IXe congrès du Front national
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| IXe congrès du Front national | ||||||||
| Type | Congrès | |||||||
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| Édition | 9e | |||||||
| Localisation | Port-Marly (Yvelines) | |||||||
| Organisateur | Front national | |||||||
| Date | 4 au 6 Février 1994 | |||||||
| Résultat | Réélection de Jean-Marie Le Pen. | |||||||
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Le IXe congrès du Front national se tient du 4 au dans la ville de Port-Marly dans les Yvelines.
Ce choix est une double référence politique : les 60 ans du 6 février 1934 et la ville de Port-Marly qui abrite l’Église Saint-Louis, symbole des catholiques traditionalistes opposés à Vatican II.
1650 délégués, nommés ou élus par les fédérations départementales, (membres du bureau politique et du comité central, conseillers régionaux, députés européens et secrétaires départementaux) sont invités pour y participer.
Seul candidat à sa succession, Jean-Marie Le Pen est reconduit comme président du parti.
Le Front national sort d’une année 1993 marquée par une légère progression lors des élections législatives dans les urnes (12,4% contre 9,8% en 1988) mais qui ne lui permet pas de peser dans la victoire de la droite qui revient aux affaires en se passant du FN. Le parti fait également face à un trio Pasqua-Villiers-Séguin qui se constitue en vue des élections européennes de 1994 et souhaitant incarner une « droite nationale » rappelant par certains aspects le discours lepéniste. Ceci pousse le parti à redonner de l’intérêt à une ligne plus populaire. En interne comme en externe le FN lance donc une vaste entreprise de remise à niveau du discours[1].
Les « 300 mesures pour la renaissance de la France », le programme de gouvernement du FN, dirigé et coordonné par Bruno Mégret est publié à la veille des élections législatives et sert de point de départ à la refonte des mesures[2].
Déroulement du congrès et élections internes

Concernant la réélection de Jean-Marie Le Pen, le président du parti, n’est pas à proprement réélu mais reconduit tacitement. Il est secondé par trois vice-présidents : Dominique Chaboche, Martine Lehideux et Bruno Gollnisch[3].
Pour la première fois, le vote électronique est possible pour l’élection du comité central[4]. Georges Paul-Wagner est élu en tête au comité central avec 2089 voix suivi par Carl Lang et Bruno Mégret, ex-aequo avec 1972 voix. Selon Franck Timmermans, Bruno Mégret était arrivé 2e avec une courte avance sur Carl Lang mais « Jean-Marie le Pen aurait fait modifier les résultats pour qu’ils aient chacun le chiffre symbolique de la date de la création du FN; 1972 », résultat présenté par Jean-Marie le Pen comme « un signe du ciel »[5].
Parmi les élus en léger recul on retrouve alors : Roger Holeindre (8e place), Marie-France Stirbois (9e), Bernard Antony ( 17e) et Martine Lehideux (20e). Le recul est plus accentué pour Dominique Chaboche ( 30e), Michel Bayvet ( 46e), Alain Jamet (50e), Jacques Tauran (58e) et Gérard Freulet (64e). Et enfin certains cadres historiques chutent, comme Jean-Pierre Schenardi (72e), Michel Collinot (94e), Serge Martinez (95e) ou encore Jean-François Galvaire qui arrive 124e et qui sort du comité central. Les élus ayant obtenu de meilleurs résultats sont principalement des proches de Bruno Mégret parmi lesquels : Jean-Yves Le Gallou (5e), Yvan Blot (7e), Philippe Colombani (12e), Jean-Claude Bardet (19e), Damien Barillet ( 27e) Pierre Vial (32e) Philippe Olivier (54e) et son frère Jacques (61e)[6].
En vertu de l’article 11 des statuts du parti, le président nomme vingt personnes supplémentaires parmi les fidèles non élus et propose au comité central sa liste pour le bureau politique[5].

Au vu des listes de vote ayant circulé, Jean-Marie Le Pen rappelle à l’ordre les participants, tout en critiquant les « manœuvres claniques » et les « méthodes politicardes » qui apparaissent lors de l’élection au comité central. S'il clame qu’il n’y a pas de guerre de succession et que celle-ci « n’est pas ouverte », en annonçant la nomination de Bruno Gollnisch comme « vice-président chargé des relations internationales », Jean-Marie Le Pen cible Bruno Mégret et réactive les tensions au sein du parti[7].
Pour éviter toute remise en cause du pouvoir central, Jean-Marie le Pen élargit le bureau politique de 30 à 40 membres pour le rendre inopérant et récompenser ses fidèles. Bruno Gollnisch, promu vice-président chargé des relations internationales, et le trésorier Jean-Pierre Reveau font donc leur entrée au bureau exécutif. Néanmoins cela n'empêche pas Bruno Mégret de faire rentrer un dizaine de ses proches au comité central et au bureau politique parmi lesquels son directeur de cabinet Damien Barillet, son adjoint à la délégation générale Philippe Olivier ou encore le leader de la mouvance païenne, Pierre Vial. En parallèle, nombre d’anciens compagnons lepénistes de la première heure quittent le conseil national tels Roland Gaucher, Paul Malaguti ou encore Pierre Ceyrac[8].
Analyses
Ce IXe congrès est marqué par de nombreux bouleversements. Tout d’abord Carl Lang est détrôné de sa première place au comité central par Georges-Paul Wagner. Puis l'avocat est suivi par Bruno Mégret et Carl Lang, avec exactement le même nombre de voix. Ces résultats étonnants sont en fait marqués par la présence nombreuse en coulisses de listes de « promotion » et « d’exclusion ». Selon Roland Gaucher, Jean-Michel Dubois se fera même prendre avec des listes dans la main, ce qui aurait entrainé des altercations[6].
Selon l'historienne Valérie Igounet, Bruno Mégret sait en amont qu’il a toutes les chances d’arriver parmi les premiers lors du vote au comité central, il décide alors d’organiser les résultats avec Franck Timmermans afin de ne pas arriver en tête du scrutin. Il a peur qu’en arrivant premier avec un décalage important entre lui et Carl Lang, cela compromette son ascension au sein du parti. La seule solution selon lui est de faire monter un troisième homme consensuel : Georges-Paul Wagner, avocat de Jean-Marie le Pen et homme estimé en interne[9].
Il fait donc circuler une liste, distribuée aux gens les plus fiables, aux fédéraux qui sont les siens, pour éviter de s’attirer les foudres de Jean-Marie le Pen. Franck Timmermans affirme avoir suivi la consigne et avoir donné la recommandation auprès des gens sur lesquels il avait de l’influence, pour faire voter pour Wagner[9].
Chaque partisan distribue alors des listes de vote afin de favoriser un groupe au détriment d’un autre. Cela oblige Jean-Marie le Pen à la tribune à critiquer « les listes d’exclusion […] visant à faire battre un candidat baptisé adversaire ». Apprenant que des listes pro-mégrétiste circulent, le président du FN réagit devant la presse : « On voit s’instaurer à travers les médias une guerre de succession savamment orchestrée à travers les imprudences ou les maladresses. Il n’y a pas de guerre de succession car elle n’est pas ouverte ! »[10],[11].
La nomination de Bruno Gollnisch au bureau exécutif, fut comprise par de nombreux observateurs comme une tentative pour contenir l’influence de Bruno Mégret, déjà majoritaire à l’issue du vote au comité central[12]. Selon Valérie Igounet, Jean-Marie le Pen sous-estime l’habileté et la popularité de son numéro deux qui « pose graduellement les derniers jalons de sa conquête du parti »[9].
Pour le politologue Jean-Yves Camus, l’influence de Bruno Gollnisch s’est néanmoins renforcée au point « qu’il passe désormais pour le seul concurrent sérieux à Bruno Mégret à la succession de Le Pen »[13].
Notes et références
- ↑ Erwan Lecœur, Un néo-populisme à la Française, La découverte, , 283 p. (ISBN 2-7071-3931-9), p. 76-77
- ↑ Erwan Lecœur, Un néo-populisme à la Française, La découverte, , 283 p. (ISBN 2-7071-3931-9), p. 64
- ↑ Jean-Yves Camus, Le Front national, Olivier Laurens, , 279 p. (ISBN 2-911838-01-7), p. 88
- ↑ Jean-Yves Le Gallou, Mémoires Identitaires, Via Romana, , 290 p. (ISBN 978-2-37271-277-4), p. 178
- 1 2 Valérie Igounet, (Le Front national de 1972 à nos jours, éditions du seuil, , 495 p. (ISBN 978-2-02-107826-8), p. 261
- 1 2 Roland Gaucher, La montée du FN, Jean Picollec, 2-86477-164-0, 446 p., p. 141-142
- ↑ Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nos jours, éditions du sueil, , 495 p. (ISBN 978-2-02-107826-8), p. 259
- ↑ Renaud Dély, Histoire secrète du Front national, Grasset & Fasquelle, , 326 p. (ISBN 2-7028-3501-5), p. 70
- 1 2 3 Valérie Igounet, Le Front national de 1972 à nos jours, éditions du seuil, , 495 p. (ISBN 978-2-02-107826-8), p. 260
- ↑ Dominique Albertini et David Doucet, Histoire du Front national, Tallandier, , 361 p. (ISBN 979-10-210-0271-5), p. 193
- ↑ Erwan Lecoeur, Un néo-populisme à la Française, La découverte, , 283 p. (ISBN 2-7071-3931-9), p. 85
- ↑ Michaël Darmon et Romain Rosso, L’après Le Pen, Seuil, , 270 p. (ISBN 2-02-030739-1), p. 112
- ↑ Jean-Yves Camus, Le Front national, Olivier Laurens, , 279 p. (ISBN 2-911838-01-7), p. 89