Serge de Ravenne
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| Serge de Ravenne | ||||||||
| Biographie | ||||||||
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| Décès | ||||||||
| Évêque de l'Église catholique | ||||||||
| Archevêque de Ravenne | ||||||||
| 744 ou 748 – | ||||||||
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Serge est un archevêque de Ravenne de 744 ou 748 à 769. Son accession au siège ravennate marque une rupture avec les usages habituels : laïc marié issu de l'aristocratie urbaine, il est choisi dans un contexte de tensions politiques et militaires, avant d'être consacré à Rome par le pape Zacharie. Son épiscopat débute sous le signe d'une forte hostilité du clergé local et se poursuit dans une période de recul du pouvoir byzantin, puis de domination lombarde et de rivalité croissante avec la papauté.
Une élection atypique
Après la mort de Jean V en 744, le choix de son successeur intervient dans un contexte encore marqué par la pression lombarde sur Ravenne. Cette situation a pu peser sur l'élection de Serge, personnage qui ne suit pas le parcours ecclésiastique ordinaire des archevêques ravennates. Alors que ceux-ci provenaient le plus souvent du clergé local, en particulier du rang d'archidiacre, Serge est un laïc marié, issu de la haute aristocratie de la ville[1]. Sa promotion constitue ainsi une innovation majeure, qui reflète probablement le poids de l'élite séculière dans la désignation du chef de l'Église de Ravenne. Il est possible qu'il ait été l'un des consuls capturés par Hildeprand, neveu de Liutprand, lors de l'attaque lombarde contre Ravenne en 739[2], puis libérés grâce à l'intervention du pape Zacharie[1],[3]. Agnellus en donne un portrait physique inhabituellement précis, le décrivant comme « jeune, trapu, souriant, de forme agréable, avec des yeux gris, issu d'une famille de la plus haute noblesse »[1].
Son élection impliqua une mise en conformité avec le droit canonique : Serge dut se séparer de son épouse Euphémie, qui devint diaconesse et entra vraisemblablement dans un couvent. Il se rendit ensuite à Rome, où il fut consacré archevêque par le pape Zacharie, sans que celui-ci ne paraisse contester son élection[1].
Le retour de Serge à Ravenne provoqua toutefois une hostilité immédiate au sein du clergé[1]. Selon Agnellus, ni les prêtres ni les diacres ne voulurent l'accompagner jusqu'à l'autel ni célébrer avec lui les offices. Serge ordonna alors de nouveaux diacres pour les remplacer, ce qui accentua encore les tensions avec les clercs plus anciens[1]. Un compromis finit par être trouvé dans le domaine du vêtement liturgique : les diacres nouvellement ordonnés par Serge ne porteraient pas la dalmatique, traditionnellement associée à leur rang, mais un éphod ou superhumerale, présenté comme conforme aux usages grecs. Cette distinction vestimentaire permettait de marquer visiblement la différence entre les nouveaux ordonnés de Serge et les diacres plus anciens[1]. Agnellus ajoute que, malgré les interdictions canoniques, le nombre de diacres augmenta sous Serge, mais que l'archevêque parvint finalement à imposer une forme de trêve entre les nouveaux ordonnés, associés aux usages grecs, et les clercs plus anciens, attachés aux usages latins[4].
Son élection, soutenue par l'aristocratie locale, semble refléter l'affaiblissement de l'exarque Eutychios, alors incapable d'assurer efficacement la défense de Ravenne face au danger lombard. En tant que puissant laïc issu de l'élite urbaine, Serge incarnait ainsi davantage les intérêts de la cité que ceux d'un pouvoir impérial devenu lointain et peu opérant[4].
Serge face aux Lombards et à la papauté
En 751, la prise de Ravenne par les Lombards marque un tournant majeur. Aistolf entre dans la ville sans combat, tandis qu'Eutychios se réfugie à Naples[5]. Serge se retrouve alors en première ligne pour négocier les conditions de l'occupation lombarde et cherche à maintenir un équilibre entre l'autorité du roi et celle de l'archevêché[4]. Les nouveaux maîtres de la ville reconnaissent son rang à la tête du siège épiscopal. Serge collabore notamment avec Aistolf dans le cadre de la reconstruction de la basilique Petriana (it) et s'efforce de préserver pour son Église une marge d'indépendance sous le nouveau régime[4].
Après la restitution théorique de l'exarchat au pape par Pépin le Bref, Ravenne devient l'enjeu de trois pouvoirs concurrents : la papauté, l'Empire byzantin et le royaume lombard[6]. Le pape Étienne II y envoie un duc, Eustache, avec une armée, ainsi qu'un prêtre, Philippe, pour encadrer l'Église locale[6]. Cette mise sous tutelle déplaît fortement à Serge, qui sollicite l'aide des Lombards pour écarter l'exercitus Romanus (« armée romaine »)[6]. En réaction, le pape le fait venir à Rome et le traduit devant un synode épiscopal, où il est accusé d'avoir usurpé le siège de Ravenne avec l'appui des laïcs. Serge se défend en rappelant que le pape Zacharie, informé de son passé d'homme marié, l'avait consacré sans objection, ce qui mettait ses juges dans une position délicate[6].
Serge est ensuite détenu à Rome pendant environ trois ans, probablement de 755 à 758[6]. Durant cette période, les agents du pape Étienne administrent Ravenne sur les plans civique et ecclésiastique, tandis que les locaux doivent désormais se rendre à Rome pour y recevoir leurs ordres et y prêter serment de fidélité[6]. Après la mort d'Étienne, en 757, son successeur Paul Ier libère les prisonniers et le rétablit dans sa charge avec des pouvoirs comparables à ceux autrefois exercés par l'exarque[6]. Son retour à Ravenne suscite toutefois un accueil réservé : la population locale voyant en lui moins le défenseur de l'autonomie de la cité qu'un représentant de l'autorité romaine[6].
L'épiscopat de Serge montre aussi la place conservée par les communautés grecques à Ravenne. La présence de moines hellénophones y demeure sensible, de même que celle de leurs icônes. Selon Agnellus, à son retour de Rome, la première église où Serge se rendit fut Sainte-Marie de Cosmedin, signe de ses bonnes dispositions envers ces milieux[7].
Malgré la Donation de Pépin, Ravenne demeure sous domination lombarde jusqu'en 774[8]. Les Lombards ne cherchent toutefois ni à évincer Serge ni à diminuer son autorité. Après 757, l'archevêque gouverne avec l'appui de Rome, tout en affirmant une large autonomie d'action[8]. Selon Agnellus, il exerçait sa juridiction sur l'ensemble de la Pentapole et gouvernait « à l'instar de l'exarque »[8]. Tout en cherchant à étendre le contrôle ecclésiastique sur l'ancien exarchat, il se heurte cependant à un pouvoir lombard plus énergique sous le règne de Didier[9].
En 769, lors du concile de Rome réuni après l'épisode de l'antipape Constantin II, Serge préfère se faire représenter par un diacre, Jean, et un prêtre, Valentin[10]. L'ancien antipape invoque alors son exemple, rappelant que Serge lui-même avait accédé à l'épiscopat alors qu'il était laïc[10]. Quelques mois plus tard, en , la mort de Serge déclenche une crise successorale majeure à Ravenne : alors qu'une partie du clergé choisit Léon l'archidiacre, le scriniarius Michel obtient, avec l'appui du duc Maurice de Rimini, de Didier et de plusieurs notables ravennates, d'être imposé à la tête de l'archevêché, tandis que Léon est emprisonné à Rimini[11].