Hussam Abu Safiya
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| Naissance | |
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| Nom de naissance |
حسام إدريس عامر أبو صفية |
| Nationalité | |
| Activités |
| A travaillé pour |
Ministère de la Santé de la bande de Gaza Hôpital Kamal Adwan (en) |
|---|---|
| Lieu de détention |
Sde Teiman (depuis ) |
Hussam Idris Abu Safiya (arabe : حسام إدريس أبو صفية; né le ) est un pédiatre palestinien, directeur du principal hôpital du nord de la bande de Gaza de à son évacuation (en) en . Hussam Abu Safiya est ensuite arrêté et détenu sans inculpation dans la prison israélienne clandestine de Sde Teiman, puis dans la prison d’Ofer (en), en Cisjordanie occupée.
Abu Safiya est né dans le camp de réfugiés de Jabalia, dans la bande de Gaza. Sa famille est originaire de la ville palestinienne de Hamama (en), détruite par l'armée israélienne pendant la guerre israélo-arabe de 1948, et dont les habitants ont été refoulés vers Gaza. Jabaliya se situe à une vingtaine de kilomètres de Hamama mais l'armée israélienne, qui encercle la bande de Gaza, interdit tout retour des réfugiés[1]. Son adolescence est marquée par la répression israélienne de la première intifada[1].
Après avoir terminé sa scolarité obligatoire, Abu Safiya s'installe au Kazakhstan. Il y étudie la médecine à l'Université Ahmet Yassawi (en) à Turkestan. C'est là qu'il rencontre et épouse sa future épouse, Elbina. Diplômé, Abu Safiya retourne avec son épouse à Gaza en 1996 et tous deux s'installent à Jabalia[1]. Abu Safiya se spécialise en pédiatrie et en néonatologie[1]. Il commence à travailler comme médecin pour le ministère de la Santé de Gaza, avant de devenir chef du service de pédiatrie de l'hôpital Kamal Adwan à Beit Lahia, un hôpital du nord de Gaza dont le nom est celui d’un des anciens dirigeants de l’OLP, assassiné par un commando israélien à Beyrouth, en 1973[1]. En , Abu Safiya devient directeur de l'hôpital[1].
Guerre à Gaza et sièges des hôpitaux

Après le déclenchement de la guerre de Gaza en octobre 2023, l'hôpital Kamal Adwan subit plusieurs sièges par l'armée israélienne à partir de . En raison des bombardements fréquents, Abu Safiya et sa famille emménagent dans l'hôpital de façon permanente[1]. Malgré le manque de fournitures et d'électricité, Abu Safiya parvient à augmenter la capacité de l'hôpital de 120 à 200 lits pendant la guerre[2]. L'armée israélienne accuse Kamal Adwan d'héberger des membres du Hamas, et Abu Safiya est interrogé au moins à quatre reprises par des soldats israéliens.
L'hôpital Kamal Adwan est assiégé par l'armée israélienne en et . En , l'hôpital est soumis à des bombardements quasi incessants qui durent jusqu'en . Le , Abu Safiya est brièvement arrêté et détenu avant d'être libéré ; le même jour, son fils Ibrahim, âgé de 15 ans, est tué lors d'une frappe de drone à l'entrée de l'hôpital[1]. Entre et son arrestation le mois suivant, Abu Safiya documente la vie quotidienne à l'hôpital sur Instagram[3].
Le , Abu Safiya est blessé à la jambe par six éclats d'obus par une frappe de drone sur l'hôpital[4].
Abu Safiya et sa famille refusent les propositions des forces israéliennes de quitter l'hôpital Kamal Adwan avant son évacuation[1].
Évacuation de l'hôpital et détention
En , Abu Safiya est interviewé par plusieurs médias internationaux ; le déclare à NBC News que les tirs de snipers et les obus de chars israéliens ont endommagé, entre autres, la nurserie et la maternité de l'hôpital Kamal Adwan.
Le , l'armée israélienne procède à l'évacuation forcée du personnel et des patients de l'hôpital[1]. Des images montrent Abu Safiya quittant l'hôpital et s'approchant d'un char israélien, où il serre la main d'un soldat et déclare qu'il ne restait plus personne dans l'hôpital avant de monter dans le char. Le ministère de la Santé de Gaza indique qu'Abu Safiya a été emmené dans un centre de détention pour y être interrogé. L'armée israélienne déclare que 240 personnes ont été arrêtées à la suite de l'évacuation de l'hôpital, qu'elle qualifie de « bastion terroriste du Hamas ». Les femmes présentes à l'hôpital, y compris l'épouse d'Abu Safiya, sont évacuées vers l'hôpital Indonesia (en), et l'hôpital Kamal Adwan est déclaré hors service[5],[3].
Le , Physicians for Human Rights - Israël dépose une demande au nom de la famille d'Abu Safiya afin d'obtenir des informations sur le lieu de détention. Après avoir initialement déclaré n'avoir « aucune indication » qu'Abu Safiya ait été arrêté ou détenu, l'armée israélienne confirme le qu'il faisait l'objet d'une enquête pour suspicion d'« avoir occupé un poste » au sein du Hamas. Bien que le lieu où se trouvait Abu Safiya n'ait pas été divulgué, Front Line Defenders et l'Observatoire euro-méditerranéen des droits de l'homme rapportent que les témoignages de plusieurs détenus palestiniens suggéraient qu'après avoir été initialement interrogé et battu dans un site à Al-Fakhura, à Jabalia, Abu Safiya avait été emmené au camp de détention de Sde Teiman, connue pour les traitements dégradants, voire les tortures infligées aux détenus palestiniens[6], et que son état de santé s'était considérablement détérioré depuis le début de sa détention. Les détenus qui avaient travaillé avec Abu Safiya à l'hôpital Kamal Adwan démentent son lien avec le Hamas[7].
Le , Abu Safiya comparait devant le tribunal d'instance d'Ashkelon, et sa détention est prolongée jusqu'au . Le Centre Al Mezan pour les droits de l'homme indique qu'il lui a été interdit de consulter un avocat jusqu'au et que ni lui ni sa famille n'avaient été informés qu'il comparaîtrait devant le tribunal d'Ashkelon[8],[9].
Le , Abu Safiya est autorisé à rencontrer son avocat à la prison d’Ofer (en), en Cisjordanie occupée[1]. Il déclare avoir été soumis à diverses formes de torture et d'abus, notamment avoir été déshabillé de force, enchaîné et contraint de s'asseoir sur des graviers pointus pendant des heures. Il a également subi des agressions physiques violentes, telles que des coups de matraque et des décharges électriques. Abu Safiya déclare avoir été détenu à l'isolement durant 25 jours, au cours desquels il est soumis à dix jours d'interrogatoire[1]. Malgré ses multiples demandes de soins médicaux, les autorités israéliennes lui refusent les traitements dont il a besoin pour une maladie cardiaque[10].
L'avocate d'Abu Safiya lui rend visite à nouveau le à la prison d'Ofer. Elle se dit préoccupée par son état de santé, déclarant qu'il « souffre d'hypertension artérielle, d'arythmie cardiaque et de problèmes de vision » et qu'il « avait perdu 20 kilos en deux mois et s'était fracturé quatre côtes pendant les interrogatoires, sans recevoir de soins médicaux appropriés ». Elle affirme qu'Abu Safiya est torturé pour le faire avouer d'avoir opéré des membres du Hamas, ce qu'il dément[1],[11],[12]. Le , l'avocat d'Abu Safiya indique que son client a perdu plus de 40 kg pendant son incarcération et a subi de multiples blessures lors d'un passage à tabac le . L'avocat déclaré également qu'il est détenu à l'isolement et qu'on lui refuse des soins médicaux.
Abu Safiya n’est pas libéré dans le cadre de l'échange entre Israël et le Hamas en [1],[13].
Alors même que la quatrième convention de Genève prescrit que « le personnel des hôpitaux civils sera respecté et protégé » et interdit « les transferts forcés hors du territoire occupé (...) quel qu’en soit le motif », plusieurs centaines de personnes des services de santé de Gaza seraient détenues par Israël, dont quatre sont déjà mortes au cours de leur incarcération[14].
Réactions
L'Organisation mondiale de la santé signale avoir perdu le contact avec Abu Safiya après l'évacuation de l'hôpital Kamal Adwan. De nombreuses personnes et organisations, dont Tedros Adhanom Ghebreyesus de l'OMS, Agnès Callamard d'Amnesty International, le Conseil des relations américano-islamiques et l'Académie américaine de pédiatrie, ont demandé que l'on révèle le lieu de détention d'Abu Safiya et sa libération[15],[16].
En , le Centre International de Justice pour les Palestiniens, la Fondation Hind Rajab et le Global Legal Action Network écrivent au procureur général du Royaume-Uni pour demander un mandat d'arrêt contre le ministre israélien des Affaires étrangères Gideon Sa'ar pour l'attaque contre l'hôpital Kamal Adwan et la détention d'Abu Safiya[17],[18].
En , plusieurs organisations, dont Human Rights Watch et MedGlobal (en), publient une lettre commune appelant à la libération des travailleurs de la santé de Gaza et de Cisjordanie détenus par Israël, notamment Abu Safiya et cinq autres membres du personnel de MedGlobal[19].