Étiquette Qualité
1945 1965 René Leconte    
1965 1995 Léon Jouanne    
1995 mars 2008 Jean-Marie Frétel   Cadre
mars 2008[47] avril 2014 Catherine Hénault SE Préparatrice en pharmacie
avril 2014[48] mai 2020 Valérie Normand SE-DVD Caissier comptable taxateur, conseillère départementale[49]
mai 2020[50] en cours Michel Prieur SE Agriculteur
Pour les données antérieures, dérouler la boîte ci-dessous.
Les données manquantes sont à compléter.

Le conseil municipal est composé de quinze membres dont le maire et deux adjoints[50].

Démographie

L'évolution du nombre d'habitants est connue à travers les recensements de la population effectués dans la commune depuis 1793. Pour les communes de moins de 10 000 habitants, une enquête de recensement portant sur toute la population est réalisée tous les cinq ans, les populations de référence des années intermédiaires étant quant à elles estimées par interpolation ou extrapolation[51]. Pour la commune, le premier recensement exhaustif entrant dans le cadre du nouveau dispositif a été réalisé en 2007[52].

En 2023, la commune comptait 824 habitants[Note 3], en évolution de +2,23 % par rapport à 2017 (Manche : +0,13 %, France hors Mayotte : +2,36 %). Ger a compté jusqu'à 2 820 habitants en 1836.

Évolution de la population  [modifier]
1793 1800 1806 1821 1831 1836 1841 1846 1851
2 5142 6462 7962 7322 6122 8202 6852 6652 624
1856 1861 1866 1872 1876 1881 1886 1891 1896
2 5772 6022 5222 3862 3312 2412 2312 0951 965
1901 1906 1911 1921 1926 1931 1936 1946 1954
1 9101 8221 7161 4741 4631 4491 3701 3901 335
1962 1968 1975 1982 1990 1999 2006 2007 2012
1 3421 2451 1091 0751 041947863851831
2017 2022 2023 - - - - - -
806818824------
De 1962 à 1999 : population sans doubles comptes ; pour les dates suivantes : population municipale.
(Sources : Ldh/EHESS/Cassini jusqu'en 1999[53] puis Insee à partir de 2006[54].)
Histogramme de l'évolution démographique

Économie

Un parc éolien s'est élevé à la fin de l'année 2010. Exploité par la SNC Éoliennes Ger et d’une capacité de production de MW[55], il est constitué de quatre éoliennes Enercon E82-E2 de MW de puissance nominale chacune, d'une hauteur de moyeu de 98 mètres et d'un diamètre de rotor de 82 m[56], soit une hauteur totale de 139 m. Les quatre éoliennes sont érigées au lieu-dit le Télégraphe[57].

Culture locale et patrimoine

Voir aussi

Notes et références

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