Illustration botanique

discipline artistique de la botanique From Wikipedia, the free encyclopedia

L'illustration botanique est une discipline artistique de la botanique qui consiste à représenter la forme, la couleur et les détails des espèces de plantes, souvent en aquarelle sur une planche botanique, mais parfois aussi en pastel ou en gravure. Cette représentation botanique a un but pédagogique et scientifique, à la différence de l'art en botanique qui répond à des critères de beauté et d’esthétique[1], aussi est-elle souvent imprimée avec une description botanique dans un livre ou un magazine de botanique. La création de ces illustrations nécessite une compréhension de la morphologie végétale et l'accès aux échantillons et références.

Illustration botanique de Rosa multiflora par l'aquarelliste Pierre-Joseph Redouté.

C'est un sous-ensemble de l'illustration naturaliste.

Esquisse de Conrad Gesner, « Fraisier des bois », Conradi Gesneri Historia plantarum, vers 1555-1565.

Histoire

Les premiers herbiers de plantes médicinales et les pharmacopées sont illustrés des plantes qu'ils décrivent afin de faciliter leur identification. Les plus anciennes illustrations botaniques connues sont celles d'un exemplaire manuscrit du VIe siècle de De materia medica de Dioscoride, aujourd'hui conservé à l'Österreichische Nationalbibliothek de Vienne (Codex Vindobonensis dit aussi Constantinopolitanus)[2].

La planche botanique médiévale est une forme picturale qui a pour objectif premier de transcrire de manière purement scientifique et objective la plante dont tous les stades du développement du végétal sont dans l'idéal représentés sur la même illustration. Elle se répand avec l’imprimerie, puis trouve un essor considérable lors des Grandes découvertes qui rapportent de nombreuses espèces exotiques[3].

Le développement de la photographie a pour conséquence que beaucoup d'illustrateurs botaniques se sont tournés vers l'art en botanique, mais il faut encore avoir recours à ce volet particulier de l’illustration botanique qu’est le dessin scientifique qui apporte des détails de la plante sous différents plans que ne peut donner la photographie. Ainsi les illustrateurs comme Matilda Smith ou Celia Rosser (en) sont encore reconnus pour leur apport scientifique[4].

Antiquité

Pline l’Ancien auteur d'une Histoire naturelle publiée vers 77 dont les livres XII à XXVII sont consacrés à la botanique niait l’intérêt de l’illustration botanique : « IV. Outre ces auteurs, des médecins grecs, que nous avons cités en leur lieu, se sont occupés de l'histoire des plantes. Parmi eux, Cratevas, Denys et Métrodore ont employé une méthode très attrayante, mais qui ne fait guère que prouver la difficulté de la chose : en effet, ils ont figuré les plantes, puis, au-dessous, ils en ont décrit les effets. Mais la peinture est trompeuse, et, dans cette multitude de couleurs qu'exige l'imitation de la nature, la diversité de mains compromet beaucoup l'exactitude de la ressemblance. C'est peu d'ailleurs de représenter chacune de ces plantes considérées dans un seul âge, puisqu'elles changent d’aspect dans les quatre saisons de l’année. V. Aussi les autres médecins se sont bornés à une description verbale ; quelques-uns même n’ont pas donné cette description, et se sont contentés généralement de noter les noms … »[5]

Du XIVe au XVIIe siècle

Das Buch der Natur, écrit vers 1349-1350, imprimé avant 1475, est le premier livre imprimé et illustré sur les plantes (et les animaux). Il s'agit en grande partie d'une traduction en langue vernaculaire (allemande) du Liber de natura rerum de Thomas de Cantimpré, rédigé après 1228. Les livres 10 et 11 sont consacrés aux arbres, et le suivant aux plantes aromatiques et médicinales.

À la fin du XIVe siècle, un manuscrit illustré tel que l’herbier de Carrare (British Library, Londres, Egerton Ms.2020), révèle l’importance accrue accordée à l’observation des plantes. Il s’agit d’une traduction en italien (réalisée en Vénétie entre 1390 et 1404 pour Francesco II da Carrara du Carrara Herbarium (en latin), un traité de médicine écrit à l’origine en arabe par Sérapion le jeune à la fin du XIIe siècle, le Livre des médicaments simples.

Andrea Amadio (it) (né à Venise, mort après 1450) était un miniaturiste italien connu pour avoir illustré entre 1415 et 1449 le Livre des Simples (connu sous le nom de codex Rinio, d'après son deuxième propriétaire, Benedetto Rinio), écrit par le médecin Niccolò Roccabonella de Conegliano.

Le Livre d'heures (deux volumes), dit du Maître-aux-fleurs, sur parchemin[6] présente de très nombreuses fleurs identifiables dans ses larges marges. Jean Bourdichon (1456-1521), peintre et enlumineur de la cour de France, représenta de manière plutôt réaliste, dans les marges des Grandes Heures d'Anne de Bretagne, 337 plantes du jardin de la reine, légendées en latin et en français.

Pivoine (Paeonia officinalis L.) par Gherardo Cibo dans Dioscoride de Cibo et Mattioli (c.1565), f. 85r.

La botanique fit de grands progrès à partir de la fin du XVe siècle. Paraissent alors à Mayence plusieurs herbiers artificiels : l'Herbarius moguntinus, rédigé en latin, édité et imprimé en 1484 par Peter Schoeffer ; Le Jardin de santé de Johannes de Cuba, 1485 ; l’Hortus sanitatis, en 1491. Le Grant Herbier en françoys est un herbier artificiel publié d'abord à Besançon (1486-1488) puis à Paris à la fin du XVe siècle et au début du XVIe siècle, avec les illustrations de l’ouvrage de de Cuba, puis publié en anglais (The Grete Herball) en 1526.

À partir de 1530 apparurent des ouvrages comportant des gravures sur bois conçues à partir de l’observation directe des plantes. C’est le cas des livres d’Otto Brunfels illustrés par Hans Weiditz (en) : Herbarum vivae eicones (1530-1536, en trois parties) et Contrafayt Kräuterbuch (1532-1537, en deux parties). 1533 vit la création de la première chaire de botanique en Europe, à Padoue. Luca Ghini (1490-1556), médecin et botaniste italien, fonda, en 1544, le jardin botanique de Pise (premier jardin botanique universitaire d’Europe) grâce à l'appui de Cosme Ier de Médicis et fit paraître son premier herbier, la même année. C’est à lui qu’on attribue l'invention de l'herbier (qu’on appelait hortus siccus, jardin séché), vers 1520 ou 1530. Son compatriote Ulisse Aldrovandi (1522-1605) assembla au milieu du XVIe siècle l'une des premières flores. Jacopo Ligozzi (1547–1627) travailla pour Ghini et Aldovrandi. Le chef-d'œuvre botanique de Pierandrea Mattioli est son Commentarii in libros sex Pedacii Dioscoridis qui paraît pour la première fois en 1544 orné de 500 gravures, et plus tard de 1200 gravures. Cet ouvrage impressionne le botaniste Gherardo Cibo (1512-1600), qui représente alors une partie des plantes figurant dans l'ouvrage de Mattioli (avec racines, fleurs et fruits) en gros plan devant un véritable paysage (souvent habité) figurant leur environnement naturel. Sur beaucoup des illustrations apparaissent aussi deux petits botanistes en train de prélever des échantillons de la plante illustrée. L'ouvrage (Pietro Andrea Mattioli, Discorsi, a herbal assembled and illustrated by Gherardo Cibo), daté de 1564-1584, est visible sur le site de la British Library[7]. Voir Wikipedia en anglais (et en latin pour voir deux illustrations supplémentaires).

En 1516, le médecin Jean Ruel donne une nouvelle traduction du traité de Dioscoride, rédigé à l’origine en grec mais surtout connu sous son titre latin, De materia medica. Puis, en 1536, il publie De Natura stirpium, l’ouvrage de référence le plus important de la botanique pré-linnéenne. Cet ouvrage synthétise les connaissances botaniques de son époque, puisées dans des sources grecques, arabes et latines, ainsi que dans ses propres observations. Il ne propose ni classification ni illustrations, mais associe les noms latins et les noms communs en français, élargissant ainsi l’accès à ces savoirs.

Par contre, à partir de la deuxième édition du New Kreütter Büch de Jérôme Bock (Strasbourg, première édition en 1539) on trouve des illustrations : 165 gravures sur bois, dont certaines sont réemplois et d’autres réalisées par David Kandel. Bock donne de courtes descriptions en allemand permettant de reconnaître les plantes. Il est ainsi le premier, depuis Théophraste, à tenter de classer les 800 espèces qu’il mentionne, en les répartissant entre arbres, arbustes ou herbes, et en distinguant les espèces sauvages des cultivées.

Le suisse Conrad Gessner (1516-1565) consacra une grande part de sa vie à la botanique. Il publia deux ouvrages en 1541 et 1542, le reste de ses écrits botaniques attendant le milieu du XVIIIe siècle pour être publié. Les gravures sur bois qui les illustraient furent souvent réutilisées, elles représentent les plantes avec leurs racines, fleurs et graines. Selon Christine Velut[8], « les spécialistes s’accordent pour attribuer au De Hortis Germaniae Liber de Konrad Gesner (1516-1565), paru en 1561, la première planche illustrée de tulipes ».

Les Grandes découvertes[9] et l’arrivée en Europe de plantes (et autres merveilles naturelles) inconnues suscitèrent un énorme intérêt pour la nature qui amena à l’accumulation de spécimens (dans des cabinets de curiosité et des jardins botaniques), puis à leur classification, à la création de catalogues, puis d’ouvrages botaniques, et donc à l’apparition de l’illustration scientifique. La passion pour l’horticulture créa un marché pour les natures mortes de fleurs (peintes à des fins esthétiques), et pour les miniatures, à l’approche plus scientifique.

Le Libellus de medicinalibus indorum herbis est un manuscrit aztèque décrivant les propriétés médicinales de diverses plantes utilisées par les Aztèques. Il indique le nom nahuatl des plantes, et en comporte une illustration. Le Codex de Florence, encyclopédie du monde aztèque datant du milieu du XVIe siècle, comporte un texte nahuatl, un texte espagnol et des illustrations. Le livre 11 est un traité d'histoire naturelle. Francisco Hernández dirigea une expédition scientifique en Amérique et notamment en Nouvelle-Espagne dans les années 1570. Il en ramena des milliers d'illustrations pour lesquelles il fut assisté par des artistes locaux (des tlacuilos)[10].

Pierre Belon s'intéressa à la faune et à la botanique lors de son voyage au Levant. L'ouvrage[11] qu'il publia en 1553 comporte quelques illustrations.

Leonhart Fuchs (1501-1566) publia De Historia stirpium commentarii insignes (1542), accompagné d’illustrations au moins aussi précises que celles de Hans Weiditz. Les dessins sont d'Albrecht Meyer (en) et les gravures de Veit Rudolph Speckle. Fuchs inclut des plantes ornementales et des plantes rapportées des Amériques, et fit illustrer d’après nature les plantes entières, racines, fleurs et fruits compris, pour permettre leur identification. Son ouvrage fut réédité de nombreuses fois, en plusieurs langues. Les gravures furent également beaucoup réutilisées. Le nom et le portrait des illustrateurs figurent dans le livre.

Le Flamand Pieter van der Borcht (1545-1611) illustra des ouvrages de botanique à partir de 1565 quand l’imprimeur anversois Christophe Plantin lui commanda des planches pour l’herbarium de Rembert Dodoens. D’autres commandes (plus de 3 000 aquarelles botaniques en tout, gravées par Arnold Nicolaï, puis Gerard van Kampen et Cornelis Muller) suivirent pour les ouvrages de Dodoens, Mathias de l'Obel et Charles de L'Écluse (élève de Guillaume Rondelet, comme Gaspard Bauhin ainsi que Rabelais. Pierre Richer de Belleval fut l'un des successeurs de Rondelet à Montpellier).

Le Florum, coronariarum odoratarumque nonnullarum herbarum historia[12] de Dodoens (publié par Plantin, 1568) offre une description de fleurs d'ornement avec gravures montrant les plantes entières (de la fleur à la racine). Un chapitre est consacré aux tulipes.

En France, l'Historia generalis plantarum (1586) de Jacques Daléchamps est abondamment illustrée de gravures.

Charles de L'Écluse (1526-1609), médecin et botaniste flamand de langue française, créa l'un des premiers jardins botaniques d’Europe, à Leyde, et peut être considéré comme le premier mycologue au monde et le fondateur de l'horticulture, notamment de la tulipe (dont il tenait des graines d’Ogier Ghislain de Busbecq). Il est également le premier à fournir des descriptions réellement scientifiques des végétaux. Il traduisit les ouvrages de Dodoens. Rariorum plantarum historia (publié par Plantin en 1601) est un important traité de botanique et de mycologie illustré par plus de mille gravures.

Joris Hoefnagel (1542-1601), enlumineur flamand, appartient à la période de transition entre l'enluminure médiévale et la peinture de nature morte de la Renaissance. Il est connu pour ses représentations exactes de fruits, fleurs, animaux qui furent prises pour modèles par beaucoup d’autres artistes au cours des siècles suivants. On connaît aussi d’Hoefnagel des peintures d’oiseaux (notamment une illustration du dodo) peintes lorsqu’il travaillait pour la cour de l'empereur Rodolphe II, célèbre pour son cabinet de curiosités.

Son Amoris Monumentum Matri Charissimae (1589) présente un arrangement floral qui semble perçu à un instant précis, celui où papillons, chenilles et escargot se manifestèrent. L’idée fut souvent reprise.

Son Archetypa studiaque patris Georgii Hoefnagelii (publié par son fils Jacob, à Francfort, en 1592) comporte 48 gravures dues à Jacob (et peut-être Théodore de Bry ou son fils) d’après des études qui semblent faites d’après nature par Joris (dont on supposa même qu’il avait utilisé un microscope).

Théodore de Bry (1528-98), dessinateur et graveur, publia en 1612 son Florilegium novum composé de 116 planches représentant, comme le souligne le titre complet, fleurs et plantes, avec leurs racines et oignons, gravés d'après nature. Il semblerait que certaines planches, au moins, aient été empruntées à Pierre Vallet (vers 1575-1657), graveur et brodeur des rois Henri IV et Louis XIII, qui publia, lui, deux florilèges : Le Jardin du roy tres chrestien Henri IV[13] (1608) et Le Jardin du roy tres chrestien Loys XIII (1623).

Emanuel Sweerts (1552-1612), collectionneur de tulipes, publia un autre florilège : Florilège d'Emanuel Sweerts de Zevenbergen habitant Amsterdam […] où sont présentées des fleurs variées et d'autres plantes, en deux parties, dessiné d'après nature et rendu en quatre langues (latin, allemand, français et néerlandais). La première partie est consacrée à 67 plantes à bulbes (32 variétés de tulipes), et la seconde à 43 plantes vivaces. Chaque planche (toutes sont empruntées au Florilegium de de Bry) est numérotée et renvoie à un index où figure son nom. L'édition de 1612 comporte une préface où l'auteur donne les deux adresses où les tulipes peuvent s'acheter, à Francfort et à Amsterdam.

Hortus Eystettensis[14] (1613) est un « livre de cabinet » et, plus précisément, un florilège : il offre des gravures des plantes figurant dans le jardin que le prince-évêque d'Eichstätt, Johann Konrad von Gemmingen fit créer par le botaniste Basilius Besler. Les 367 gravures, dues pour la plupart à Wolfgang Kilian, existaient en deux versions : noir et blanc, ou, pour un coût beaucoup plus élevé, avec planches coloriées à la main.

Crispin de Passe l'Ancien (1564-1637) et surtout (ou seulement) son fils Crispin II de Passe (vers 1597-1670, il travailla à Paris) publièrent leur Hortus Floridus[15] à Utrecht, à partir de 1614. Il s’agit d’un florilège gravé de plus de cent plantes peu communes ou rares représentées de manière précise, et classées selon leur saison de floraison. Les premières planches représentent deux vues d'un jardin hollandais.

En 1616 fut publié Jardin d'hyver[16], ou Cabinet des fleurs, contenant en XXVI élégies les plus rares et signalez fleurons des plus fleurissans parterres. Illustré d'excellentes figures représentantes au naturel les plus belles fleurs des jardins domestiques (en particulier anémones et tulipes), Par Jean Franeau. Cet ouvrage était doté d’un index initial et de gravures dues à Antoine Serrurier. Les fleurs les plus prisées par les « fleuristes » (amateurs de jardins) sont présentées dans l’ordre des saisons, en commençant par le printemps. (On appelait hortus hyemale ou hiemale jardin d'hiver »), ou hortus siccus jardin sec ») les herbiers, qui ne prirent ce nom qu'au XVIIIe siècle.)

En 1631 commença la grande époque des vélins du roi (voir ci-dessous).

C’est au même moment que l’idée du jardin d’agrément, née en Italie, fut reprise en France lors de la grande période de construction des hôtels particuliers, principalement à Paris, dès le début du XVIIe siècle. Les hôtels étaient souvent édifiés entre une cour (côté rue) et un jardin d’agrément sur lequel donnaient les appartements privés. L’hôtel Lambert, bâti en 1640, fut pourvu d’un jardin en terrasse. Les folies comme la Folie-Rambouillet (construite de 1633 à 1635) étaient pourvues de vastes « jardins de plaisir » auxquels André Mollet (vers 1600-1665) consacra un ouvrage : Le Jardin de plaisir, contenant plusieurs desseins de jardinage, 1651. Il y traite des arbres (y compris fruitiers et plantes d'orangerie), du « jardin de cuisine », du jardin « à fleurs » et des « ornements du jardin de plaisir » (disposition générale, grottes, fontaines, statues, perspectives). Suivent quelques « dessins » (plans de jardins, motifs des broderies, etc.). Le Jardin du roi, à Paris, fut ouvert au public en 1640. L'hôtel d'Évreux fut pourvu d’un jardin d’agrément en 1722.

Nicolas Guillaume de La Fleur (1608-1663, selon le site du British Museum), graveur, peintre et dessinateur lorrain, est connu pour avoir gravé des planches florales à Rome en 1638-39 (publiées par Frederick de Wit à Amsterdam en 1650-1706), et avoir travaillé à Paris (vers 1644)[17].

Balthasar Moncornet (159.-1668), tapissier, peintre, graveur, éditeur et marchand d’estampes, arrivé à Paris en 1602, installé « 1 rue St Jacques à la belle croix, vis-à-vis St Yves ». Sa femme Marguerite (née Van der Mael) reprit l’affaire après sa mort, jusqu’en 1691. Il publia notamment des ouvrages destinés aux ornemanistes, dont Livre nouveau de fleurs très utile pour l'art d'orfèvrerie et autres (Paris, 1645).

Un livre créé en 1634 pour Nicolaes Tulp et consacré aux tulipes comporte plus de cent pages peintes de tulipes (avec des insectes et des coquilles) par Jacob Marrel.

La tulipomanie se poursuivit au-delà de l’effondrement des cours en 1637. Jean Le Clerc (15..-163., libraire, éditeur et graveur, publia son Livre de fleurs où sont représentées toutes sortes de tulippes, à Paris, en 1650. Charles de La Chesnée-Monstereul lui emboîta le pas avec un livre entièrement consacré aux tulipes, Le Floriste françois, traitant de l'origine des tulipes, de l'ordre qu'on doit observer pour les cultiver et les planter… avec un catalogue des noms des tulipes publié par Éléazar Mangeant (fils de l’éditeur de musique Jacques Mangeant), à Caen, en 1654. Et en 1678, il publia chez Charles de Sercy (1623-1700? Imprimeur et libraire parisien) un Traité des tulipes, avec la manière de les bien cultiver, leurs noms, leurs couleurs et leur beauté.

Historia Naturalis Brasiliae[18], 1648, résulte de la collaboration entre le botaniste Georg Markgraf et les deux illustrateurs, Frans Post et Albert Eckhout qui l’accompagnèrent lors d’une expédition scientifique au Brésil en 1638.

Le peintre Johann Walter (1604-1676) fit la connaissance de Jean de Nassau-Idstein (1603-1677) lorsque celui-ci s’exila à Strasbourg. De retour dans ses terres d’Idstein vers 1646, le Comte se constitua un important cabinet de curiosités, se fit créer un jardin, et invita Walter à le peindre : Le florilège dit de Nassau-Idstein, peint entre 1654 et 1672, comporte 42 miniatures sur vélin de fleurs (connues ou exotiques) et fruits, et des vues du jardin montrant des parterres en forme de fruits. Il est par ailleurs le grand-oncle du peintre François Walter (1755-1830), auteur d'un Herbier du Bas-Rhin (1795).

Historia plantarum universalis , de Jean Bauhin (1541-1613), est une vaste synthèse botanique publiée à titre posthume en 1650-1651, illustrée par 3 577 bois gravés. Bauhin y adopte une classification empirique par ressemblances morphologiques. Son frère, Gaspard Bauhin, fut un précurseur du système binomial de Linné. Leurs travaux furent intégrés par John Ray dans sa flore des environs de Cambridge, Catalogus stirpium circa Cantabrigiam nascentium (1660) qui décrit 558 espèces qu’il a toutes examinées directement. Il fournit pour chaque espèce une description morphologique et des informations sur son habitat, sa floraison et des indications thérapeutiques. L'ouvrage connaît un immense succès. En 1670, Ray publie Catalogus plantarum Angliæ et insularum adjacentium, première flore anglaise, puis, entre 1686 et 1704, Historia plantarum generalis, première tentative de flore mondiale.

Denis Dodart (1634-1707) eut une approche très scientifique aussi quand il dirigea de 1670 à 1694 les études de l'Académie royale des Sciences, aboutissant en 1676 à la publication de Mémoires pour servir à l'histoire des plantes, qui proposait d’établir un catalogue (illustré) exhaustif des espèces végétales.

Robert Hooke publia Micrographia, illustré de gravures réalisées à l'aide d'un microscope, en 1665. Marcello Malpighi y eut recours aussi pour ses illustrations en fin de volume de son Anatome plantarum (1675 et 1679)[19], suivi par Nehemiah Grew, dans Anatomy of Plants (1682) qui offre la première illustration du pollen.

On retrouve le même souci scientifique chez Charles Plumier (1646-1704), botaniste et dessinateur, qui fit quatre voyages en Amérique (le premier en 1689), rapporta un herbier (perdu) et de nombreux dessins : Description des plantes de l'Amérique fut publié par le deuxième voyage (1693), et Nova plantarum americanarum genera (1703) après le troisième. Ces ouvrages comportent des planches montrant fleurs et fruits à différents stades de développement.

C'est à la flore chinoise qu'est consacré Flora Sinensis, ouvrage écrit et illustré par le missionnaire jésuite Michał Boym (Vienne, 1656).

Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) publia en 1694 son premier ouvrage, Éléments de botanique ou méthode pour connaître les plantes. Il précise dans son avertissement que « la méthode suivie est fondée sur la structure des fleurs et des fruits. On ne saurait s'en écarter sans se jeter dans d'étranges embarras… ». L'ouvrage est illustré de 451 excellentes planches de Claude Aubriet et obtint immédiatement un énorme succès, il le traduisit lui-même en latin sous le titre Institutiones rei herbariae pour qu'il puisse être lu dans toute l'Europe.

Le premier livre d'Anna Maria Sibylla Merian, Neues Blumenbuch (Nouveau livre de fleurs) parut en 1675, suivi notamment par Metamorphosis insectorum Surinamensium (première version en 1705, quatre ans après son retour du Surinam) qui montrait les chenilles et les plantes auxquelles elles sont attachées. Ses filles, Rachel Ruysch et Dorothea Maria Graff furent aussi peintres de fleurs.

À la fin du XVIIe siècle apparurent les premiers manuels pour peintres amateurs : Claude Boutet publia en 1679 École de la mignature : Dans laquelle on peut aisément apprendre à peindre sans maître. Une section du livre (chapitre 88 et suivants) est consacrée à la peinture de fleurs. L’idée du manuel fut reprise par une ancienne élève de Nicolas Robert, Catherine Perrot, receuë Academiste par Messieurs de l'Academie Royale de la Peinture et Sculpture : Les Leçons Royales ou la manière de Peindre en Mignature les Fleurs et les Oyseaux, par l'explication des Livres de Fleurs et d'Oyseaux de feu Nicolas Robert Fleuriste Composées par Damoiselle Catherine Perrot, Peintre Académiste, femme de M' C. Horry Notaire Apostolique de l'Archevesché de Paris (1686, nouvelle édition en 1693) recommandent l’imitation des œuvres de Robert plus que celles de Baptiste de la Fleur (Préface et Chapitre I).

Illustration de Lycopodium clavatum.

XVIIIe siècle

Le XVIIIe siècle se caractérise par ses nombreuses découvertes scientifiques comme dans le domaine de la photosynthèse par Jan Ingenhousz et Joseph Priestley (qui découvre aussi l’oxygène) ; de la classification, avec les travaux de Linné ; de la physiologie végétale, grâce à Stephen Hales qui décrit ses nombreuses expériences dans La Statique des végétaux (1727)[20], traduit par Buffon ; et par des efforts pour rendre accessible à tous l’histoire naturelle, grâce à Buffon, Noël-Antoine Pluche (Le Spectacle de la nature, 1732) ou Gilbert White (The Natural History and Antiquities of Selborne) ou la fondation du Muséum national d'histoire naturelle (1793) qui reçoit pour mission « l'enseignement public de l'histoire naturelle ». L’exploration du monde se poursuit, avec de grands voyages scientifiques (James Cook, La Pérouse) auxquels participent des illustrateurs.

Carl von Linné, père de la nomenclature botanique moderne, a introduit plusieurs innovations clés en taxonomie, exposées dans Philosophia Botanica (en) : les principes de sa nomenclature binominale et une caractérisation morphologique plus poussée, dont il illustre les termes techniques employés[21] L’Hortus Cliffortianus (1737), ouvrage résultant d’une coopération entre l’illustrateur Georg Dionysius Ehret et Linné, décrit 2 536 genres et espèces de plantes présentées selon le système exposé dans Species plantarum et Systema naturae. Johann Hieronymus Kniphof publia la première version de son Botanica in Originali en 1733. Il adopte la nomenclature de Carl Linné et fabrique les illustrations en transférant directement sur la feuille l'image de la plante (d’abord aplatie puis encrée). La troisième édition comporte 1 200 de ces images obtenues par nature printing (en) ou Naturselbstdruck (de). John Sebastian Miller fit connaître Linné aux lecteurs anglophones avec son Illustratio Systematis Sexualis Linnaei (Illustration du système sexuel de Linné, 1770–1777). Dans le tome 3 (‘Temple of Flora’, 1799–1807) de Nouvelle Illustration du système sexuel de Carolus Linnæus[22], Robert John Thornton présente des illustrations basées sur des peintures de Philip Reinagle, gravées sur cuivre et peintes à la main. Elles montrent des plantes en fleurs devant un paysage, avec leur nom binominal. Suit une description scientifique, et un poème.

L’exploration du monde se poursuit :

  • le botaniste Johann Georg Gmelin participe, dès juillet 1733 à la deuxième expédition du Kamtchatka et étudie la flore des steppes : il publie notamment Flora Sibirica illustrée, en quatre volumes (1747-1749) ;
  • Engelbert Kaempfer offre la première description approfondie de la flore japonaise (Flora Japonica). Son History of Japan, publiée après sa mort, en 1727, comporte certaines illustrations dues à des artistes japonais[23] ;
  • Johann Wilhelm Weinmann (en), dans son ouvrage Phytanthoza Iconographia (de) (1737–1745), collabora avec Bartholomäus Seutter (de), Johann Elias Ridinger et Johann Jakob Haid. Ces artistes produisirent plus de 1 000 gravures en manière noire coloriées à la main représentant plusieurs milliers de plantes, notamment des tulipes, ainsi que des espèces de la flore et de la faune alors exotiques pour les Européens et récemment découvertes, comme le bananier, faisant de cet ouvrage l’un des florilèges en couleurs les plus complets et les plus réputés de son époque. Haid collabora également à l’ouvrage Plantae selectae (1750) de Christoph Jakob Trew, aux côtés d’Ehret (qui, lui, contribua au livre au livre de Mark Catesby (le protégé de Hans Sloane), intitulé ‘‘Natural History of Carolina, Florida and the Bahama Islands<sur Gallica : (1729–1747) (qui comportait lui aussi des gravures en couleurs). Trew et Ehret collaborèrent pour l'Hortus nitidissimis (1750-1786)[24] ;
  • Thomas Hardwicke, en Inde, emploie aussi de nombreux artistes locaux et se constitue collection comprenant 4 500 illustrations  dessins et aquarelles , y compris botaniques, et plusieurs lectotypes.[25] ;
  • Pierre-Joseph Buc'hoz publia plusieurs collections d’illustrations (de plantes « de Chine » ou « du Japon », etc.), et aimait par ailleurs à souligner l’utilité (y compris économique) des plantes. Peut-être plus utiles encore sont ses Lettres sur la méthode de s'enrichir promptement, et de conserver sa santé, par la culture des végétaux exotiques[26] (1768) ;
  • lors du premier tour du monde de James Cook (1768-1771), Joseph Banks et Daniel Solander enrichirent la flore connue de la planète de 25 %. Le « Florilège de Banks » ne put être publié que bien plus tard.

Le même travail se poursuit en Europe.

  • Albrecht von Haller, dans Historia stirpium Helvetiae über die schweizerische Alpenflora (1768) étudie leur répartition géographique, leur adaptation aux conditions alpines (altitude, climat, sol, variabilité), et les interactions entre espèces et environnement. Haller réfléchit également sur la qualité des illustrations et leur usage[27].
  • Hortus botanicus Vindobonensis, de Nikolaus Joseph von Jacquin, présente une description des plantes du jardin botanique de l'université de Vienne en trois volumes (1770-1776), illustré par 300 gravures sur cuivre peintes à la main dues à Franz Anton von Scheidel. Son ouvrage le plus influent fut sans doute Selectarum Stirpium Americanarum Historia (1763), qui décrivait en détail de nombreuses plantes des Amériques, qu’il avait pu observer lors de ses voyages aux Antilles, en Amérique centrale, au Venezuela et en Nouvelle-Grenade (1755-1759). Il a également introduit de nombreuses espèces exotiques en Europe.
  • Dans Flora londinensis (en), William Curtis s’adresse aux spécialistes et au grand public, et fournit des gravures sur cuivre colorées à la main d’une grande précision. L’un de ses illustrateurs, James Sowerby, participe ensuite à une vaste English Botany (en) (1790-1814).
  • 1778 Jean-Baptiste de Lamarck, connu pour sa théorie transformiste de la transmission des caractères acquis (le lamarckisme), est à l’origine botaniste. La Flore française donne des clefs dichotomiques permettant à chacun parvenir à identifier les plantes. Lamarck participe à la fondation du Muséum national d'histoire naturelle (1793) qui crée une chaire d’iconographie naturelle attribuée à Gérard van Spaendonck.

Au milieu du XVIIIe siècle, de vastes études horticoles virent le jour, notamment le Traité des arbres et arbustes qui se cultivent en France en pleine terre d’Henri Louis Duhamel du Monceau, publié en 1755, ou encore le Traité des arbres fruitiers, paru en 1768. Robert Sweet, qui avait d’abord été jardinier, publia plusieurs ouvrages sur les plantes cultivées dans les jardins et les serres britanniques, accompagnés de planches dessinées principalement par Edwin Dalton Smith (en), ainsi que The Florist’s Guide and Cultivator’s Directory, tous deux destinés aux amateurs de plantes et à leurs jardiniers.

Un des premiers pomologues (comme Jean-Baptiste de La Quintinie), Johann Hermann Knoop, publia Pomologie, ou description des meilleures sortes de pommes et de poires (1758) et affirmait que les illustrations étaient indispensables pour éviter les erreurs causées par le fait que le même fruit était (encore) souvent désigné par des noms différents. En Angleterre, Batty Langley publia Pomona, or The Fruit-garden illustrated (Londres, 1728).

Jan van Huysum, dont le musée du Louvre possède de nombreux paysages, peintures et dessins de fleurs, collabora à l’ouvrage de John Hill intitulé Eden, or, A Compleat Body of Gardening (1757), rédigé en collaboration avec Thomas Hale (en). On se souvient surtout de Hill pour le monumental The Vegetable System (1759-1775), illustré de 1 600 gravures sur cuivre.

L’illustration botanique a accompagné le développement de l’agronomie (terme apparu à la fin du XVIIIe siècle) et du commerce des semences. Johann Simon von Kerner, « Illustration de toutes les plantes économiques » (« Abbildung aller oekonomischen Pflanzen », Stuttgart, 1786-1796), en est un exemple remarquable. Les légumes, délaissés par les illustrateurs après le déclin de la mode des herbiers, refirent surface grâce à des marchands de semences comme Vilmorin-Andrieux, qui employaient des artistes botaniques (avant 1783).

Jean Goulin et Labeyrie dirigèrent l'équipe qui élabora un dictionnaire des plantes, arbres et arbustes utiles (1793-1794)[28].

Certains ouvrages de l’époque sont encore renommés pour leurs illustrations de haute qualité scientifique et artistique. Les premiers volumes de Stirpes novae (Nouvelles plantes) de Charles Louis L’Héritier de Brutelle parurent à Paris en 1784-1785, accompagnés d’illustrations en pleine page de toutes les espèces nouvellement découvertes. À partir du deuxième volume, les planches furent dessinées par Pierre-Joseph Redouté, qui se fit ainsi connaître.

Icones plantarum rariorum (Illustrations de fleurs et de plantes rares et magnifiques, dessinées, gravées et colorées d’après nature, 1793) de George Voorhelm Schneevoogt (es) (1775–1850) contient des illustrations coloriées à la main par Hendrik Schwegman et un texte en néerlandais, français et allemand.

Les premières monographies botaniques firent leur apparition : le Versuch einer Monographie der Kartoffeln (sur les pommes de terre, 1819) de Carl Wilhelm Ernst Putsche ou la Geraniologia (1787-1788) de Pierre-Joseph Redouté[29], Les Liliacées (1802–1816), œuvre pour laquelle Redouté utilisa la gravure au pointillé imprimée en couleur[30] ou Les Roses (1817–1824)[31], ou Rosarum Monographia de John Lindley. Sarah Drake apporta une grande contribution à l’ouvrage de Lindley, The Botanical Register.

Étienne Pierre Ventenat est l’auteur de Description des plantes nouvelles et peu connues, cultivées dans le jardin de J.-M. Cels (1799)[32] (un horticulteur qui acclimate de nombreuses plantes d'Amérique du Nord), ainsi que de Jardin de la Malmaison (1803)[33], tous deux illustrés par Redouté. Le château de Malmaison abritait une collection de plantes fort rares.

Le public des illustrations botaniques devint de plus en plus nombreux. Les progrès scientifiques n’empêchèrent pas les illustrations botaniques de demeurer essentielles pour fournir des représentations claires et détaillées des plantes et aider ainsi botanistes, horticulteurs et amateurs à identifier avec précision les différentes espèces. L’augmentation du nombre de botanistes amateurs, jardiniers et naturalistes créa un marché pour les flores et autres publications botaniques, tandis que les illustrations renforçaient l’attrait et l’accessibilité de ces ouvrages pour le grand public.

Les premières revues botaniques virent le jour à la fin du XVIIIe siècle : Curtis's Botanical Magazine (de 1787 à nos jours), fondée par William Curtis, est l’une des plus célèbres et les plus anciennes. Elle a fait appel à de nombreux illustrateurs talentueux qui ont réalisé des représentations détaillées, ainsi que des vues éclatées et des coupes transversales. Sydenham Teast Edwards travailla pour la revue de Curtis à partir de 1788, puis pour The Botanical Register. Avec un public plus large et un volume de publication en constante augmentation, des revues spécialisées telles que celle-ci ou les Annales de chimie et de physique (Paris, 1789) reflètent la division croissante entre les disciplines scientifiques à l’époque des Lumières. La Société linéenne de Londres, une société savante vouée à l’étude et à la diffusion d’informations concernant l’histoire naturelle, l’évolution et la taxonomie, fut fondée en 1788.

De nouveaux champs de la connaissance furent explorés : Jacob Christian Schäffer, l’un des premiers mycologues, publia plusieurs volumes richement illustrés sur les champignons « représentés dans leurs couleurs naturelles » (1759). Michel Étienne Descourtilz, Des champignons comestibles, suspects et vénéneux… [a]ccompagné de dix planches de dessins d’après nature, coloriés avec soin et représentant deux cents espèces groupées sur le terrain qui les nourrit, 1827)[34].

Jacob Christoph Le Blon et Jacques Gautier d'Agoty mirent au point un procédé d'impression en trois couleurs (trichromie) pour l'ouvrage intitulé « Collection des plantes usuelles, curieuses et étrangères… et imprimées en couleur » (1767)[35]. Pierre Bulliard mit au point un autre procédé d’impression en couleurs moins coûteux.

XIXe siècle

Au XIXe siècle, les nouvelles techniques d’impression, la baisse des coûts et l’accessibilité accrue des ouvrages favorisent une diffusion sans précédent d’images botaniques toujours plus précises. Ces illustrations, autrefois réservées à une poignée de privilégiés, touchent désormais une élite savante — celle des sociétés botaniques[36] — ainsi qu’un public plus large. Parallèlement, le champ scientifique s’étend, porté par les grandes explorations et l’émergence de nouvelles disciplines.

La fabrication des nouvelles images

Inventée en 1796 par Aloys Senefelder, la lithographie devint rapidement la norme. On trouve déjà des illustrations lithographiées dans Plantes de la France, décrites et peintes d'après nature (1819-1822), de Jean Henri Jaume Saint-Hilaire - mais ce sont des portraits de botanistes qui sont lithographiés, les 1 000 planches botaniques étant gravées sur cuivre en couleurs.

Au XIXe siècle, plusieurs méthodes différentes d’impression en couleur furent mises au point en Europe, notamment la chromoxylographie (en) et la chromolithographie brevetée par Godefroy Engelmann en 1837. Anne Pratt se fit connaître à partir de 1840 environ en publiant des livres illustrés de chromolithographies. D’autres solutions furent utilisées par des imprimeurs tels que Jacob Christoph Le Blon, George Baxter et Edmund Evans, qui reposaient principalement sur l’utilisation de plusieurs blocs de bois de couleurs différentes. On continue, souvent, à peindre les gravures à la main. À partir de 1801, William Say (en) travailla sur plaques d’acier plutôt que sur les plaques de cuivre, moins durables, utilisées depuis le début du XVIe siècle. Cependant, Jean-Michel Papillon redonna vie à l’art de la gravure[37] qui atteignit un nouvel apogée avec Thomas Bewick, qui pratiquait la gravure sur bois de bout (coupé perpendiculairement au sens des fibres, across the grain, « à contre-fil »), ce qui rendait les blocs de bois beaucoup plus durables. Robert John Thornton, A family herbal[38], a été gravé par T. Bewick en 1810.

Expéditions

Les résultats de l’expédition d’Alexander von Humboldt et Aimé Bonpland en Amérique parurent entre 1805 et 1834. Ils furent accompagnés notamment par Karl Sigismund Kunth.

Charles Alexandre Lesueur (1778-1846) participa à l'expédition Baudin (1800-1803) en Australie en tant que dessinateur, et termina sa vie comme conservateur du Muséum d'histoire naturelle du Havre. Le peintre Michel Garnier participa, lui aussi, à l'expédition Baudin vers les terres australes, qu'il quitta dès 1801 : il en rapporta de nombreux tableaux de fleurs et fruits de l’île de France et de l’île Bourbon plus tard achetés et exposés avec le "Carporama" (une collection de modèles en cire de fruits exotiques de l'île Maurice) de Robillard d'Argentelle, au Muséum national d'histoire naturelle.

Ferdinand Bauer parcourut la Méditerranée orientale et en tira sa Flora Graeca (en) (1806-1840) puis participa à une expédition de Matthew Flinders en Australie, qui lui fournit la matière de Illustrationes Florae Novae Hollandiae (en), 1813. Pierre Antoine Poiteau, à la fois botaniste et artiste, fut l’élève de Gérard van Spaendonck et un disciple de Pierre-Joseph Redouté. Au début de sa carrière, il se consacra à la collecte de spécimens dans les Caraïbes. En 1794, Pierre Jean François Turpin rencontra le botaniste Poiteau en Hispaniola. Poiteau initia Turpin à la botanique, et ensemble, ils étudièrent et répertorièrent environ 800 espèces de la flore haïtienne. Entre 1801 et 1820, Poiteau et Turpin créèrent un vaste album de dessins botaniques, comprenant 147 œuvres originales. Ces illustrations représentaient une vaste gamme de plantes européennes et exotiques, souvent accompagnées d’annotations détaillées sur l’anatomie végétale, notamment les fleurs, les feuilles, les graines et les fruits à divers stades de développement. Si quelques dessins furent réalisés à l’encre noire ou au crayon, la plupart furent finement rehaussés à l’aquarelle. Bon nombre d’entre eux furent publiés dans la Flora Parisiensis[39], par Poiteau et Turpin (1808), et certains par Turpin (et Ernestine Panckoucke) dans la Flore médicale[40] de François-Pierre Chaumeton (1814–1820). Les dessins les plus remarquables furent inclus dans la Flore des Antilles ou Histoire générale botanique, rurale et économique des végétaux indigènes des Antilles (Paris, chez L’Auteur, 1808)[41] de François Richard de Tussac (en), l’un des tout premiers ouvrages illustrés sur la flore des Antilles. La Flore des Antilles comprenait 50 planches gravées, certaines en couleur et d’autres en noir, d’après des dessins de Redouté et d’autres artistes. Turpin illustra également les Leçons de flore[42] de Jean Louis Marie Poiret (1819–1820). On se souvient également de Tussac pour son « Cri des colons », une initiative malavisée lancée contre l’ouvrage de l’abbé Grégoire intitulé « De la littérature des Nègres » (1810)[43]. En 1815, Poiteau était devenu jardinier en chef des pépinières royales du château de Versailles, puis occupa des postes similaires au château de Fontainebleau et au Musée national d’histoire naturelle de Paris. Il contribua à la Revue horticole (publiée de 1829 à 1974). Quant à Turpin, il contribua à de nombreuses publications botaniques, notamment aux Icones selectae plantarum (1820–1840), et fut élu membre de l’Académie royale des sciences en 1833. Il collabora également avec des personnalités de renom telles que Delessert, Pyrame de Candolle, von Humboldt, Bonpland et d’autres.

En 1856, Iinuma Yokusai publia le Somoku-zusetsu , première encyclopédie botanique au Japon à utiliser la taxonomie de Linné. Iwasaki Tsunemasa avait déjà commencé à publier le Honzō zufu (ou Iconographia plantarum, un ouvrage illustré de gravures sur bois (1828-1921).

Passion pour les plantes rares

De nouvelles plantes arrivaient constamment en Europe, en particulier au Royaume-Uni. C’est ainsi qu’au cours de l’engouement de l’époque victorienne se déclencha une folie des orchidées orchidelirium (en)) : le goût de collectionner des orchidées et d’en découvrir de nouvelles favorisa la publication de monographies : John Lindley, un des premiers orchidologues, publia The Genera and Species of Orchidaceous Plants (1830)[44] ainsi que Sertum Orchidaceum [45] (1837-1841) — ainsi qu’un ouvrage pionnier en paléobotanique, rédigé en collaboration avec William Hutton, intitulé The fossil flora of Great Britain; or, Figures and descriptions of the vegetable remains found in a fossil state in this country . Parmi les illustrateurs d’orchidées célèbres, on compte également John Nugent Fitch, qui réalisa 528 planches pour The Orchid Album (1882–1897) de Thomas Moore. Fitch collabora également au Curtis’s Botanical Magazine.

Le « continent » n’était pas à l’abri des engouements. La revue d’horticulture fondée par Louis van Houtte en 1845, Flore des serres et des jardins de l'Europe, était sous-titrée « Descriptions et figures des plantes les plus rares et les plus méritantes, nouvellement introduites sur le continent et en Angleterre ». Parmi ses collaborateurs figuraient Charles Lemaire et Michael Scheidweiler. Cette époque est aussi, d’ailleurs, celle de la construction de nombreuses serres, chez les particuliers et dans les parcs. John Claudius Loudon publia à ce sujet. Jean Linden fit plusieurs expéditions en Amérique du Sud et en Amérique centrale, où il étudia les conditions de croissance des orchidées dans leur milieu naturel, ce qui le conduisit à révolutionner leur culture en Europe. À son retour en Belgique, il devint un important producteur commercial d’orchidées. Son Iconographie des Orchidées (17 volumes, 1885–1903) est un ouvrage monumental. Bon nombre des planches de la première série et toutes celles de la deuxième sont dues à Walter Hood Fitch, qualifié par William Thomas Stearn et Wilfrid Jasper Walter Blunt de « l’artiste botanique le plus remarquable de son époque en Europe »[46]. Fitch était l’artiste de prédilection de l’éminent botaniste britannique William Jackson Hooker, premier directeur des Jardins de Kew (fondés en 1840). Sa carrière d’éditeur s’est étendue au moins de 1851 à 1880. Fitch illustra aussi l’ouvrage de Henry John Elwes intitulé Monograph of the Genus Lilium (1880), tandis que son ouvrage exhaustif The Trees of Great Britain & Ireland (1906–1913), réalisé en collaboration avec Augustine Henry, semble contenir principalement des photogravures, dont l’auteur n’est toutefois pas précisé. Au milieu du siècle, les horticulteurs de l’époque victorienne se prirent également de passion pour les fougères – une « ptéridomanie » qui conduisit à la création d’une nouvelle revue botanique, The Phytologist (en) (1841) et à la publication d’autres monographies telles que The Ferns of Great Britain and Ireland (1855), de Thomas Moore, illustrée par Henry Bradbury grâce au procédé d’« impression de la nature » (Naturselbstdruck (de)) et de galvanotypie appris auprès de son maître, Alois Auer. L’ouvrage Physiotypia Plantarum Austriacarum de Constantin von Ettingshausen est un ouvrage de référence imprimé aussi selon cette technique de l’impression naturelle, comprenant à l’origine 530 planches (Vienne, vers 1855), puis 1 000 (Prague, 1873).

Agronomie

En matière d’agronomie, on peut signaler, en France, que le Niçois Antoine Risso publia un essai sur les citronniers (1813)[47] qui s’étaient bien acclimatés sur la Côte d’Azur, quelques décennies seulement après que celle-ci eut commencé à devenir un lieu à la mode pour la haute société britannique. L'agronome Arsène Thiébaut de Berneaud, dans son Traité élémentaire de botanique et de physiologie végétale (Paris, 1837), offre des conseils à tous ceux qui cultivent des plantes, accompagnés d'une multitude d'illustrations.

Johann Matthäus Bechstein et Giorgio Gallesio représentèrent des plantes aux côtés de leur ravageurs. L’ouvrage de Bechstein, Naturgeschichte der schädlichen Waldinsecten (1798–1800), portait sur les insectes forestiers nuisibles, offrant ainsi des informations précieuses pour l’entomologie forestière et agricole. L’ouvrage de Gallesio, Pomona Italiana (it) (1820), portait sur la culture des fruits en Italie ainsi que sur les insectes et animaux qui affectent la croissance et la santé des arbres.

Progrès scientifiques

À partir de 1816, un groupe de savants tenta une synthèse du savoir dans un Dictionnaire des sciences naturelles qui finit de paraître en 1845.

Humboldt publia en 1806 un Essai sur la géographie des plantes. En 1813, un botaniste suisse, Augustin-Pyramus de Candolle, publia Théorie élémentaire de la botanique, ouvrage dans lequel il propose de nouveaux critères pour classer les plantes (la classification de Candolle). Il apporta aussi sa contribution à la phytogéographie, à l’agronomie et à la botanique économique.

Joseph Dalton Hooker, botaniste, explorateur, et directeur des jardins de Kew, est aussi l’un des fondateurs de la phytogéographie. C’était un proche de Charles Darwin. Walter Hood Fitch était son illustrateur (Flora Antarctica, 1844-1859; The Rhododendrons of Sikkim-Himalaya, 1849-1851). Les illustrations de Fitch ont également été publiées dans le Curtis’s Botanical Magazine. Il fut un pionnier dans l’utilisation de la chromolithographie pour les illustrations botaniques.

De nouveaux domaines d'étude virent le jour : la lichénologie (dont Erik Acharius fut un pionnier), la paléobotanique (Kaspar Maria von Sternberg) et la phycologie ou étude des algues, avec William Henry Harvey ou la biologiste et photographe Anna Atkins qui publia un livre sur les fougères en 1853, et surtout son ouvrage sur les algues : Photographs of British Algae: Cyanotype Impressions (entre 1843 et 1853), « le premier livre imprimé et illustré à l'aide de la photographie »[48]. La biologie marine et les aquariums suscitèrent l’intérêt : Philip Henry Gosse fut célèbre pour The Ocean (1846), The Aquarium: an unveiling of the wonders of the deep sea (Londres, 1854), tandis que George Brettingham Sowerby II publia Popular History of the aquarium of Marine and Fresh-water Animals and Plants, 1857[49].

Le concept d'écologie apparaît chez plusieurs auteurs au cours du siècle, par exemple dans le préambule de De l'origine des espèces de Charles Darwin.

Il y eut aussi des avancées dans le domaine de l’enseignement. Nicolas Roret, connu comme éditeur des Suites à Buffon, entreprit de lancer en 1825 une « collection de manuels formant une encyclopédie des sciences et des arts ». Roret publia aussi des livres comme l’Histoire naturelle des végétaux. Phanérogames d’Édouard Spach (Paris, 1834-1848). Dans les années 1870, Leopold Kny (en) créa une série de grands tableaux muraux botaniques très détaillés (« Botanische Wandtafeln ») qui représentaient diverses structures végétales, notamment des racines, fleurs et feuilles, avec une grande précision et à grande échelle, ce qui les rendait très utiles pour l’enseignement de la botanique en classe. Les enseignants pouvaient également utiliser les modèles en papier mâché de Robert et Reinhold Brendel. Deyrolle publia aussi des planches didactiques (planches didactiques).

Populariser la botanique

Au début du siècle, George Graves (en)est l’auteur d’un guide pour aider les naturalistes, The naturalist's pocket-book, or Tourist's companion (Londres, 1818). A la fin du siècle, Georges de Layens et Gaston Bonnier font paraître une série de flores grand public, « sans mots techniques », qui ont connu plusieurs rééditions, comme la Nouvelle flore pour la détermination facile des plantes, sans mots techniques (1887)[50] ou celle « à l'étude pratique de la botanique élémentaire à l'usage des élèves »[51].

L’exemple de The Penny Magazine (en) (1832-45), qui s’adressait à la classe ouvrière, inspira Edouard Charton qui dirigea Le Magasin pittoresque (1833-1938), magazine destiné à un lectorat populaire, illustré de gravures sur bois, genre qui avait été délaissé mais qui était peu coûteux. En 1860, il fondit Le Tour du Monde (1860-1914), sur les voyages d’exploration, et à partir de 1864, dirigea La Bibliothèque des Merveilles avec un numéro sur ‘Les merveilles de la végétation’ (1866).

La revue Cosmos paraît de 1852 à 1940) ; La Nature, fondée en 1873, finit absorbée par La Recherche, revue scientifique. Bibliothèque scientifique internationale (1873-1919) compte 120 publications de vulgarisation rédigées par des scientifiques, dont une quinzaine sur la botanique. Le vulgarisateur scientifique Louis Figuier publie dans la seconde moitié du siècle dans les journaux et revues (La Science illustrée), et écrit de nombreux livres comme Histoire des Plantes (1865). Les revues scientifiques Nature, et Science (revue) furent lancées en 1869 et 1880.

Dans le domaine de l’horticulture, on peut signaler la fondation (1826) de The Gardener's Magazine (en) par John Claudius Loudon, dont l’épouse Jane Loudon, autrice de romans gothiques, publia et illustra des ouvrages de botanique et de jardinage destinés aux femmes. Le rôle d’appui qu’elle eut auprès de son mari est représentatif du sort de la plupart des femmes, même si certaines, comme Anne Pratt, furent des pionnières (sur les plans scientifique et technique, dans ce cas), tandis qu’une personne comme Marianne North, célibataire, parvint après la mort de son père à partir explorer l’Amérique (nord et sud), avant de faire le tour du monde, et plus tard visiter l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Elle rapporta de ses voyages de nombreuses peintures aujourd’hui exposées à Kew Gardens. Son parcours était exceptionnel, mais des livres comme ceux d’Émile Desbeaux montrent bien qu’il existait un public féminin intéressé par la botanique.

Liens avec les arts

Les liens entre l’illustration botanique et la peinture d’art n’avaient rien de nouveau au XIXe siècle. Ils sont encore illustrés par la carrière de Georgius Jacobus Johannes van Os, peintre de natures mortes de fleurs et de fruits, qui les peignait aussi pour la Manufacture porcelaine de Sèvres, et fut l’illustrateur des trois premiers volumes de Flora Batava, ouvrage de Jan Kops (en) publié entre 1800 et 1934.

Quand Eugène Delacroix peignit des tableaux de fleurs en 1848-1849, il blâma « l’étude des détails poussée à un très haut point [par certains peintres] » et prit le parti, quant à lui, de « subordonn[er] les détails à l’ensemble » et d'« essay[er] de faire des morceaux de nature comme ils se présentent dans des jardins, seulement en réunissant dans le même cadre et d'une manière un peu probable la plus grande variété possible de fleurs »[52].

De la fin du XIXe au début du XXIe siècle

Évolutions technologiques

À la fin du XIXe siècle, la photographie et la similigravure (avec la technique de la demi-teinte), remplacèrent progressivement l’illustration traditionnelle. L’introduction de la première presse offset en 1907 révolutionna la reproduction des images. Dans les années 1930, Le photographe américain Dain L. Tasker (1872–1964) réalisa des images radiographiques de fleurs[53]. Les nouveaux outils et nouvelles disciplines scientifiques amenèrent l’apparition de l’image numérique ou hybride, quand un dessin se superpose à l’image numérique. Au milieu du XXe siècle, le microscope électronique (inventé en 1931) révéla des structures végétales à l’échelle microscopique. Le contenu de l’illustration botanique évolua avec la (biologie moléculaire, voire le barcoding moléculaire et l’imagerie par résonance magnétique à contraste de phase et l'imagerie 4D…). Ces nouvelles images peuvent apporter une aide à la classification via des caractères morphologiques invisibles à l'œil nu ; représenter des processus invisibles, des interactions... Les illustrations classiques restent néanmoins indispensables, y compris dans les domaines de pointe, par exemple pour expliquer les techniques de culture in vitro, etc.. Les illustrations botaniques traditionnelles servent aujourd’hui à faire un inventaire des espèces menacées par le changement climatique, l’anthropisation, le recours aux biocides… Elles peuvent servir, notamment sous forme de fichiers image mis en ligne sur l’internet, à sensibiliser le grand public aux enjeux écologiques (on peut penser à Printemps silencieux, sorti en 1962).

Illustrateurs des XXe et XXIe siècles

Les illustrateurs botaniques sont toujours très actifs aujourd’hui. On trouve des organismes voués à la promotion de l’art botanique aux États-Unis (American Society of Botanical Artists (en) , fondée en 1994), au Royaume-Uni (Society of Botanical Artists), en Australie (Botanical Art Society of Australia), aux Pays-Bas (Dutch Society for Botanical Artists (en), en 2006) et en Afrique du Sud (Botanical Artists Association of South Africa), entre autres. La Guild of Natural Science Illustrators (en) fut fondée en 1968.

Parmi les artistes du début du XXe siècle, on peut citer Matilda Smith, qui collabora au Curtis's Botanical Magazine jusqu’en 1921. Mary Emily Eaton (en) fournit aux Américains Nathaniel Lord Britton et Joseph Nelson Rose la plupart des illustrations de The Cactaceae (en) (1919–1923). Nellie Roberts (en) est la première et plus ancienne illustratrice d’orchidées pour la Royal Horticultural Society (1897-1953). Ce n’est qu’en 1972 que la Smithsonian Institution employa pour la première fois une femme comme illustratrice botanique[54]. L’Australienne Celia Rosser (en) illustre toutes les espèces de Banksia dans The Banksias (années 1980). Deborah Lambkin (en) est l'illustratrice officielle des nouvelles orchidées décrites par la Royal Historical Society depuis 2005, et lauréate du Margaret Flockton Award (2020)[55].

Liens avec les arts

L'illustration botanique prit une nouvelle orientation avec l'essor de l'Art nouveau, un mouvement en vogue entre 1890 et 1910. Parmi les artistes de l’Art nouveau figurait Eugène Grasset, dont l’ouvrage La Plante et ses applications ornementales (1896)[56] (1896) soulignait l’importance d’« adopt[er] une ornementation empruntée à la nature » (p. IV). Son élève, Maurice Pillard Verneuil, est l’auteur de Étude de la plante : son application aux industries d’art (Paris, 1903), qui comportait des planches botaniques réalistes et détaillées. Il convient de mentionner tout particulièrement les artistes de l’École de Nancy — notamment Louis Majorelle, Émile Gallé et la verrerie Daum — qui s’inspiraient de la flore naturelle de la Lorraine. Malgré leur ancrage régional, ces artistes, à l’instar d’autres représentants du mouvement Art nouveau, popularisèrent souvent des formes végétales exotiques telles que les orchidées. L’un des plus passionnés de botanique parmi eux fut sans doute Henri Bergé, décorateur chez Daum, qui réalisa entre 1895 et le milieu des années 1930 des centaines de planches botaniques aquarellées pour l’Encyclopédie florale, aujourd’hui conservées au musée de l'École de Nancy »[57]. Il s'agit majoritairement de planches botaniques mais le fonds compte également quelques paysages, coquillages, reptiles et animaux. Henri Bergé peint ces planches dans le cadre de son emploi au sein de la verrerie industrielle artistique Daum. Elles constituent des modèles que les ouvriers d'art de l'entreprise apprennent à imiter et dont ils s'inspirent. L'importance de la botanique dans son œuvre est à lier à l'importance de l'École de Nancy dont Henri Bergé se réclame.

L’artiste peintre suédoise Hilma af Klint, connue pour ses toiles abstraites, réalisa en 1919 une série de 46 dessins botaniques (Nature Studies), auxquels elle ajoutait de petits éléments abstraits.

Les vélins du Muséum

Nicolas Robert, Mandragoras faemina, Aquarelle sur vélin, XVIe siècle, MNHN.

Le Muséum national d'histoire naturelle possède environ 7 000 vélins botaniques et zoologiques.

La bibliothèque du Muséum possède, selon Ernest-Théodore Hamy[58], un Recueil de fleurs peintes par Jean Le Roy de la Boissière[59], 1610, composé de 44 vélins enluminés à l’aquarelle, 39 × 29 cm ; référence Ms 2224) acquis en 1888 pour le Muséum par Joseph Deniker. Ces pages sont « ornées tantôt sur une seule face, et tantôt au recto et au verso à la fois, de très fines peintures qui représentent des fleurs, des insectes, etc. » (Hamy). Le Roy consacre notamment une vingtaine de pages aux tulipes (y compris plusieurs tulipes champêtres), présente quelques fruits (dont des tomates et piments rouges), et dispose çà et là des insectes et escargots.

Un vélin (plus petit : 31,1 par 20,2) représentant un iris fait à Poitiers (où vivait Le Roy) en 1608 par un Van Kuyk, élève de van Kessel figure au Cleveland Art Museum[60] qui le présente comme extrait d’un florilège commandé par Le Roy en 1608 et illustré par plusieurs artistes, y compris, peut-être, lui-même. Hamy rappelle que le talent de Le Roy fut célébré par le poète et apothicaire Paul Contant, qui parle :

Du Sieur de la Boissière, Architas Poitevin, / Timanthe sans égal, dont la dextre savante, / fait tout ce que nature à notre œil représente. (Jardin poétique, p. 83)

Dans le même article[61], Hamy mentionne Daniel Rabel (Paris, v1578-1637), peintre, graveur, miniaturiste et botaniste. À partir de 1618, Rabel peignit sa Suite de fleurs[62] (1624, désignée sur Gallica comme un Recueil de fleurs et d'insectes dessinés et peints sur vélin, en miniature). Le volume comporte cent feuillets de vélin, 239 images peintes de plantes (tulipes surtout, mais aussi anémones et narcisses, et le yucca), 32 d’insectes. L’ouvrage est entré dans les collections royales en 1783.

En 1622 parut Theatrum florae In quo ex toto orbe selecti mirabiles venustiores ac praecipui flores tanquam ab ipsus deae sinu proferuntur : 69 planches gravées de fleurs et d'insectes. Certaines planches pouvaient être enluminées. Le même recueil est, selon Hamy, représenté au public en 1627, attribué à Pierre Firens (graveur et brodeur du roi), puis en 1633 à Pierre Mariette. Quoique la parution de la Suite soit postérieure, il semble que les gravures soient basées sur les miniatures.

Il semblerait que le Muséum conserve en outre six vélins datés de 1631 et 1632 qui pourraient être de Daniel Rabel (Tulipe panachée flamboyante et Colombine de Chartres, etc.).

Le peintre-miniaturiste Nicolas Robert (1614-1685) travailla pour Gaston d’Orléans à partir de 1631, après que les miniatures qu’il peignit pour la célèbre Guirlande de Julie (1641) l’eurent rendu célèbre. Le Prince, qui avait sans doute employé Rabel, le prit à son service pour exécuter des miniatures sur vélin d’après les plantes cultivées au Jardin du Luxembourg, puis au jardin du château de Blois qui abritait également une volière. Gaston d’Orléans mourut en 1660, léguant ses collections (cabinet de curiosités, médailles, antiques, vélins) à Louis XIV, que Colbert encouragea à poursuivre la confection de ce qui devint la collection des vélins du roi. Nicolas Robert obtint en 1664 un charge nouvelle, celle de « peintre ordinaire du Roy pour la miniature ». Il utilisa dès lors comme modèles les plantes que lui indiquaient les naturalistes du Jardin du roi (créé en 1626) et les oiseaux de la Ménagerie royale de Versailles (Ses successeurs se rendirent à la ménagerie du Museum quand elle fut créée, en 1794). On lui doit plus de 700 miniatures sur vélin, dont près de 500 ont pour sujet des plantes. Les vélins sont conservés par le Muséum, et les imprimés par la BNF (dont un Recueil de plantes et de fleurs dessinnées [sic] à la sanguine). Il participa aussi aux Mémoires pour servir à l'histoire des plantes (avec Abraham Bosse pour la gravure)[63]. À sa mort, il fut remplacé par Louis de Châtillon (1639-1734) qui, en dehors de son œuvre artistique, fut dessinateur pour l’Académie des sciences. Il collabora notamment avec plusieurs médecins, et, pour la botanique, avec Guy de La Brosse, Dodart et Robert. Jean-Baptiste Massé fut son élève.

Jacques Bailly (1629-79) fut l’élève et assistant de Robert pour la miniature et la gravure.

Le successeur de Robert au poste de miniaturiste fut Jean Joubert (1643–1707), qui se fit assister par Claude Aubriet (1665-1742), qui lui succéda. Auparavant, Aubriet avait accompagné Joseph Pitton de Tournefort (1656-1708) au Moyen-Orient ; il fit notamment les dessins de ses Éléments de botanique, 1694 (et la nouvelle édition enrichie, Institutiones rei herbariae, 1700). Il fournit les illustrations pour l’édition de 1727 du Botanicon parisiense (1723) de Sébastien Vaillant.

Madeleine Françoise Basseporte (1701–1780) fut l’élève d’Aubriet, qu’elle remplaça en 1743. Elle enseigna la miniature florale aux filles de Louis XV. Parmi ses élèves figurent Marie Catherine Biheron et Pierre-Joseph Redouté, qui fut aussi l’élève de Gérard van Spaendonck (1746-1822) qui, né aux Pays-Bas et arrivé à Paris en 1769, devint, en 1774, miniaturiste à la cour de Louis XVI, puis successeur de Basseporte en 1780. Il enrichit la collection des vélins du roi de plus de cinquante pièces. Il obtint en 1793 la chaire d'iconographie naturelle[64] au Muséum national d'histoire naturelle nouvellement créé : il devait former les peintres miniaturistes, désormais spécialisés en botanique ou en zoologie et recrutés par concours ; leurs œuvres avaient désormais une visée expressément scientifique. On lui doit en outre Fleurs Dessinees d'après Nature (1801), 24 planches gravées par Charles Ruotte destinées aux élèves peintres. Il illustra également les Annales du Muséum National d'Histoire Naturelle (20 volumes, de 1802 à 1813). Il fut, par ailleurs, peintre de natures mortes de fleurs. Ses étudiants furent, naturellement, nombreux : Pierre-Antoine Poiteau, Jean Henri Jaume Saint-Hilaire, Antoine Chazal, (en) Henriëtte Geertruida Knip, Jan Frans van Dael, Piat Sauvage, Charlotte Eustache Sophie de Fuligny-Damas, et plus particulièrement Pancrace Bessa et les Frères Redouté.

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), surnommé « le Raphaël des fleurs », fut peintre de Marie-Antoinette, travailla au Museum, partit à Kew, revint dessiner pour l'Académie des Sciences, fut le peintre de Joséphine de Beauharnais, puis donna des cours de dessin au Muséum. On lui doit un très grand nombre d’œuvres de première qualité. On peut signaler un catalogue de fleurs, Description des plantes nouvelles et peu connues, cultivées dans le jardin de J. M. Cels. Avec figures montrant des plantes exotiques cultivées par l’horticulteur Cels. L’auteur est le botaniste Etienne Pierre Ventenat. L’une des élèves de P-J Redouté fut (en) Henriette Vincent. Dans l'avant-propos de Les Roses, Redouté parcourt rapidement l'histoire de l'illustration botanique depuis l'Antiquité[65]. Il se concentre ensuite sur l'histoire de la représentation des roses[66].

Henri-Joseph Redouté (1766-1852) fut peintre au Museum, puis participa à la Commission des sciences et des arts lors de l'Expédition d'Egypte, en compagnie de botanistes comme Coquebert de Monbret, Nectoux et Raffeneau-Delile – ce dernier étant responsable des planches de botanique dans la Description de l'Egypte, illustrées par des gravures tirées des aquarelles sur papier bristol de Redouté.

Pancrace Bessa (1772-1846) succéda à Henri Redouté dans la fonction de peintre du Muséum d'histoire naturelle en 1823. Ange-Louis-Guillaume Le Sourd de Beauregard (Paris , mort en 1886), élève de van Spaendonck, peintre fleuriste, devint à son tour professeur d'iconographie en 1841. On peut encore citer (en) Adèle Riché (1791-1878) ; Jean Saturnin Abeille de Fontaine (né à Paris en 1781) ; Édouard Maubert (1806-1879), spécialisé dans l’illustration botanique et horticole ; Alfred Riocreux (1820-1912), attaché à la Manufacture de Sèvres, il dessina pour Gustave-Adolphe Thuret, algologue, qu’il accompagna à Cherbourg (vers les années 1844-45). Il laissa de nombreux vélins au Muséum de 1849 à 1857.

Charles-Émile Cuisin (1832-1900) fut l'élève d’Horace Lecoq de Boisbaudran : Atlas de la flore des environs de Paris par Ernest Cosson et Germain de Saint-Pierre, illustrations de Germain de Saint-Pierre, Riocreux et Cuisin ; deux flores africaines (une de Georges Révoil, l'autre d'Émile De Wildeman et Théophile Durand).

La collection des vélins ralentit vers le milieu du XIXe siècle, puis s'arrêta pour reprendre un siècle plus tard (Marie-Pierre Le Sellin est la dernière contributrice).

Autres types d’illustrations botaniques

Représentations en deux dimensions

Une exposition au Grand Palais[67] a montré au printemps 2017 d’autres types d’illustrations botaniques :

Représentations en trois dimensions

Notes et références

Annexes

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